Raya Daouk. Des longueurs d’avance
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Nº 2948 du vendredi 9 mai 2014

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«Quand la vie vous a beaucoup donné, il faut savoir donner en retour». Ces propos de Raya Daouk montrent déjà toute la démarche humaine et spirituelle de cette femme qui se dépense sans compter. Présidente de l’Apsad (Association pour la protection des sites et anciennes demeures), de l’Association des ayants droit du centre-ville et membre fondateur du Courant patriotique libre, dès son plus jeune âge, elle a le sens de la collectivité et se révolte contre toute forme d’injustice. Portrait.  


Dans les jardins de la magnifique Villa Daouk, qu’elle appelle avec une grande simplicité «la maison», Raya Daouk nous reçoit. Parmi la profusion de fleurs et de plantes, on  a du mal à croire que nous sommes en plein cœur de Beyrouth, dans le quartier de Koraytem. «Avant, tout le quartier comportait des maisons semblables à la mienne. Cet endroit donne une idée de l’aspect de ce qu’était la vie avant que tout ne devienne commercial. Aujourd’hui, les choses ont changé. Tout repose sur le gain rapide».
Totalement libre de pensée et d’esprit, on ne peut limiter Raya Daouk à un lieu ou à une religion. «Je me trouve à Beyrouth par accident». Elle se veut laïque et se sent citoyenne du monde. Née dans une famille d’intellectuels druzes, les Takieddine, qui ont donné à la langue arabe onze auteurs dans plusieurs domaines, mariée à Omar Daouk, un sunnite, elle reçoit une éducation laïque au Collège protestant et fait des études de droit à l’Université Saint-Joseph, où elle obtient sa licence en 1965. Championne de ski et de natation, elle se démarque des filles de sa génération. «Je suis une femme sans tout à fait appartenir à cette catégorie. Je suis en harmonie totale avec un milieu social et intellectuel». A la fin de ses études, elle épouse «le fils d’une grande famille chargée d’histoire. Son grand-père avait formé le premier gouvernement arabe en 1918. On s’est marié dans cette demeure, entourés d’un éventail d’amis, venus des quatre coins du monde». Le prince héritier d’Arabie saoudite, Salman Abdel-Aziz, est témoin à leur mariage. Le prince Talal, très impliqué dans les affaires humanitaires et sociales, est également présent. «A travers lui, on a vu beaucoup de misères dans le monde. Mon mari et moi avons beaucoup voyagé en sa compagnie en tant que conseillers». De cette union naissent trois enfants: May, Mohammad et Talal. Raya Daouk est cinq fois grand-mère, mais n’hésite pas à dire que c’est une chimère de penser que les petits-enfants sont plus précieux que les enfants. «Je n’ai aucun complexe ni de ce que je fais ni de ce que je dis», dit-elle avec un large sourire. Dès son plus jeune âge, Raya Daouk est fortement impliquée, «par goût», dans l’humanitaire. Elle est encore étudiante lorsqu’elle est approchée par le doyen de la faculté de théologie pour fonder un centre social à la Quarantaine, qu’elle présida pendant seize ans.

 

