Absence, de Lara Kanso. La terre comme cris de femmes
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Absence, de Lara Kanso. La terre comme cris de femmes

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    Absence, de Lara Kanso. La terre comme cris de femmes
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Après Les Noces de Zahwa et Le jardin d’amour, Lara Kanso revient avec une nouvelle création, Absence, qu’elle a écrite et mise en scène. Présentée au théâtre Tournesol jusqu’au 14 avril, Lara Kanso parle des cris de douleurs des femmes pour les guérir.


Cris de la terre, cris de douleurs, cris de femmes, cris de vie… Le mot «cris» revient comme un leitmotiv dans le discours de Lara Kanso. Cris des femmes violées, violentées, des femmes seules, Absence, sa troisième création, porte en elle la douleur ancestrale des femmes. «Ce cri de douleur, je l’entends depuis que je suis très jeune, affirme-t-elle. J’ai envie, avec cette pièce, de mettre un baiser sur le front de toutes les femmes de ma famille, mais aussi de toutes les femmes qui ont injustement souffert et qui crient leur envie de vivre».

Pas de pathos inutile
«Ce n’est pas une pièce féministe, qui s’inscrit contre l’homme, tient-elle à préciser plus d’une fois, mais la vérité fait que la femme a été longtemps opprimée, détruite dans son corps et dans son âme». Loin de l’image d’une femme victime, d’une pièce où règnerait le pathos de la condition féminine, Absence évoque «l’univers féminin qu’on a envie de guérir comme si on caressait cette douleur féminine».
Absence, c’est la rencontre de quatre femmes dans un espace minimaliste, avec comme seul décor, une montagne de sable pour évoquer les origines de la terre, la terre nourricière, le ventre-mère. «C’est un cercle de guérison de femmes, un hymne d’amour entre des femmes dont la condition même de femme n’a pas été facile à vivre». Il y a la figure maternelle; il y a la femme complètement détruite, aux mouvements difformes; il y a la jeune fille enceinte hors mariage, qui porte inconsciemment en elle l’histoire du crime d’honneur; celle qui flotte dans son corps car le féminin n’a pas été transmis. «Elles viennent ici pour raconter leurs histoires, celles de femmes vraies, et la fiction de La veuve Aphrodisia de Marguerite Yourcenar. Elles viennent ici vivre une expérience, se remettre debout et repartir».
Un hymne d’amour. Planchant sur sa création depuis septembre 2018, les sources d’inspiration de Lara Kanso sont multiples, issues de son vécu, de ses lectures, de ses recherches, de ses terreurs, de sa sensibilité. «A l’origine, dit-elle, il y a une grande réflexion sur toutes les mamans dont nous sommes nés et qui ont vécu presque sans corps et sans désir». Il y a aussi son travail dans des centres d’accueil anonymes au Liban, auprès d’adolescentes violentées par leur père, leur mari ou des étrangers. «Ces centres sont comme des prisons où les femmes sont enfermées: enfermement dans l’espace et dans le corps», ajoute Lara Kanso.
Au-delà de ces deux éléments, il y a également la lecture d’ouvrages qui l’ont marquée, bouleversée, terrorisée. A l’instar d’Invention de l’hystérie, de Georges Didi-Huberman, où elle découvre qu’au XIXe siècle, un hôpital à la Salpétrière a accueilli 4 000 femmes taxées d’hystérie, un label sous lequel était placées toutes formes de maladies et de malaises, de la dépression en passant par l’épilepsie ou la crise pré-menstrues… Un autre ouvrage théorique a également inspiré la pièce: Les Femmes qui courent avec les loups de Pinkola Estès, «psychanalyste espagnole qui a rassemblé dans son ouvrage tous les contes qui rappelle la femme sauvage qu’il y a dans chaque femme, explique Lara Kanso. Cette partie en nous que la société moderne essaie de massacrer et à laquelle il faut se reconnecter pour pouvoir retrouver ce que chacune de nous a de singulier mais aussi de commun à toutes: cette force créatrice, cette force de renouvellement, de renaissance, de résurrection».
Absence est aussi une plongée dans la poétique de trois livres littéraires: La Femme lapidée de Freidoune Sahebjam, Le suicide et le chant de Sayd Bahodine Majrouh, qui a collecté dans les villages afghans des poèmes érotiques de femmes illettrées, et La veuve Aphrodisia de Marguerite Yourcenar. «La veuve Aphrodisia, s’enthousiasme Lara Kanso, c’est un peu toutes les grandes femmes tragiques qu’on a connu, Phèdre, Antigone, Médée… Elle est l’incarnation du mal par excellence, celle qui porte tous les péchés de toutes les autres femmes, celle qui prend sa revanche et la revanche de toutes les autres femmes qui ont du mal à exister, et qu’on aime et qu’on chérit».
Histoire de corps et de désir, Absence est interprétée par Dana Mikhayel, Nowar Yusuf, Stéphanie Kayal et Marie-Thérèse Ghosn. La création puise à la fois dans le personnel et l’universel, dans l’intime et le collectif, et tonne comme «cet hymne d’amour que chantent les femmes entre elles, pour pouvoir continuer, malgré toute la mémoire collective de ces douleurs des femmes dont on entend les cris». Et les questionnements sont appelés à se succéder autour du rapport au corps, à la femme, à la maternité, à la collectivité, à la transmission du féminin en Orient…

NAYLA RACHED
 

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   

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