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Semaine politique

Semaine politique

 

L'anniversaire du 14 mars. Les grosses pointures en retrait

 

Organisée au Biel, la commémoration du septième anniversaire de la révolution du Cèdre aura été marquée par la mise en avant des membres de la société civile et la rédaction d’une nouvelle charte politique.

«2005 un seul peuple. 2012, un seul Etat». Pour la première fois depuis sa création, le 14 mars a été commémoré dans une salle fermée. A-t-il perdu de son souffle? L’année dernière encore, le mouvement avait mobilisé des milliers de personnes Place des Martyrs. On revoit encore Saad Hariri tomber la veste et retrousser les manches à la tribune. Ce 14 mars 2012, le leader naturel de la coalition n’était pas là.
Ni lui, ni le secrétaire général de la Gauche démocratique, Elias Atallah. Hariri et le leader des FL, Samir Geagea, ont tenté de l’en dissuader. Toutefois, toujours membre du 14 mars, l’ancien député porte trois griefs. «Le boycottage du meeting est le résultat de notre désaccord sur le contenu de la charte politique, qui manque, à notre avis, de clarté, surtout en ce qui concerne les événements régionaux et la description du passage escompté vers l’Etat de droit. De plus, nous aurions préféré un autre contenu pour la cérémonie, et une consultation de l’opinion publique dans le choix du lieu du meeting. Nous voulons une définition de l’Etat civil, et une plus large participation du public».
C’est pour pointer du doigt son absence qu’un appel au rassemblement au Jardin Samir Kassir, derrière l’immeuble an-Nahar, a été lancé par de jeunes activistes du 14 mars sur le réseau Facebook. L’un des initiateurs de la manifestation explique qu’il est «nécessaire, à l’heure où la jeunesse arabe se soulève, que nous montrions notre solidarité par notre présence». Des partisans de la première heure n’hésitent pas à dénoncer la «captation du mouvement populaire qu’ils ont contribué à créer par certains pour des intérêts politiques et électoralistes».
Sur la scène du Biel, aucun homme politique n’a pris la parole. D’aucuns expliquent cette année avoir voulu donner parole au public du 14 mars, à ses militants originels. Assis aux premiers rangs, ils ont écouté des membres plus ou moins en vue de la société civile.
Se sont exprimés les journalistes May Chidiac, Joumana Nammour, Michel Hajji-Georgiou, Hadi el-Amine, le fils de l’ancien mufti chiite de Saïda Ali el-Amine, Dina Khatib, la fille de l’ancien député de la Békaa-Ouest Sami Khatib, Khodr Maccaoui, un poseur de tentes de 2005 proche de l’ancien député Misbah Ahdab, et le jeune joaillier Salim Mouzannar. Si les professionnels de la tribune ont prononcé des discours compassés, les novices se sont démarqués par leur fraîcheur d’esprit. Les avantages de la démocratie participative. Mais tous ont parlé de la construction d’un Etat au service de tous, des armes qui bafouent la liberté, la souveraineté et l’indépendance du pays, et du courage et la soif de liberté du peuple syrien, en guerre contre un régime qui polarise encore tous les regards. Bien qu’hommage ait été rendu aux martyrs et à Nassib Lahoud, il a été très peu question du Tribunal et de la Vérité.
C’est Boutros Harb qui a prononcé la dernière allocution. Quelques jours après le Courant du futur, le mouvement du 14 mars a donc rédigé une nouvelle charte politique. «Nous rêvons de responsables qui donnent la priorité à l’intérêt national au lieu de leur propre intérêt, a martelé le député. Nous rêvons d’un pays dans lequel les discussions ne se transforment pas en différends. D’un Liban digne et source de fierté pour ses citoyens. Nous devons concentrer nos efforts pour la formation d’un Etat cohérent, uni et puissant, afin d’éviter les divisions entre les Libanais».
La révolution de la paix civile était le thème de cette septième commémoration. Quitte à prendre l’exercice de communication pour argent comptant, les petites piques adressées aux barons du 14 mars montrent une vraie attente, voire une certaine impatience. Relancer la machine, voilà le leitmotiv des organisateurs. J. A.R.

 

Le message de Hariri
Quelques heures avant le début de la cérémonie, l’ancien Premier ministre a réitéré l’engagement du 14 mars à édifier l’Etat libanais. «En cette occasion, nous renouvelons notre engagement en faveur de l’union nationale face à tous les défis. Le Liban est confronté à des défis majeurs. Cela nécessite que nous revenions à l’esprit du 14 mars, fondé sur l’unité du peuple pour mettre fin à l’ère de l’hégémonie». Il a évidemment évoqué la crise syrienne, estimant que «nos responsabilités morales et politiques nous obligent à soutenir le peuple syrien».

