Culture
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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

Culture

Difficile de raconter ou d’écrire l’histoire mouvementée d’une  «communauté mystérieuse de doctrine ésotérique». Abdallah Naaman s’est tout de même aventuré sur ce «chemin obscur et énigmatique» avec Les Alawites (Editions Erick Bonnier).                                                       
 

Il lui a fallu procéder à des recherches bibliographiques complexes en plusieurs langues (arabe, français, anglais et allemand) et faire appel à son expérience de diplomate en poste à Paris pendant plus de quarante ans. Et malgré cette exigence d’exactitude et de vérité, la publication ne fut pas de tout repos … et lui a valu bon nombre de critiques et de réserves.

Désir de revanche? Abdallah Naaman évoque bien sûr «l’intérêt qui a remis cette communauté au devant de la scène avec une grande acuité», et ce sont les événements tragiques que connaît la Syrie depuis 2011.                                       
A ce sujet, que répond-il à certains observateurs qui voient dans le comportement actuel des Alawites, qui ont pris le pouvoir dans ce pays depuis une cinquantaine d’années, «la revanche d’une minorité frustrée, méprisée et refoulée contre la communauté majoritaire qui l’a opprimée pendant des centaines d’années». Abdallah Naaman affirme être résolument d’accord avec cette opinion qui constitue, selon lui, le «squelette» de son ouvrage.
Mais que pense-t-il de la théorie  d’autres chercheurs pour lesquels le régime alawite a raté l’«occasion historique» de s’ouvrir aux autres composantes du tissu social syrien, de composer avec la majorité sunnite et de faire «œuvre d’intégration»? Les dirigeants n’ont-ils pas commis «l’erreur» de s’enfoncer un peu plus dans la doctrine communautaire ésotérique et de «privilégier la carte de survie en renforçant la solidarité de corps»?
Sans répondre directement, l’essayiste cherche une explication: «L’élite alawite a-t-elle estimé que l’ouverture n’était pas payante ou a-t-elle voulu se venger de l’oppression de la majorité sunnite?» «Personnellement, je considère que toute communauté religieuse ne trouvera son salut que dans l’ouverture aux autres et notamment à la communauté majoritaire… mais des siècles d’oppression et de marginalisation ne sauraient être occultés ou rayés de la mémoire collective des petites communautés minoritaires».
Faut-il interpréter ce propos comme une justification de la répression très dure et des agissements violents du régime en place contre ses contestataires? Naaman récuse cette interprétation. Dans son ouvrage, il a essayé «tout simplement de  comprendre  les causes de cet autoritarisme et la réaction inappropriée du régime en place. Un régime qui n’a pas su, comme il le faisait autrefois, trouver des solutions modérées et sages. En particulier au début du soulèvement populaire, quand il était encore pacifiste, et avant qu’il ne déborde des deux côtés et ne prenne une tournure régionale et une dimension internationale.»

Recomposition et redistribution
L’essayiste ne cache pas sa crainte que «les nouvelles grandes puissances nous préparent un nouveau Sykes-Picot, sous d’autres noms, avec une nouvelle redistribution des zones d’influence en fonction d’intérêts géopolitiques mais surtout économiques et une nouvelle recomposition du puzzle levantin»… «La configuration géographique des pays, créée par l’Occident au début du siècle dernier, risque d’être complètement désarticulée; de nouvelles entités pourraient remplacer celles existantes et les petites communautés risqueraient d’être sacrifiées comme nous l’a déjà montré l’histoire du Levant».
On a reproché à Abdallah Naaman ses propos assez durs concernant l’attitude des Occidentaux vis-à-vis des événements en Syrie. Propos qui vont au-delà de simples critiques puisqu’il les accuse de comploter et de semer le chaos dans ce pays. Naaman s’est en particulier déchaîné contre la France: il a qualifié le président Nicolas Sarkozy de «burlesque», le ministre Laurent Fabius de «mouche du coche» et le «présumé» philosophe Bernard-Henri Lévy d’«affabulateur». Que répond-il à ses détracteurs?
L’ancien diplomate, qui a accompli toute sa carrière en France,  commence par se justifier: «Qui aime bien châtie bien… de là vient l’exigence»… «J’ai passé 42 ans à surveiller la politique française au Proche-Orient. Malheureusement, elle s’inspire de moins en moins de la politique gaulliste de jadis et j’ai appris beaucoup de choses sur cette politique. On ne se gêne plus, dans certains milieux politiques et médiatiques parisiens, pour voir les événements du Proche-Orient selon le prisme américano-atlantiste. A-t-on jamais vu un gouvernement écarter un ambassadeur accrédité d’un gouvernement légal en place et le remplacer par un soi-disant ambassadeur de l’opposition (syrienne) qui n’a pas de représentation légale ni un local diplomatique pour exercer des fonctions fictives?»
Autre motif d’interrogation: sa vision d’Israël et de l’Arabie saoudite qui dans son livre en prennent aussi pour leur compte. Pourquoi mettre les deux pays au même rang, allant jusqu’à qualifier d’alliés «le régime israélien fondamentaliste et sioniste et son allié saoudien ultra-islamique et rétrograde»? Naaman se contente de répondre que «par certains aspects de leur politique ces deux régimes sont bien des alliés objectifs».
Mais pourquoi passer sous silence le rôle interventionniste de l’Iran? Il rétorque: «Je n’ai pas cherché à occulter ce rôle; un homme laïc comme moi ne pourra jamais soutenir ou applaudir des Etats religieux rétrogrades».
La stratégie du régime alawite consistant à rassembler autour de lui les minorités peut-elle tenir longtemps et une alliance des minorités au niveau régional peut-elle être durable et viable? L’essayiste répond: «Tactiquement et provisoirement elle peut être bénéfique mais difficile d’être durable et institutionnelle.»
Et si l’on regarde l’avenir, quel futur entrevoit-il pour cette communauté? Partage-t-il l’opinion de Michel Seurat, chercheur français enlevé et mort au Liban qui, il y a 35 ans, pensait que l’idée d’un Etat alawite cessait d’être une simple hypothèse d’école? Ou partage-t-il l’avis de l’ambassadeur français spécialiste du monde arabe, Yves Aubin de la Messuzière, pour lequel les scénarios de partition ou de cantonisation font partie des fantasmes de géopoliticiens occidentaux?
Naaman répond: «Statistiquement, la moitié des membres de la communauté alawite ne vit pas dans les régions alawites. Je suis sceptique quant à l’avenir, et les expériences dans la région ne sont pas concluantes. C’est un projet de guerre permanente; aussi il est impossible à toute minorité de se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam et les Alawites devront composer tôt ou tard avec la majorité sunnite du pays, en dépit d’une stratégie d’autonomie que certains d’entre eux considèrent toujours implicite ou sous-jacente.»

