Jibril Rajoub à Magazine. «L’implantation des Palestiniens au Liban… un épouvantail!»
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Nº 3103 du vendredi 5 juillet 2019

Jibril Rajoub à Magazine. «L’implantation des Palestiniens au Liban… un épouvantail!»

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    Jibril Rajoub à Magazine. «L’implantation des Palestiniens au Liban… un épouvantail!»
    Jibril Rajoub est catégorique. Les Palestiniens ne parleront pas aux Américains tant que leur politique ne changera pas et les Palestiniens du Liban sont des invités. Rencontre avec le numéro...
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Jibril Rajoub est catégorique. Les Palestiniens ne parleront pas aux Américains tant que leur politique ne changera pas et les Palestiniens du Liban sont des invités. Rencontre avec le numéro 2 du Fatah à l’occasion d’un passage à Paris.


Jibril Rajoub est un dirigeant palestinien atypique, avec un passé de militant endurci, un présent d’activiste multifonction et un avenir politique plus que prometteur. Son long  combat contre l’occupation israélienne, dès l’âge de 15 ans, lui coûta plusieurs séjours dans les geôles de l’armée d’occupation, avant une déportation au Liban puis en Tunisie. Grâce aux accords d’Oslo en 1994, «Abou Rami» fut autorisé à rentrer en Cisjordanie où il dirigea les Forces palestiniennes de Sécurité préventive et acquit la réputation d’un homme fort et redoutable. Depuis 2009, s’il a changé de fonctions, il n’a pas changé de combat. Il porte désormais plusieurs casquettes, politiques et sportives: membre du Comité central du «Fatah» en tant que Secrétaire général adjoint, Président du Conseil supérieur de la jeunesse et du sport, Président du Comité olympique palestinien et Président de la Fédération palestinienne de football. C’est à ce titre qu’il est venu à Paris pour le 69ème congrès de la FIFA. L’occasion pour lui de contacts avec des responsables français et d’une interview à Magazine.

LE MENSONGE DU SIèCLE
Homme d’autorité à la forte personnalité et au passé tumultueux, Jibril Rajoub veut donner désormais l’image d’un homme ouvert au dialogue, au parler franc, direct et sans réserves, chose rare chez un responsable au long passé sécuritaire.
A commencer par le «Deal du siècle», au centre de l’actualité du conflit israélo-palestinien. Une opération que Rajoub qualifie de «mensonge du siècle, commis par le président américain Donald Trump et son équipe sioniste tripartite, conduite par son gendre, Jared Kushner, David Friedman et Jason Greenblatt». Opération qui «vise à sortir la question palestinienne du champ du politique en la réduisant aux conditions de vie des Palestiniens». Les «preuves» de cette tactique américaine, selon Rajoub, sont «les actions concrètes prises sur le terrain par Trump: à propos de la question de Jérusalem, des réfugiés, des implantations, de la fermeture de la délégation palestinienne à Washington et du consulat à Jérusalem-est».
Comment les Palestiniens ont-ils réagi? «Dès le premier jour, explique Rajoub, nous avions précisé les deux points incontournables de la négociation avec l’Administration américaine: la référence à la solution – à savoir les décisions du droit international –, et l’adéquation nécessaire entre le comportement américain et nos conceptions. A partir du moment où l’Administration américaine prenait des initiatives incompatibles avec notre vision, nous avons décidé de rompre avec elle et nous ne reprendrons que si elle change de position».
Quelle riposte alors et quels choix s’ouvrent à la direction palestinienne? «La lutte se poursuit à trois niveaux, explique le dirigeant du Fatah. Au niveau national, nous développons les mécanismes pour réaliser l’unité nationale;  au plan régional, nous mettons tout en œuvre pour que la question palestinienne demeure la question centrale et prioritaire pour tous les pays arabes, et, à cet égard, l’initiative du Sommet arabe (de Beyrouth) reste le fondement de la solution politique; enfin sur le plan mondial, nous travaillons à mobiliser la communauté internationale pour que soient respectés les textes du droit international sur le sujet. Je pense que c’est une question de temps».