 

 

Marwan Hamadé, député du Chouf
Le risque d’une fitna sera évité

 

«Walid Joumblatt avait dénoncé les assassins de son père devant les caméras de la télévision. Ni les Joumblatt, ni les druzes, ni le PSP ne doivent leur place politique aux Syriens», déclare le député Marwan Hamadé.

 

Qu’est-ce qui caractérise la commémoration du 14 mars cette année, alors qu’elle coïncide avec les révolutions arabes?
Ce sont les principes, la constance, la détermination et la mobilisation de ses cadres qui la caractérisent.

Sayyed Hassan Nasrallah ironise sur la révolution du Cèdre et vous demande si vous êtes convaincus d’avoir inspiré les Printemps arabes…
Nous avons, sans aucun doute, inspiré les Printemps arabes. Celui qui prétend à la résistance contre l’ennemi, s’allie à ceux qui agissent comme les gangs sionistes contre le peuple palestinien. Nous assistons dans des villes syriennes au même drame qu’a vécu la Palestine en 1947, 1948. Il est inadmissible que sayyed Hassan Nasrallah soutienne la famille Assad coupable d’un Deir Yassine arabe.

 

La commémoration du 14 mars peut-elle ramener le député Walid Joumblatt, qui dénonce ce qui se passe en Syrie, dans les rangs de l’opposition?
Le 14 mars n’est ni un bloc parlementaire, ni un rassemblement de parties ou une rencontre ponctuels. C’est un climat et une approche civilisée de la réalité du Liban et du monde arabe. Ce sont ces principes qui ont rassemblé les Libanais le 14 mars 2005 Place des Martyrs, et à leur tête, Walid Joumblatt. C’est ce qui les fera se retrouver sur la scène politique même si ce n’est pas dans un salon ou autour d’une table.

 

Walid Joumblatt a déclaré, à l’occasion de la commémoration du martyr de Kamal Joumblatt, qu’il était temps de faire tomber le mythe Hafez el-Assad et il accuse directement le régime syrien de l’assassinat de son père…
Cette accusation n’est pas nouvelle. Walid Joumblatt avait ouvert le dossier de l’assassinat devant les caméras de la télévision. Un dossier complet impliquant directement le régime syrien. Un régime qui brûle les terres syriennes aujourd’hui comme il l’avait fait à Achrafié, Tripoli, Sofar, Saïda, Zahlé, les camps et autres. Les trêves étaient imposées par la situation libanaise, et Walid Joumblatt agissait dans l’intérêt de l’unité du Liban et de sa stabilité. Après Taëf, il avait des raisons personnelles. Mais lorsque les assassinats touchent des dizaines de milliers de Syriens, le silence n’est plus permis.

 

Certains accusent Walid Joumblatt d’ingratitude envers la famille Assad qui l’aurait soutenu dans la guerre de la Montagne et jusqu’à l’après-Taëf…
Ni la famille Joumblatt, ni les druzes et leur histoire, ni le Parti socialiste progressiste ne doivent à la famille Assad leur place naturelle sur la scène libanaise. Leur position évolue en fonction des développements politiques libanais comme toutes les autres forces libanaises.

 

Vous refusez que le livre d’histoire ignore n’importe quelle étape et, surtout, celle de la révolution du Cèdre…
Aucune étape ne doit être ignorée, mais il ne faut pas évoquer les étapes actuelles en les falsifiant, elles n’auraient plus leur place à l’avenir.

 

En ce qui concerne le Tribunal international, le juge Bellemare dit que le Hezbollah ne prête aucun intérêt aux communications par au moyen de cellulaires ni aux traces qu’elles peuvent laisser … 
Je pense que les premiers assassins n’ont pas prêté attention à cela, la sécurité étant assurée par le bloc libano-syro-iranien. Lorsque les choses ont changé, il a probablement changé les moyens. C’est ce qui a permis de découvrir les auteurs des attentats qui ont eu lieu avant la fin 2005.

 

Craignez-vous une fitna sunnito-chiite au Liban?
L’action politique du président Nabih Berry limite les risques d’une Fina. Les propos du président Saad Hariri et son ouverture politique prouvent que tous sont conscients du danger et n’y exposeront pas le pays. Nous souhaitons aussi que le chef de l’Eglise maronite soit l’acteur le plus efficace dans le rapprochement des points de vue pour éviter toute fitna.