Restructuration politique
«Toute solution devra passer par la voie d’une restructuration politique du pays», conclut Naaman, «et par des efforts assidus pour établir une vraie démocratie». L’ancien diplomate suggère une «rotation à la tête de l’Etat entre les communautés» en signalant que la Syrie a connu dans son histoire contemporaine des présidents «non seulement de confession sunnite ou alawite, mais aussi tcherkesse, ismaélite, druze et même un président par intérim de confession syriaque orthodoxe qui a présidé l’espace d’un jour».  
Il est assez incroyable de penser que le questionnement lancé il y a plus d’un siècle par Henri Lammens, reste d’actualité. Ce jésuite, orientaliste et arabisant de renom, se demandait ce qu’il adviendrait de ce peuple le jour, plus ou moins prochain, où la Syrie serait pleinement ouverte aux influences européennes. Question à laquelle il répondait «Nous ne le savons pas»!                                                                                                                       
Il suffit de remplacer «influences européennes»,  par «influences extérieures multiples», pour comprendre qu’avec le temps, la question est toujours plus compliquée et incertaine. Quant à la réponse, claire et évidente pour cet avenir «obscur et énigmatique», on risque de l’attendre encore longtemps.

Béchara Bon (à Paris)


 

La Compagnie Free-Vol qui rassemble des comédiens amateurs mais passionnés, investit les planches du théâtre Tournesol avec La Facture, une pièce signée Françoise Dorin, du 14 au 26 juin. Les bénéfices de chaque représentation seront reversés à une association. Une belle soirée pour une belle cause.


La compagnie Free-vol débarque pour onze représentations avec une nouvelle comédie qui réjouira sans aucun doute le public friand de bonne humeur et de rire. Intégralement composée de comédiens amateurs, mais tous passionnés par la scène, la joyeuse troupe adapte cette année La Facture, une pièce de l’écrivain Françoise Dorin. L’histoire? Noëlle Alban est une femme à qui tout réussit. Elle est douée d’une chance incroyable. Prenant conscience de tout ce bonheur, Noëlle s’effraie d’un jour devoir payer la facture. Ses amis, qui s’emploient à la protéger, empoisonnent son existence avec cette perspective. Tant qu’à la payer, autant ne pas traîner et provoquer le malheur. Ode à la liberté de la femme, cette pièce de Françoise Dorin propose des dialogues et des situations piquantes, dans lesquels l’écrivain livre son point de vue sur la société, les relations hommes-femmes, l’adultère, la chance, etc.

Six mois de répétitions
Valérie Debahy, fondatrice de la compagnie et metteuse en scène campe avec brio le rôle Noëlle Alban, accompagnée sur scène par six autres comédiens. Elie Nabaa interprète Joachim, son frère dépressif et abonné à la malchance sur scène; Cynthia Samneh, sa meilleure amie déjantée Ninouche; Zahi Tabet et Haitham Herzallah campent tous deux les amants invétérés de Noëlle Alban, tandis que Maryline Jallad, dont c’est la deuxième année avec la compagnie, s’est glissée dans le rôle de France, la nouvelle femme de chambre. Tout ce petit monde est régenté par l’intendante, Madame Alice, (Patricia Takla Baddour), l’ancienne maîtresse du père qui voit d’un très mauvais œil l’arrivée de la nouvelle femme de chambre en laquelle elle n’a aucune confiance. La pièce qui sera jouée durant onze représentations est le résultat de 6 mois de répétitions assidues. A la troupe sur scène, il faut aussi ajouter en coulisses, tous ceux que le public ne verra pas: Josiane Dagher au maquillage, Rima Hadjithomas et Câline Assaf aux costumes, Antoine Char à l’éclairage et la musique, Sandra Moucachen aux accessoires, Valérie Ghammachi au décor et Jean-Elie Jed pour la conception du programme.
Un travail d’autant plus remarquable qu’il est au bénéfice, comme chaque année depuis 2012, de 11 associations à caractère social (voir encadré). Les recettes de chaque représentation leur reviendront et leur permettront de poursuivre ou d’engager leurs missions caritatives. L’initiative de la compagnie fonctionne puisque, grâce à son réseau de bénévoles, sponsors et donateurs, elle a réussi, depuis ses débuts, à rassembler 380 000$ pour les œuvres de bienfaisance. Aucune raison donc de se priver d’une belle soirée de rire, qui bénéficiera à une belle cause, soyez-en sûrs.
Réservations directement auprès des associations.

