Magazine Le Mensuel

Nº 3070 du vendredi 7 octobre 2016

general

Quel Liban voulons-nous?

C'est le chaos total au pays du Cèdre! Alors que le poste du président de la République est vacant depuis deux ans et demi, les institutions constitutionnelles sont paralysées et tardent à prendre les décisions politiques et économiques censées délivrer le Liban de la situation dans laquelle il baigne depuis déjà cinq ans. Personne n’avait imaginé les conséquences de la crise syrienne sur le Liban et le Proche-Orient. Cette crise a été catastrophique dans le sens où aucune mesure gouvernementale n’a été prise pour contrer ses effets. De plus, le déplacement des Syriens vers le Liban a menacé, et continue de le faire, l’existence même de la société libanaise et ceci à plusieurs niveaux: politique, économique, financier et social.
La classe politique, par ce qu’elle appelle «le droit constitutionnel», bloque l’élection d’un président de la République. Elle viole ainsi explicitement la Constitution, plus particulièrement l’article 75 qui stipule que le Parlement devrait tenir des sessions ouvertes jusqu’à l’élection d’un président. Cette situation malheureuse semble perdurer avec un phénomène de dépendance vis-à-vis de l’extérieur des différents partis politiques. Ceci régionalise, voire internationalise, l’élection du président de la République, alors qu’il s’agit d’une échéance électorale purement interne. La sortie de cette impasse suppose que la classe politique se remette en question. Platon disait que «l’art politique véritable ne doit pas se soucier du bien particulier mais du bien général, car le bien commun assemble, le bien particulier déchire les cités». Ceci s’appliquerait bien aux politiciens libanais, dont l’égoïsme dans la vie politique bloque le pays à cause d’intérêts liés à la personne et à la communauté. Le résultat est malheureux, comme le prévoyait Platon. Socrate pensait que «si la vertu est une science, le vice ne peut être qu’une ignorance». Il a justifié ceci par le fait que si l’homme connaissait le bien, alors, il ne prendra pas d’autre chemin. Mais ceci n’était pas le cas de la politique qui, pour Socrate, n’a rien de scientifique. Il la considère, avant tout, comme une pratique et une morale. Ceci nous montre que le processus de rectification des pratiques politiques au Liban est un processus à long terme – en supposant que les bonnes intentions existent. La situation actuelle nécessite une intervention externe immédiate pour changer la situation de faux-équilibre qui prévaut. Cette intervention découlerait d’une résolution de la crise syrienne, qui instaurerait une période de grâce d’une dizaine d’années.
Le pape Jean-Paul II disait que le Liban est un message de paix. Où en est-on de ce message? Quelle vision avons-nous du Liban? Des questions que l’on se pose dans un contexte de dégradation des conditions de la vie quotidienne. Le Liban auquel on aspire devrait être à l’image de celui que Jean-Paul II décrivait. Cette paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais aussi une paix sociale, économique et financière. Une paix que doivent avoir nos jeunes, qui sortent de l’université, et nos séniors, par le biais d’une sécurité sociale. Une paix qui touche le Nord comme le Sud, dont le niveau de pauvreté atteint des records. Une paix de l’économie avec une croissance durable, permettant à l’homme d’avoir un revenu qui préserverait sa dignité et assurerait l’avenir de ses enfants.
En tant que ministre de l’Economie et du Commerce et membre du parti Kataëb, ma vision de la solution au Liban rejoint celle de Jean-Paul II, mais aussi celles de Platon et de Socrate. La vertu dans l’exercice de la politique est une condition essentielle pour toute solution durable. Le Liban que je vois est celui qui s’occupe de ses citoyens et où la classe politique serait au service du peuple. Je rêve peut-être, mais Henri Spaak disait que le rêve d’aujourd’hui est la réalité de demain.

Alain Hakim
Ministre de l’Economie et du Commerce

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