Magazine Le Mensuel

Nº 2865 du vendredi 5 octobre 2012

à la Une

Aoun à Jbeil. Un déplacement à haut risque… qui finit bien

Durant sa tournée de deux jours dans la région de Jbeil, Michel Aoun est apparu comme le premier acteur politique de la circonscription. A quelques mois des législatives, l’incident de l’église Sainte-Elige a lancé la bataille entre le CPL et les Forces libanaises.

Le déplacement de campagne est une arme électorale indispensable. Il s’agit de mobiliser les sympathisants et de montrer sa proximité avec la base. A Jbeil, les partisans du général ont déroulé le tapis rouge à leur héros. Une semaine après l’attaque de l’un de ses convois à Saïda, Michel Aoun a maintenu sa visite. Une façon de rassurer les militants et un message à ses détracteurs. Aux yeux de ses supporters, il apparaît comme l’espoir de tout un peuple que l’on veut abattre. A Jbeil, les comités locaux du parti lui ont organisé un sacré accueil. Les drapeaux orange flottaient sur les villages, les partisans englués dans leurs soucis de la vie quotidienne ont mis la main à la patte. Ceux qui n’habitent pas la région ont pu suivre le déplacement en direct à la télévision. Mobilisation des troupes, dramatisation de l’enjeu. La machine électorale est enclenchée. Le CPL s’est mis en mouvement, emmené par son leader, bien décidé à croiser le fer dans une région où, comme toutes les circonscriptions à majorité chrétienne, le combat risque de faire des étincelles.

Pédagogie offensive
Le programme des réjouissances est fignolé à la minute près. Au premier jour, Aoun a arpenté les routes et les localités du sud de la petite circonscription. Composée des députés de la région Simon Abi-Ramia, Walid Khoury et Abbas Hachem, de l’ancien député Chamel Mouzaya et de responsables régionaux du CPL, la délégation aouniste s’est donné rendez-vous à Bir el-Hit, à sept kilomètres à l’est de la ville côtière de Halat, sur les premières hauteurs du jurd de Jbeil. Le dispositif de sécurité est imposant. La police, sur le qui-vive, balise l’itinéraire. Michel Aoun veut faire de la pédagogie. Le leader du CPL prononce des discours thématiques, saupoudrés des caractéristiques locales. A Bir el-Hit, où il a été accueilli par plusieurs membres du conseil municipal, il parle de la loi électorale qui sera, selon lui, «inévitablement adoptée». Il poursuit son discours en expliquant que le changement et la réforme sont des réclamations cruciales dans le pays «puisque notre argent a été volé de manière irresponsable depuis 1992».
Mais le point d’orgue de cette première journée est sans nul doute l’étape à Kartaba, le village le plus peuplé de la montagne de Jbeil, d’où est notamment originaire le secrétaire général du 14 mars, l’ancien député Farès Souhaid. Le symbole se veut fort. A chaque étape, les maires des communes environnantes font acte de présence. A Kartaba, le leader du CPL frappe fort. En vrac, «la politique du changement et de la réforme, que le CPL a adoptée, a assuré la stabilité au Liban, que l’autre partie le veuille ou pas», et «la chute du régime syrien risque de favoriser la présence de groupes extrémistes dans le Nord du Liban». Le leader du CPL n’a pas manqué de critiquer une partie du gouvernement qui cherche toujours à entraver les projets de développement dans la région de Jbeil, affirmant que «le CPL travaille loin de toute exploitation politique ou électorale». Mais en parallèle, Aoun a appelé à «unifier les efforts avec le président de la République en faveur de l’intérêt national».
Dernière étape de la journée, la localité de Akoura, où il a loué son alliance avec les partis chiites.
 

