Magazine Le Mensuel

Nº 2881 du vendredi 25 janvier 2013

Presse étrangère

La loi électorale décortiquée

Cette semaine, la presse étrangère a savamment pris le débat sur la proposition de la Rencontre orthodoxe à bras-le-corps, en la liant notamment aux considérations régionales et communautaires du moment.

Causeur
Le site français Causeur analyse la «proportionnelle confessionnelle». En réduisant le mandat parlementaire à une représentation confessionnelle pure et dure, le Rassemblement orthodoxe a mis les pieds dans le plat du communautarisme libanais. Aujourd’hui, les chrétiens bénéficient d’une représentation parlementaire qui ignore superbement leur infériorité numérique au sein de la population libanaise, un secret de polichinelle devenu un authentique tabou à l’heure où les chiites constituent, selon certaines projections démographiques, la première communauté du pays. Malgré le soutien des principales forces chrétiennes et le ralliement des chiites d’Amal et du Hezbollah, l’avenir de la formule orthodoxe semble compromis.
Tout simplement parce que toutes les institutions qui tiennent à peu près debout au Liban s’appuient sur le consensus. Or, s’il était adopté tel quel, le vote national-communautaire à la proportionnelle ruinerait les fiefs locaux.
Que le statu quo ante prévale ou non, le dessein d’une nation déconfessionnalisée n’est néanmoins pas pour demain à l’heure où les Libanais cherchent l’équation communautaire «la moins pire», sinon la meilleure. Du devenir de l’ancienne «Suisse du monde arabe» dépend potentiellement l’avenir d’Etats atomisés par les clivages politiques, confessionnels et ethniques, en quête de la formule magique pour chasser le mistigri de la discorde tout en s’arrachant à l’autoritarisme jacobin d’une élite prédatrice. Plus qu’un spectre à conjurer, la fameuse «libanisation» est peut-être la solution introuvable qui réconciliera le monde arabe postrévolutionnaire avec le pluralisme…

Al-Hayat
Pour le quotidien panarabe à capitaux saoudiens al-Hayat, la loi électorale et la crise régionale sont intimement liées.
Le Liban a beaucoup de mal à accoucher d’une nouvelle loi électorale. Mais la crise qui secoue le petit pays ne diffère en rien de ce qui se passe dans les pays voisins, étiquetés comme faisant partie de l’axe pro-iranien, en Syrie et en Irak. Au Liban, chaque communauté pense être le centre de l’univers. Toutefois, cela n’annule pas le fait que la polémique autour de la loi électorale est en fait une bataille pour le pouvoir politique, appelée à redéfinir l’identité du pays dans les années à venir. En ce sens, ce qui se passe au Liban ressemble à ce qui se passe en Syrie et en Irak.
Il existe évidemment des différences  dans les relations entre les communautés dans ces pays. Mais le point commun est tout trouvé. Téhéran ne permettra pas à une quelconque autorité d’émerger si cela avait pour conséquence d’émietter son influence prépondérante. L’Iran ne veut pas voir ces pays passer dans le giron arabo-turc ou dans l’axe Golfe-Occident.
Le Liban, l’Irak et la Syrie sont plongés dans une violence à plusieurs échelles, mais les objectifs seront les mêmes, tant que les négociations entre l’Iran et l’Occident ne déboucheront pas sur une solution acceptable pour tous. Les propositions de solutions et les manœuvres visant à retarder le changement sont similaires dans les trois pays.
Au Liban, les élections parlementaires, prévues pour le printemps prochain, chevauchent le calendrier syro-iranien. Il est probable que ces élections soient reportées pour prévenir la possibilité d’un changement dans les rapports de force. L’idée du Hezbollah et de ses alliés? Réduire la part du Courant du futur et du PSP de Joumblatt, capable de renverser la majorité. Côté chrétien, on essaye de reprendre l’initiative, d’autant que les quatre leaders de la communauté sont candidats à la présidence de la République.

