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Nº 2987 du vendredi 6 février 2015

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Avancée technique majeure. Du papyrus carbonisé bientôt déchiffré

Des rouleaux de papyrus, carbonisés par l’éruption du Vésuve, qui anéantit, en 79 avant Jésus-Christ, la ville de Pompéi, seraient en passe d’être déchiffrés, grâce à une nouvelle technique mise au point par des chercheurs franco-italiens. Explications.
 

Attention fragiles. Les rouleaux de papyrus d’Herculanum ne dévoileront leurs secrets qu’au terme d’une infinie précaution. En 79 avant Jésus-Christ, alors que des torrents de lave émergent du Vésuve situé à proximité, Pompéi se retrouve ensevelie sous les cendres. La cité d’Herculanum est, elle, frappée par une nuée ardente, dont le souffle brûlant carbonise tous les matériaux utilisés à l’époque, tels que le bois, le cuir et les rouleaux de papyrus.
Puis en 1750, Charles de Bourbon commande des fouilles archéologiques qui permettent de découvrir un véritable trésor: une bibliothèque située dans la Villa des papyrus et qui renferme pas moins de 1 800 rouleaux. Des papyrus difficiles d’accès car très fragiles.
«Au départ, les archéologues ont tenté de les ouvrir mécaniquement, en les déployant très doucement à raison d’un centimètre par jour. Mais cela a occasionné des dégâts majeurs», a expliqué à l’AFP, Vito Mocella, chercheur au Conseil national de la recherche (CNR) italien. Des textes épicuriens sont toutefois découverts. Dans les années 70-80, une autre technique, dite d’Oslo, est employée pour tenter de décoller les différentes couches, au moyen d’un produit gélatineux. Une méthode testée ensuite à Paris, sur deux rouleaux conservés par l’Institut de France. Sans succès, mais avec beaucoup de dégâts, puisque l’un des rouleaux s’effrite en
1 800 fragments.

 

Décoder l’indéchiffrable… sans dégâts
Au fil des avancées scientifiques, les chercheurs ont tenté de percer les secrets de ces fameux papyrus. Et il se pourrait bien que l’Italien Vito Mocella et le Français, Daniel Delattre, du CNRS, aient réussi à mettre au point une technique moins agressive, qui permettrait, enfin, de lire ces rouleaux. Dans un article publié dans la revue britannique Nature Communications, ils expliquent avoir utilisé une tomographie X en contraste de phase (XPCT) qui permettrait de mieux percevoir la différence entre l’encre et le papier, en s’appuyant sur des variations d’indices de réfraction. Les lettres présenteraient ainsi un léger relief, permettant leur lecture. Car le problème de ces papyrus est que l’encre utilisée dans l’Antiquité était fabriquée à partir de carbone issu de résidus de fumée. Ce qui la rendait difficile à distinguer de la feuille de papyrus brûlée.
Les chercheurs ont travaillé depuis le synchrotron européen de Grenoble, dans l’Isère, et ont ainsi pu examiner un fragment et un rouleau de papyrus conservés à l’Institut de France. Avec leur nouvelle technique, Mocella et Delattre sont parvenus à déchiffrer des mots sur le fragment, ainsi que plusieurs lettres à l’intérieur du rouleau, sans dommages. «Notre but était de montrer que la technique a marché pour lire à l’intérieur des papyrus sans y toucher. A présent, nous devons peaufiner la technique et les algorithmes», a souligné Mocella.
Les chercheurs franco-italiens ont d’autant plus de mérite qu’ils ont mené cette expérience quasiment sans financement. D’autres expériences sont, d’ores et déjà, prévues pour le printemps prochain. Mais attention, les rouleaux d’Herculanum ne se livreront pas comme ça. Mocella prévoit un travail d’au moins dix ans pour en faire la lecture.

Jenny Saleh

La barbe de Toutankhamon… recollée
Le pharaon devrait se retourner dans sa tombe. Le 23 janvier dernier, des photos prises au Musée national égyptien montrent le masque funéraire de Toutankhamon dégradé par un disgracieux paquet de résine. A la suite d’un malencontreux accident de ménage, en octobre 2014, la longue barbe bleue et dorée de la relique tombe. Le musée, au lieu de l’envoyer dans un laboratoire de conservation, préfère la recoller avec les moyens du bord. Cela afin de pouvoir continuer à exposer la pièce. Un bricolage qui ne serait, fort heureusement, pas irréversible, selon un conservateur allemand spécialiste de la conservation archéologique des objets métalliques et en verre. Un traitement adéquat devrait supprimer les traces de résine laissées par la réparation à la colle. Toutankhamon peut dormir tranquille.

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