Présidentielle. Michel Aoun et le 8 mars avancent leurs pions
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Nº 2951 du vendredi 30 mai 2014

Présidentielle. Michel Aoun et le 8 mars avancent leurs pions

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    Présidentielle. Michel Aoun et le 8 mars avancent leurs pions
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En attendant un signe de l’Arabie saoudite, Michel Aoun, fort du soutien de Hassan Nasrallah, espère que la situation se décante d’ici au 9 juin prochain, date à laquelle Nabih Berry a fixé la sixième séance de l’élection présidentielle. Entre-temps, après le vide à la présidence, la paralysie menace les autres institutions du pays.
 

Le fauteuil du président est donc vacant depuis dimanche 25 mai. Pour éviter le vide, le patriarche Béchara Raï a proposé la prorogation temporaire du mandat de Michel Sleiman. Sans succès. Le Courant patriotique libre (CPL), soutenu par le Hezbollah, n’acceptera plus d’arrangement à la petite semaine. Dans toutes ses composantes, le 8 mars a fait le choix de soutenir Michel Aoun dans son ambition. Pour préserver les chances de son candidat «numéro un» à la présidence, le Hezbollah est obligé de taire son nom. Il sait, depuis plusieurs semaines, que l’accession au pouvoir du leader du CPL dépend du soutien de Riyad. Non seulement le vide ne modifie pas les données du problème, mais il les éclaire d’une lumière encore plus forte. Dans les couloirs beyrouthins de la diplomatie, tous ont le nom de Aoun à la bouche. Celui du dernier recours, le commandement en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, est, lui, dans tous les esprits. Tous les autres noms, plus ou moins sérieux, qui ont rythmé la bourse présidentielle, à coups de sondages populaires, sont rangés dans un tiroir, au cas où.
 

Ticket gagnant
Menée par Aoun et Nasrallah, la séquence politique du week-end constitue une réponse aux accusations de torpillage, lancées par le 14 mars, contre les soutiens de Michel Aoun. Pour le secrétaire général du Hezbollah, la commémoration de la fête de la Libération vient balayer d’un coup de poing les «écarts» du président Sleiman − comprendre, ses déclarations contre la Résistance. La page du prédécesseur ayant été pliée, Hassan Nasrallah peut se tourner vers l’avenir. «Il faut traiter la période à venir avec délicatesse, car elle est sensible. Il est nécessaire de garder son calme et d’agir avec sagesse afin de préserver la paix civile et la stabilité sécuritaire pour permettre à ceux qui négocient de poursuivre leurs efforts et d’avancer». En d’autres termes, le vide à la présidence préfigure la détérioration de la situation.
Si Hassan Nasrallah ne peut pas affirmer clairement qu’il soutient le leader du CPL, le portrait-robot qu’il a brossé du président qu’il souhaite lui ressemble trait pour trait. «Il faut déployer tous les efforts nécessaires pour élire un président capable d’assurer la stabilité, qui jouisse d’une véritable représentativité populaire et qui soit susceptible de rassurer les diverses forces politiques. De sérieuses négociations entre le CPL de Aoun et le Courant du futur ont lieu et ces pourparlers sont engagés depuis un certain temps». A noter la façon dont Hassan Nasrallah a évité d’utiliser le terme «consensuel». Le futur président doit rassembler et «rassurer».
Mais, poursuit-il, «on a présenté un candidat de défi pour couper la route au candidat sérieux». C’est évidemment de Samir Geagea dont il s’agit. Selon Nasrallah, l’objectif caché du 14 mars était d’empêcher l’élection d’un président avant la fin du mandat pour proposer la prorogation du mandat de Michel Sleiman. «Ce projet a échoué», a asséné le leader du Hezbollah.