 

Al-Monitor
Le site al-Monitor explique que le Liban est particulièrement inquiet de la propagation de la crise syrienne sur son territoire. Les réfugiés palestiniens du camp de Yarmouk et ceux du Liban constituent aujourd’hui la première source d’inquiétude des services de sécurité libanais, un autre facteur pourrait potentiellement faire exploser la situation. Le conflit syrien s’est cristallisé sur un front triangulaire dont les sommets sont Alep au nord, Damas à l’est et la côté syrienne à l’ouest.
Plus de 22 mois après le début de la guerre en Syrie, tous les experts arrivent à la même conclusion, c’est autour du triangle Alep-Damas-Tartous que se dénouera le conflit. Cet état de fait était prévisible il y a déjà deux ans. Le reste du territoire syrien semble s’être démarqué.
A partir de là, il suffit de prendre une carte pour comprendre les enjeux pour le Liban. Damas, dans le sud, disparaît dans les montagnes de l’Est libanais. La distance entre la capitale syrienne et Zahlé est plus courte que la distance entre elle et toutes les villes syriennes. De la même manière, Homs est plus proche du Hermel que de n’importe quelle ville syrienne.
La ligne Damas-Alep, qui passe par Homs, est facilement accessible depuis le Liban-Nord. En d’autres termes, une infiltration armée venant du Nord viendrait poser un véritable problème de sécurité pour la Syrie, mais aussi couper la ligne entre Damas et la côte syrienne. La Békaa, le Hermel et le Akkar sont, de fait, des terrains du conflit syrien.
Le problème n’est pas que d’ordre géographique, il est aussi et surtout d’ordre communautaire. La difficile cohabitation entre chiites et sunnites dans la Békaa est la même de l’autre côté de la frontière. Pareil pour les alaouites et les chrétiens entre la côte syrienne et la zone Akkar-Tripoli. Pour les experts en géopolitique, la messe est dite. Si jamais la diplomatie internationale échouait à faire cesser les combats, le Liban serait naturellement entraîné dans le conflit.

ABNA
A l’heure des élections législatives en Israël, l’agence iranienne Abna explique comment le Hezbollah voit aujourd’hui son ennemi.
La dernière attaque israélienne à Gaza aura préfiguré la prochaine guerre qui pourrait frapper le Liban et l’Iran. C’est d’ailleurs pour cela que le Hezbollah s’est autant impliqué. Autrement dit, la dernière levée du conflit israélo-palestinien a permis au Hezbollah de mettre à jour la véritable ampleur des capacités de l’ennemi après la guerre de 2006 au Liban et celle de 2008 à Gaza. La Résistance en a tiré cinq enseignements principaux.
Les services israéliens de renseignements, pris de court par les capacités militaires de la résistance palestinienne, ont été surpris par les attaques à Tel-Aviv et Jérusalem. Le seront-ils par les capacités encore plus grandes du Hezbollah? L’aviation israélienne a encore montré son inefficacité et la réticence des généraux à engager des combats au sol. Malgré tous les efforts consentis à son égard, la société israélienne reste fragile. Quelques missiles ont suffi à pousser le commandement militaire israélien à trouver des arrangements pacifiques et surtout le système de défense baptisé Dôme de Fer a montré son extrême fragilité.
Des sources proches du Hezbollah estiment que la possibilité d’une guerre contre le Liban et l’Iran ont diminué après l’expérience de Gaza, en expliquant qu’Israël, qui pensait peut-être dans le passé que le Hezbollah se vantait de ses capacités dans le cadre de la guerre psychologique, est maintenant convaincu de la puissance de la force de frappe de la Résistance.

 

Julien Abi Ramia

 


The National
Le déclin des rivaux chrétiens
Les rivaux chrétiens s’accordent sur leur déclin, c’est l’amer constat de Michael Young publié dans les colonnes du quotidien émirati The National. Depuis la fin de la guerre civile, les événements qui s’en sont suivis jusqu’à aujourd’hui ont mis en évidence à quel point les chrétiens -en particulier la plus grande communauté chrétienne du pays, celle des maronites- sont devenus secondaires et négligeables face à la rivalité principale qui oppose sunnites et chiites. Electoralement, Aoun a bien fait de s’allier avec le Hezbollah, car il peut compter sur ses électeurs. De même, dans plusieurs districts, Geagea a besoin de votes sunnites pour envoyer ses candidats au Parlement.
Mais lorsqu’est apparue la proposition du Rassemblement orthodoxe, l’ensemble des chrétiens ont joué la carte communautaire, histoire de dire à leurs partisans qu’ils prenaient leur destin entre leurs mains. Ce souffle nouveau, vite retombé, montre encore une fois l’impossibilité des chrétiens dans ce pays, à devenir autonomes.

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