Confidences Liban
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Nº 3064 du vendredi 29 juillet 2016

Confidences Liban

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    Si Aoun arrive à convaincre Geagea! Un pôle politique estime que Michel Aoun et Samir Geagea détiennent certains atouts. Il faudrait d’abord que le général de Rabié réussisse à convaincre son...
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Si Aoun arrive à convaincre Geagea!
Un pôle politique estime que Michel Aoun et Samir Geagea détiennent certains atouts. Il faudrait d’abord que le général de Rabié réussisse à convaincre son allié de renoncer au boycott du dialogue national, surtout les séances prolongées du début du mois d’août qui seront consacrées au débat sur un package de sortie de crise. Si Aoun arrive à convaincre les Forces libanaises (FL) de prendre part à ce dialogue à ses côtés, il pourra renforcer le sérieux de la déclaration d’intentions qui appuie sa candidature à la présidence. La participation des FL au dialogue, en brisant l’immobilisme ambiant, sera peut-être le premier pas vers le règlement de la crise politique.

Présidence: «Il nous faut un miracle!»
«C’est un miracle qu’il nous faut pour sortir de l’impasse présidentielle, avancent des sources proches de Bkerké, toutes les initiatives proposées ayant abouti à zéro résultat». Le choc de l’adoption de la candidature de Sleiman Frangié par l’ex-président Saad Hariri n’a pas réussi à déverrouiller les portes de Baabda et le virage historique sur la scène chrétienne, qui a consisté à l’adoubement du candidat Michel Aoun par les Forces libanaises, n’a pas brisé l’immobilisme. Par conséquent, toute initiative, incluant les idées avancées par le député Walid Joumblatt, doit d’abord bénéficier d’une caution interne et, ensuite, d’un accord régional et international. Sachant que le conflit sunnite-chiite est responsable du blocage de la présidentielle au Liban.

 


Satisfecit au Hezbollah
Le comportement du Hezbollah est perçu comme étant positif par un diplomate européen, ce qui est rassurant, dit-il. Pour étayer sa thèse, il souligne que:
- Le Hezbollah ne souhaite pas attiser la tension à l’intérieur du territoire libanais, même s’il subit des provocations.
- Le Hezbollah ne veut pas amender les accords de Taëf. Au contraire, il réclame l’application complète de ces accords, comme l’ont répété ses représentants autour de la table du dialogue national.
- Le parti chiite reste attaché au dialogue national élargi et aussi au dialogue bilatéral avec le Moustaqbal.

Menaces sécuritaires
Etape cruciale pour le Hezbollah qui a décrété une mobilisation de haut niveau et un suivi méticuleux des développements à la lumière de données sur une volonté sérieuse d’endiguer le parti chiite et d’adresser un message clair à l’axe syro-iranien qui se résume comme suit: la rupture de l’équilibre à Alep fera basculer tous les interdits sur tous les fronts. Des craintes réelles existent quant à des attentats terroristes anticipés sur la scène libanaise dans le but de neutraliser le piège alépin. Des craintes qui ne concernent pas uniquement l’intérieur, mais aussi le front dans le jurd est où la scène des opérations se prépare à une nouvelle escalade qui sera, sans doute, déclenchée avec le début de la «grande bataille» d’Alep. L’objectif est d’entraîner le Hezbollah, pour l’affaiblir, à combattre simultanément sur deux fronts.
La recrudescence de la menace sécuritaire et le renforcement des mesures de sécurité dans plus d’une région libanaise, notamment dans la banlieue sud, ne sont pas exclusivement liés aux aveux des terroristes arrêtés récemment, mais s’inscrivent dans un cadre plus global rattaché au bras de fer régional et international.

Liban: caisse de résonance
L’interaction des Libanais avec les événements en Turquie, non seulement au plan médiatique, mais également aux niveaux politique et populaire sur le terrain, a été observée par des milieux diplomatiques à Beyrouth. Prises de contact en guise de solidarité avec le régime de Recep Tayyip Erdogan, notamment des présidents Najib Mikati et Saad Hariri, condamnation du coup d’Etat et appui à la démocratie et au gouvernement élu… Egalement, des mouvements populaires de soutien à la Turquie, à Tripoli, Saïda et au Akkar. Ce qui démontre l’influence grandissante d’Ankara et son infiltration dans le tissu sociopolitique de ces régions via des projets de développement.
La Jamaa islamiya a ouvertement célébré l’échec du putsch, sachant qu’actuellement, la Turquie reste le seul asile pour les Ikhwan qui ont été déboutés en Egypte.