 

Aoun hausse le ton
Comme pour faire acte d’ouverture, Nasrallah s’est adressé au futur président. «Nous ne voulons pas le charger d’un poids qu’il ne puisse supporter. Nous ne demandons pas un président qui soutienne ou protège la résistance. C’est la Résistance qui protège le pays, c’est elle qui défend l’Etat et sa souveraineté. Nous sommes modestes, tout ce que nous demandons est un président qui ne complotera pas contre nous, qui ne nous poignardera pas dans le dos. Ce président-là existe», conclura-t-il dans un concert de rafales de mitraillettes.
Le lendemain, c’était au tour du leader du CPL de prendre la parole au cours d’une conférence de presse à Rabié. Le président du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme a expliqué que «la vacance de la présidence de la République rend la légitimité de tout pouvoir inconstitutionnelle. La constitutionnalité signifie l’élection d’un président fort, refusant toute ingérence étrangère dans les affaires du Liban». Après avoir imputé au 14 mars la responsabilité du torpillage de la présidentielle, Michel Aoun a livré une information qui pose les jalons des prochains mois. Il a indiqué que les négociations qu’il mène avec Saad Hariri ont une date limite, celle du 20 août, jour de la convocation du collège électoral en vue des élections législatives.

 

Cris d’orfraie
Le général s’est montré satisfait de la stratégie qu’il a mise en place avec le Hezbollah et ses alliés. «Je n’ai pas été nommé candidat à la présidentielle jusqu’à présent. Je n’ai pas présenté ma candidature. J’attends le moment opportun pour prendre cette décision. Nous voulons un président fort et actif, nous ne pouvons pas élire un président accepté par les autres communautés et rejeté par sa propre communauté».
Samedi 24 mai, le 14 mars a choisi une communication solennelle et pleine de gravité pour marquer la vacance du pouvoir à la tête de l’Etat qu’il lie, comme un symbole, à la fête de la Libération célébrée par le Hezbollah. Il renvoie l’accusation de torpillage à l’autre camp. «Depuis la naissance du mouvement du 14 mars, nous avons considéré la présidentielle comme une étape importante pour assurer les valeurs de la République basée sur le pacte national, la Constitution et la démocratie parlementaire. Mais le camp adverse y a vu une opportunité pour saboter la République et la Constitution en éliminant le rôle du Parlement. L’élection d’un nouveau président est un devoir national et non une compétition, ajoute le texte du 14 mars. Nous nous engageons à protéger l’accord de Taëf et à appliquer les résolutions internationales et la déclaration de Baabda. Nous ne nous soumettrons ni au chantage ni à la pression et nous ferons face à toute tentative de vouloir déstabiliser la sécurité ou l’économie du pays».
Une semaine après le départ de Michel Sleiman, le sort de l’élection présidentielle est paradoxal. Comme les grandes puissances, l’Onu «regrette que le Parlement libanais ait été incapable d’élire un nouveau président dans les délais prévus par la Constitution», demandant aux dirigeants libanais «de faire en sorte que les institutions de l’Etat continuent de fonctionner efficacement, que le gouvernement puisse faire face aux défis que rencontre le pays et que le Liban respecte ses obligations internationales». S’est ouverte une parenthèse incertaine que Michel Aoun a tenté de baliser en sous-entendant qu’il laissait jusqu’au 20 août à Saad Hariri pour clarifier son choix. Autrement, les menaces sécuritaires se feront plus pressantes.

Julien Abi Ramia
 

La grille des salaires reportée
La séance parlementaire, convoquée mardi pour étudier l’adoption de la grille des salaires, a été reportée par le président de la Chambre, Nabih Berry, au 10 juin prochain. La séance avait été compromise par les annonces de différents partis dès le début de semaine. Le parti Kataëb et le bloc aouniste avaient en effet annoncé leur intention de ne pas assister à la séance, arguant qu’en situation de vacance de la présidence, la Chambre ne pouvait pas légiférer.
Pendant que les forces politiques débattent de la constitutionnalité des séances, les manifestations des salariés du secteur public ont repris cette semaine. «Trois ans n’ont pas suffi pour étudier et voter un projet de financement de la grille des salaires. Ils ne veulent pas voter la grille et nous accorder nos droits», a lancé Mahmoud Haïdar, président de la Ligue des fonctionnaires de l’Etat. Emboîtant le pas au président du Syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmé Mahfoud, le président du Comité de coordination syndicale (CCS) Hanna Gharib a, lui, menacé de paralyser les ministères, les administrations publiques et de boycotter les prochains examens officiels.