Au profit de...
14 juin: La caisse d’entraide des Créneaux
15 juin: Association des anciens de l’USJ
16 juin: al-Chafaka
17 juin: Beit el-Baraka
19 juin: A tout cœur
20 juin: Faire face
21 juin: Saint Vincent de Paul
22 juin: Les enfants du Levant
24 juin: AFMM
25 juin: Saint Antoine de Padoue
26 juin: IRAP.

Jenny Saleh

Winston Churchill vs Charles de Gaulle, un certain 4 juin 1944. C’est un face-à-face orageux que le théâtre Monnot accueille du 12 au 16 juin avec Meilleurs alliés, une pièce d’Hervé Bentégeat, repérée par 62 events by Josyane Boulos.

Deux géants qui ont marqué le monde de leur empreinte. Du 12 au 16 juin prochain, Monnot sera le théâtre d’une rencontre épique mais historique entre Winston Churchill et Charles de Gaulle. En ce 4 juin 1944, Winston Churchill convoque De Gaulle à Londres pour l’informer de l’imminence du débarquement des troupes alliées en Normandie. Le général français accueille l’annonce avec colère: la France libre est écartée de la plus grosse opération militaire de tous les temps qui se tiendra sur les côtes de l’Hexagone. Sir Winston lui, souhaite que le chef de la France libre mobilise ses compatriotes sur le territoire dans le sillage des troupes alliées. La rencontre entre les deux hommes se passe très mal. Le Premier ministre britannique envisagera même de faire enfermer le grand Charles quelque part en Angleterre…

Plus vrais que nature
Sur scène, les spectateurs découvriront Churchill et De Gaulle plus vrais que nature. C’est l’acteur belge Michel de Warzée qui incarne l’Anglais rondouillard, cigare à la main et le verre facile. Face à lui, raide comme la justice, Pascal Racan s’est glissé dans le mythique costume du général de Gaulle. Tous deux se retrouvent dans un wagon de commandement anglais, pour un face-à-face orageux qui écrira pourtant l’histoire de leurs pays respectifs. Comme l’explique le metteur en scène Jean-Claude Idée, «l’action est ramassée sur trois jours, du 5 juin au 7 juin 1944», durant lesquels les deux héros qui s’affrontent ont chacun leur souffre-douleur, Anthony Eden, secrétaire au Foreign office pour Churchill, Pierre Viénot, ambassadeur pour la France libre auprès du gouvernement britannique, pour De Gaulle. Alors que le débarquement allié n’est plus qu’une question d’heures, les deux hommes s’affrontent, donnant lieu à des joutes verbales à la hauteur de leur légende. Qui parlera en premier? Qui posera le premier le pied dans une France libérée? Aussi têtus l’un que l’autre, les deux hommes ne lâchent rien, même si, malgré leurs divergences, ils se vouent une grande estime réciproque. Chacun fourbit ses armes, ses arguments, métamorphosant rapidement la confrontation autour des enjeux politiques en opposition de deux personnalités que l’Histoire a réuni.
Véritable reconstitution historique qui réjouira les passionnés d’histoire, Meilleurs alliés qui a d’abord été joué au Festival Off d’Avignon, puis sur la scène du Petit Montparnasse à Paris, a été salué unanimement par la critique. Michel de Warzée et Pascal Racan incarnent à la perfection leurs rôles, livrant au public un Churchill tout en rondeurs, bon vivant cynique mais rigolard, tandis que le grand de Gaulle est inflexible, raide, avec ce phrasé si reconnaissable et cette langue aux termes parfois désuets. Une pièce de qualité à ne pas manquer pour les férus d’histoire et de très bon théâtre.

JENNY SALEH

Marcel Khalifé, désormais une icône de la scène culturelle libanaise et internationale, ouvre la 41ème édition du festival international de Baalbeck. S’il est reconnu aujourd’hui comme un incontournable du patrimoine libanais, le chemin de l’arabité vers la libanité n’a pas été court.


