Pascal Boniface, directeur de l’Iris. Vers un émiettement du Moyen-Orient
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Nº 3025 du vendredi 30 octobre 2015

Pascal Boniface, directeur de l’Iris. Vers un émiettement du Moyen-Orient

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    Pascal Boniface, directeur de l’Iris. Vers un émiettement du Moyen-Orient
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Conflit en Syrie, leadership régional, attaques au couteau, durcissement du conflit israélo-palestinien: Pascal Boniface, directeur de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et enseignant à l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8, livre son analyse à Magazine sur ces sujets brûlants.

Quel message tirez-vous de la visite de Bachar el-Assad à Vladimir Poutine à Moscou?
L’intérêt pour Bachar el-Assad est de montrer qu’il dispose d’un allié sûr et fidèle. Il montre aussi qu’il sort de son pays, en réponse à ceux qui le pensaient isolé et bloqué. Pour Poutine, c’est une manière de prouver que rien ne pourra se faire en Syrie sans lui. Et c’est lui qui a demandé à Assad de venir, il veut montrer que c’est lui qui contrôle la situation. Globalement, cela démontre une solidarité très forte entre le régime syrien et Moscou, bien au-delà de la personnalité seule de Bachar-el-Assad, avec qui je ne suis pas sûr que Poutine ait vraiment des affinités.

L’alliance de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah aux côtés du régime syrien peut-elle réellement renverser l’équilibre sur le terrain et mener à des négociations?
Je ne crois pas que Moscou puisse continuer à dépenser de l’argent indéfiniment dans ces frappes et être un soutien à fonds perdu de Bachar el-Assad, la situation de la Russie ne le permet pas. Toutefois, s’ils ne seront pas en mesure de reconquérir les territoires perdus, ils vont essayer de sanctuariser ce que l’on appelle la Syrie utile, afin de protéger le régime et, surtout, leurs intérêts à long terme. Quant à de possibles négociations, pour l’heure nous sommes dans une impasse totale. Si négociations il y a, il ne pourra pas y avoir d’exclusive. Tous les acteurs de ce conflit devront participer, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Russie, les Etats-Unis, les pays européens, la Turquie… il faudra une entente beaucoup plus large que ce qu’elle l’a été jusqu’à présent.

 

Avec quelle opposition?
Il pourrait y avoir par exemple des éléments du régime syrien actuel auxquels s’ajouteraient des membres de l’opposition, mais sans Bachar el-Assad et l’Etat islamique.

La Syrie est le théâtre de rivalités entre Moscou et Washington. Etalage de muscles ou nouvelle Guerre froide larvée?
La Russie aujourd’hui n’est pas à la tête d’une coalition mondiale, même si elle reste – ou plutôt est redevenue – une puissance mondiale. Les Etats-Unis ont, eux, une capacité d’action réduite, mais beaucoup plus de puissance. Pour moi, le retour à la Guerre froide est un concept dépassé. Il n’y a pas deux blocs idéologiquement antagonistes et de force comparable. Il y a des rivalités nationales traditionnelles.

Que pensez-vous de la politique étrangère de la France?
La France en Syrie propose, depuis longtemps, une solution avec des membres du régime et d’autres de l’opposition, à condition que Bachar el-Assad soit écarté. Pour la France, Bachar est le problème, pas la solution, c’est le sergent recruteur de l’Etat islamique, il ne peut pas donc faire partie de la solution. La France est dans la région le pays européen le plus actif ou, en tout cas, le moins inactif. Mais elle ne peut en rien imposer ses solutions, comme toutes les autres puissances d’ailleurs.

Les différentes crises, de la Syrie au Yémen, en passant par l’Irak laissent transparaître des luttes de leadership régional entre l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie. Pour une répartition du gâteau moyen-oriental?
C’est plutôt un gâteau qui s’émiette. Il y a de nombreux feux qui couvent, pour autant les clivages ne sont pas tous les mêmes, je ne vois pas de troisième guerre mondiale à l’horizon, comme certains l’ont prétendu. On se dirige davantage vers un émiettement qu’un partage réel, il s’agit plus d’une sécession de fait.

