Mike Massy, Ayad et Sary Khalifeh. Tissés serrés à Zouk
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Nº 2962 du vendredi 15 août 2014

Mike Massy, Ayad et Sary Khalifeh. Tissés serrés à Zouk

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    En clôture de saison, une production, Nasseej, produite par Nagi Souraty, où la voix, les instruments et la chorégraphie se sont combinés pour offrir un concert éclectique et raffiné. La jeune...
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En clôture de saison, une production, Nasseej, produite par Nagi Souraty, où la voix, les instruments et la chorégraphie se sont combinés pour offrir un concert éclectique et raffiné.

La jeune trentaine, revêtu d’une sorte de abbaya ouverte sur des bottes cosaques, Mike Massy a mixé Mouwachahat au jazz oriental, incantations soufies aux rythmes andalous, surfant, deux heures durant, sur un répertoire varié, sans jamais s’enclaver dans un genre précis. Avec une solide plasticité vocale, ne craignant pas d’emprunter aux grands classiques et baroques occidentaux des impromptus exécutés avec moult créativité et improvisation, le jeune auteur-compositeur a interprété, avec une égale virtuosité dissonances post-modernes, musique populaire arabe et yodels tyroliens, pour le plus grand bonheur des mélomanes, fatigués des chansons à la pelle où le synthétiseur fait office de fond sonore.
C’est qu’il a fait du chemin, Mike Massy, depuis qu’il s’est fait connaître en 2003, avec son timbre de voix, puissant, ouvert, ses compositions tranquilles et son talent de comédien plutôt discret. Le grand brun à la barbiche bien taillée s’est notamment affirmé en 2011 avec son album Ya zaman, enregistré avec 32 musiciens libanais et belges et qui lui a valu le Murex d’or.
Pour le Festival de Zouk qui l’a fortement soutenu, il était donc tout naturel qu’il s’associe à deux autres grands musiciens de 24 ans, pour qui les notes servent à élever l’âme. Ayad et Sary Khalifeh, qui cumulent diplômes, conservatoires et tournées, ont su exalter avec brio le talent du jeune musicien d’Enfé, l’un avec son piano (dont il prépare un diplôme d’Etat) et l’autre avec son violoncelle (qu’il exerce depuis l’âge de huit ans). En pleine maîtrise de leur art, les frères Khalifeh, au foulard bleu (pourtant fils de Tony Khalifeh et non de Marcel), ont transporté plus de 1 600 personnes vers des contrées où seule la musique jubile. Mêlant les sonorités andalouses, orientales aux tonalités occidentales, assistés à la contrebasse par Hendrik Vanattenhoven et aux percussions par François Taillefer et Elie Yammouny, le trio, en symbiose totale, a offert une prestation tricotée serrée, un véritable nasseej, à l’image d’un métier à tisser dont chaque note, chaque mouvement fait partie d’un tout absolument brillant et enlevé et qui a exigé un an de travail.
Et pour parfaire l’enchantement, Massy a convié en toute modestie, Fadia Tomb el-Hajj, à l’accompagner sur scène, offrant ainsi aux spectateurs un autre moment privilégié à écouter la voix envoûtante, chaude et feutrée de celle qui est considérée comme l’une des plus belles voix d’Orient… De quoi ravir une audience qui vibrait en douceur avec une gestuelle scénique discrète, orchestrée par Nagi Souraty, et exécutée par Rosanna Lahoud et Jimmy Béchara.
Le concert, qui a commencé par des modulations sur Ya Mijana ou Al Rosana, s’est terminé en reprise de ces airs connus, laissant le public dans un état de grâce, celui que très peu d’artistes encore sont capables de susciter en nous.