«Ils sont nombreux les gens qui me limitent à une seule ‘identité’, mais je suis un homme aux multiples visages, et Baalbeck les contient tous», nous dit Marcel Khalifé. Une comparaison en préambule résumerait la réappropriation nationale du patrimoine artistique du chanteur et compositeur.
Plus de 30 ans se sont écoulés depuis sa première participation à l’un des grands festivals internationaux au Liban, le festival de Beiteddine lors de sa première édition d’alors et encore très politique puisque fondé par un parti celui de Walid Joumblatt. Nous sommes en 1985, un an après la sortie de son album Ahmad el-Arabi, une adaptation de Ahmad el-Zaatar, l’épopée poétique et métaphorique du poète palestinien Mahmoud Darwish écrite quelques années plus tôt à la suite de la destruction du camp de Tell el-Zaatar et avec lui l’effondrement d’un rêve, celui de la reconquête des Territoires palestiniens. 
En pleine guerre civile, alors que différentes régions et communautés sont à la fois tantôt actrices, tantôt la cible de massacres et de déplacements de civils, Marcel Khalifé connaîtra le sort des chrétiens de gauche et sera assiégé par les milices de la droite chrétienne dans sa maison de Amchit avant de se voir contraint de s’exiler dans la partie ouest de Beyrouth alors sous le contrôle des milices musulmanes et de la gauche avant de s’installer en France. Aujourd’hui bien loin de tout ceci, on se demande pourtant qu’est-ce qu’une nation pour un artiste, qui, comme lui, a chanté toute sa vie l’exil, trouvant la sédentarité dans l’errance poétique d’un poète apatride, Mahmoud Darwish. «Lors de cette soirée à Baalbeck, nous serons une patrie. Nous la formerons de toutes les rêveries que nous aurons en nous. De notre imaginaire. Et cette patrie, une fois la soirée finie, comme elle, peut-être prendra-t-elle également fin», nous confie Marcel. Sans doute même et à l’infini reprendra-t-on le titre culte Tusbihuna ‘ala watan, que Marcel Khalifé choisit comme intitulé du concert qui fait verbe l’espoir, celui de voir s’accomplir en même temps que la naissance du jour la naissance de la Nation. «Ce titre est double» pense-t-il. «Il est à la fois optimiste et pessimiste. C’est à la fois le constat de la fin mais aussi l’espoir de la renaissance du pays. Je crois en l’impossible. Et nous n’avons plus que l’impossible en qui croire», poursuit-il.
Ainsi, dans le temple de Bacchus, Marcel Khalifé, entouré de 150 artistes dont l’Orchestre philharmonique national dirigé par Loubnan Baalbaki transfigurera-il le coup d’envoi des festivités estivales en «panathénées» musicales. Dans cette cité d’une nuit d’été, l’onirisme est toutefois synonyme de réalisme. «Mon ‘ode à Baalbeck’ n’est ni un hommage ni un règlement de comptes. Il me manque beaucoup d’éléments pour rendre un ‘hommage’. Trop de gens sont morts. Ces guerres sont absurdes. Tout le monde perd dans une guerre, même les gagnants. L’humanité réside dans l’imaginaire». Aujourd’hui, «réconcilié avec moi-même et avec l’autre parce que nous sommes tous les deux des victimes, je loge dans un lieu que je construis dans le doute. Je préfère le doute à la certitude», pense-t-il.
D’ailleurs, c’est dans le manque de quiétude et la douleur que naît le génie de Marcel Khalifé. Dans sa mouvante reconstruction, il reste fidèle à son passé. Le 13 avril 1975, alors que les tirs déclenchent la guerre, et alors que Marcel, avec ses collaborateurs, célèbre sa première œuvre – une création de 40 minutes pour Caracalla, une balle perdue touche la danseuse Amira dans la colonne vertébrale, l’handicapant à vie. Pour elle, sera reproduite à Baalbeck sa dernière danse, «la danse de la mariée» en marge d’un programme reprenant toutes les formes tentées par Marcel Khalifé de l’instrumental grandiose à l’esseulement du oud, du classique (mouwachahat) au populaire (al ihjouzi). Enfin, la clôture de la soirée reprendra le morceau d’ouverture, en une version plus développée que celle du début, une «ode» inédite, contenant «l’émerveillement» de «la première fois» qui, comme la voix de Marcel, n’a jamais pris de l’âge, restant au plus près des émotions de l’enfance, peut-être pour garder éternel le souvenir de la mère. Une blessure jamais cicatrisée face à la disparition précoce. Marcel Khalifé la panse dans un espace qu’il construit dans son corps, ce corps qui porte les États où l’espace maternel est tantôt déifié (Le pain de ma mère) et tantôt profané (Ya Mariamou). Cette ode est écrite pour Baalbeck, ce lieu qui l’attendait depuis quelques années. Mais la guerre de 2006 a reporté la rencontre, contraignant le festival de Baalbeck à déloger le concert à Beyrouth. Sur les lieux, dans le temple de Bacchus, «l’expérience sera unique. La magie dans Baalbeck transforme tout ce qu’il y a de familier en étrange. Là-bas, la bise n’est pas la même qu’ailleurs, ni la lune d’ailleurs» conclut-il. 

RITA BASSIL

Mercredi, 05 Juin 2019 13:37

L’ÉTÉ S’ANNONCE «SHOW»

Pop, musique arabe, comédie musicale, musique classique, jazz, rock, les festivals ont rivalisé d’imagination et de créativité pour vous proposer, cet été encore, une belle programmation. A vos marques, prêts, réservez! 5 juillet Marcel Khalifé «Ode to a homeland»
 

Baalbeck
Accompagné par l’Orchestre national philhar-monique libanais dirigé par Lubnan Baalbaki et le chœur de la NDU conduit par P. Khalil Rahmé, Marcel Khalifé reprend les titres les plus célèbres de son répertoire. Une belle soirée de poésie sur la liberté, l’amour et l’unité.
A 20h.

7 juillet
Melody Gardot
Quatre albums, dix ans de tournée et quelque 300 concerts, Melody Gardot est une interprète compositrice et musicienne qui compte sur la scène internationale. Une voix inimitable et un répertoire jazzy à ne pas manquer.
A 20h.

20 juillet
Une soirée avec Abdel Halim – Mohamed Assaf
Dans le même esprit que la soirée consacrée à Oum Kalthoum l’été dernier, voici en première mondiale un ciné-concert avec les plus beaux films et chansons du maître du Caire, Abdel Halim Hafez. Mohamed Assaf lui rendra hommage sur scène, accompagné par 50 musiciens dirigés par le maestro égyptien Hisham Gabr, avec la participation de plusieurs artistes, comme Noha Hafez.
A 20h.

 

26 juillet
Requiem de Giuseppe Verdi
Belle soirée classique en prévision avec de superbes interprètes: Maria Agresta (soprano), Daniela Barcellona (mezzo-soprano), Gior-gio Berrugi (ténor), John Relya (basse), l’Orchestre de chambre de la radio roumaine, et le chœur de l’université Antonine.
A 20h.

1er août
Jain
Le phénomène français Jain débarque avec son Souldier Tour. Découverte en 2015 avec son album Zanaka et ses tubes Makeba et Come, elle poursuit sa route avec Souldier, son second album. Soirée explosive en prévision…
A 20h.

