Magazine Le Mensuel

Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

Affaire Déclassée

Administration libanaise. L’impossible assainissement

Depuis l’indépendance, deux questions majeures préoccupent le peuple et les responsables libanais. La réforme administrative et l’abolition du confessionnalisme ont été à l’ordre du jour des différents mandats présidentiels, sans qu’elles ne soient jamais réglées.

Les mesures pour réaliser la réforme administrative et l’abolition du confessionnalisme variaient d’un mandat à l’autre. Sous le mandat de Sleiman Frangié, une tentative est initiée pour mettre sur pied une administration saine et indépendante des allégeances politiques et confessionnelles. Le Conseil des ministres, présidé par Takieddine Solh, s’y est penché sérieusement et la décision est prise, le 18 février 1974, de soustraire les postes de première catégorie dans l’administration à toute considération communautaire, en ne tenant compte que des compétences.
Un large mouvement de mutation dans l’administration est opéré. Quarante-quatre fonctionnaires sont déplacés d’un poste à un autre, dont cinq transférés au corps diplomatique et trois aux offices autonomes. Cinq fonctionnaires sont désignés hors cadre en première catégorie dont Nicolas, fils de Fouad Ghosn, Georges Choukair, membre du Conseil général de discipline et Maged, fils de Sabri Hamadé, nommé directeur général des Ressources hydrauliques. Deux autres nouveaux fonctionnaires sont désignés: Monah el-Solh, à la présidence de la République, et Rida Abbas Dhainé, à la direction du téléphone.
Les mutations ont porté sur plus de 80% des postes de première catégorie, sans toutefois toucher à l’équilibre. Une façon de les faire passer en faisant le moins de mécontents. Mais ce ne fut pas le cas. Plusieurs objections seront soulevées par des leaders maronites et chiites. Le président Camille Chamoun dénonce ce qu’il considère un éloignement des maronites de l’administration. Une délégation de Bkerké est dépêchée auprès du président Frangié qui répond ne pas vouloir revenir sur les mesures prises, et considère que l’administration en avait besoin.
L’imam Moussa el-Sadr, lui, manifeste son mécontentement. Pour lui, les nominations ont tenu compte de l’allégeance des fonctionnaires nommés aux autorités en place et même si elles ont préservé l’équilibre communautaire, elles n’ont pas pris en considération les forces politiques en présence, en particulier les droits de la communauté chiite.
Pour Sadr, les chiites n’ont pas la place qu’il faut dans l’administration et cela depuis des années. Il demande que l’on remédie à cet état de choses. Il menace de défendre leurs intérêts par les armes s’il le faut pour leur rendre leurs droits bafoués. Une menace qu’il traduira un mois plus tard par une manifestation géante à Baalbeck. Plus de 100 000 personnes ovationneront l’imam et demanderont que soit réglé le problème de la discrimination qui vise la communauté chiite. L’imam s’est adressé à la foule, dont 15 000 hommes armés, pour affirmer que le mouvement administratif entrepris par l’Etat n’avait pas sauvegardé les droits de la communauté chiite.
Faisant écho à ses revendications, le Conseil supérieur chiite demande que soit réservé un certain nombre des postes de première catégorie à la communauté chiite. Mais le président Frangié estimait que seule la compétence doit être prise en considération nonobstant l’allégeance communautaire. Une délégation des Associations islamiques tente de faire fléchir le président de la République et de lui faire réviser les nominations. Il refuse de donner suite à son intervention, affirmant que la rotation sera appliquée dans toutes les nominations futures, afin d’éviter qu’une communauté ne considère que des postes lui sont exclusivement réservés. Cependant, ces objections finissent par entraver le train des mutations. En décembre de la même année, les nouvelles nominations sont remises en question. 

Arlette Kassas
 

Source: Mémorial du Liban – mandat Sleiman Frangié, de Joseph Chami.

Fonctionnaires mécontents
Le 22 avril 1974, face à ce qu’ils appellent la dualité du pouvoir, seize directeurs généraux et mohafez dénoncent dans les colonnes du quotidien an-Nahar, le népotisme, le favoritisme, la corruption et les dépassements par les ministres de leurs attributions, soulignant qu’il n’y a aucun espoir d’améliorer l’administration actuelle.

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