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Nº 3007 du vendredi 26 juin 2015

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DOSSIERS

Paiement mobile ou sans contact. L’argent plastique a le vent en poupe

Si la manipulation de l’argent cash reste encore bien ancrée dans les mœurs des consommateurs libanais, les cartes bancaires poursuivent leur croissance. En embuscade, d’autres solutions de paiement pointent le nez et séduisent de plus en plus, comme le paiement mobile ou le paiement sans contact.
 

Si le cash reste roi au pays du Cèdre, notamment pour procéder aux petits achats, les cartes bancaires affichent une croissance continue sur le territoire. Selon les chiffres publiés par la Banque du Liban, pas moins de 2 432 598 cartes bancaires étaient en circulation dans le pays à la fin de 2014. Soit une belle progression de 11,38% par rapport à l’année précédente. Une progression qui s’accompagne de celle des distributeurs de billets, qui affichent une hausse de 5,3% entre fin 2013 et fin 2014. Le maillage du territoire par les banques se poursuit, afin de convaincre, y compris dans les régions les plus reculées, les Libanais de se mettre à l’argent plastique.
Si certains Libanais viennent à peine de se mettre au système des cartes bancaires et des crédits, ils devront très bientôt se familiariser aussi avec de nouveaux systèmes de paiement qui gagnent du terrain. Le paiement sans contact et le paiement mobile recueillent en effet les faveurs des banques libanaises qui rivalisent pour proposer aux clients des produits à la pointe de la technologie. Si cela fait déjà plusieurs années que les premières solutions de ce type sont apparues sur le marché, les consommateurs libanais peinent encore à changer leurs habitudes. Le créneau le plus porteur pour les banques concerne les jeunes, déjà bien familiarisés avec les différents supports informatiques, allant du smartphone à la tablette, en passant par l’ordinateur portable.
Ces derniers mois, les banques libanaises ont ainsi surfé sur la vague visant à transformer les terminaux de poche − smartphones et tablettes, sans oublier les montres connectées − en plateformes de paiement multifonction.
Et les progrès dans ce domaine vont tellement vite, qu’on a du mal, parfois, à se familiariser rapidement avec toutes ces nouvelles technologies.

 

Les mentalités changent
Visa a ainsi annoncé récemment qu’un nouveau système de paiement mobile basé allait faire son apparition. Il s’agira ici de stocker dans le «cloud» les données bancaires du client. Avec une nouveauté de taille, puisque la technologie Host Card Emulation, développée pour l’heure sur les systèmes Android, permettra de stocker les données bancaires du client, non pas sur la carte SIM comme c’est le cas actuellement, mais dans un «cloud», évitant ainsi de dépendre de tel ou tel opérateur télécom. Ce nouveau système − pas encore d’actualité au Liban − permettra de régler de petits montants jusqu’à cinquante dollars, tout en étant plus sûr. En effet, le client se verra communiquer pour chaque achat des clés d’accès uniques. Les données étant stockées dans un cloud et non plus dans le téléphone, la sécurité se trouve accrue, notamment en cas de vol du smartphone.
En attendant cette nouvelle révolution du paiement mobile, les banques libanaises tentent de changer les mentalités en incitant clients comme commerçants à se mettre au paiement sans contact. Pour encourager les commerçants à jouer le jeu, les banques ont ainsi proposé des terminaux de paiement à meilleur prix et des frais bancaires moindres. L’objectif étant ici non pas de concurrencer les cartes bancaires, mais de pousser les consommateurs à délaisser l’argent cash, pour les petites transactions.
Le paiement sans contact va, dans les semaines et mois qui viennent, gagner du terrain. Et apparaître sur la majeure partie des cartes de crédit émises. Comment le repérer? Il s’agit uniquement d’un logo spécifique représentant des vagues d’ondes − comme celui symbolisant le signal du wifi sur certains ordinateurs qui est apposé sur une carte bancaire classique. Au moment du paiement − pour de petites sommes souvent inférieures à 20 dollars −, l’utilisateur doit simplement approcher sa carte à une courte distance, environ 10 cm, du terminal de paiement. Le code peut toutefois être demandé à partir d’un certain montant de transactions cumulées, pour plus de sécurité. L’intérêt? Un gain de temps pour l’utilisateur et le vendeur. Selon une étude réalisée par First Data, payer avec une carte de paiement sans contact prendrait en moyenne 12,5 secondes, ce qui est presque trois fois plus rapide que de payer avec du liquide. Le règlement par cash prendrait en effet 33,7 secondes de même source. Le paiement avec une carte à puce et code secret s’effectuerait en 20,2 secondes, tandis qu’une carte magnétique classique nécessiterait 26,7 secondes.