Discours rôdé
Le document d’entente avec le Hezbollah, la loi électorale et le refus du fondamentalisme auront été les points-clés de l’argumentaire du parti, développé le lendemain. Dimanche matin, le leader du CPL s’est rendu à Ehmej, le village natal du député Simon Abi-Ramia. Dans le salon de l’église du village, Michel Aoun a expliqué que ceux qui réclament les petites circonscriptions veulent fragmenter le Liban. «Il n’est plus admis que la majorité populaire soit représentée par une minorité parlementaire. Nous sommes pour la proportionnelle, même si une telle loi nous fait perdre quatre sièges parlementaires, puisque nous tenons à la bonne représentation. L’arrivée du camp adverse au pouvoir serait un choix catastrophique, car ce camp effectuerait un coup d’Etat radical, encore plus dangereux que la période de la tutelle syrienne».
Après Ehmej, direction le village chiite de Ras Osta, où une cérémonie a été organisée en son honneur sur la place du village, à laquelle ont participé les notables de la région. Il s’est par la suite dirigé vers le monastère Saint-Maron de Annaya, où il a assisté à une messe cérémoniale présidée par le père Milad Tarabay. Il arrive dans l’après-midi à Mechmech où le général a expliqué que «Jbeil a toujours constitué la part de l’opposition, mais nous voulons désormais qu’elle soit celle de la majorité».

L’incident de Mayfouk
Il s’est ensuite rendu à Lehfed, lieu de villégiature du président Michel Sleiman, où il a visité la maison du bienheureux Estephan Nehmé. Lorsqu’il se dirige ensuite vers les villages de Jaj et de Tartej, où il a été reçu par les foules sur la place de l’église du village, il sait déjà qu’autour de l’église Notre-Dame d’Elige, des militants des Forces ibanaises ont bloqué l’accès au lieu.
Dans le cimetière de cette église, sont enterrés de nombreuses victimes membres de la Résistance libanaise à l’époque de la guerre fratricide qui a opposé l’armée dirigée par Michel Aoun et les combattants des milices chrétiennes. Le leader du CPL avait l’intention d’y déposer une gerbe de fleurs en hommage aux martyrs. Mais dès vendredi, la Ligue de Notre-Dame d’Elige, qui regroupe les familles des victimes, a condamné «les tentatives d’exploiter politiquement ce site afin de raviver les haines du passé». Les familles et les partisans des Forces libanaises se sont donc réunis autour de l’église pour faire barrage au convoi de Aoun. Les autorités, prévenues depuis plusieurs jours, sont déployées pour éviter les débordements.
Contraint d’annuler l’étape, le leader du CPL s’est néanmoins exprimé dans le jardin du village, indiquant qu’un martyr «n’est la propriété de personne mais appartient à toute la nation». Au rond-point de Mayfouk, le convoi s’est retrouvé face à des militants FL. De petites échauffourées ont éclaté, vite dispersées par les forces de l’ordre.
Après des arrêts à Bejjé, Ghalboun et Hsarat, il s’est rendu au siège de l’évêché maronite de Jbeil à Amchit, où il a été reçu par l’évêque Michel Aoun. «Je ne réalise toujours pas ce qui s’est passé. Nous fermer au nez la porte d’une église n’a absolument rien de chrétien».
Quelques heures plus tard, le leader des FL, Samir Geagea ,estimait que Aoun a laissé le champ libre à l’impertinence, portant toutes sortes d’accusations, d’obscénités et de propos abjects et méprisants. Je déplore qu’à son âge, il en soit encore à l’usage d’un tel style, tout en distribuant des conseils et des paroles qui se veulent sages. Il ne lui appartient pas de porter un jugement sur la valeur chrétienne de nos actes. Réponse de l’intéressé. «Cet incident m’a ravi car il nous a rendu service politiquement en dévoilant la manière dont ils se sont comportés». La campagne électorale est lancée.

Julien Abi-Ramia
 

Bassil aux USA
Le ministre de l’Energie, Gebran Bassil, est en visite officielle aux Etats-Unis. Au cours d’un dîner organisé à Michigan, place forte de la diaspora libanaise basée sur la côte Est du pays, il a expliqué que «l’entente entre le CPL et le Hezbollah a récolté ses résultats en dépit de tout ce qui tourmente la région. Ceux qui proposent une loi électorale basée sur un découpage prévoyant 50 petites circonscriptions, cherchent à manipuler les voix chrétiennes». Il a affirmé l’importance du rôle des chrétiens au Moyen-Orient, mettant en garde contre les complots fomentés contre eux pour les déplacer.
Il s’est également exprimé sur les blocages qui l’empêchent de faire avancer les projets ayant trait à l’électricité, à l’eau et au pétrole.

 

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