Magazine Le Mensuel

Nº 2980 du vendredi 19 décembre 2014

Livre

Dar Arcane lance trois nouveaux livres. Du Liban et d’ailleurs

Fouilles, Histoire du Liban en BD – L’époque romaine, Harahir. Voici les titres des trois livres récemment publiés par Dar Arcane et présentés, débats et discussions à l’appui, lors du dernier Salon du livre francophone de Beyrouth.
 

Fouilles
Exhumer les silences

Fouilles, comme les vestiges d’une terre qui ne cesse de dévoiler ses profondeurs. Fouilles, comme les secrets de famille qu’on tait à cause de… Fouilles, comme les horreurs qu’un pays se refuse à reconnaître… Fouilles, parce qu’il est temps de déterrer tout cela, de sortir les cadavres des placards, des tombeaux, de la terre, de la ville, de Beyrouth. Fouilles, c’est le titre du livre récemment publié par Dar Arcane, une pièce de théâtre écrite par Camille Brunel, cofondatrice notamment du collectif Kahraba, et illustrée par Charbel Samuel Aoun. Une pièce qui met en scène un déjeuner familial apparemment banal; deux frères, une sœur, la mère et le père. Mais bientôt c’est le drame. Des vérités invraisemblables enfouies depuis des années et destinées à être tues sont dévoilées au grand jour. Un règlement de compte musclé s’impose entre les membres de cette famille qui ne se connaissent pas si bien.
Comme le suggère si bien la couverture, une ambiance pesante imprègne le livre, renforcé par les autres dessins de Charbel Samuel Aoun, dont les traits noirs éclatent dans toute la beauté duale de cet adjectif. Noire aussi, comme l’écriture de Camille Brunel, tout à la fois éthérée et libre, libre dans ses ponctuations, dans la succession de mots au goût acide de miel, à l’impact prenant comme «le bitume des villes (qui) n’est qu’une couche rigide destinée à étouffer le chant de la terre mais la terre est là dans la moindre faille du bitume vous la voyez dans une touffe d’herbe rebelle qui se fraye un chemin à l’angle des parkings vous la voyez dans l’arbre qui continue à bourgeonner et qui a l’âge que la terre avait avant que le bitume ne s’y colle toujours la vérité est pareille à ces touffes d’herbes rebelles à la grotte cachée dans la montagne aux racines du chêne qui empêchent la construction du pont à la flaque d’eau où naissent miraculeusement les grenouilles».

Histoire du Liban en B.D.
L’époque romaine

Entre le passé et le présent
Il y a eu, depuis une dizaine d’années environ, l’Histoire illustrée du Liban, fruit d’une collaboration entre Nayla de Freige, Maria Saad et Fadlallah Dagher, publié par les Messageries du Moyen-Orient. L’année dernière, Dar Arcane a lancé le premier tome d’une série intitulée Histoire du Liban en B.D. Après Les Phéniciens, voici L’époque romaine en
tome II, du scénariste Rebas et de l’illustratrice Noura Badran. Défi difficile que de raconter l’histoire du Liban parce que la mémoire se perd entre les livres scolaires, les ouvrages de référence et ce qu’on a bien voulu en retenir. C’est cette lacune que tente de combler l’ouvrage, le 9e art présentant l’atout de s’adresser tout autant aux plus jeunes, aux moins jeunes et aux adultes, malgré l’ambiance un peu trop «bon enfant» du livre.
Sondant les recoins les plus reculés de l’histoire, les détails les plus minutieux, les plus pointus, souvent peu connus, voire inconnus, d’une grande majorité de la population, le livre emmêle le passé au présent, à travers l’histoire d’une famille d’aujourd’hui, notamment la relation érudite qui se tisse entre le grand-père et son petit-fils. De Cléopâtre à la Pax Romana, d’Aquilina à Dioclétien… les figures et les événements historiques, qu’il est toutefois difficile de suivre par moments en raison de leur découpage en des cases uniques et sans véritable lien, se succèdent au détour de dessins très simples. En attendant le troisième tome, La Conquête arabe, on ne peut que louer cette initiative dans l’espoir d’aboutir à l’histoire récente du pays, soit la période post-1975.

Harahir
Le Chat parle arabe

Il est un peu la version Achille Talon, mais à quatre pattes. C’est bien Le Chat, personnage fétiche créé en 1983 par le dessinateur belge Philippe Geluck. Le Chat qui s’est rendu célèbre par son ironie, son humour acerbe, ses piques philosophico-joviales. L’espace d’un album de bandes dessinées, il a acquis une autre nationalité: la libanaise. Grâce à Dar Arcane, Le Chat parle désormais l’arabe. Traduit par Lara Rabah, il est devenu Harahir, surnom au final très amical, comme un ami cher qu’on pourrait côtoyer tous les jours, pour rire ensemble, de tout et de rien. De la vie quoi! de ses absurdités, de son quotidien, de toutes ses évidences pas si évidentes et que Harahir pointe du doigt comme nul autre que lui ne sait le faire. Les gags se déclinent en version arabe, universels, actuels, taillés à la mesure de l’humanité entière. Pour les habitués du Chat en langue française, pas de surprise, ni de dépaysement, Harahir peut tout aussi bien enchanter les francophones libanais. Entre un langage légèrement littéraire et une libanisation des mots, Le Chat semble s’être taillé une deuxième peau, arabe, qui lui va à merveille. Et qui ravira plus d’un.

Nayla Rached

Related

Les absents de Georgia Makhlouf. «Dans nos vies, les absents sont plus nombreux que les présents»

admin@mews

De la Louisiane au Liban. Raif Shwayri réinvente l’histoire de sa famille

admin@mews

Des goûts et des espoirs, de Nagy el-Khoury. S’engager pour changer

admin@mews

Laisser un commentaire