Sans intermédiaire
Elle est contre toute forme de fanatisme et considère celui-ci comme une tare sociale. «Ce n’est pas la facette d’un esprit éduqué». Elle respecte le fond et la forme de pensée de tout être humain, mais, pour elle, nul besoin d’intermédiaire avec le Créateur. «Je suis née d’un père druze et d’une mère sunnite, mariée également à un sunnite ni par choix ni par conscience. Je n’appartiens à aucune communauté. Je me sens une femme éduquée, qui n’a pas besoin de la religion pour lui servir d’intermédiaire entre elle et le bon Dieu». Un jour, cachée dans un sous-sol à l’abri des bombes, le lendemain à bord d’un avion privé, Raya Daouk vit toutes les contradictions. Elle voyage beaucoup, mais ceci ne change pas sa conception du monde. «Ce n’est pas faux de dire que le monde est un village. Il est partout pareil avec ses joies, ses peines et ses misères».
Avec le début de la guerre en 1975, appartenant à une famille d’hommes politiques, Raya Daouk a toujours été très consciente de l’impact de celle-ci sur notre quotidien. «Toute la décadence à laquelle nous assistons maintenant est le fruit de cette politique». Fortement impliquée dans ce domaine, elle est l’un des membres fondateurs du Courant patriotique libre (CPL), depuis la création de ce mouvement. Malgré les secousses que connaît le pays et les revirements classiques auxquels on assiste dans ce milieu, son soutien au général Michel Aoun reste indéfectible. «Nous partageons les mêmes idées et nous avons conscience des mêmes problèmes. Sa manière de voir les choses coïncide avec la mienne». Elle raconte comment un jour, entrant dans un magasin, elle entend des chuchotements disant d’elle: c’est une amie du général Aoun. «Je leur ai dit, je ne suis pas une amie à Aoun, je suis Aoun en personne». Farouche opposante à la présence syrienne au Liban, elle n’a jamais reçu chez elle un pro-syrien ou quelqu’un qui a collaboré avec les Syriens. «Aujourd’hui, je suis avec la Syrie officielle». Malgré tout, elle continue à croire en ce pays. «Ça a toujours été un pays de passage. Chacun y a laissé ses empreintes». Tout en étant engagée en politique, elle ne convoite aucun poste déterminé. «Je ne voudrais pas être confinée à un job. Il faut être polyvalent dans ce pays où il reste tant à faire. Qui marche sur les pas des autres ne laisse pas de trace. On peut faire beaucoup plus quand on est en dehors».
Sa rencontre avec Rafic Hariri remonte très loin dans le temps, bien avant qu’il ne devienne Premier ministre. «C’est mon mari qui l’avait placé comptable à Dar el-Sayyad. C’est lui-même qui l’a rappelé au cours d’un dîner sur la Côte d’Azur, où il m’a dit j’aimerais revoir votre mari». Effectivement, à l’occasion du passage de Omar Daouk sur la Côte quelques jours plus tard, en rentrant d’Arabie saoudite, un dîner a lieu au Moulin de Mougins. «Au cours de ce dîner, Hariri a brossé une ébauche de son projet d’expropriation du centre-ville de Beyrouth. Ce fut le point de départ de la querelle et la grande amitié est devenue une guerre sans merci».
Depuis neuf ans, Raya Daouk est la présidente de l’Apsad, fondée par Yvonne Cochrane, il y a 54 ans, et présidée ensuite par Assem Salam. Pour Raya Daouk, la beauté n’est pas un luxe, mais une facette de l’esprit. «Ce n’est pas le luxe d’une société aisée, mais un esprit cultivé et raffiné. Je suis très consciente de la beauté et de la laideur qu’on rencontre tout le temps». La dernière réalisation de l’Apsad est la transformation de la maison de Zaki Nassif, à Machghara, en musée et école de musique pour les enfants nécessiteux. Pour récolter des fonds, elle organise des concerts dans des endroits mythiques libanais ou des anciennes demeures non ouvertes au public pour que les gens prennent conscience de l’utilité de préserver les beaux monuments.
Après la disparition de son mari, il y a dix-huit ans, Raya Daouk prend seule la relève. Elle poursuit son combat politique, humanitaire, éducatif et social. Elle est également seule à assister ses enfants dans leurs envols. Toute cette force qu’elle possède en elle, elle la tire de la terre. «On puise ses forces dans ses racines. Il faut élaguer, aller à l’essentiel et regarder plus vers le ciel. Sans oublier de regarder en face pour vaincre ou convaincre». Elle ne regarde jamais en arrière. Sa devise? «En avant, vers le futur». Lorsqu’on relève la beauté des lieux et le charme de sa maison, Raya Daouk a tout simplement ces quelques mots qui portent à réfléchir: «Cette maison ne m’appartient pas, c’est moi qui lui appartient. Je l’entretiens. Je partirai et elle sera toujours là. C’est une illusion de croire que l’on possède quoi que ce soit dans cette vie. Ce qui reste ce sont vos actions, vos pensées, ce que vous avez écrit et fait…».

Une rencontre particulière
Sa rencontre avec le général Michel Aoun est très particulière. La famille Daouk étant très liée à la famille Karamé, c’est chez les Daouk, dans la même maison où notre entretien a lieu, que Abdel-Hamid Karamé séjournait lorsqu’il était à Beyrouth. «Nous avons gardé toutes ces relations et mes oncles ont été ministres dans les différents cabinets Karamé. Nous étions proches de la politique par le social et par l’amitié». Un soir, au cours d’un dîner auquel Rachid Karamé était son voisin de table, excédée par la situation politique, elle lui demande jusqu’à quand cette horrible guerre? «Il m’a répondu, dans quelques jours, un homme au C.V. extraordinaire sera nommé commandant en chef de l’armée. Si le Liban a de la chance, il sera élu président de la République et il pourra reconstruire le pays». Deux jours plus tard, au cours d’un dîner chez des amis, elle est installée à table aux côtés d’un inconnu qu’on lui présente comme étant le général Aoun. Au comble de la surprise, elle s’exclame: «Il y a deux jours, je ne savais rien de vous, mais Rachid Karamé m’a parlé de vous. Il m’a répondu: ‘‘Je ne connais pas Rachid Karamé’’. Je lui ai dit: Mais lui connaît parfaitement votre C.V.».  

L’honneur dans la lutte
A la tête de l’association des ayants droit du centre-ville, Raya Daouk continue la lutte. «En Allemagne, quarante ans après, des biens ont été restitués à leurs propriétaires. Nous ne baisserons pas les bras. L’honneur est dans la lutte. Les générations à venir ne pourront pas nous accuser de n’avoir rien fait. Il y a toujours de l’espoir. Cette société immobilière finira par s’en aller. Ce qui a été pris par la politique peut être restitué par la politique. On ne peut pas construire un pays sans jeter des bases légales et qui parle de légalité ne peut ignorer la sacro-sainte équation de droit à la propriété qui figure dans la Déclaration des droits de l’homme. On ne peut pas arracher les droits de quelqu’un. Un droit est un droit!». 