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Éditorial
La contagion du vide

Depuis la fin de la guerre, en 1990, aucun mandat présidentiel ne s’est achevé normalement. Ceux d’Elias Hraoui et d’Emile Lahoud ont été prorogés de trois ans. Après la fin du mandat de ce dernier, le Parlement a été incapable d’élire un successeur et le siège de la présidence est resté vacant, de septembre 2007 à mai 2008. Six ans plus tard, la Chambre se retrouve encore dans l’impossibilité d’élire un président dans les délais constitutionnels et le vide s’est, une nouvelle fois, installé au palais de Baabda. La première observation que l’on peut faire de ces événements est que les Libanais sont incapables de s’entendre, de leur propre chef, sur un candidat accepté de tous. Ils ont soit besoin d’un tuteur, le Syrien en l’occurrence, soit de l’aide directe de puissances régionales et internationales, comme ce fut le cas à la conférence de Doha, qui a permis d’élire Michel Sleiman à la magistrature suprême. Les deux camps s’accusent réciproquement du blocage actuel. En réalité, ils se partagent tous la responsabilité, aux côtés du système politique bancal, déficient et défaillant, mis en place à la conférence de Taëf, à laquelle il faut reconnaître quand même le mérite d’avoir mis un terme à la guerre. Pendant la tutelle syrienne, le Liban était gouverné d’une manière extraconstitutionnelle. Le pays était, en quelque sorte, cogéré par les Syriens et la classe politique libanaise (toutes tendances confondues) et tout le monde y trouvait son compte. Avec le départ du tuteur, les Libanais ont été contraints de s’en remettre aux lois pour diriger leur pays et gérer leurs divergences. C’est alors que sont apparues les gigantesques failles, lacunes et autres insuffisances dans la Constitution. L’expérience et la pratique ont prouvé que le pays ne peut pas fonctionner normalement sans une réforme constitutionnelle et électorale. Le jour de son départ, Michel Sleiman en a proposé quelques-unes, susceptibles de donner un peu de contenu à la phrase sans cesse serinée: «Le président est le garant de la Constitution». Rendre au président de la République la prérogative de dissoudre le Parlement en cas de crise majeure ou de blocage politique est la plus pertinente. Mais elle est insuffisante. Il faudrait aussi autoriser deux mandats présidentiels consécutifs, comme dans tous les pays du monde, après avoir ramené à cinq années la durée du mandat; il faudrait réfléchir à accorder un délai au Premier ministre pour la formation de son cabinet. Il est, en effet, inconcevable qu’un chef de gouvernement désigné puisse bénéficier d’un délai illimité pour former son équipe. La réforme la plus fondamentale reste l’adoption d’une loi électorale basée sur le mode de scrutin proportionnel et l’instauration d’un sénat communautaire, afin de pouvoir élire, enfin, le premier Parlement non confessionnel. Sans une réforme en profondeur, les blocages politiques apparaîtront à chaque échéance importante. Aujourd’hui, le vide risque de se propager à toutes les institutions. Le Parlement est paralysé et la menace de blocage plane au-dessus du gouvernement. Le grippage de toutes les institutions est une invitation, on ne peut plus claire, à un arbitrage étranger. Celui-ci est toujours intervenu après une explosion de la situation. Les conférences de Taëf et de Doha n’ont-elles pas fait suite à une guerre civile de quinze ans et aux événements sanglants du 7 mai 2008? Pour une fois, les Libanais pourraient faire preuve de prévoyance et de perspicacité, en prouvant que l’Histoire ne se répète pas toujours nécessairement.


 Paul Khalifeh
   

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