Magazine Le Mensuel

Nº 2937 du vendredi 21 février 2014

Presse étrangère

Question d’Israël: le Liban existe-t-il encore?

La formation d’un nouveau gouvernement au Liban n’efface pas les grandes questions que suscite la guerre régionale et communautaire qui fait rage dans la région.

AL-SHARQ AL-AWSAT
Pays: Arabie saoudite.
Périodicité: quotidien national.
Diffusion: 200000 exemplaires par jour.
Premier quotidien panarabe de la région, devant al-Hayat.

Publié cette semaine dans les colonnes du quotidien, un article, La Constitution non écrite du Liban, signé Thaïr Abbas, raconte l’histoire de la distribution communautaire des portefeuilles ministériels.
En 1943, les leaders libanais s’accordent sur un «Pacte national» non écrit qui régit le partage des pouvoirs. Aux maronites, la présidence, le commandement de l’armée et des services de sécurité, aux chiites, la présidence du Parlement et aux sunnites, le poste de Premier ministre. Pendant la guerre civile, dans les années 80, Nabih Berry propose la création d’un statut de vice-président. Idée rejetée, mais au lieu de cela, la communauté chiite se voit alors attribuer le ministère des Finances.
Dans les gouvernements Hoss et Karamé post-Taëf, le ministère de l’Intérieur revenait à un sunnite, les Affaires étrangères à un maronite et un grec-orthodoxe à la Défense. En s’attribuant le ministère des Finances et créant à Fouad Siniora un ministère similaire, Rafic Hariri casse la tradition. La Défense revient alors à un chiite et l’Intérieur à un grec-orthodoxe. En prenant sa suite, Salim Hoss donne les Finances et l’Intérieur aux grecs-orthodoxes, la Défense aux chiites et les Affaires étrangères aux sunnites. De retour en 2000, Hariri attribue les Finances à Siniora et les Affaires étrangères à un chiite. En 2004, Karamé redonne les Finances aux orthodoxes, la Défense aux sunnites et l’Intérieur aux maronites. Mikati réattribue les Finances aux maronites, la Défense aux orthodoxes et l’Intérieur aux sunnites. Tour à tour, les accords de Doha et le gouvernement Salam redistribueront les cartes.

HAARETZ
Pays: Israël.
Périodicité: quotidien.
Diffusion: 72000 exemplaires par jour.
Troisième journal du pays, derrière Maariv et Yediot Aharonot.

Cette semaine, la presse israélienne s’est beaucoup interrogée sur le devenir des nations arabes. «La Syrie, l’Irak et le Liban existent-ils encore?».
Pendant près d’un siècle, le Moyen-Orient a été défini par les Etats-nations qui ont émergé à la suite de la victoire des Alliés au cours de la Première Guerre mondiale et à la fin de l’ère coloniale. Depuis lors, des analyses stratégiques de la région se sont concentrées sur les relations entre ces Etats, et les efforts diplomatiques ont généralement tenté de maintenir la stabilité et l’intégrité de leurs frontières. En conséquence, la carte du Moyen-Orient est restée largement inchangée. Mais ce n’est plus le cas. Les vieilles cartes ne reflètent plus la réalité sur le terrain et la région est maintenant définie, pas non plus par la rivalité entre les Etats, mais par des conflits communautaires qui se propagent au-delà des frontières, devenues non pertinentes.
La réapparition de ces conflits en Irak s’est exportée en Syrie et au Liban, entraîné dans le conflit à la suite de la conséquence et très efficace intervention en Syrie, à l’appui du régime Assad, par l’armée terroriste iranienne du Hezbollah basée au Pays du Cèdre. Ce qui a rapidement conduit à des représailles contre des cibles du Hezbollah au Liban. La participation du parti dans la guerre civile syrienne n’est pas intervenue en raison d’un sentiment de solidarité, mais parce que le Hezbollah fait partie d’une alliance régionale dirigée par l’Iran.

LE MONDE
Pays: France.
Périodicité: quotidien.
Diffusion: 325000 exemplaires par jour.

