Mariam el-Bassam. Créatrice de l’éditorial télévisé
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Mariam el-Bassam. Créatrice de l’éditorial télévisé

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    Mariam el-Bassam. Créatrice de l’éditorial télévisé
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Ses éditoriaux incendiaires et ses petites phrases lapidaires ont fait d’elle une journaliste redoutable et redoutée. Mariam el-Bassam est la directrice de l’information et responsable des programmes politiques de la chaîne al-Jadeed. Son parcours est atypique.

De ses débuts à Sawt el-Chaab, en passant par ses années à Reuters, jusqu’à son poste actuel dans al-Jadeed, Mariam el-Bassam est restée la même. «Après 25 ans de carrière, je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne qui, à cause de sa franchise, a souvent des problèmes. Il m’arrive de blesser les gens sans en avoir l’intention. Je suis dure, têtue, directe et je n’ai pas d’amis. Dès que j’ai un problème, les gens disparaissent brusquement. Ma personnalité et mes idées se développent au cours des années, mais je refuse que cette évolution transforme mes principes et mes convictions qui sont inchangés dans toutes les étapes de mon parcours. Pour moi, la famille reste l’école la plus importante de la vie. C’est de ma mère que j’ai appris à distinguer le bien du mal et je reste toujours attachée à mes convictions, quels que soient les enjeux».  
C’est par ces mots que débute notre entrevue avec Mariam el-Bassam. Cette femme appartient à la génération de la guerre. «Je fais partie de ceux qui ont gravement souffert de la guerre. Ma famille a été détruite par celle-ci. Mon père a été kidnappé alors que j’avais à peine neuf ans». Rien ne la prédisposait à devenir journaliste, elle qui déteste la politique qui l’a privée de son père et de nombreux êtres chers. «Je n’écoutais jamais les nouvelles. Je me suis toujours réfugiée, dès mon plus jeune âge, dans la musique et l’art. J’écoutais la voix de Feyrouz pour oublier le fracas des obus et le bruit des bombes». Réfugiée dans une petite bicoque du côté de Jnah-Saint Simon après le kidnapping de son père, elle apprend un jour que l’antenne qui se dressait devant leur modeste habitation est en réalité une station de radio qui relevait de l’ancien député Zaher el-Khatib et où travaillait Nasser Kandil et des membres de sa famille. Mariam el-Bassam a 16 ans et c’est sur l’incitation de son ami le poète et journaliste Zahi Wehbé qu’elle présente une demande d’emploi dans le département de l’ingénierie du son.

Les beaux-arts
Son bac en poche, c’est vers la Faculté des Beaux-arts qu’elle se tourne. «Je n’ai pas fait d’études de journalisme. Je me suis imprégnée de l’ambiance artistique et culturelle de l’université. Il y avait des metteurs en scène, des acteurs, tout un monde qui me fascinait». La radio Sawt el-Chaab (La Voix du peuple, du Parti communiste libanais) faisait ses premiers pas. «C’était la seule chaîne qui concurrençait la Voix du Liban. Zahi Wehbé m’a encouragée de nouveau, nous étions plus de 150 personnes à présenter des demandes d’emploi.» Alors qu’elle avait postulé pour tous les types d’emploi, à l’exception des bulletins d’information politique, quelle ne fut sa surprise de se voir recrutée dans la section de l’information. Sans aucune notion politique, Mariam el-Bassam se retrouve donc à la rédaction. «C’était un défi que j’ai décidé de relever. Je n’avais pas un sou et j’avais besoin de travailler pour aider ma famille. Je me suis mise à lire assidûment les journaux et à écouter les nouvelles. J’ai engagé deux professeurs pour m’apprendre à écrire correctement l’arabe. Jusqu’à aujourd’hui, j’apprends quelque chose de nouveau au quotidien».
Dans la newsroom, Mariam el-Bassam cherche à innover. «Je voulais rédiger les nouvelles de manière différente, simple, utiliser un langage facile, introduire des citations. Il ne faut pas compliquer les choses. La radio est différente de la presse écrite. Lorsque j’écris, j’ai l’impression de composer une partition musicale».
Son sens développé des responsabilités attire rapidement l’attention de ses chefs. «On a vu en moi quelqu’un sur qui on pouvait compter. J’ai réussi à amorcer un changement en douceur, sans le proclamer, en présentant l’information d’une manière plus légère tout en introduisant des éléments intéressants pour l’auditeur». A Sawt el-Chaab, Mariam el-Bassam côtoie Nada Abdel Samad, Hussein Ayoub, Zaven Kouyoumdjian et d’autres. «Ces gens-là ont posé les bases du journalisme. J’ai grandi avec eux».
Auprès de Reuters qu’elle rejoint en 1993, elle apprend la rigueur, la précision et le recoupement de l’information. Elle est la première journaliste à annoncer avec 7 minutes d’avance la condamnation de Samir Geagea par la cour de justice dans l’assassinat de Dany Chamoun. Elle est également la première à annoncer le décès de Bassel Hafez el-Assad dans un accident de voiture. «C’est une période très riche sur le plan professionnel au cours de laquelle j’ai appris à la dure les fondements du métier. C’est une époque où on comptait sur la plume et le labeur pour réussir». Entretemps, elle poursuit son ascension à la radio et devient rédactrice en chef de Sawt el-Chaab.