 

Le gouvernement actuel restera-t-il en place jusqu’aux élections?
Le gouvernement doit démissionner avant les législatives et céder la place à un gouvernement de technocrates, capable d’organiser des élections intègres loin du poids des armes.

 

Quelle solution préconisez-vous?
Que le gouvernement des armes ne soit pas au pouvoir. Propos recueillis par Saad Elias

 

 

Trafic de Captagon
Le Hezbollah couvrait-il les frères Moussaoui?

 

Loin des caméras, le Hezbollah aurait arrêté Hachem Moussaoui, frère du député Hussein Moussaoui, avant de le remettre quelques jours plus tard aux autorités libanaises. C’est du moins ce que des sources proches du parti avancent. Mais d’autres versions assurent que Moussaoui, accusé de trafic de stupéfiants, court toujours.

 

L’information a filtré à travers un journal proche du 14 mars: Hachem Moussaoui, frère du député Hussein Moussaoui, est accusé de trafic de stupéfiants. Jihad Moussaoui, un autre frère du fondateur du mouvement Amal islamique, un des premiers noyaux du Hezbollah, serait également impliqué.
L’embarras causé par cette affaire ne s’est pas limité aux membres de la famille, car Hachem Moussaoui fait aussi partie du Hezbollah et suivait des études religieuses dans la Hawza (école religieuse) de l’Imam al-Mountazar, à Baalbeck. Il y a quelques mois, il a même obtenu le droit de porter la Abaya. Mais derrière son habit d’ouléma, il cachait d’autres activités beaucoup moins respectables: la production de Captagon, un amphétamine et un stimulant très prisé par les jeunes au Moyen-Orient, surtout dans les pays du Golfe.
Cette affaire tombe au mauvais moment pour le Hezbollah, dont la réputation d’intégrité et de droiture a été sérieusement écornée, ces derniers temps, surtout après le démantèlement dans ses rangs d’une cellule qui collaborait avec la CIA. Toutefois, des sources proches du Hezbollah notent que le parti n’a rien à se reprocher dans cette affaire, d’autant que Hachem Moussaoui a été démasqué par ses propres services, qui ont suspecté les signes de richesse soudainement apparus sur le frère du député. Ces sources ajoutent que «c’est grâce aux investigations menées par les services de sécurité du parti que l’usine qui produisait ces stupéfiants, à Choueifat, a pu être découverte et démantelée». «Le Hezbollah a prouvé une nouvelle fois qu’il ne tolérait pas et ne protégeait pas les hors-la-loi, refusant ainsi de soutenir les accusés ou de faire pression pour étouffer l’affaire», poursuit la même source.

Versions contradictoires
Les informations sur le lieu exact de l’usine sont contradictoires. Certaines versions indiquent que Hachem Moussaoui a monté son business illégal dans un entrepôt de la banlieue sud, où il pouvait produire jusqu’à un million de pilules de Captagon par mois. D’autres assurent que l’usine se trouvait dans le village de Britel, proche du fief familial des Moussawi.
Ce n’est pas la seule confusion. Des sources affirment ce sont les autorités libanaises qui ont découvert l’usine tournant à plein régime. «Les forces de sécurité libanaises ont suivi un fil qui les a menés tout droit vers l’usine en question. A leur grande surprise, ils ont découvert qu’elle appartenait à Hachem Moussaoui, révèlent ces sources. Les plus hautes instances au ministère de l’Intérieur ont alors contacté des responsables du Hezbollah qui ont assuré que le parti n’était pas impliqué dans ce trafic, demandant aux forces de l’ordre de faire le nécessaire. Mais le Hezbollah s’est abstenu de remettre les deux frères à la police». Les autorités libanaises, quant à elles, n’ont pas communiqué sur cette affaire, refusant de préciser si les deux frères Moussawi ont été arrêtés. Cependant, la chaîne libanaise MTV assure que Hachem et Jihad Moussaoui courent toujours et ont trouvé refuge dans la maison familiale, à Nabi-Shit.
Cette affaire suscite un grand nombre d’interrogations. Depuis combien d’années Hachem Moussaoui gère-t-il ce business? Pourquoi le Hezbollah, supposé tout savoir sur les activités dans les régions à majorité chiite, précisément dans le Hermel et la Banlieue Sud, n’a rien fait pour mettre un terme à ce trafic? Walid Raad

 