2 août
Jahida Wehbé
Sa voix unique emportera le public dans un voyage aux accents mystiques, empreint de poésie et de mélodies andalouses. Elle mêlera le muwashahat et les harmonies flamenco.
A 20h.

3 août
Omar Bashir
Virtuose du oud, Omar Bashir jouera des musiques traditionnelles d’Irak, du Liban et de Turquie entre autres avec 7 musiciens.
A 20h.

 

Beiteddine
18 juillet
Gabriel Yared - Yasmina Joumblatt
Yasmina Joumblatt interprètera 3 titres de son arrière-grand-mère Asmahan ainsi que 9 autres titres inédits composés avec Gabriel Yared, compositeur oscarisé. Le public pourra aussi redécouvrir les musiques de films composées par Yared. Ils seront accompagnés par l’Orchestre philharmonique libanais, dirigé par le maestro Dirk Brossè.
A 20h30.

20 juillet
Depardieu Chante Barbara
Une soirée qui promet d’être mémorable, puisque l’acteur Gérard Depardieu chantera les textes de la grande Barbara, accompagné au piano par Gérard Daguerre, le pianiste personnel de la Dame en noir. L’aigle noir, Dis, quand reviendras-tu?, Gottingen, ou encore Ma plus belle histoire d’amour, résonneront dans le ciel de Beiteddine.
A 20h30.

24 au 26 juillet
Broken wings
Durant trois jours, les Libanais pourront découvrir la comédie musicale Broken Wings, écrite et composée par l’Anglo-Libanais Nadim Naaman et Dana el-Fardan. Ce spectacle musical a été inspiré par le roman poétique Broken wings, de Gibran Khalil Gibran et a rencontré un grand succès à Londres, où il a été monté en avril 2018.
A 20h30.

30 juillet
Abdel Rahman El Bacha - Billy Eidi
Une belle soirée de musique classique avec deux pianistes d’exception. Abdel Rahman el-Bacha est considéré comme l’un des plus grands pianistes classiques de ces dernières années, tandis que Billy Eidi est une référence pour le répertoire romantique. Beau final en perspective avec une composition de Dvorak, jouée à quatre mains.
A 20h30.

Du 1er au 3 août
KAZEM EL-SAHER
Il était impossible pour le festival de célébrer ses 35 ans d’existence sans la présence de l’incontournable crooner irakien, Kazem el-Saher, qui vient fidèlement chanter dans la cour du festival depuis vingt ans.
A 20h30.


6 août
Omar Rahbany
Ce représentant de la troisième génération des Rahbany, pianiste virtuose, présentera, avec son ensemble, les titres de son dernier album, Passeport.
A 20h30.

8 août
Monday Blues Band
Blues et jazz au programme avec cette formation amateur, composée entre autres de Issa Goraieb et Kamal Badaro, que les habitués du Blue Note à Hamra connaissent bien. B.B. King, Eric Clapton et d’autres grands noms du jazz figureront au répertoire de cette soirée.
A 20h30.

10 août
Hommage à Abdel-Halim Hafez
C’est le chanteur marocain Abdou Chérif, surnommé le «nouveau rossignol», qui interprètera cet hommage à l’icône du Caire, qui aurait fêté son 90ème anniversaire.
A 20h30.

 

Byblos
12 juillet
Marc LAVOINE
Le chanteur français à la voix grave et aux yeux revolver ouvrira le festival avec ses ballades tantôt teintés de mélancolie et toujours intimes.
A 20h30.

20 juillet
QUEEN SYMPHONIC
Produit par la BBC, le Queen Symphonic est un spectacle puissant qui rend hommage au mythique groupe anglais mené par Freddie Mercury. Rock, émotions et frissons au programme.
A 20h30.

26 juillet
Charbel Rouhana & Melhem Zein
Après le succès de son concert l’été dernier, Charbel Rouhana revient à Byblos accompagné par l’une des plus belles voix libanaises actuelles, Melhem Zein. Une création qui fera voyager le public de Byblos à Séville.
A 20h30.

3 août
MARTIN GARRIX
Membre de la nouvelle vague des artistes de musique électro néerlandais apparus dans le début des années 2010, Martin Garrix enflammera la scène de Byblos avec son mix de house, électro et future bass. Les amateurs de son succès Animals ne manqueront pas le rendez-vous.
A 20h30.

 7 août
WITHIN TEMPTATION
Les poids lourds du métal symphonique Within Temptation allient la force du hard-rock à la splendeur de la musique classique. Byblos accueillera l’un des groupes les plus populaires en Europe.
A 20h30.

9 août
MASHROU’ LEILA
Faut-il encore les présenter? Mashrou’leila, une bande de quatre copains de Beyrouth qui ont révolutionné la scène pop au Moyen-Orient avec leurs titres électro-pop.
A 20h30.

24 août
THE BACH PROJECT
YO-YO MA
Une soirée exceptionnelle avec Yo-Yo Ma, considéré comme le plus grand violoncelliste du monde. Une carrière aux multiples facettes à découvrir de toute urgence.
A 20h30.

 

Jounié
1er juillet
Kendji Girac
Le chanteur, vainqueur de The Voice France, revient, pour la deuxième année consécutive, enflammer la scène de Jounié, pour le plus grand plaisir de ses fans libanais. A 20h30.

12 juillet
Magida el-Roumi
La diva libanaise présentera son riche répertoire composé d’anciennes et de nouvelles chansons, avec sa voix toujours pleine de sensibilité et de charme. A 20h30.

18 juillet
Adonis
Concert exceptionnel en prévision avec le groupe libanais Adonis qui reversera tous les bénéfices au profit de l’association Braveheart.
A 20h30. Beyrouth

 

FÊTE DE LA MUSIQUE (20 au 23 juin)
20 juin
19h: Waynick – Pop indie
20h: Nawel Ben Kraiem – Pop orientale
21h: The Habibees – Rock
Pelouse de l’Institut français du Liban.