Comment analysez-vous les attaques au couteau et les nouvelles violences entre Israéliens et Palestiniens? Est-ce une troisième intifada?
C’est une révolte profonde qui ne va pas cesser d’elle-même. D’autant que ces attaques au couteau sont prises au niveau individuel, il n’y a pas de mot d’ordre global. Pour moi, c’est surtout le signe d’un pourrissement de la situation avec Mahmoud Abbas qui a fait miroiter l’espoir de négociations, le Hamas qui a échoué, tout comme Benyamin Netanyahou d’ailleurs. On paie ici le prix de nombreuses années de fausses négociations. Abbas est faible, les négociations tournent dans le vide, on est passé depuis les accords d’Oslo de 200 000 colons à quelque 570 000 aujourd’hui. Et l’environnement international n’est pas propice à des négociations. La société israélienne est de plus en plus à droite. Le poids des colons se renforce, les mesures sécuritaires de Netanyahou sont, en fait, des mesures insécuritaires. Sans perspectives politiques et avec seulement une politique de répression, on ne combat pas le terrorisme, on le nourrit.

 

Propos recueillis par Jenny Saleh

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Éditorial
20 raisons pour virer nos dirigeants

Il existe un tas de raisons qui incitent les Libanais à éjecter leurs dirigeants sans aucun égard mais, faute de place, nous n’en citerons que vingt. Certes, il serait injuste de mettre tout le monde dans un même sac. Certains sont moins condamnables que d’autres, quelques-uns ont même du mérite. Il ne s’agit, cependant, que d’exceptions qui confirment une règle générale: la classe politique libanaise est inapte à diriger le pays, elle doit partir. Et c’est au peuple libanais que revient la responsabilité historique de la virer.1-Les dirigeants pratiquent allègrement et au quotidien le délit d’initié. Ils profitent de leurs positions pour faire des affaires personnelles afin d’en tirer des bénéfices matériels.2-Ils sont coupables d’abus de pouvoir. Ils dépassent les limites légales de leurs fonctions, non pour le bien public mais pour servir des intérêts partisans ou personnels.3-Beaucoup de responsables politiques sont soupçonnés de corruption à grande échelle. Pourtant, ils ne sont jamais inquiétés.4-Lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes corrompus ou corrupteurs, ils encouragent la corruption ou font semblant de ne pas la voir dans les ministères et les organismes dont ils ont la gestion.5-La plupart des commis de l’Etat sont coupables de gaspillage des deniers publics et de dilapidation du patrimoine national.6-Certains leaders de classe A sont coupables d’exploitation illégale et frauduleuse de biens domaniaux et de biens maritimes publics.7-La plupart des hauts dirigeants pratiquent, d’une manière tout à fait naturelle, l’évasion fiscale en tenant une double comptabilité.8-Tous, ou presque, pratiquent le népotisme et le clientélisme. Ils placent des membres de leurs familles ou des proches à des postes clés sans prendre en considération le critère de la compétence.9-Ils sont imprévoyants. Ils n’anticipent pas les problèmes et, par conséquent, ne prévoient pas des solutions et des plans de contingence en cas de crise.10-Ils sont laxistes. Leur excès d’indulgence n’est pas dû à leur extrême tolérance, mais à leur paresse intellectuelle.11-Le laxisme conduit à des attitudes irresponsables qui ont, souvent, des conséquences graves sur la vie quotidienne des citoyens.12-Ils manquent de courage, car ils n’osent pas prendre des décisions impopulaires de peur d’être critiqués par leur entourage proche ou au sein de leur communauté, même si l’absence de décision risque d’avoir des retombées néfastes et irrémédiables au niveau national.13-Leurs discours sectaires et partisans constituent une violation flagrante des lois en vigueur, qui interdisent l’exacerbation des dissensions communautaires.14-Ils font primer d’étroits intérêts communautaires et partisans sur les intérêts supérieurs de la nation.15-Ils défendent les intérêts de pays étrangers au détriment des intérêts nationaux.16-Leur allégeance va à des puissances étrangères, non pas à leur patrie.17-Ils sont prêts à mourir pour que soient haut portés les drapeaux d’Etats étrangers au lieu de celui de leur pays.18-Ils sont sadiques, car ils humilient avec un malin plaisir leur peuple, comme c’est le cas dans le scandale des déchets.19-Ils sont coupables d’homicide prémédité, car ils savent pertinemment que l’accumulation des déchets pendant des mois peut provoquer de graves épidémies, comme le choléra.20-Ils sont coupables de trahison, car ils n’ont pas respecté les termes du mandat que le peuple libanais leur a accordé, et aussi de parjures car ils ont violé leur serment de respecter la Constitution et les lois libanaises.S’il fallait juger les personnalités politiques libanaises pour leurs manquements, il ne resterait presque plus personne sur les strapontins du Parlement ou sur les fauteuils du Conseil des ministres. Il faudrait construire de nouvelles prisons, mais faisons en sorte que les appels d’offres ne soient pas remportés par des prête-noms de nos ‘chers’ dirigeants.


 Paul Khalifeh
   
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