Le quotidien français de référence a suivi des milices de villageois libanais à la frontière syrienne.
Ancien policier de 43 ans, Toufik a rejoint le groupe d’autodéfense mis sur pied à Ras Baalbeck par Rifaat Nasrallah, un entrepreneur chrétien, partisan déclaré du Hezbollah chiite. En tenue paramilitaire, les villageois se sont assigné une mission: empêcher une infiltration des rebelles syriens, alors que de l’autre côté de la montagne, la bataille du Qalamoun a repris de plus belle, autour de la ville de Yabroud.
Les rondes de Ras Baalbeck n’ont rien d’exceptionnel dans cette région. Face aux violences croissantes liées au conflit syrien, plusieurs villages, jugeant les forces de sécurité trop faibles, ont constitué des comités paramilitaires: des hommes patrouillent à Fakiha, localité mixte sunnite-chrétienne voisine de Ras Baalbeck. A Laboué, bourgade chiite, des barrages contrôlés par le Hezbollah sont érigés la nuit. Selon des notables de Ras Baalbeck, plusieurs des hommes de Rifaat Nasrallah appartiennent à la «saraya» du Hezbollah, un cercle paramilitaire lié au parti chiite. Mais l’entrepreneur de 49 ans affirme agir de sa propre initiative et équiper lui-même la quarantaine de miliciens, dont les mitraillettes coûtent jusqu’à 6000 dollars.

LE FIGARO
Pays: France.
Périodicité: quotidien.
Diffusion: 360000 exemplaires.

Le pendant de droite du Monde s’est intéressé, lui, à la peur des attentats à Beyrouth.
D’étranges compositions mêlant citernes et sacs de sable protègent depuis près d’un mois les vitrines de la rue al-Arid, dans la banlieue sud de Beyrouth. «L’eau, c’est bien connu, amortit les ondes d’une explosion, croit savoir Ali, commis chez un marchand de tabac. Quant au sable, il servira à absorber les éclats». Le 21 janvier dernier, un kamikaze a semé l’effroi en faisant exploser sa voiture dans cette artère commerçante, tuant quatre riverains, blessant une trentaine d’autres et dévastant plusieurs immeubles. L’attentat, revendiqué par le Front al-Nosra au Liban, visait très vraisemblablement les bureaux voisins du Hezbollah. Il a accéléré la transformation de ce quartier chiite, bastion depuis trente ans du Parti de Dieu, en un vaste camp retranché.
«Les gens commencent à être vraiment inquiets, concède Moustafa, 47 ans, propriétaire d’un magasin de vêtements situé quelques rues plus loin. A tout moment, nous craignons d’être surpris par une nouvelle explosion». Mahmoud, dont le magasin de peinture a été refait à neuf après avoir été détruit par un kamikaze le 2 janvier dernier, déclare que «certains habitants commencent à quitter le quartier». Hassam, qui se spécialise depuis peu dans le commerce de sacs de sable, décrit: «De plus en plus d’habitants s’équipent de protections parce qu’ils sont convaincus que la violence ne va pas s’arrêter. Nous vendons en moyenne 1500 sacs par jour et de nouveaux magasins se créent chaque semaine. Certains, sans scrupule, n’hésitent pas à doubler les prix de vente».

TRANSTERRA MEDIA
Pays: Liban.
Genre: agence de reportage photo à portée internationale qui travaille avec plusieurs chaînes de télévision.

Emboîtant le pas à Magazine, premier média libanais à enquêter sur la prostitution masculine, le site s’est intéressé au même sujet.
«Quelquefois, le plus vieux métier du monde est la seule option pour les réfugiés ou les clandestins syriens», explique l’article, qui dresse le portrait de Hassan.
Quand on parle de sa vie, Hassan bégaie. Son travail aurait pu le faire arrêter, battre ou emprisonner. Hassan, un sunnite de 27 ans originaire d’Irak, est un prostitué et s’est vendu à Beyrouth pendant un an. Ce n’est pas un mode de vie qu’il a recherché, mais quelque chose qui lui a été imposé. S’il avait eu le choix, il aurait pris un autre chemin. Hassan a été contraint de quitter son pays après que sa famille eut découvert son homosexualité et menacé de le tuer. Craignant pour sa vie, il a fui l’Irak et est entré clandestinement au Liban, avec cinq autres réfugiés, par une ONG.
Seul, toujours au chômage et cherchant désespérément un moyen de gagner de l’argent, Hassan a entendu parler de bars dans les quartiers bourgeois de Beyrouth où les hommes paieraient le prix fort pour passer quelques heures avec des jeunes hommes comme lui. Deux jours plus tard, un riche entrepreneur turc le repère dans un club gay situé au cœur de la capitale. Après un verre et une brève discussion sur les tarifs, ils sont repartis ensemble. Le lendemain matin, Hassan recevait 400 dollars. Il était devenu un escort-boy. Julien Abi Ramia

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Cette semaine, à la une de l’actualité évidemment, la formation du gouvernement de Tammam Salam au bout de onze mois d’attente. La presse internationale y voit le résultat d’un savant équilibre entre toutes les parties qui ont accepté de faire des concessions. Alors que la presse occidentale préfère voir la fin d’une longue période de trouble appuyée par les puissances qui comptent, la presse arabe et israélienne ne se fait guère d’illusion sur la durée de vie de cet Exécutif qui regroupe en son sein de lourdes contradictions.  

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