21 juin
19h – 19h40: Wondergaap – Rock indé
19h55 – 20h40: Lynn Adib – Jazz
20h55 – 21h40: Yeti Pop – Pop-Rock
22h – 23h: Deluxe – Electro groove hip-hop funk
23h15 – 00h: Loopstache – Electro pop
Aux Thermes romains.

En régions, dans les antennes
de l’Institut français:

Tripoli
21 juin
20h: Safadi et AZM.
 
23 juin
20h: Nawel Ben Kraiem (Beit el-Fan) – Pop orientale.    


Jounié
20 juin
Deluxe (Zouk Mikael) - Electro groove.

 

Zahlé
22 juin
20h: Nawel Ben Kraeim – Pop orientale. Parc Skaff.

Nabatié
21 juin
20h: Nawel Ben Kraiem - Pop orientale.

Tyr
22 juin
Loopstache – Electro pop
Chorale de l’école internationale Elite de Tyr – Chanson française contemporaine
Action for Hope – Musique arabe
Fanfare de la FINUL (sous réserve).
Sur la corniche de Tyr.

 

Jenny Saleh

 

Jeudi, 10 Janvier 2019 14:52

Daniel Castan. Visions urbaines

Le peintre français, Daniel Castan, expose ses «visions urbaines, entre abstrait et figuratif», à la galerie Carré d’Artistes, à Beyrouth souks, jusqu’au 15 janvier. Quand la lumière de la ville croise la suggestion de l’imaginaire.
 

Dans le cadre de son exposition personnelle à la Galerie Carré d’Artistes, le peintre français Daniel Castan s’est rapproché de son public libanais à travers une soirée de live painting, (peinture en direct), le 29 novembre où la foule a eu l’occasion de le voir à l’œuvre, derrière son chevalet, maniant son couteau et sa peinture d’alkyde, pour donner naissance à ses «visions urbaines».
Le parcours de Daniel Castan a de quoi en étonner plus d’un et permet de démonter les idées préconçues sur l’art et les artistes. C’est à l’âge de 40 ans qu’il décide de laisser tomber son travail de graphiste indépendant pour devenir artiste indépendant. «Une crise existentielle», déclare Daniel Castan. Le voilà qui achète le matériel nécessaire pour s’atteler à cette nouvelle vision de vie. D’essai en essai, sans jamais perdre patience ou se décourager, parce qu’il est évident que la muse et le talent sont un jeu d’illusions surtout à notre ère contemporaine, il persiste et finit par tracer son style, sa technique, choisir ses outils, ses sources d’inspiration, jusqu’à devenir, quelques années plus tard, un artiste coté internationalement défendu par le réseau de galerie d’art grand public, Carré d’artiste.
Invitation à la contemplation. Son inspiration est urbaine, puisée de ses voyages professionnels en tant que graphiste, essentiellement entre New York et Hong Kong. C’est à partir des images gravées dans sa tête et des clichés pris sur place qu’il commence à peindre ses toiles urbaines, avant de se focaliser exclusivement sur New York, et de laisser tomber les photographies pour laisser libre cours à son imagination.
Armé de son couteau, son outil de prédilection, et sa peinture d’alkyde, il travaille rapidement, à l’instinct, avec une grande maîtrise du hasard et de la technique, du détail et de l’absolu, de la sensation et la suggestion. Avec son rendu brillant, la peinture de Daniel Castan accroche immédiatement le regard, invitant à la contemplation. Les lignes des immeubles s’entremêlent au tracé du ciel, dans une ambiance nocturne ou diurne, comme pour mieux en faire ressortir les verticalités de la ville, ses fuites, ses perspectives. Ses figures sont géométriques sans toutefois l’être réellement, notamment dans ses toiles plus tardives où les détails s’estompent en des ombres abstraites, d’où ressortent, intactes, les couleurs, encore plus flamboyantes, même quand elles sont sombres.

S’approprier la toile
Dans le clair-obscur de ses œuvres, rejaillissent, comme obsessionnelles, les lumières des feux des voitures dans les rues de New York, ou même les feux de signalisation ou quelques enseignes noyées dans le flou de l’abstraction. Autant de lumières foudroyantes qui engendrent des imaginaires nichés dans les recoins urbains d’un inconscient collectif qui se plaît à façonner ses propres histoires. Le visiteur, voire le spectateur, d’une peinture de Daniel Castan, est à la fois confronté à ce qui est révélé, à ce qui est suggéré et à ce qui est caché, comme s’il lui revenait de compléter lui-même la toile, de se l’approprier, de s’y projeter, de se faufiler dans les interstices de lumière égrenés par le peintre.

Nayla Rached
Photos Milad Ayoub

Fondateur et président honoraire de H&C Leo Burnett, Farid Chehab publie un livre intitulé Un pont sur le XXIème siècle, dans lequel il s’interroge sur l’incidence de la technologie et du numérique sur les différentes générations. Par joëlle seif

Quel est le but de votre livre?
Depuis un certain temps, je m’interroge sur l’éducation de mon petit-fils qui a 1 an. Autour de moi, tout le monde affirme qu’il apprendra et s’adaptera comme nous au nouveau monde. Pourtant, les progrès technologiques du XXIème siècle vont plus vite que notre propension à nous adapter et ils causeront certainement des dommages collatéraux. C’est ainsi qu’est née en 2015 ma réflexion sur la manière d’aborder le XXIème siècle et ses changements. J’ai concocté pendant deux ans ce livre mais la naissance de mon petit-fils en a été le détonateur.

