Magazine Le Mensuel

Nº 2873 du vendredi 30 novembre 2012

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Différents visages Les Chansonniers du Théâtre de 10 heures

«Au Bobino, branle-bas général. Georges Saba a décidé de créer une nouvelle formule qui fera énormément de bruit: le Théâtre de 10 heures, une initiative calculée et confiée à Pierre Gédéon et sa troupe de Pêle-mêle», rapporte les potins de Magazine, le 5 avril 1962.

«Cela a commencé, comme toutes les bonnes choses, bêtement, se souvient Abdallah Nabbout, alias Dudul. Pierre Gédéon nous a dit qu’un night-club cherchait un spectacle type music hall. Je me rappelle encore de notre première représentation au Bobino, A qui le tour? Nous faisions la première partie, en apéritif, avant les filles. A vrai dire, on ne croyait pas que ça allait durer».
Sur les planches du Bobino, à dix heures précises le 13 avril 1962, Pierre Gédéon, Gaston Chikhani, Dudul, Marie-Joe Allegrini, André Jean, Micheline, Alcide Borik ou encore Joe Adam entrent dans la danse face à un public déjà conquis. Dans Magazine, entre avril et juin 1962, on peut lire, «Au Bobino, les jeux de l’esprit ont remplacé les cliquetis des castagnettes et les clignements de nombrils. Pour la première fois dans les annales du cabaret libanais, un groupe de jeunes a réussi, en l’espace d’une soirée, à faire triompher la satire. Ministres en exercice et hauts fonctionnaires furent gentiment critiqués devant quelques centaines de personnes. Selon qu’ils dînent ou ne dînent pas, les spectateurs s’esclaffent ou … avalent de travers».
«Nous avons commencé le 13 avril 1962 pour finir le 13 avril 1975, à l’exception de six jours de représentations au Casino du Liban pour Kan ya ma kan en juin 1978», reprend Dudul. Ce dernier, alors fonctionnaire d’Etat, devait se choisir un nom de scène. «On m’appelait Dédé ou Abdul, puis quelqu’un m’a soufflé le nom de Dudul et je l’ai adopté». Au fil de ses revues, la troupe présente différents visages, au-delà de sa colonne vertébrale composée de Pierre Gédéon, surnommé «le Patron», l’inimitable Gaston Chikhani, «Monsieur Cellulite» et enfin Dudul, le cerveau et la plume de la troupe. Mais au-delà des noms cités pour leur première, il faut ajouter Edmond Anonyme, Cécile Gédéon, Jeannette Doumani, Micheline Daou, Sarkis Chaterian, Chucri Abboud, Michelle Duclos, Mireille Safa ou encore Denise Farhoud.

Des rires qui pardonnent
«Chaque personnage avait son propre caractère, poursuit Dudul. Nous faisions semblant d’improviser mais tout était écrit. Nous devions présenter nos textes à la censure. De plus, si un mot refroidissait le public, c’était fini». Une censure qu’ils aimaient parfois chahuter, au risque de recevoir les foudres de cette dernière notamment pour leur sketch sur «l’amant à Sion», après la guerre des six jours en 1967.
La fine équipe part du Bobino en octobre 1963 pour investir le Lido sur l’avenue des Français, puis le Casino du Liban pendant huit mois. En période estivale, la troupe joue également au Perroquet de l’hôtel Printania de Broumana ou au Monkey Bar du Grand Hôtel de Sofar. Prosper Gay-Para, emblématique propriétaire des Caves du Roy, avait toujours eu un œil sur ces chansonniers; s’ils tenaient plus de quatre ans, il les engageait. «Et nous sommes restés au Palm Beach jusqu’en 1975», confirme Dudul, qui eut à l’époque en professeur d’arabe, un certain élève nommé Philby.
Ecrits au départ en français, les textes des sketchs donneront également sa place à l’arabe. «Nous parlions de tout et de n’importe quoi, surtout des gens», raconte la plume du groupe, sourire en coin, en repensant aux mille et un jeux de mots alors inventés. Il en glisse d’ailleurs un, un tant soit peu culotté: «Pour que les mamelles tiennent», en rapport à l’épouse de M. Moussa, directeur du Casino du Liban. Mais il suffit de reprendre l’intitulé de leurs revues pour se faire une idée de la verve acerbe et délectable de ces chansonniers: Merci beau cul, Vive le Cas male, La chambre à air, Frottez sabrille, Le pire Amid, Purgez ça urge, Huile à Rachid, Yafi en rosse, On a Sassine, L’eddé mêle, Miss tahile, La Syrie noire, Une fin d’heloup,  Sleiwoman ou encore Cessez le Fuel (en 1973).
Le 6 janvier 1972, Magazine revient sur les «dix ans de mise en boîte de nos politiciens qui, d’ailleurs, étaient les premiers à en rire», sous les mots du Théâtre de 10 heures. Le bilan de la troupe notifiait 3550 heures de télévision, 1500 heures de radio, 470000 spectateurs, 12 kilos de coupures de presse avec plus de 1500 photos, 29 kilos de textes originaux écrits par les acteurs et 2 disques.
«Quelquefois prophètes, les Dix heures ne se contentent pas d’amuser, ils essaient de faire passer un message, écrit la journaliste de Magazine Randa Habib. Vous conviendrez avec moi que les chansonniers ne détruisent que pour (essayer) mieux construire».
Il y aurait tant de choses à dire. «Et que de souvenirs, un souvenir amène», parachève Dudul.

Delphine Darmency
 


Extrait de poème
«Quand Dieu créa le monde, la Terre et l’univers,
Il voulut faire un lieu bien
Extraordinaire:
Une mer, un climat, un soleil éclatant,
Il fit si bien les choses qu’Il créa le Liban.
Mais quand Il aperçut un peu autour de lui
L’état de ses voisins l’Egypte et la Syrie,
J’ai été trop injuste, dit-Il, faut y remédier,
Et pour faire l’équilibre, Il créa le Libanais».

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