Aline Kamakian. L’incarnation de l’esprit commercial
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Nº 3103 du vendredi 5 juillet 2019

Aline Kamakian. L’incarnation de l’esprit commercial

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    Aline Kamakian. L’incarnation de l’esprit commercial
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Fondatrice de la compagnie de courtage Insurance Investment Consultants (ICC), CEO de Fig holding, propriétaire des restaurants Mayrig et Batchig, productrice du show Cook with Aline, trésorière de la Lebanese Franchise Association, lauréate du prix Femme entrepreneur de l’année décerné par la BLC en 2015, Aline Kamakian est une entrepreneure née.


Dès son plus jeune âge, Aline Kamakian manifeste un caractère bien trempé et un esprit commercial. Garçon manqué, sportive, elle ne recule devant rien. A la suite d’une punition, alors qu’elle est scout et ne suit pas les directives de sa cheftaine en se séparant du groupe pour accomplir sa mission, elle est fortement marquée par les paroles de son père une fois qu’elle rentre chez elle: «Si tu t’attends à des applaudissements, tu ne feras jamais rien dans ta vie. Personne ne fera quelque chose pour toi, sinon te mettre des bâtons dans les roues. Fais ce que tu as à faire sans te soucier des autres». Pour l’adolescente de 12 ans, c’est le meilleur conseil qu’elle ait jamais reçu. 
A 14 ans, son père lui demande de trouver un job pour l’été. «C’était une grande leçon pour moi. J’ai appris à frapper aux portes pour demander un emploi et j’ai tout fait. Les gens ne me prenaient pas au sérieux. Mon premier job était de porter un projecteur pour le caméraman. C’était des heures de travail debout, sans aucun répit. Ensuite, j’ai travaillé dans une librairie où j’enlevais la poussière et enveloppais les livres, puis dans une pharmacie et j’ai même travaillé dans un garage». Aline Kamakian était très proche de son père. «Il était moderne et avait l’esprit large».

Sept polices en sept jours
Elle appartient à la génération de la guerre, cette génération dont le seul but était de survivre. Elle n’a que 17 ans lorsqu’elle perd son père. «J’étais complètement désorientée. Tout ce que je savais, c’est que je devais faire quelque chose, sans savoir quoi». Elle attend sa majorité avant de pouvoir encaisser l’assurance-vie contractée par son père auprès de la compagnie SNA et dont elle est la bénéficiaire. «Son montant s’élevait à 108 000 L.L. et avec la dévaluation de la livre libanaise, cette somme ne représentait plus rien», souligne Aline Kamakian. Prise d’une inspiration soudaine, elle se renseigne sur la possibilité de trouver un emploi auprès de la société d’assurance. «On m’a alors proposé de vendre des assurances-vie mais au bout de 10 jours j’ai été renvoyée parce que je ne rédigeais pas de rapports». Une semaine plus tard, Antoine Wakim, Pdg de la SNA, demande à la rencontrer. «En 7 jours de travail, j’avais réussi à vendre 7 polices d’assurances, du jamais vu». Elle réintègre son poste mais pose la condition de ne pas écrire de rapports. «Pendant six ans, j’étais la meilleure vendeuse de polices d’assurance et j’ai payé mes études universitaires grâce à mon travail en tant que broker».  
Agressive, combative, Aline Kamakian impose rapidement son style. Elle force la compagnie à créer de nouvelles conditions appropriées à sa clientèle. Elle n’hésite pas à relever les défis et se rend en Syrie, à Dubaï où elle est une pionnière dans le monde des assurances. «Je comptais dans mon portefeuille, en tant que broker de la SNA, la centaine d’employés de l’Hôtel Vendôme. Lorsque le Phoenicia a décidé d’ouvrir ses portes et d’embaucher quelques 1 200 employés, il était alors temps de fonder ma propre compagnie d’assurance». Face à l’hésitation du management du l’hôtel, elle leur propose de faire un essai de 3 mois. «Si vous n’êtes pas satisfaits, quittez-moi», leur lance-t-elle. L’expérience est concluante, aujourd’hui Aline Kamakian compte parmi sa clientèle, outre le Phoenicia, le Four Seasons, le Mövenpick et d’autres.     