Mise difficile à gagner
Le président Nabih Berry attend avec impatience le 2 août, date fixée pour la nouvelle séance du dialogue. A ceux qui lui demandent des informations supplémentaires, il répond: «J’ai tout proposé. J’ai procédé à la décantation de toutes les idées. J’ai arrondi les angles, j’ai écarté tous les écueils. Que veulent-ils de plus? (…) Je ne renoncerai pas et je poursuivrai ma mission. A ceux qui disent: ‘‘Il y a un paquet global’, je réponds: il y a des clauses soumises au débat à l’ordre du jour des travaux du dialogue. Nous pouvons dépasser toutes les entraves et trouver des solutions si les intentions sont bonnes». Ces intentions, Berry les a citées dans le discours prononcé dans le cadre du Congrès économique des émigrés lorsqu’il a parié sur une entente saoudo-iranienne sur le Liban. Ce qui est étonnant c’est que le président de la Chambre a été remercié par les deux ambassadeurs, Ali Awad Assiri et Mohammad Fateh Ali, lors de deux rendez-vous séparés.

Ce que Joumblatt a dit à Bkerké
La visite à Bkerké du député Walid Joumblatt a interpellé les observateurs surtout qu’il s’agit d’un premier contact entre le seigneur de Moukhtara et le cardinal Béchara Raï depuis que celui-ci a pris les rênes du patriarcat maronite. Au cours de cette rencontre qualifiée de «positive» par Joumblatt, le débat a porté sur deux thèmes principaux:
L’échéance présidentielle. A ce chapitre, le député du Chouf a insisté sur la nécessité d’aboutir à une entente quel que soit le nom du futur élu, et sur l’importance du dialogue d’août initié par le président Nabih Berry.
La situation dans la Montagne et la consolidation de la coexistence et de la réconciliation druzo-chrétienne. Joumblatt était justement venu à Bkerké pour inviter le patriarche Raï à présider, le 6 août prochain, la messe inaugurale après la rénovation de l’église Al-Saydé à Moukhtara. L’église avait été bâtie en 1820 par cheikh Bachir Joumblatt pour la famille Khazen.

Parlement: prorogation III?
«Si jamais nous nous retrouvons sans président quand sonnera l’heure des élections législatives, nous serons plongés dans une grande confusion. Il y en a qui veulent nous mener vers une assemblée constituante», déclare Imad el-Hout de la Jamaa islamiya.
D’autres milieux estiment que les législatives ouvriront la porte à l’effondrement de ce qui reste des institutions étatiques, puisqu’il sera impossible de mettre sur pied un nouveau gouvernement ou peut-être même d’élire un président de la Chambre, à l’ombre de la vacance présidentielle. Cette approche a encouragé certains à proposer, à voix basse, l’adoption d’une formule de prorogation technique du mandat de l’Assemblée pour une période de six mois sous prétexte de se donner le temps de parvenir à une nouvelle loi électorale, alors que la réalité consiste à attendre la conclusion d’une entente régionale.

Quand Aoun et Berry se retrouvent
Commentant l’accord sur les ressources gazières avec le président Nabih Berry, les milieux de Rabié avancent: «Cet accord a sans doute amélioré et clarifié les relations entre les deux parties ou plutôt les a remises sur les rails. C’est alors qu’elles sont devenues la cible de ‘‘tirs présidentiels’’». «La rencontre avec Nabih Berry est naturelle et le général Michel Aoun entretient d’excellents contacts avec toutes les fractions libanaises et ne met aucune partie à l’écart». Aoun, ajoutent les mêmes sources, ne cesse de répéter que la relation avec le président de la Chambre doit être toujours stable, sans oublier que le leader du CPL est toujours le candidat de l’axe stratégique auquel appartient Berry qui reste fidèle à son camp politique. «Aussi, les points de vue du Bloc du Changement et de la Réforme et ceux du mouvement Amal sont concordants en matière de nouvelle loi électorale… Cela signifie que l’accord sur le pétrole n’avait pas pour but d’améliorer l’image du général Aoun en tant que candidat à la présidence, comme le prétendent les mauvaises langues».

