Patrice Paoli. Citoyen du monde
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Nº 2884 du vendredi 15 février 2013

Patrice Paoli. Citoyen du monde

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    Patrice Paoli. Citoyen du monde
    Pour lui la diplomatie n’est pas seulement une carrière, c’est un héritage mais surtout un destin qu’il s’est choisi. Discret, l’ambassadeur de France possède une riche personnalité. Ce diplomate, chevronné...
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Pour lui la diplomatie n’est pas seulement une carrière, c’est un héritage mais surtout un destin qu’il s’est choisi. Discret, l’ambassadeur de France possède une riche personnalité. Ce diplomate, chevronné et polyglotte, est un grand mélomane. Jouant de la guitare, il fait partie d’un groupe musical qui nous a fait le privilège d’assister à l’une de ses répétitions. Portrait de Patrice Paoli.

C’est dans le cadre magnifique de la Résidence des Pins que Patrice Paoli nous reçoit. Notre entretien a lieu dans cette splendide demeure, où chaque pierre porte une histoire, dans son bureau où trône le fameux tableau représentant la déclaration du Grand Liban par le général Gouraud en 1920. Il est d’origine corse, comme l’un des grands hommes de l’Histoire de France. Sa famille comptait des marins et des bergers: «Des bergers très capables qui étaient maîtres dans l’art de diriger les troupeaux». Mais comme il n’y avait pas beaucoup de travail pour les bergers, la plupart se sont transformés en marins. Son père avait fait des études qui le menaient vers la marine nationale, mais la guerre a interrompu ses projets. Il s’est inscrit alors à l’université et a étudié les langues orientales: l’arabe, le roumain et puis le persan. D’ailleurs, Patrice Paoli n’a rien à envier à son père. Il parle couramment l’anglais, l’espagnol, l’allemand, l’arabe et a étudié le russe et le persan. C’est sa passion pour les langues qui avait poussé son père, José Paoli, à rejoindre le Quai d’Orsay. «En 1948, il est nommé  ambassadeur en Irak», confie le diplomate. C’est en 1956, l’année de la nationalisation du canal de Suez, alors qu’il était supposé naître à Damas où son père était en poste, que Patrice Paoli voit le jour à Paris.
A neuf ans, influencé par son père, il savait déjà qu’il voulait suivre ses traces. Il avait d’ailleurs déjà exprimé ce souhait dans une rédaction alors qu’il était en classe de CM1. Son enfance ressemble à celle de tous les enfants de diplomates. Jusqu’à l’âge de sept ans, il vit aux Etats-Unis et va à l’école américaine. «Il y avait l’attrait pour les voyages, la découverte de nouvelles choses mais en même temps on en subissait les contraintes. A chaque fois on était malheureux de partir. Les gens ne réalisent pas que c’est une vie difficile surtout pour les enfants». Tout en n’ayant presque jamais vécu longtemps en France, Patrice Paoli se dit très chauvin. Mais son cœur balance entre deux amours: les Amériques et le monde arabe. «Je n’ai pas de racines. J’ai été éduqué aux Etats-Unis et avec mon frère nous parlions l’anglais. Tous nos amis étaient américains. Je suis marqué par mon enfance américaine». Après les Etats-Unis, c’est par la porte marocaine qu’il fait son entrée dans le monde arabe. «C’est au Maroc que j’ai appris le français et j’ai découvert le Proche-Orient», confie l’ambassadeur. Après le Maroc, ce fut la Libye. C’est ainsi qu’il apprend l’arabe, langue qu’il possède parfaitement. Mais il est resté lié aux Etats-Unis où la moitié de sa famille vit. Sa carrière est partagée entre ces deux mondes différents, le monde arabe et l’Amérique. Quand on relève qu’il était prédestiné à la diplomatie, il dit: «C’est un destin que j’ai choisi moi-même».


Une riche carrière
Patrice Paoli fait son entrée au ministère des Affaires étrangères en 1979. Attaché culturel et de coopération à Sanaa, il occupe ensuite différents postes au ministère avant de devenir Premier secrétaire à Amman de 1983 à 1987. Deuxième conseiller à la mission permanente française auprès de l’Organisation des Nations unies à New York de 1987 à 1989, il rejoint le cabinet du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, en qualité de conseiller technique de 1990 à 1993. Il est ensuite nommé Consul général à Boston de 1993 à 1995, puis Premier conseiller au Caire de 1995 à 1999. Etrange coïncidence, 25 ans après que son père fut nommé ambassadeur au Koweït, il y est nommé à son tour en 1999. En 2002, il devient Directeur adjoint de la direction des Amériques et des Caraïbes avant d’être envoyé en tant qu’ambassadeur à Abou Dhabi en 2005, puis Directeur d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient en 2008.
Depuis mai 2012, il est au Liban où il se sent parfaitement chez lui. «Libanais et Corses ont une grande connivence qu’on ne peut expliquer. Je me sens dans mon univers ici». Habiter dans cette magnifique demeure et être en poste à Beyrouth sont pour lui une sorte d’Himalaya «que je n’ai jamais pensé que je pourrai gravir». Pour l’ambassadeur, la Résidence des Pins est attachée à l’Histoire du Liban. Elle symbolise également un passé commun et les liens entre la France et le Pays du Cèdre. «Je l’ai visitée une première fois en 1991, alors qu’elle était complètement détruite. Mais même à cette époque, elle symbolisait le dialogue interlibanais. Je l’ai vue détruite et je l’ai revue restaurée. J’y ai passé ma première nuit en 1999 mais je ne savais pas ce que c’était que d’y vivre». Arrivé au printemps, alors que les jardins étaient en fleurs, il a tout de suite été conquis par le charme de la résidence. «Cette maison possède une âme, elle est chaleureuse. Et puis on y reçoit beaucoup». C’est un endroit accueillant pour le diplomate qui vit seul dans cette immense demeure. Père de quatre enfants, son épouse vit en France avec leur fille qui passe le bac cette année. «Nous nous sommes retrouvés à Noël ici puis nous avons été à Abou Dhabi où vit mon fils».