L’aventure gastronomique
Son aventure dans la gastronomie a commencé par un rêve, celui de son père, d’ouvrir un restaurant où il pourrait recevoir tous ses amis et leur faire découvrir la cuisine arménienne. Très jeune, elle apprend à faire la cuisine, toujours encouragée par son père même lorsqu’il lui arrivait de ne pas mettre du riz dans les courgettes farcies. «C’est lui qui m’a toujours guidée. Il est derrière tout ce que j’ai réalisé dans ma vie. C’est son esprit et son entrepreneurship qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui», dit-elle avec beaucoup d’émotion. 
Un soir où les responsables du Phoenicia dînent chez elle, le directeur général de l’hôtel, François Chopinet, lui demande pourquoi elle n’ouvrait pas un restaurant. «C’est le rêve de mon père mais je ne sais pas comment m’y prendre. Il me propose de venir le voir le jour où je me décide à le faire. Dès le lendemain, à la première heure, j’étais chez lui. J’ai passé un mois et demi dans les différents secteurs de l’hôtel, des ressources humaines, au Food and beverage, dans les cuisines, aux achats pour comprendre parfaitement les opérations». Et c’est ainsi qu’il y a 16 ans, en 2003, que son premier restaurant Mayrig voit le jour. «En réalisant le rêve de mon père, je croyais avoir accompli ma mission mais je me suis retrouvée propulsée ambassadrice de la cuisine arménienne. Mayrig a mis la culture arménienne à l’honneur et j’ai eu le devoir de promouvoir et sauvegarder cette culture». C’est ainsi qu’est venue l’idée de donner des franchises et de créer un livre sur cette cuisine exceptionnelle. «Ce livre avait pour but de remercier et de rendre hommage à toutes ces mères qui, malgré le génocide et les tragédies vécues par ce peuple, ont réussi à préserver cet héritage, à sauvegarder cette immense richesse de recettes et à transmettre leur art et leur savoir. Chaque maman raconte à travers une recette son histoire et celle de sa région».

Un travail d’équipe
Pour son restaurant Mayrig, Aline Kamakian part en quête de chefs mais sans succès, pour la simple raison qu’aucune école n’enseigne la cuisine arménienne. «Mayrig signifie maman en arménien et nos cuisines sont tenues par des mères arméniennes qui ont réussi à sauvegarder toutes ces richesses». Poursuivant sur sa lancée, Aline Kamakian ouvre un autre restaurant qu’elle appelle Batchig, «la fille de Mayrig», qui sert une cuisine arménienne moderne. «Il est destiné à la nouvelle génération pour préserver la tradition. Pour moi, garder une tradition, c’est la vivre, et la vivre c’est l’adapter à la nouveauté. J’ai par exemple introduit le kale, qui ne figurait pas dans la cuisine arménienne, pour attirer la nouvelle génération et lui faire connaître les recettes arméniennes». Devant le succès enregistré par Mayrig, le restaurant s’exporte et des franchises sont ouvertes à Riyad, à Erevan et aux Maldives à l’hôtel Four Seasons. «J’ai une excellente équipe qui m’aide dans mon travail et sans laquelle je n’aurai pas pu faire tout ce que je fais». D’ailleurs, depuis 16 ans qu’ils sont ouverts, ce sont toujours les mêmes employés. Fig Holding compte aujourd’hui 300 employés dans le monde, dont une centaine au Liban.
Innovatrice, elle introduit un show télévisé, Cook with Aline. A ce jour, elle a déjà réalisé plus de 150 émissions dont 100 en anglais et 50 en arabe. «Je suis en train d’en préparer d’autres. L’idée est de promouvoir la cuisine arménienne partout au monde».         
Lorsqu’elle est sollicitée par la BLC pour participer au Lebanese Brilliant Awards, Aline Kamakian veut laisser la place aux autres. «On m’a convaincue en me disant que je serai un rôle model pour les jeunes et qu’on avait besoin d’une histoire comme la mienne. La préparation du dossier à présenter m’a pris beaucoup de temps et m’a obligée à regarder les choses de l’extérieur. J’ai remporté le prix Woman entrepreneur of the year en 2015. C’était un tremplin sur le plan du marketing et cela a contribué à donner plus de notoriété à ce que je fais. On ne travaille pas dans le but d’obtenir un trophée mais celui-ci donne une plus grande exposition et nous fait assumer une plus grande responsabilité».