 

PAS D’AVENIR  POUR L’ISLAMISME
Que faire pour arriver à cette unité palestinienne interne? «Nous attendons de nos frères égyptiens qu’ils trouvent le moyen de mettre fin à nos divisions et de garantir l’édification d’une unité nationale, déclare Rajoub. Il faudrait un partenariat entre les différentes parties (essentiellement le Fatah et le Hamas) sur un  programme bien défini de construction de l’Etat, sur une vision commune de la résistance, de la forme de l’Etat – une seule autorité avec diversité politique – et sur l’organisation d’élections générales». Le point de départ du mécanisme, selon le dirigeant de Fatah, doit être «le démantèlement des prérogatives d’autorité du Hamas à Gaza et le plein exercice de l’Autorité centrale palestinienne sur tout le territoire palestinien». Le secrétaire général adjoint du Fatah écarte le risque d’un fondamentalisme accru, pour ne pas dire d’un extrémisme religieux, de la société palestinienne et affirme que «l’islamisme politique n’a pas d’avenir en Palestine». Rajoub se dit en même temps convaincu que le Fatah est «un mouvement réaliste et pragmatique, avec la souplesse nécessaire pour comprendre l’évolution de la société palestinienne et son désir de changement».
Rajoub peut-il définir et expliquer son concept de «résistance populaire»? «Il revient au peuple palestinien, répond-il, de créer un mouvement de protestation de rue global et pacifique (politique, social, …) pour paralyser les déplacements de l’armée de l’occupation et les activités des colons. Il faut envoyer au monde un message clair et ferme sur la nécessité de mettre fin à nos souffrances. Les dernières actions et les Grandes marches du retour sont un avant-goût et la manifestation criante de cette colère qui monte. Ce grand mouvement pourrait s’amplifier et dégénérer jusqu’à l’explosion».                                                                    
Et Rajoub de lancer une mise en garde sévère: «La poursuite du conflit est porteuse d’un danger certain pour la stabilité régionale et la paix civile. Y mettre fin est de l’intérêt de tous».
Il saisit l’occasion pour lancer un appel à l’Europe en général et à la France en particulier pour «d’une part, sauver la région et sa stabilité en faisant imposer le respect du droit international et des résolutions des Nations-Unies et d’autre part protéger les Israéliens de leurs dirigeants». Selon lui, cette action ferme envers Israël pourrait aller «de la pression directe, une sorte de carton jaune, jusqu’à la prise de sanctions à son encontre, l’équivalent d’un carton rouge».

ASSURANCES ARABES
Que répondre à la déception profonde qui gagne la majorité des Palestiniens devant l’attitude des gouvernements arabes, sous influence américaine, considérant que «leur nouvel ennemi est plutôt l’Iran qu’Israël» et que la question palestinienne n’est plus centrale? Rajoub rétorque avec détermination: «Pour nous Palestiniens, l’ennemi et l’ennemi des Arabes et des musulmans reste Israël, son occupation et son agression unilatérale. Nous comprenons les inquiétudes de nos frères des pays du Golfe mais cela ne justifie pas de se jeter dans les bras des Américains et des Israéliens ni de changer de priorités». Et d’ajouter: «A ce jour, nous avons obtenu la promesse des dirigeants arabes, notamment du roi saoudien, du souverain jordanien et du président égyptien, de ne pas s’associer à une négociation qui n’aboutirait pas à la création d’un Etat palestinien, à l’autodétermination et à un statut de Jérusalem et une solution politique n’ayant pas notre aval. Nous jugeons les dirigeants arabes sur les propos qu’ils nous tiennent, non sur ce que l’on dit d’eux, et nous leur faisons confiance».
N’a-t-il pas l’impression que tant que Donald Trump et Benyamin Netanyahu restent en place, il n’y aura pas de règlement en vue, sauf à abandonner le droit au retour? Rajoub répond: «Le centre et l’essence  du conflit reposent sur deux questions essentielles: celle des réfugiés et celle de Jérusalem. Les Palestiniens de l’intérieur sont déterminés à rester sur leurs terres et dans leur patrie.» «Nous sommes ici et nous y resterons», ajoute-t-il en martelant ce slogan. Jibril Rajoub se montre d’ailleurs très critique vis-à-vis des responsables américain et israélien. Il tient des propos assez durs à l’égard de Trump et de sa «politique de distribution de cadeaux (Golan) et de clefs (Jérusalem) qui ne lui appartiennent pas; politique qui sonne comme une déclaration de guerre». Quant à Netanyahu, Rajoub lui reproche sa «politique agressive, annexionniste et raciste» et compare même son histoire personnelle à celle du «dictateur Mussolini».

LE LIBAN ET SES INVITÉS
Que répond-il aux craintes réitérées des Libanais de voir les réfugiés palestiniens s’enraciner définitivement au pays du Cèdre? Le dirigeant palestinien se veut ferme et rassurant: «Le Liban est aux Libanais et l’implantation des Palestiniens n’est qu’un épouvantail. D’ailleurs, le camp d’Aïn el-Heloué symbolise notre conviction de n’être que des invités dans ce pays que nous aimons. Pour les Palestiniens, pas de patrie, pas de stabilité et pas d’implantation ailleurs qu’en Palestine». Sur les relations de la direction palestinienne avec la Syrie et l’Iran, Rajoub se montre très succinct: «Dès le début des événements en Syrie notre position était claire: nous considérions que ce pays faisait l’objet d’un projet de destruction et que nous n’interviendrions pas. Et nos frères syriens ont apprécié cette attitude».
Et sur l’Iran: «Nous faisons partie de la sécurité nationale arabe, assure-t-il, on ne peut pas œuvrer à l’encontre du positionnement arabe et nous n’avons pas de relations avec l’Iran». Quant à l’éventualité d’une confrontation armée entre Israël et l’Iran, avec l’appui des Américains, il y voit «une opération de diversion pour détourner la boussole de Jérusalem et de la Palestine».