Plein de surprises
L’ambassadeur de France est un homme discret, peu bavard, qui aime faire le moins de publicité possible autour de lui. «On n’est pas là pour parler et occuper le terrain très souvent. Je parle quand j’ai besoin de le faire. Je rencontre beaucoup de Libanais et j’ai des relations avec tout le monde. Parler tout le temps n’est pas une bonne idée. J’aime connaître les gens et développer mes relations avec eux». Il refuse d’être prisonnier de ses fonctions. «Je considère naturel d’avoir un espace à moi. J’aime garder des espaces pour ma famille et mes amis que je ne voudrais pas exposer dans les médias». Sa grande passion est incontestablement la musique. Il lui consacre beaucoup de temps. Il affectionne particulièrement le jazz et le blues. Il aime également assister à des concerts. Sans être opposé à la technologie, l’ambassadeur n’est pas sur les réseaux sociaux et n’utilise pas Facebook et Twitter faute de temps. Il communique toutefois avec sa famille via Skype. Plein de surprises, Patrice Paoli est un grand sportif. Il a d’ailleurs couru le marathon de Beyrouth avec les ambassadeurs et fait souvent de la course à pied. Il joue également au tennis et fait de la natation. Il est, en permanence, à la recherche d’un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie privée. Son principe est le respect et l’écoute de l’autre avant d’émettre tout jugement. Et d’ajouter: «Attendre des autres ce qu’ils attendent de moi».

Joëlle Seif

Le guitariste
Deux jours après notre entretien, nous avions rendez-vous avec l’ambassadeur pour une séance de photos. Il nous faut quelques secondes pour reconnaître l’homme qui fait son apparition sur le perron de la Résidence. Le diplomate sérieux qui nous avait reçus en complet cravate a fait place à un homme en tenue décontractée. Jeans et baskets, un foulard noué nonchalamment autour du cou, c’est un homme différent. Authentique, il ne se contente pas de se laisser photographier avec sa guitare. Il nous entraîne derrière son convoi, vers un pub du Grand Beyrouth, où il joue de la musique avec des amis et où nous assistons à une répétition. Et là, sous nos regards sidérés, nous découvrons un grand musicien, qui alterne entre la guitare et l’harmonica, et possède une très belle voix, des rythmes de jazz et de blues. Des instants uniques, un moment privilégié que l’ambassadeur nous fait vivre.

Ce qu’il en pense
-L’affaire de Georges Ibrahim Abdallah: «C’est une affaire qui est entre les mains du juge et on attend la décision de celui-ci. Nous respectons le droit de manifester tant que l’action reste pacifique et dans les limites de la loi. Nous comprenons parfaitement le vœu de la famille mais c’est à la justice de se prononcer».
-Les accusations bulgares contre le Hezbollah et les pressions pour mettre celui-ci sur la liste du terrorisme international: «La France ne décide pas en fonction des pressions des autres pays. Nous écoutons nos alliés. Nous avons pris note de ce qu’ont dit les autorités bulgares et nous allons en tirer les conséquences et examiner toutes les options. L’UE va se réunir et les décisions seront prises collectivement».
-La position de la France au Mali où elle combat les islamistes alors qu’elle semble les soutenir dans les pays arabes: «Nous ne sommes ni pour ni contre les islamistes. Au Mali, pesait une menace contre la stabilité qui aurait pu s’étendre à Bamako. Nous avons vu des mouvements, appartenant à la mouvance terroriste et ayant une vision obscurantiste du monde, détruire des lieux de culte. C’est à la demande des autorités maliennes et suite à la décision prise à l’unanimité du Conseil de sécurité que l’opération a été lancée en vue de sauver la stabilité du pays. Le but est d’empêcher que Bamako ne tombe aux mains des mouvements terroristes et de récupérer des territoires afin d’y exercer la souveraineté de l’Etat. C’est une phase de soutien au Mali assurant une transition politique incluant tout le monde. L’un des défis est de permettre, une fois la sécurité établie, que le Mali s’engage dans la vie démocratique. Ce n’est pas une politique contre les islamistes. En Syrie, la situation est différente. Les aspirations du peuple syrien doivent être entendues comme en Tunisie, en Egypte, en Libye et ailleurs. Les réformes n’ont pas eu lieu. Nous appuyons une solution politique qui permette aux Syriens de décider eux-mêmes démocratiquement de leur avenir».