Comment affronter les nouveaux défis?
J’ai passé ces deux ans à lire tout ce qui a été écrit sur ce sujet. J’ai été inspiré par de nombreux auteurs, que je cite d’ailleurs dans mon livre, comme Yuval Noah Harari auteur de Homo Deus, Alain Minc, Thomas Friedman et bien d’autres. Tous parlent de la révolution numérique mais peu avancent des mesures à prendre immédiatement pour amener les nouvelles générations à mieux affronter les défis. Avec beaucoup d’humilité et de passion,
je propose des perspectives éducatives. Ceci implique un changement radical de la méthodologie suivie dans l’éducation. Il faut passer du mode apprendre au mode créer. Il ne faut pas arrêter d’apprendre mais il faut surtout apprendre à créer, ce qui n’est pas le cas de notre système académique. A partir du primaire, le jeu est interdit. Or il devient de plus en plus évident qu’apprendre à travers le jeu prépare le cerveau à créer.

Qu’en est-il de la résilience, des idées, valeurs et tolérance que vous évoquez?
Qui dit mental, dit résilience. Mais malheureusement notre siècle ne nous prépare pas suffisamment à celle-ci. L’éducation doit renforcer la résilience chez les jeunes. En outre, le numérique introduit une révolution de toutes nos valeurs. Beaucoup d’entre elles ne s’adaptent plus à la nouvelle ère. Certaines valeurs religieuses sont dépassées et mises au défi. Il y a une nouvelle philosophie à prendre en charge pour instiller aux nouvelles générations une nouvelle palette de valeurs
plus adaptée au XXIème siècle. Nous souffrons tous d’une intolérance généralisée. Nous devons apprendre aux générations futures l’esprit de tolérance. Dans la dernière partie de ce livre, il y a une ouverture vers le futur de la symbiose de l’intelligence artificielle avec l’intelligence organique.

A qui s’adresse ce livre?
Pour ne pas jouer au scientifique, comme je suis un publicitaire, j’ai parsemé ce livre d’anecdotes pour en rendre la lecture agréable. Je vulgarise ce que j’ai pu assimiler en y ajoutant mon grain de sel. Nous avons besoin de résilience, d’idées, de valeurs nouvelles et de tolérance pour survivre au XXIème siècle. Ce livre ouvre beaucoup de débats. Certains éducateurs pourront trouver un non-sens à ce que j’écris mais l’essentiel est d’éveiller notre conscience vers une urgence inéluctable.
Le Liban a toujours vécu grâce à la qualité de ses services. La réforme doit commencer chez nous. Celle-ci ne réclame aucune infrastructure. Mon ambition est de mobiliser les écoles et les universités afin d’amorcer ce changement.

Joëlle Seif

Invité par Persona Production, l’écrivain Eric-Emmanuel Schmidt sera sur scène du 7 au 10 juin, pour présenter Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Par nayla rached

Paris, rue Bleue, dans les années 60. Moïse, onze ans, mal aimé, supporte comme il peut de vivre seul avec son père. Monsieur Ibrahim, le vieux sage, tient l’épicerie arabe et contemple le monde depuis son tabouret. Un jour, le regard de Monsieur Ibrahim rencontre celui de Momo. De conversation en conversation, la vie devient plus souriante et les choses ordinaires extraordinaires…
Cette histoire, on la connaît presque tous, qu’on ait lu le roman d’Eric-Emmanuel Schmidt ou non, qu’on ait vu le film éponyme avec Omar Sharif ou non. Cette histoire, c’est l’un des plus grands succès de Schmidt, traduite en 38 langues, à tel point, comme il le dit, qu’il est devenu désormais, dans beaucoup de pays, «l’auteur de Monsieur Ibrahim».
Récit initiatique, drôle et émouvant, véritable hymne à la tolérance, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est le deuxième volet du Cycle de l’invisible, 6 récits sur l’enfance et la spiritualité, dont font également partie Milarepa, Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus.
Paru aux Editions Albin Michel en 2001, le livre est la biographie romancée de son ami Bruno Abraham-Kremer. «Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami», ce monologue fut mis en scène et interprété, durant 600 représentations, en 2001, par Bruno Abraham-Kremer. En 2012, Francis Lalanne interprète le monologue, dans une mise en scène d’Anne Bourgeois, au Théâtre Rive Gauche, à Paris. C’est par un concours de circonstances qu’Eric-Emmanuel Schmidt devient l’acteur de son monologue: en raison d’un engagement préalable, Lalanne était dans l’impossibilité d’assurer neuf représentations. Les amis de Schmidt le poussèrent alors à monter sur scène. Ce baptême terrorisa l’auteur mais obtint une standing ovation du public. Depuis, Eric-Emmanuel Schmidt a interprété son œuvre en France, en Suisse, en Belgique, au Canada, en Italie, aux Etats-Unis…
Avec ce dernier spectacle dans la programmation 2018 de Persona Productions, sa fondatrice Joëlle Zraick, relève cette expérience autre qui attend le public. «Eric-Emmanuel Schmidt est auteur avant tout. On vient le voir dire son propre texte, il y a quelque chose de très touchant dans sa manière de le transmettre au public. C’est une autre expérience sur scène». L’Express, relève un «bijou d’écriture, d’émotion, d’humour». «C’est très drôle et très déchirant», écrit Le Figaro. Et pour Télérama, l’histoire de l’écrivain français est «belle et généreuse, pleine de lumière et de tolérance».
«Lorsqu’il récupérera son vieil exemplaire, affirme Schmidt en 2004, Momo découvrira ce qu’il y avait dans le Coran de Monsieur Ibrahim: des fleurs séchées. Son Coran, c’est autant le texte que ce que Monsieur Ibrahim y a lui-même déposé, sa vie, sa façon de lire, son interprétation. (…) La spiritualité vraie ne vaut que par un mélange d’obéissance et de liberté. Voici donc enfin l’explication qu’on me demande toujours, l’explication de ce mystérieux titre, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran».

