Magazine Le Mensuel

Nº 3027 du vendredi 13 novembre 2015

Salon du livre

La question de Palestine V de Henry Laurens. «La paix impossible»

Henry Laurens vient de publier le 5e tome de la fresque qu’il a baptisée La question de Palestine, avec près de 900 pages. Intitulé La paix impossible 1982-2001, ce tome est un ouvrage dont chaque page se dévore avec délectation. On y rencontre les personnages les plus obscurs des deux camps. Interview de l’auteur.
 

Qui sont les protagonistes essentiels des deux camps? Quels sont les thèmes clés de l’ouvrage?
Les leaders palestiniens qui en prennent pour leur grade, les politiques israéliens également. Ceux qui ont les armes à la main aussi. On savoure les petits secrets de Arafat (Yasser, ndlr), ceux de Sharon (Ariel, ndlr), les faiblesses des Américains et la trouille des Européens.

Pourquoi dites-vous que la paix est impossible entre les deux camps?
La paix se définit selon les goûts des uns et des autres. Une paix juste est difficile. Certes, les deux bords veulent la paix, mais en fonction des gains et des rapports de force. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

Peut-on parler actuellement d’une troisième Intifada, terme que les médias internationaux ont du mal à prononcer par rapport à ce qui se passe en Palestine?
Comparée à la première et la seconde Intifadas, je ne sais pas si on peut parler d’une troisième. Pour les deux premières, l’explosion a été spontanée, non programmée. C’est plus tard qu’elle a été organisée avec la mise en place du comité populaire et l’apparition de milices, en l’occurrence le Hamas. Pour l’instant, il n’y a que des actions spontanées d’individus et pas de forces politiques directement engagées. Certes, Hamas soutient le mouvement, mais il ne s’y est pas encore impliqué. Ça viendra plus tard peut-être. Les conséquences sont contradictoires, mais elles renforcent la peur de l’autre, la méfiance et la violence. Ça rappelle à la communauté internationale et à Israël que l’absence de solution n’en est pas une. Pour l’instant, on voit mal une solution se profiler, les priorités étant pour le dossier syrien et non pour la Palestine.

Vous avez un autre ouvrage, aussi d’actualité, que vous venez de lancer, L’Europe et l’islam, quinze siècles d’histoire. De quoi s’agit-il?
Ce livre de 500 pages retrace quinze siècles d’histoire, comme son sous-titre l’indique, entre l’Europe et l’islam. Je parle de l’époque moderne, contemporaine. L’ouvrage est un essai, une histoire vivante des relations entre l’Europe et l’islam, qui rend compte de la complexité mais, surtout, de la variété de ces rapports sur le long terme. Il s’agit de faire comprendre aux lecteurs qu’on peut aborder et comprendre les relations entre l’Europe et l’islam sans les opposer; qu’ici, l’islam est à comprendre dans le sens d’une multitude d’individus.

La question des migrants en Europe n’est pas facile à gérer. Quels conseils donneriez-vous aux responsables en tant que spécialiste de ce sujet?
Je n’aimerais pas être un responsable politique européen actuellement. Nous sommes soumis à des choix terriblement difficiles. D’une part, il y a une urgence humaine épouvantable et, d’autre part, il y a une hostilité d’une grande partie de la population européenne, essentiellement due aux discours des mouvements extrémistes. Plus difficile que les problèmes d’intégration, il y a aussi le fait que, dans certains pays, dont l’Allemagne, les infrastructures ne sont pas assurées pour recevoir les migrants. Du côté français, cela va un peu mieux, parce que le nombre de migrants n’est pas encore assez important. Il est, par conséquent, difficile de donner des conseils et la position des responsables n’est pas enviable.

Quels conseils donneriez-vous alors aux migrants pour faciliter leur intégration?
Il n’y a pas encore d’informations sociales bien précises, mais ceux qui arrivent en Europe appartiennent plutôt à la classe moyenne, assez éduquée, qui a fait des études… On peut penser qu’ils ont un minimum de formation.
Le choix de venir en Europe n’est pas seulement un choix de survie; ils ont pris des risques énormes pour faire cette traversée, mais un projet de vie, un projet de reconstruction. C’est plutôt rassurant. Toutefois, il faut attendre pour voir l’évolution des choses.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès   

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