 

Le paiement mobile arrive
Autre solution de paiement séduisante, le paiement mobile. Malgré les publicités et les nouvelles technologies qui progressent à grande vitesse, il n’est toutefois pas encore la norme. Ni au Liban, ni dans le monde, puisqu’il représenterait moins de 1% des paiements dans le monde réalisés avec un smartphone. Mais l’arrivée d’Android Pay sur le marché ces prochains mois, pour concurrencer le système Apple Pay, pourrait bien changer la donne.
Le cabinet Deloitte annonce, quant à lui, le décollage du paiement mobile dans le monde cette année. Dans une étude mondiale consacrée aux tendances 2015 dans les secteurs des technologies, médias et télécoms, Deloitte avance que les «exigences» des différentes parties sont enfin réunies pour permettre une «adoption généralisée» de ce type de paiement dans les magasins. Selon l’étude, au cours de l’année 2015, «environ 10% des 600 millions de téléphones intelligents dans le monde seront utilisés pour régler des achats en magasin au moins une fois par mois, ce qui représente une augmentation de plus de 1000% par rapport à 2014».
«En 2015, les nombreuses exigences des institutions financières, des commerçants, des consommateurs et des fournisseurs d’équipements seront enfin réunies pour une adoption généralisée», résume Deloitte. «Les usagers utilisent déjà leurs téléphones intelligents pour effectuer des opérations bancaires, ce qui indique qu’ils ont l’habitude d’avoir recours à leurs téléphones pour gérer leurs finances. Cependant, ils sont très peu nombreux à se servir de leurs téléphones pour réaliser des paiements sans contact à la caisse. 2015 sera définitivement l’année du mobile», juge Duncan Stewart, directeur du centre de recherche international Technologies, Médias et Télécoms de Deloitte. Une croissance qui s’accompagnera de celle du nombre de téléphones intelligents. Deloitte prévoit en effet que 1,35 milliard de smartphones seront vendus dans le monde cette année, dont 1 milliard à l’occasion d’un renouvellement. Ce qui représenterait tout de même une hausse de 12% par rapport à 2014, dans un marché toujours pas saturé. Selon une autre étude, réalisée par le cabinet Gartner, les paiements mobiles augmentent et devraient atteindre 450 millions d’utilisateurs et un montant total de transactions de 721 milliards de dollars d’ici 2017.
Toutefois, et malgré les prospections encourageantes livrées par divers instituts de recherche en matière de croissance du paiement mobile, une chose est sûre, cela ne devrait pas remiser au placard − en tout cas pour l’instant − le porte-monnaie physique des acheteurs.

Jenny Saleh
 

Apple Pay vs Android Pay
Google a lancé la contre-attaque, fin mai, lors de la conférence de ses développeurs à San Francisco, qui réunissait aussi les propriétaires d’appareils mobiles, les réseaux de paiement, les banques et les commerçants. Le système Android Pay, qui y a été annoncé, devrait ainsi fonctionner d’abord, chez plus de 700 000 commerçants américains, qui acceptent les paiements par appareils mobiles.
Très similaire au système Apple Pay lancé par la marque à la pomme l’an dernier, Android Pay permettra aux consommateurs de rentrer les données de leurs cartes de crédit dans leurs téléphones, afin de payer ensuite leurs achats chez les commerçants. L’application inhérente sera téléchargeable sur Google Play.
Apple Pay affiche déjà une longueur d’avance, puisque le système fonctionne déjà avec les Apple Watch et devrait être encore peaufiné lors du lancement de la deuxième mouture de la montre connectée. On ne sait pas pour l’heure si Google va inclure ce nouveau système de paiement sur d’autres montres intelligentes fonctionnant avec le logiciel Android.
Google a affirmé que son service Android Pay serait totalement gratuit pour les utilisateurs. Aucune commission ne devrait donc être prélevée au fil des transactions effectuées via sa solution de paiement mobile, au contraire d’Apple qui perçoit généralement des frais allant de 0,15 à 0,5% du montant total des achats. Cependant, il y a un grand «mais». Si Google ne percevra pas de commissions, il suivra en revanche à la trace les habitudes de consommation de ses clients. Une base de données spécifique sera ainsi créée avec les commerçants. Avec une conséquence pour l’utilisateur, celle de recevoir sur son smartphone ou sa tablette, des publicités personnalisées comme celles qu’on reçoit par exemple par sms avec les cartes de fidélité. Google se distinguera aussi de la firme de Cupertino en lançant son Android Pay partout dans le monde, là où Apple s’est limitée pour l’instant au territoire américain et commence tout juste à s’exporter en Europe. Une manière de gagner des parts de marché et d’augmenter le nombre d’utilisateurs des terminaux Android. Mais Apple n’a pas dit son dernier mot. Il a ainsi annoncé que dès le mois de juillet prochain, huit grandes banques et 250 000 commerces accepteront son système de paiement mobile. Mais la difficulté pour la firme à la pomme est qu’elle doit négocier dans chaque pays, en fonction d’un contexte bancaire différent. Le Canada est annoncé comme prochaine cible dès le mois d’octobre. La bataille entre les deux géants ne fait que commencer.

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