Nayla Rached
 

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

Vendredi, 15 Janvier 2016 03:13

Semaine du 15 au 21 janvier

L’affaire SK1
Samedi 16 à 21h55, C+
de Frédéric Tellier
Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz
En 1991, Franck Magne est un jeune inspecteur du Quai des Orfèvres qui subit le baptême du feu avec l’enquête sur l’assassinat d’une jeune fille. Très vite, d’autres cas semblables (meurtres, viols et tortures) s’accumulent. Magne comprend vite que c’est l’œuvre d’une seule et même personne. Bougon, son supérieur, lui conseille de ne pas trop s’impliquer. Trop tard: Magne n’a de cesse de débusquer l’assassin, jusqu’à mettre à mal sa vie de famille. D’énormes effectifs sont déployés pour traquer le monstre qui est finalement arrêté. Magne croise sur sa route Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre la personnalité du meurtrier… (120’, 2014)

 

Les gamins
Dimanche 17 à 21h55, TF1

d’Anthony Marciano
Alain Chabat, Max Boublil, Sandrine Kiberlain, Mélanie Bernier et Alban Lenoir
Très amoureux, Thomas et Lola projettent de se marier. La jeune femme décide de présenter son fiancé à ses parents, Suzanne et Gilbert. Mais ce dernier est en pleine crise: il est convaincu d’avoir raté sa vie à cause de sa femme et de sa fille. Après l’annonce du prochain mariage de cette dernière avec Thomas, il prend le jeune homme sous son aile et lui met en tête de renoncer au mariage pour préserver sa liberté. Il réussit d’ailleurs à le convaincre de tout quitter. Les deux nouveaux amis partent ensemble à l’aventure. Le duo mène dorénavant une vie de gamins, sans horaires et sans contraintes, rythmée par de nombreuses péripéties… (115’, 2013)

 

Les trois prochains jours
Mardi 19 à 22h00, D8

de Paul Haggis
Russell Crowe, Elizabeth Banks, Liam Neeson et Olivia Wilde
A Pittsburgh, John Brennan et sa femme Lara filent le parfait amour et sont les parents d’un adorable petit Luke. Mais un matin, la police débarque chez le couple et arrête Lara qu’elle soupçonne du meurtre de sa patronne. Trois ans plus tard, Lara est toujours en prison et ne voit plus son mari et son fils que lors des visites. Luke se montre de plus en plus distant vis-à-vis de sa mère. John, de son côté, n’a jamais douté de l’innocence de sa femme. Lorsque son dernier appel est rejeté, Lara tente de se suicider. Pour John, il n’y a maintenant plus qu’une solution: faire évader sa femme. Il demande de l’aide au célèbre roi de l’évasion, Damon Pennington... (145’, 2010)

 

Flic, tout simplement
Mercredi 20 à 21h55, F2

d’Yves Rénier
Mathilde Seigner, Philippe Torreton, Yves Rénier et Jean-Marie Winling
Première femme nommée à la tête de la prestigieuse Crim’, Martine Monteil s’est fixé comme priorité absolue de traquer le «tueur de l’Est parisien». Tout en combattant les préjugés, elle entreprend de faire collaborer des services parfois rivaux. Son but: imposer la création d’un fichier des empreintes ADN pour confondre Guy Georges… (95’, 2014)

Phénomène
Jeudi 21 à 21h55, NRJ 12

de Jon Turteltaub
John Travolta, Kyra Sedgwick, Forest Whitaker et Robert Duvall
George Malley, un mécanicien, est apprécié de tous. Il passe ses journées avec son ami Nate, un jeune Noir. Lace, une femme qui élève seule ses deux enfants, lui apporte des chaises de sa confection à vendre. Personne ne les achète, mais George les accepte malgré tout, car il a un faible pour la jeune femme. Le soir qui vient est particulièrement important: toute la ville s’apprête à célébrer le trente-septième anniversaire de George. Alors que la fête bat son plein, il sort seul prendre l’air quand une boule de feu, venue de nulle part, le heurte en plein visage. Mais lorsqu’il interroge ses amis, étrangement, ces derniers lui soutiennent n’avoir rien vu ni entendu. Puis, il rentre chez lui et se met à lire. Car George, dorénavant, est doté de pouvoirs extraordinaires... (140’, 1996)

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard & Poor’s de l’un des marchés d’émission de dette les plus lucratifs, celui de l’immobilier commercial. Cette sanction, assortie d’une amende de 60 millions de dollars, a été prise car S&P a émis des notes trop complaisantes sur des obligations intégrant des prêts hypothécaires subprimes ayant alimenté la crise financière.Même le Sénat américain avait révélé dans un rapport que Moody’s et Standard & Poor’s avaient eu des comportements éthiques discutables et condamnables.La liste des couacs est longue mais nous en resterons là. Nous préférons accorder la primauté aux experts libanais, reconnus dans le monde entier pour leurs compétences, plutôt qu’à des «analystes» aux sombres desseins. Ce sont les Libanais que nous écouterons. Qui a dit que nul n’est prophète en son pays?  


 Paul Khalifeh
   

Santé

La brucellose. Une maladie qui regagne du terrain
En 2019, le nombre de personnes atteintes de brucellose est en nette augmentation. Bien que les données chiffrées ne soient…

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