Magazine Le Mensuel

Nº 2918 du vendredi 11 octobre 2013

Affaire Déclassée

Attaques de banques et de postes de police. La fronde de l’émir Arslan

Le 3 février 1948, une agression contre le poste de gendarmerie de Sofar entraîne la mort de deux personnes, dont un gendarme. Les agresseurs, révélés par l’enquête, sont des hommes de l’émir Nouhad Arslan, frère de l’émir Magid, qui détenait à l’époque le portefeuille du ministère de la Défense.
 

Les assaillants avaient coupé la ligne téléphonique du poste de gendarmerie de Sofar avant d’attaquer. Les policiers ripostent. L’un des agresseurs, grièvement blessé, est arrêté.
Un communiqué officiel précise que les malfaiteurs avaient mis au point un plan dans l’objectif de perturber la sécurité. Ils avaient tenu leurs réunions au domicile de l’émir Nouhad Arslan pour étudier les mesures logistiques de l’opération.
Les autorités, avisées quelques jours plus tôt de la décision des agresseurs d’attaquer une banque, prennent des dispositions qui ont fait échouer cette tentative. Vingt-quatre heures plus tard, ils tendent un piège à une voiture qui passait par Mdeirej transportant de l’argent liquide, mais les forces de sécurité les ont fait fuir.
La vigilance des autorités était justifiée du fait que l’émir Nouhad Arslan, ainsi que certains de ses amis, avaient tenu plusieurs réunions au domicile de l’archevêque maronite de Beyrouth, Monseigneur Ignatios Moubarak, un des opposants les plus farouches au régime en place.
Une perquisition au domicile de l’émir Nouhad Arslan est alors autorisée. On y a découvert des explosifs et des armes. Les forces de l’ordre saisirent également un manifeste appelant à la rébellion et à la résistance armée.
L’affaire est déférée devant la Cour de justice. Mais l’émir Nouhad Arslan est introuvable. Deux de ses amis, Louis Ziadé est arrêté puis relâché, et Khaled Abdel-Kader, ancien député du Nord, est mis sous les verrous.
Quinze jours après l’agression, l’émir Nouhad Arslan arrive à Amman, où il s’engage à ne pas causer de troubles ou avoir des activités qui peuvent nuire aux relations entre la Jordanie et le Liban. Arslan élit domicile à Amman pendant plus de cinq mois. Le 31 juillet de la même année, il rentre au Liban où il est arrêté. Il est incarcéré jusqu’à l’amnistie signée par le chef de l’Etat, Béchara el-Khoury, le 16 janvier 1950, dont il bénéficie avec ses partisans.
Fin avril 1948, Monseigneur Moubarak quitte le Liban sur ordre du Vatican et à la demande des autorités libanaises qui avaient décidé de l’éloigner plutôt que de le poursuivre pour son rôle dans l’affaire de Sofar. Pour des raisons de santé, le Vatican l’autorise à rentrer à Beyrouth. Son exil forcé prend fin trois mois plus tard. Il est de retour le 2 août. Le nonce apostolique lui demande de s’abstenir de toute activité politique, alors que ses partisans reprennent leurs réunions et leurs activités. Celles de Mgr Moubarak ne prennent fin qu’au début de 1952. Le 15 décembre 1951, il adresse une lettre au Saint-Père le priant d’accepter sa démission. Le 12 février 1952, un communiqué de la nonciature apostolique informe les Libanais que le Saint-Père accepte la démission et que Mgr Moubarak sera remplacé par Ignace Ziadé à l’archevêché de Beyrouth.
Le communiqué suscite de violentes réactions. Les élèves du collège La Sagesse et des délégations maronites manifestent leur mécontentement. Ils affluent vers le siège de l’archevêché pour protester et demander que Mgr Moubarak continue à exercer ses activités. Ce dernier se voit alors obligé d’expliquer aux manifestants qu’il avait volontairement démissionné et que son état de santé ne lui permettait plus de remplir sa fonction. Tout rentre dans l’ordre.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban – le mandat Béchara el-Khoury, de Joseph Chami.

 Aperçu historique
Le mandat de Béchara el-Khoury est 
marqué par une opposition farouche au régime, surtout à cause des spéculations sur un renouvellement du mandat. L’année 1948 fut l’une des plus dures, au double niveau régional à cause de la crise en Palestine, et au plan interne où la corruption s’étale partout.

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