Directrice à 34 ans
Face au succès enregistré par la radio, le parti communiste fonde al-Jadeed TV dont les locaux se situent dans le même immeuble que Sawt el-Chaab. «Par la suite, avec la chute de l’URSS et le recul du communisme, le parti a vendu la station à Tahsin Khayat qui n’est pas communiste mais un arabisant qui croit en la cause palestinienne». Petit à petit, Mariam el-Bassam intègre la télévision et devient responsable du service local. Malgré la présence de 7 supérieurs hiérarchiques, elle assume de grandes responsabilités. A la suite de sa décision de repasser un documentaire diffusé la veille mais interrompu par une retransmission en direct, sans avertir ses supérieurs, Tahsin Khayat décide de la nommer directrice de l’information. Elle a 34 ans et l’ampleur de la tâche la terrorise. «C’était trop de responsabilités pour moi. J’ai demandé à être nommée 3 mois par intérim puis je me suis totalement intégrée».
Mariam el-Bassam est la seule femme au Liban à occuper un tel poste. C’est elle qui a introduit les éditoriaux du bulletin télévisé dans le paysage médiatique libanais. «C’est une fonction qui requiert de la patience, un sens des responsabilités, de la création et de la créativité, d’être à la page, de ne pas refuser le progrès et surtout, de posséder une grande faculté d’adaptation». Douée pour l’écriture, Mariam el-Bassam l’est certainement. D’ailleurs, ses rédactions en langue arabe étaient régulièrement accrochées sur le tableau d’honneur de l’école. Avec amusement, elle confie: «Dans le temps, on disait de quelqu’un qu’il a une jolie plume, aujourd’hui je dis qu’il a un beau ‘keyboard’». La jeune femme est convaincue qu’elle doit vivre sa propre expérience. «La jalousie est très importante car elle me pousse à aller de l’avant et à m’améliorer. Je suis très jalouse lorsque quelqu’un écrit mieux que moi. Celui dont j’étais jalouse, c’est Georges Ghanem. Il était le seul à me faire concurrence. Depuis son départ de la LBC, j’estime que je n’ai plus de concurrent dans l’éditorial du bulletin télévisé. Je suis opposée à ceux qui veulent éliminer les éditos. Au contraire, on se défie d’une manière positive. Ce sont ceux qui ne savent pas écrire qui doivent se retirer». La journaliste confie que les documentaires de Georges Ghanem sont une véritable école. «J’ai beaucoup de respect pour son parcours et j’ai énormément appris de lui. A son époque, la LBC était une véritable concurrente». Selon elle, al-Jadeed «ressemble au Liban: elle comporte plusieurs courants et opinions politiques».

Pas d’amis politiques
Partisane du développement et des réseaux sociaux, elle a adopté Twitter sur lequel elle est très active et où elle exprime ses opinions. «Twitter me ressemble». Parmi la classe politique Mariam el-Bassam n’a pas d’amis. «Je respecte ceux qui acceptent mes critiques. Pourquoi se fâcher si je ne fais que dire la vérité? Répondez-moi par des preuves et non pas en me lançant des bombes et en me tirant des balles. Nous sommes un pays confessionnel et nos dirigeants ne font rien pour devenir un Etat laïc».
Les attaques dont elle fait constamment l’objet l’effrait-elle? «Si on a peur, on ne peut plus rien faire. On doit affronter la peur sinon elle prend le dessus et vous paralyse. Non, je ne connais pas ce sentiment. On ne peut pas m’emprisonner dans la crainte. Pour tous ceux qui croient en moi, pour mes filles, je dois être forte et ne rien craindre. C’est cela que j’essaie de leur inculquer».
Mariam el-Bassam estime que le quota féminin est en lui-même une insulte pour les femmes. «La femme a un rôle plus important à jouer que celui de récolter des donations pour des œuvres caritatives». Lorsqu’on lui demande où elle se situe politiquement, après réflexion elle répond: «Je prendrai un peu de chaque parti et j’en créerai le mien. Je suis contre Israël et avec chaque personne qui se bat contre lui mais si celle-ci est corrompue je la combats. Je suis avec les Forces libanaises dans leur guerre contre la corruption, avec la performance de Gebran Bassil sur le plan international mais contre son entêtement et ses ambitions qui n’ont plus de plafond sur le plan interne. Je suis avec la sagesse de Nabih Berry mais contre la couverture de toute corruption pouvant impliquer un de ses ministres. Avec la sympathie et la culture de Walid Joumblatt mais contre le féodalisme. Il y a des personnalités qu’on ne peut pas ne pas aimer même si nous ne sommes pas du même bord. Je respecte l’intelligence de l’autre. Elle me stimule».

Joëlle Seif

 

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   

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