Ibrahim alerte les Palestiniens
Visite d’une délégation des mouvements palestiniens au directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim. Au menu: la conjoncture dans le camp de Aïn el-Heloué et la crainte d’une dégradation sécuritaire à la lumière de la multiplication des courants islamistes radicaux dans le camp et sa transformation en asile pour les terroristes en cavale, comme Fadl Chaker, Chadi Maoulawi et d’autres. Le général Ibrahim a alerté les mouvements palestiniens sur le danger qui plane, qualifiant Aïn el-Heloué de «bombe prête à exploser» si aucune action n’est entreprise pour barrer la voie à l’extension de l’Etat islamique. Le responsable libanais a comparé Aïn el-Heloué à Nahr el-Bared avant l’expansion de Fateh el-islam qui a fini par contrôler le camp.
Les forces palestiniennes sont apparemment impuissantes à faire face et incapables de livrer même ceux qui font l’objet d’un mandat d’arrêt.

Aïn el-Heloué: le feu couve sous la braise
Intensification des activités des cellules proches de Daech durant la période qui a suivi la publication par le bureau de presse de cette organisation terroriste à Raqqa de son premier communiqué officiel sur le Liban en mars dernier, sous le titre Ya ahfada al-sahaba fi Loubnan. (Les fils des compagnons du Liban). C’est ce qu’ont remarqué les organes sécuritaires libanais qui ont également noté l’infiltration de groupes terroristes dans des quartiers de Aïn el-Heloué, sachant que certains chefs œuvrent en coopération directe avec Daech et al-Nosra en Syrie.
Les autorités sécuritaires ont mis en garde les responsables dans les camps contre le danger de la transformation de Aïn el-Heloué en foyer takfiriste qui menace la stabilité à Saïda et ses alentours.
D’après les informations, Imad Yassine, réfugié à Aïn el-Heloué, sera le bras de l’EI dans le camp. Il a été chargé de préparer des opérations de déstabilisation au Liban, sachant que, selon une source sécuritaire libanaise, les contacts entre Raqqa et le Liban se sont intensifiés ces quelques dernières semaines. On aurait même capté un échange entre Abou Khaled el-Iraki, un des chefs de l’EI à Raqqa, et certains repris de justice présents dans le quartier de Taware’ dont Imad Yassine. Parmi les noms cités aussi, celui de Hilal Hilal, responsable de la charia du groupe. Les forces palestiniennes chargées de la sécurité dans les camps semblent peu concernées par la gravité de la situation, et les résultats de la dernière réunion sécuritaire libano-palestinienne à la caserne Mohammad Zogheib à Saïda ne sont pas très rassurants quant à la capacité de ces forces à affronter Daech.

Rallonge d’un an pour Kahwagi
L’idée de reconduire pour un an supplémentaire le mandat du commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, fait son chemin, sachant qu’il est censé partir à la retraite dès la fin du mois de septembre. Mais les regards se tournent vers le général Michel Aoun, le politique le plus concerné par ce poste supérieur, qui a toujours contesté la prorogation du mandat du commandant en chef de l’armée. Quelle sera la réaction du leader du CPL à ce chapitre? Il existe deux avis sur la question: le premier considère que cette fois, la reconduction du général Kawhagi à son poste se fera dans la sérénité. Parce que la désignation d’un nouveau commandant de l’armée nécessite l’approbation du Conseil des ministres à la majorité des deux tiers.
Les contestataires aounistes ne pourront qu’afficher une position de principe qui n’aura aucune incidence sur le processus en cours. La visite de Samir Mokbel, à Rabié, avant la fête du Fitr est significative, en ce sens qu’elle montre que le ministre de la Défense est attaché à la concertation avec Aoun à ce sujet.
La deuxième thèse considère que, contrairement au chef des FL, Samir Geagea, qui tient à Kahwagi, le leader du CPL est attaché à la nomination d’un nouveau commandant à la troupe, nomination qu’il associe à celles d’un chef d’état-major (qui, selon les souhaits de Walid Joumblatt, serait le général Hatem Malak, conformément aux codes de l’ancienneté), et d’un directeur des Forces de sécurité intérieure (FSI).
Un échange de bons procédés entre Michel Aoun et Saad Hariri semble difficile surtout qu’au sein du Moustaqbal, aucun des candidats au titre de directeur des FSI ne fait l’unanimité: ni le chef du département des Renseignements, le général Imad Othman, ni le commandant de la région du Sud, le général Samir Chehadé appuyé par Bahia Hariri.