Un député discret
Originaire du village de Nabi-Shit, Hussein Moussawi s’est fait un nom en annonçant la première dissidence au sein du Mouvement Amal, en 1982, formant ainsi un nouveau courant plus religieux et, surtout, plus proche de la République islamique d’Iran. Depuis, il est considéré comme l’homme des Iraniens. Et même après avoir contribué à la fondation du Hezbollah, il a gardé une certaine indépendance due à ses rapports privilégiés avec Téhéran. La décision du Hezbollah de le choisir comme candidat aux élections de 2009 pour remplacer Hussein Husseini avait alors surpris.
Hussein Moussaoui reste sans aucun doute le député le moins connu du Hezbollah, car non seulement il n’aime pas les médias, mais il est hanté depuis des décennies par des craintes pour sa sécurité personnelle, ce qui rend ses déplacements assez rares. Une attitude réservée qui ne plaît pas beaucoup aux électeurs de la région.

 

 

L’histoire déchaîne les passions
Les étudiants violement dispersés

 

Samedi 10 mars, sur la place Riad Solh, des heurts ont éclaté entre des étudiants Kataëb et du PNL, qui manifestaient contre le projet du manuel d’histoire, et les forces de sécurité qui encadraient le rassemblement. Bilan, plusieurs blessés de part et d’autre. Un incident qui vient envenimer un débat déjà vif.

«Pour soumettre un peuple, il faut lui faire oublier son histoire». C’est le dossier brûlant du moment. Soulevée il y a quelques semaines par le député phalangiste Sami Gemayel, qui a trouvé son nouveau cheval de bataille, la question de la rédaction du nouveau manuel officiel d’histoire est désormais au centre des débats. Critiquant «l’approche subjective et sélective, partiale et idéologique» de la commission de rédaction, l’élu du Metn a brandi la menace d’une «désobéissance scolaire». Après avoir organisé quatre rassemblements dans les régions, plusieurs centaines d’étudiants chrétiens du 14 mars se sont réunis samedi en face de la maison centrale des Kataëb, à quelques encablures du centre-ville de Beyrouth. Pacifique, la manifestation a dérapé lorsque les étudiants ont décidé de faire circuler un van équipé de hauts-parleurs hors des lieux du rassemblement. Les forces de l’ordre l’ont interdit, le climat s’est très vite tendu et ce qui devait arriver arriva. La manifestation a été violemment dispersée. Des policiers et des manifestants sont sortis le visage en sang. Sami Gemayel a dénoncé  «la brutalité des forces de sécurité».
L’évènement a mis le monde politique en émoi. Le CPL et le PSP ont vertement condamné les agissements de «certains policiers». Le chef de l’État, Michel Sleiman, a admis lundi que des erreurs ont été commises des deux côtés, tout en soulignant que cet incident devait être considéré comme «exceptionnel». Une façon d’embrayer sur le spectre d’un retour aux pratiques de la tutelle syrienne qu’ont agité les manifestants après l’incident. Interrogé dans la foulée à la télévision, Sami Gemayel a fait porter au pouvoir exécutif la responsabilité de ces affrontements.  «Serait-ce parce qu’ils se sont habitués à voir les chrétiens en situation de faiblesse?» La ficelle est grosse. Le responsable des étudiants du PNL, Simon Dergham, a lui aussi fustigé «l’attitude non démocratique et barbare des policiers à l’égard des étudiants».
Mis en cause, Najib Mikati, est entré en contact avec Gemayel, soulignant qu’il déplorait l’incident. Mardi, le Premier ministre a reçu une délégation d’étudiants Kataëb. La veille, en tant que président de la Commission de rédaction du manuel d’histoire tant décrié, il a affirmé qu’il n’approuverait pas un manuel qui ne ferait pas l’unanimité. «Il n’y aura pas de manuel qui serait considéré par une partie des Libanais comme étant inique à son égard». Le 7 mars dernier, les évêques maronites affirmaient que cette affaire devrait faire l’objet d’un consensus national. «Soit l’histoire du Liban est unifiée, soit on entame un nouveau projet de partition», indiquait le communiqué publiée à l'issue de la réunion. Ou comment dramatiser à outrance une question qui demande au contraire calme et sérénité. J. A-R.

 

La version de Charbel
Le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a livré en début de semaine une explication prosaïque du dérapage de la manifestation de samedi 10 mars. «Lorsqu’un officier des FSI est intervenu pour rétablir l’ordre, il a été battu. Ce qui a poussé ses collègues, équipés de bâtons, à réagir pour maîtriser la situation. Cela n’en valait pas la peine». Une condamnation plutôt molle.

 

 

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