Gisèle Kayata Eid

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Éditorial
Coupable jusqu’à preuve du contraire

La France vient d’accueillir sur son sol onze chrétiens irakiens, chassés par les hordes barbares du «calife» Ibrahim Ben Awad. Elle promet d’accorder l’asile à un nombre beaucoup plus élevé de réfugiés, à l’instar d’autres pays occidentaux. Même s’il est motivé par les intentions les plus louables, ce geste sert directement l’objectif avoué de l’Etat islamique, qui est de nettoyer les terres qu’il s’est appropriées de toute présence chrétienne, yazidite, chiite et autres «souillures» minoritaires. La réaction des pays occidentaux est le reflet parfait de leurs politiques irresponsables et irréfléchies, qui ont provoqué cette cascade de catastrophes et de tragédies. D’aucuns diront que la gravité du moment impose une mobilisation générale pour une action humanitaire, et non pas le lancement d’accusations et la distribution des responsabilités. A ces infatigables donneurs de leçons, nous répondons que l’identification des raisons qui nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui est prioritaire, car elle permettra de sauver ceux qui peuvent encore l’être. Secourir, aider et approvisionner les chrétiens de Mossoul, de Qaraqosh et les Yazidis de Sinjar est certes important, mais empêcher que d’autres populations ne subissent le même sort funeste l’est autant. Nos pensées vont vers Hassaka, en Syrie, un autre berceau des chrétiens d’Orient, qui vient de subir plusieurs assauts de la part des «Huns» de l’Etat islamique, comme les appelle Walid Joumblatt. Cette région est d’une importance stratégique pour les extrémistes, qui s’emploient à assurer une continuité territoriale à leur «califat», à cheval entre l’Irak et la Syrie. Pour l’instant, les attaques ont été repoussées par l’armée syrienne et les combattants kurdes, qui ont uni leurs forces face au péril. Mais les jihadistes ne baisseront pas les bras. La réponse au phénomène extrémiste doit être stratégique et non ponctuelle ou circonstancielle. Ce n’est pas la destruction d’une pièce d’artillerie par-ci et de quelques véhicules militaires par-là, par des drones ou des avions de combat, qui arrêtera les hommes d’Ibrahim Ben Awad. L’invasion − car c’en est une − ne peut être stoppée que par une action concertée aux niveaux régional et international, s’inscrivant dans le cadre d’une stratégie globale. L’assèchement des sources de financement de l’Etat islamique est prioritaire, car l’argent est le nerf de la guerre. Au lieu de harceler la diaspora libanaise sous prétexte que certaines de ses figures financent le Hezbollah, les Etats-Unis et l’Union européenne devraient prendre les mesures appropriées pour empêcher l’Etat islamique d’exporter le pétrole pompé des puits qu’il contrôle, en Syrie et en Irak. Une partie de ce brut finit en Europe, après avoir transité par la Turquie, grâce à une décision prise par l’UE, le 22 avril 2013, de lever partiellement l’embargo sur le pétrole syrien pour «aider à financer l’opposition syrienne». Cela ne signifie-t-il pas que l’Europe participe, dans une certaine mesure, au financement de ceux qu’elle qualifie de terroristes? Devant l’absurdité de cette situation, Kafka doit se retourner dans sa tombe. L’autre mesure impérative qui doit être prise par la communauté internationale pour combattre l’invasion barbare des temps modernes est l’arrêt du processus de démembrement de l’Etat dans les pays en crise, notamment l’Irak, le Yémen, la Syrie et la Libye. L’affaiblissement du pouvoir central, le délitement des institutions et l’éclatement de l’armée conduisent à l’effondrement de l’Etat, condition idéale pour l’apparition et l’éclosion de mouvements extrémistes tel l’Etat islamique, l’enfant monstrueux d’al-Qaïda. Là aussi, l’Occident se trouve confronté à une situation kafkaïenne qu’il lui revient de résoudre. Comment peut-il concilier la nécessité d’empêcher l’effondrement de l’Etat et de l’armée en Syrie et la poursuite de son soutien financier, militaire et logistique à des groupes très peu fréquentables comme Le Front islamique, une copie soft de l’Etat islamique? En s’abstenant d’adopter ces mesures, qui nécessitent un changement radical d’approche, et, par conséquent, un mea-culpa, les pays occidentaux prouvent leur manque de sérieux dans la lutte contre l’Etat islamique. Le drame irréparable serait que certains soient bercés par l’illusion qu’ils peuvent dompter et instrumentaliser ce monstre dans l’espoir d’engendrer des gains géopolitiques.


 Paul Khalifeh
   

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