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

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Éditorial
Des lois sur mesure

Dans un pays, berceau de la première faculté de droit de la région, fondée en 1875, les lois élaborées par le gouvernement et votées par des parlementaires à majorité juristes, continuent d’être contestées par d’éminents professeurs de droit et par des constitutionnalistes chevronnés auxquels les dirigeants n’accordent aucun crédit. Est-ce par indifférence ou par souci de protéger des intérêts individuels inavouables? Où en est le Liban, pays message, dont l’Histoire même est sujet à contestation et dont il n’a jamais été possible d’écrire la moindre page sans susciter une crise d’identité? Ce pays où, qu’il s’agisse d’économies, de taxations, d’impositions ou de tout autre secteur financier, économique ou juridique, les lois s’accumulent dans les tiroirs, Place de l’Etoile, faute d’entente ou de vote démocratique. Cela  étant, les lois sont élaborées au hasard des humeurs de ces messieurs du Sérail ou de la Chambre. Le pouvoir, dit la logique, est une continuité. L’héritage du gouvernement Mikati permet-il l’application de ce principe par le gouvernement Salam, déjà handicapé par le spectre du vide institutionnel? Quant aux députés, vont-ils proroger, une fois de plus, et toujours sans aucune légalité, leur propre mandat sous prétexte de n’être pas en mesure d’organiser des élections? Preuve en est leur volonté de ne pas réformer la loi électorale désormais caduque. Tous les prétextes sont bons pour sauvegarder leurs sièges, malgré l’avis du Conseil constitutionnel dont l’action a été artificiellement paralysée. Mais même si l’échéance électorale était respectée, les électeurs potentiels jureraient ne plus se laisser prendre et ne pas répondre aveuglément présents dans les bureaux de vote le jour où ils seront appelés à décider de leurs représentants à travers les urnes. Qu’est-ce que cela changerait? Encore faut-il que ces derniers soient libres de leurs opinions et non hypothéqués par des politiques étrangères. Faute d’obtenir ses droits les plus élémentaires par des circuits naturels et justes, l’électeur jettera son dévolu sur celui qui pourrait devenir son député, le transformant en courtier pour des services personnels. Des anecdotes, à goût amer, circulent, depuis plusieurs années, sur l’attitude bienveillante et les promesses du candidat et… l’arrogance du même, une fois élu. Les locataires de l’hémicycle reviendront sans doute, à quelques exceptions près, regagner leurs fauteuils. L’option qui reste aux Libanais en âge de remplir leur devoir de citoyen est le bulletin blanc ou l’abstention. Généraliser est, certes, injuste, même si les exceptions se font de plus en plus rares. Au moment où, partout dans la région, les rébellions se multiplient pour appeler à la démocratie et à la liberté, d’ailleurs si souvent sans résultat, le Liban s’en écarte allègrement. La Constitution, aujourd’hui objet des débats conflictuels, est bafouée sans vergogne. La vacance du pouvoir semble inévitable pour deux raisons déclarées, plus absurdes l’une que l’autre: le conflit sur un quorum défini au gré des intérêts de chacun et une entorse évidente à la démocratie qu’une partie de la classe politique, armée de sa propre force, ignore totalement en annonçant haut et fort que son candidat sera élu ou personne. Nul ne paraît s’inquiéter des conséquences d’une telle attitude sur l’ensemble de la population dont la situation sociale et économique n’est pas enviable. Il devient fastidieux de rappeler les problèmes qui, depuis plusieurs années, s’aggravent sans arrêt, alors que les gens du pouvoir font la sourde oreille. Enfin, la question cruciale qui se pose, et qui n’est pas d’hier, est celle de savoir où campe la faille de notre système: est-ce dans l’apathie et la corruption de nos administrations? Est-ce la conséquence de la crise aiguë que traversent la région et le Liban? Ou est-ce l’égocentrisme des plus nantis qui font fuir leurs capitaux laissant derrière eux un chômage de plus en plus lourd dans le pays? La réponse à cette question est facile.Ce ne sont pas les politiques qu’il faut changer mais les hommes. Cette conclusion est celle des politologues, des sociologues et des économistes. Reste à ceux qui ont le devoir d’empêcher le vide institutionnel, en espérant que cela soit encore de leur ressort, de réagir très vite afin d’éviterque les catastrophes accumulées ne s’effondrent sur le Liban. La liste de nos maux devient fastidieuse, mais la réalité nous l’impose. Nous pouvons encore rêver, l’espace de quelques jours, que le mauvais sort qui frappe le pays ne soit qu’éphémère et que la crise connaisse un début de solution. Encore faut-il que les prétendus leaders du pays renoncent à leurs accointances étrangères et récupèrent leur liberté d’action, leur indépendance et celle du pays.


 Mouna Béchara
   

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