Promouvoir la femme
Depuis trois ans, Aline Kamakian est le mentor des jeunes start-upper de la BLC et elle fait partie du conseil d’administration du Lebanese League of Women in Business. «Nous poussons les femmes à occuper de plus en plus des postes de responsabilité et on se bat pour l’égalité de la rémunération entre les sexes et pour avoir 25% de femmes dans les conseils d’administration». Elle s’investit dans des associations telles que Oum el-Nour. L’entrepreneure essaie toujours de donner une chance aux gens. «Je crois aux gens. Nous avons tous fait des bêtises dans notre vie. Il ne faut pas s’y arrêter. Je crois aux autres, aux femmes, à l’environnement». Pour la femme d’affaires, l’argent n’a jamais vraiment compté. «Ce qui compte pour moi, c’est la joie et le sourire des gens, les voir revenir à Mayrig et à Batchig, s’enthousiasmer pour mon livre. Je ne viens jamais au travail avec le sentiment de faire un devoir, c’est une joie pour moi. Je suis là pour les autres et pour mon équipe. Quand nous mourrons, nous n’emportons rien avec nous. Aujourd’hui, je sème une graine en répandant la culture arménienne. Un jour celle-ci va grandir».

Joëlle Seif

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Éditorial
Le facteur temps est décisif

Les ministres rencontrés ou interviewés par Magazine ces dernières semaines, toutes tendances confondues, soulignent le «sens des responsabilités» des représentants de tous les partis au gouvernement et le «sérieux» avec lequel ils abordent les dossiers économiques, financiers et politiques. Ils jettent un regard plutôt positif sur la qualité des débats en Conseil des ministres, même si certains déplorent le temps parfois excessif passé sur des dossiers qui auraient pu être tranchés plus rapidement.Or le temps est, aujourd’hui, un facteur déterminant dans la dynamique de maîtrise de la crise que le gouvernement se promet d’enclencher. Chaque jour qui passe est un jour de perdu. Chaque jour qui passe éloigne davantage le gouvernement des objectifs qu’il s’est fixés au niveau de la réduction du déficit budgétaire. Chaque jour qui passe voit le service de la dette gonfler et le sauvetage de plus en plus périlleux.Cette constatation n’est pas nouvelle mais on ne la rappellera jamais assez. On ne la martèlera jamais assez. C’est parce qu’ils n’ont pas conscience du facteur temps que les responsables ont mené le pays là où il est aujourd’hui, au bord du gouffre. Le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, adopté en avril dernier, est pratiquement le même que celui qui avait été préparé il y a 9 ans. Les tiraillements et les surenchères politiques avaient empêché sa mise en œuvre. Si ce vaste chantier avait été lancé à l’époque, les milliards de dollars engloutis par l’EDL, qui constituent tous les ans une moyenne de 11% du budget, auraient pu être économisés et le Liban ne serait pas dans la situation délicate qui est la sienne en ce moment. Cet exemple d’incurie des pouvoirs publics peut être multiplié à volonté dans divers secteurs.Le temps n’est plus un luxe que les dirigeants peuvent se payer avec l’argent du contribuable. L’examen du budget par la Commission parlementaire des Finances et du Budget a trop traîné, ce qui est inexplicable, car la composition politique de cette instance est presque similaire à celle du gouvernement, qui a déjà amplement pris son temps pour approuver le projet de loi de Finances au bout de 21 séances marathons. Soit les partis sont atteints de schizophrénie et adoptent une chose en Conseil des ministres puis son contraire en Commission; soit ils sont incapables de tenir leurs troupes et certains députés s’ingénient à défaire ce que leurs camarades ont approuvé au gouvernement; soit les partis tiennent un double langage et, de ce fait, sont moins «responsables» qu’ils n’en donnent l’impression. Cette dernière option nous semble la plus plausible.Pour la démentir, le gouvernement doit montrer son sérieux et sa détermination à aller de l’avant en préparant et en envoyant au Parlement le projet de budget 2020 d’ici la mi-octobre au plus tard, comme le stipule la Constitution. Sinon, le sauvetage relèvera des missions impossibles.     


 Paul Khalifeh
   

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