Magazine Le Mensuel

Nº 3065 du vendredi 5 août 2016

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Jean-Michel Jarre. Un vent d’électro souffle sur Baalbeck

La figure incontestée de l’électronique française et internationale depuis quarante ans, Jean-Michel Jarre, a fait escale à Baalbeck sur les marches du temple de Bacchus pour y présenter la sortie de sa collection Electronica. Plus qu’une musique enivrante, c’est un décor et une animation enflammés qui ont captivé le public et mérité un hommage vibrant au roi de l’électro.

Le temps d’une soirée exceptionnelle, Jean-Michel Jarre a ébloui les amateurs venus nombreux applaudir son méga-show dans le magnifique cadre du temple de Bacchus à Baalbeck. Réputé pour ses fabuleux concerts donnés dans les endroits les plus insolites du monde, cet artiste sait captiver le public avec sa musique électronique, ses projections, ses jeux de lumière, ses lasers, ses effets pyrotechniques, ses instruments de musique uniques… Le roi de l’électro n’a pas failli à sa réputation. Son spectacle musical a offert de nouveaux titres, mais aussi repris d’anciens dans un visuel riche en couleurs et des jeux lasers époustouflants qui nimbaient l’air d’une aura magique et se répandaient sur les spectateurs qui remplissaient les gradins et leur donnaient des allures lumineuses presque irréelles.
L’art de Jean-Michel Jarre est unique. Le musicien français a décidé de revisiter son concept de spectacle total en y associant les dernières technologies, tant au niveau du son qu’à celui des lumières et effets spéciaux pour un résultat hors du commun. Il n’a de cesse de réinventer sa formule pour immerger son public dans des expériences sensorielles et visuelles uniques. L’artiste à l’allure juvénile est apparu sur scène dans un silence quasi religieux. Affable et beau, portant très bien ses 67 ans. Il possède une harpe laser et tout un tas de synthétiseurs munis de manettes et d’oscillateurs. Entouré d’énormes murs de LED multicolores et des majestueuses colonnes de Baalbeck baignées d’un halo de lumière qui changeait au gré de la musique, le virtuose de l’électro française a joué tous ses standards, devant un public conquis, quatre décennies après Oxygène.
A coups d’animations au laser et de mirages technologiques, Jean-Michel Jarre a richement nourri son spectacle musical. Le voyage scénique, proposé à une foule conquise, a résumé quarante ans de musique électronique. Pas de nostalgie mais juste ce qu’il fallait pour ne pas dérouter totalement la foule de ses fans qui en étaient restés à Oxygène ou Equinoxe. Jarre et ses deux acolytes, Claude Samard et Stéphane Gervais, manipulateurs de claviers et frappeurs de peaux connectées, ont fait la part belle aux deux derniers opus du maître, réunis sous le titre Electronica. Il semble seul sur scène, ses tambourineurs sont presque invisibles. Clou du concert: le récit de sa récente rencontre avec Edward Snowden, ancien agent des services de renseignements américains, qui «prouve que la technologie a du bon si on s’en sert avec discernement», dit Jarre, ajoutant: «Nous avons besoin de gens comme Snowden, parce que nous avons besoin de connaître la vérité». Le visage de l’activiste surgit sur les écrans au son de la musique Exit. Autre point fort, une interprétation sur un instrument virtuel de rayons lasers verts. Les titres se succèdent dans un ballet étourdissant accompagnés d’une panoplie de couleurs. Au bout d’une heure et demie, le concert s’achève sur ces paroles de Jean-Michel Jarre: «Le Liban, un pays d’hospitalité, de générosité et de liberté», un Jarre ovationné debout par ses milliers de fans venus lui rendre hommage et dire également au  monde que le Liban et Baalbeck – précisément ce soir-là –resteront les bastions de l’art, de la culture, de la liberté et de l’ouverture.

Danièle Gergès
 

Le record de spectateurs
Pionnier et visionnaire de la musique électronique en France, cité par les plus grands, Jean-Michel Jarre allie à ses compositions mythiques un sens du spectacle unique. L’artiste a démarré au temps du vinyle avec Oxygène dont il a vendu 18 millions d’exemplaires. Son concert emblématique, à La Défense, a établi un nouveau record d’affluence pour un concert en extérieur: plus de 2 millions de spectateurs ont profité de l’événement. A Houston, le monde découvre, stupéfait, les buildings servir de toile de fond à des projections lumineuses. A Lyon, sa ville natale, la venue du pape confère au concert de Jarre une aura immense. A la muraille de Chine, les Chinois ont vu arriver Jarre avec sa tenue blanche et ne croyaient pas ce qu’ils voyaient et entendaient: le musicien français était le premier musicien occidental à s’être rendu dans la Chine de l’après-Mao. Vingt-cinq ans après ses premiers concerts, il y revient. Parmi ses tours de force, ce sera l’un des premiers concerts à retransmettre la scène en surround 5.1. Après sa prestation sur la place de la Cité interdite, Jarre s’est rendu sur la place Tiananmen, où les étudiants chinois s’étaient révoltés en mai 1989, avant d’être sévèrement réprimés par l’armée communiste. Il y a interprété quelques titres dont une reprise de La Foule d’Edith Piaf accompagné de musiciens chinois et il a prononcé les mots «liberté, égalité, fraternité». Aux pyramides d’Egypte, le passage à l’an 2000 a été une parfaite occasion pour un nouveau méga-concert de Jean-Michel Jarre. Le spectacle se déroule en deux parties: le passage à l’an 2000 et un concert au lever du soleil. Il s’agit également de l’entrée dans le VIIe millénaire égyptien.
Jean-Michel Jarre est ambassadeur de l’Unesco. A son actif, plus de 80 millions d’albums vendus dans le monde et il détient le record du plus grand nombre de spectateurs à ses concerts.

Genèse d’un nouvel album
Dans son nouvel album, Jean-Michel Jarre réunit des musiciens de toutes les générations et de tous les styles. Après huit ans de silence discographique, le parrain de la french touch revient avec la sortie de The Time Machine, premier volume de son projet Electronica. Ce disque a été réalisé en collaboration avec de grands noms de la scène électro, du groupe Air en passant par Moby, M83 ou encore Massive Attack. Le titre du deuxième volet d’Electronica est The heart of noise. Des collaborations avec son ami de toujours, Christophe, mais aussi Sébastien Tellier ou Cyndi Lauper. Objectif: mêler leurs ADN musicaux et le sien. Dans un tout autre genre, il a aussi travaillé avec le Chinois Lang Lang, un virtuose du piano et de la musique classique. Invité-surprise de l’album, Jean-Michel Jarre offre une tribune à ce lanceur d’alerte qui a révélé des systèmes de surveillance de masse américain et britannique. Il revient avec les musiciens électros d’aujourd’hui, toujours dans l’innovation et à la recherche des sons de demain.

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