 

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Éditorial
L’utopie du changement

Parler de déconfessionnalisation au Liban tient de l’utopie. Preuve en est l’affaire du mariage civil optionnel qui, pour la deuxième fois, est mise sur le tapis et toujours rejetée des autorités religieuses, mais pas seulement. Une affaire ridicule s’il en est. Ce n’est, certes pas la première du genre, mais c’est, sans doute, la plus incompréhensible pour les esprits même les plus éclairés. Les couples libanais mariés à l’étranger devant M. le maire ou un notaire, sont inscrits aux registres de l’Etat-civil de leur pays et sont soumis à ses lois. Ils en sont privés s’ils se marient devant une autorité civile de leur propre patrie. Une mascarade qui remonte loin dans notre Histoire. Ceci fait sans doute l’affaire des pays qui accueillent les candidats au mariage civil. Mais quelle hypocrisie! Une de plus. Partant de là, comment ne pas comprendre la difficulté de s’entendre sur une loi électorale? Chaque communauté ne chercherait-elle pas à garantir ses propres intérêts à travers les urnes? Ne rêvons pas. Nous ne sommes pas près de pouvoir vivre en commun au sein d’une administration laïque tout en respectant les croyances religieuses de chacun. Les exemples qui étayent cette conviction ne manquent pas. Mais la terre s’est arrêtée de tourner au Liban. Les citoyens retiennent leur souffle. Et ce n’est certainement pas dans l’attente d’un projet de loi électorale. Car tout laisse croire que l’on reviendra, sauf surprise ou même miracle de dernière minute, aux formules du passé, amendées «exceptionnellement et pour une fois». Rares sont ceux qui, au Pays du Cèdre, croient encore au changement. On en est arrivé même à souhaiter un retour en arrière lorsque les nationaux ne rêvaient que d’une chose: aller de l’avant et moderniser les institutions. Autre utopie. Les grèves et les manifestations continuent de menacer les gouvernants qui croient pouvoir faire diversion en mettant des problèmes sur le tapis, les uns chassant les autres, dans l’espoir de fatiguer et de lasser les citoyens. La crise économique et sociale touche de plus en plus toutes les couches de la société et non uniquement les moins nantis. A la veille de chaque Conseil de ministres, les sujets inscrits à l’ordre du jour impressionnent par le nombre. Ils portent en général sur des questions d’ordre secondaire qui ne sont pas pour autant facilement réglées. Optimistes, malgré tout, les Libanais attendent toujours des décisions susceptibles d’améliorer leur quotidien. Mais en vain. Les rumeurs vraies ou fausses sur des faillites de tous genres, le chômage sans cesse en hausse, l’insécurité physique et morale qui plane sur l’ensemble du territoire, autant de facteurs d’angoisse pour les chefs de familles qui craignent pour le présent de leurs enfants avant de s’inquiéter de leur avenir. Tout semble se figer dans l’attente de cette loi magique qui fera parvenir sur les bancs de l’hémicycle les élus. Ils seront, hélas à peu d’exceptions près, comme tout semble l’annoncer, en 2013 les mêmes qu’en 2009 et, peut-être qui sait, en 2017. Le Liban, qui peut se vanter des qualités incontestables de ses citoyens, dont les talents et les compétences sont reconnus dans le monde, perd d’année en année cette richesse humaine. Les multiples alertes n’ont pas empêché le pays de vieillir. Plutôt que de bénéficier des galons prestigieux que lui offrent quatre grandes universités, jadis enviées de tous ses voisins, il se transforme au fil des ans en «pays de retraite». De plus en plus, ne restent dans le pays que ceux qui n’ont pas d’autre choix. Ou ceux qui ont fait la richesse des pays d’accueil et qui, nostalgiques, rentrent au bercail pour retrouver la douceur de vie qu’ils y avaient jadis connue. On ne fera jamais assez appel à la jeunesse d’aujourd’hui. Il serait temps qu’elle se soulève contre ce qui lui est imposé. Elle seule peut faire bouger les choses et dynamiser les structures vieillissantes et croulantes. Face à cette situation qui s’enlise, de jour en jour, dans une routine dont se contentent ceux qui restent dans le pays, les coups de gueule, expressions des déceptions mais aussi des ambitions, ne varient pas non plus.


 Mouna Béchara
   

Santé

Journée mondiale contre le cancer. Combattre les idées reçues
Dissiper les mythes et les idées fausses qui circulent à propos du cancer. Tel est l’objectif d’une conférence organisée conjointement…

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