SUCCESSEUR D’ABOU MAZEN?
Impensable de terminer l’entretien avec l’homme fort du Fatah sans le questionner sur ses ambitions politiques et la succession du président Mahmoud Abbas. «Abou Mazen est une nécessité pour nous tous, répond-il, d’autant qu’il est le seul capable de signer un règlement politique acceptable du conflit». Mais Rajoub reconnaît que le président palestinien fait «l’objet de beaucoup de pressions internes et externes». Interpelé une seconde fois sur la succession à la présidence, «Abou Rami» se montre modeste et serein, comme s’il attendait son heure. Il affiche son désintérêt, fait profil bas et élude en se déclarant pleinement occupé et satisfait de ses responsabilités actuelles, insistant sur ses efforts «pour ancrer le Fatah au sein de la société palestinienne et consolider le mouvement dans sa position dirigeante du peuple palestinien». 
Après cette première réponse évasive, le vieux combattant, compagnon de Yasser Arafat, remarque toutefois malicieusement que les organismes sportifs palestiniens qu’il préside «sont les seuls rares à maintenir l’unité de leurs structures entre la Cisjordanie et Gaza». Et d’ajouter, avec un léger sourire de satisfaction, de jouir du soutien des deux terres palestiniennes: «Mes appuis sont même peut-être plus nombreux à Gaza qu’en Cisjordanie!».

Béchara Bon (à Paris)
 

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Éditorial
Le facteur temps est décisif

Les ministres rencontrés ou interviewés par Magazine ces dernières semaines, toutes tendances confondues, soulignent le «sens des responsabilités» des représentants de tous les partis au gouvernement et le «sérieux» avec lequel ils abordent les dossiers économiques, financiers et politiques. Ils jettent un regard plutôt positif sur la qualité des débats en Conseil des ministres, même si certains déplorent le temps parfois excessif passé sur des dossiers qui auraient pu être tranchés plus rapidement.Or le temps est, aujourd’hui, un facteur déterminant dans la dynamique de maîtrise de la crise que le gouvernement se promet d’enclencher. Chaque jour qui passe est un jour de perdu. Chaque jour qui passe éloigne davantage le gouvernement des objectifs qu’il s’est fixés au niveau de la réduction du déficit budgétaire. Chaque jour qui passe voit le service de la dette gonfler et le sauvetage de plus en plus périlleux.Cette constatation n’est pas nouvelle mais on ne la rappellera jamais assez. On ne la martèlera jamais assez. C’est parce qu’ils n’ont pas conscience du facteur temps que les responsables ont mené le pays là où il est aujourd’hui, au bord du gouffre. Le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, adopté en avril dernier, est pratiquement le même que celui qui avait été préparé il y a 9 ans. Les tiraillements et les surenchères politiques avaient empêché sa mise en œuvre. Si ce vaste chantier avait été lancé à l’époque, les milliards de dollars engloutis par l’EDL, qui constituent tous les ans une moyenne de 11% du budget, auraient pu être économisés et le Liban ne serait pas dans la situation délicate qui est la sienne en ce moment. Cet exemple d’incurie des pouvoirs publics peut être multiplié à volonté dans divers secteurs.Le temps n’est plus un luxe que les dirigeants peuvent se payer avec l’argent du contribuable. L’examen du budget par la Commission parlementaire des Finances et du Budget a trop traîné, ce qui est inexplicable, car la composition politique de cette instance est presque similaire à celle du gouvernement, qui a déjà amplement pris son temps pour approuver le projet de loi de Finances au bout de 21 séances marathons. Soit les partis sont atteints de schizophrénie et adoptent une chose en Conseil des ministres puis son contraire en Commission; soit ils sont incapables de tenir leurs troupes et certains députés s’ingénient à défaire ce que leurs camarades ont approuvé au gouvernement; soit les partis tiennent un double langage et, de ce fait, sont moins «responsables» qu’ils n’en donnent l’impression. Cette dernière option nous semble la plus plausible.Pour la démentir, le gouvernement doit montrer son sérieux et sa détermination à aller de l’avant en préparant et en envoyant au Parlement le projet de budget 2020 d’ici la mi-octobre au plus tard, comme le stipule la Constitution. Sinon, le sauvetage relèvera des missions impossibles.     


 Paul Khalifeh
   

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