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Éditorial
La terreur dans tous ses états

L’horreur n’a peut-être pas encore atteint son paroxysme. La France, apparemment cible privilégiée du terrorisme, n’a pas fini de payer un tribut que lui impose Daech. Un prêtre de 84 ans est égorgé alors qu’il célébrait la messe dans l’église d’une petite ville près de Rouen. L’un des assassins n’était pas inconnu des services antiterroristes français. Ce drame, s’il en fallait encore un, renforce la fragilité de la planète menacée par les attentats terroristes qui pèsent sur toutes les régions.Les dirigeants libanais, toutes fonctions et toutes communautés confondues, continuent à fermer volontairement les yeux et les oreilles et à refuser, sinon par quelques déclarations carrément anodines, de se sentir pris dans la tourmente planétaire. Dans leur vie quotidienne, les citoyens sont quasiment oubliés. Ils ressentent les dangers qui les guettent et leur impuissance à y faire face, alors que dans les hautes sphères d’une République privée de tête, ce ne sont que les Affaires avec un A majuscule qui prennent le dessus. Certains parmi ceux qui ont la charge de notre bien-être continuent à vivre dans le déni de leurs responsabilités et notamment dans celui des dangers que font courir au pays l’Etat islamique, Daech et consorts. Ces convertis à un radicalisme qui prétend sauver le monde en éliminant les «mauvaises graines» font un nombre incalculable de victimes, chez les enfants, les femmes, les hommes et s’en prennent maintenant aux religieux. Ils n’ont rien de véritables guerriers, mais sévissent dans des pays bien mieux structurés que le Liban d’aujourd’hui.Le Premier ministre, représentant le chef d’un Etat «fantôme» qui, de mois en mois, se fait oublier, participe à tous les sommets arabes ou internationaux. Il n’en recueille certes pas grand-chose mais rappelle au moins, l’espace de quelques jours, l’existence du Liban. Un pays qui semble avoir été rayé des agendas internationaux. Il peine toutefois à se faire accompagner par des membres de son gouvernement qui, sans être tenus d’intervenir directement dans les débats, craignent que leur seule présence soit une approbation des conclusions qui ne plaisent pas à leurs alliés et à leurs visions présentes et futures.Pour sa 27e session, qui s’est ouverte en tout début de semaine en Mauritanie, la Ligue arabe ne manque pas de sujets dont l’importance n’échappe à aucun pays arabe: la lutte contre le terrorisme, les crises politiques qui secouent le monde, et le Moyen-Orient en particulier, requièrent une coordination pour la sécurité et la stabilité des pays de la région. Des sujets sur lesquels, de toute évidence, les décisions sont critiques. Les raisons de l’absence de ministres aux côtés du chef du gouvernement au sommet sont claires. Mais quelle place aura le Liban dans tous ces débats et quels bénéfices en récoltera-t-il? Les expériences passées et actuelles prouvent que le Liban n’est plus inscrit sur les calendriers des grandes nations.Le président Tammam Salam a hérité d’un Etat en décrépitude. Le courant électrique sur l’ensemble du Liban, déjà rationné mais au moins programmé, réserve sans cesse des coupures-surprises. L’eau est polluée et le ministre de la Santé publique s’emploie à faire des annonces quasi quotidiennes mettant en garde contre de nombreux produits alimentaires jusqu’au blé, nourriture quotidienne de tous et parfois exclusive pour une classe sociale très peu, sinon jamais, prise en considération et dont le pain est l’aliment essentiel, pour ne pas dire parfois unique.Si les ministres lancent des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir, les citoyens n’y croient plus. L’augmentation des salaires des fonctionnaires, annoncée pour le mois prochain, les soins de santé gratuits pour les personnes de plus de 64 ans… et peut-être d’autres gracieusetés de ce genre qui auraient pu réjouir les bénéficiaires, si tant est que les caisses de l’Etat, vidées depuis belle lurette, le permettaient encore.On entend rarement parler encore d’une inspection centrale, pourtant jadis très active, ni de fonctionnaires déférés devant la Cour des comptes ou devant les juges spécialisés, et encore moins devant le Conseil de discipline. Tout cela appartient au passé. Et où sont les Libanais, de différentes générations, qui ont réussi à libérer le pays de tous les mandats étrangers pour, hélas, retomber chaque fois sous la houlette d’un autre occupant tout aussi étranger? L’avenir le dira. 



 Mouna Béchara
   
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