Puz/zle de Sidi Larbi Cherkaoui. L’humanité disséquée
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Nº 2913 du vendredi 6 septembre 2013

Puz/zle de Sidi Larbi Cherkaoui. L’humanité disséquée

 
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    Puz/zle de Sidi Larbi Cherkaoui. L’humanité disséquée
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Après Eliane Elias et Marcel Khalifé, le Festival international de Baalbeck s’est achevé le vendredi 30 août à la Magnanerie de Sed el-Bauchrié, par le spectacle de danse contemporaine, Puz/zle, du chorégraphe belgo-marocain Sidi Larbi Cherkaoui. Quand le corps et la musique se répondent.
 

L’humanité face à elle-même. L’humanité qui se construit, se déconstruit, sans relâche, sans répit, sans pitié. Cycle incessant, cycle infernal, cycle régénérateur, générateur de tant d’émotions. L’humanité face à la pierre, et toute sa symbolique. Et Sisyphe tente toujours, encore et encore, de pousser son rocher au sommet de la montagne.
Présentée au festival d’Avignon en 2012, 
Puz/zle, la dernière œuvre du chorégraphe belgo-marocain Sidi Larbi Cherkaoui, en tournée internationale, a clôturé le Festival international de Baalbeck le vendredi 30 août. Dans cette dernière œuvre, il poursuit son exploration identitaire, religieuse, culturelle et émotionnelle et cherche la place de l’homme dans le puzzle du monde. Comme son nom l’indique, Puz/zle se déroule effectivement à l’instar d’un puzzle dont les morceaux s’assemblent sur scène pour mieux se séparer, constituant dans ce tandem construction/déconstruction l’essence même du spectacle. Un spectacle qui tourne autour d’un fil rouge: la pierre, que ce soit sous forme de blocs de béton, grands et petits, ou de cailloux.
Une scène sobre et sombre où trônent ces blocs recoupés au centre par la projection-vidéo d’un espace qui ressemble à un musée défilant ses longs corridors, inlassablement, cycliquement. Des images qui passent et repassent en boucle. Et voilà que l’ordre est brisé. La performance commence. Danseurs et danseuses de la compagnie Eastman, époustouflants à chacun de leur mouvement, tentent de construire des murs, des temples, de les escalader, de rouler des pierres, d’en jeter, de l’utiliser comme instrument de musique, comme arme. Solos, duos et mouvements d’ensemble, l’homme est face à lui-même, face aux autres, dans la grisaille, dans l’éclaircie.

 

Des images autour de la pierre
Au fil des tableaux qui se succèdent, la musique emplit l’air. Elle naît en direct, sur scène, des voix magnifiques et puissantes du groupe polyphonique corse A Filetta, formant souvent l’écrin idéal où se pose le timbre lyrique et éthéré de la chanteuse libanaise Fadia Tomb el-Hage, quand ce n’est pas le flûtiste et percussionniste japonais Kzunari Abe qui instaure un sentiment presque hypnotique auprès du public et des danseurs.
Voilà les danseurs désormais habillés de leurs vêtements, contemporains, urbains, leurs habits de tous les jours. Et le cycle se répète encore et encore, à nouveau face à la pierre. La pierre qui permet de construire, d’échafauder des villes, des civilisations, mais qui renferme aussi son propre piège qui se referme sur nous, nous écrase. A chaque fois. Chaque nouvelle construction est immédiatement une déconstruction. Même cette sculpture vivante se décline comme pantin, comme œuvre artistique, comme possibilité de salut. Momentané, illusoire, peut-être. Même comme ce tag sur les murs qui semble improvisé pour la circonstance: «Liban, message de coexistence et de paix». Le puzzle est-il reconstruit à travers la rencontre entre les différentes cultures?
Les images s’emmêlent; tour de Babel, temples antiques, tragédie grecque, colonnades des premiers temps, d’une ère lointaine, incernable, références bibliques, spirituelles, bouc-émissaire, victime-bourreau, chromosomes… Des siècles d’images nées de l’inconscient collectif de l’humanité, au fil des tableaux qui se succèdent, chargés, parfois surchargés, et pesant par moments comme une chape de plomb où l’air vient à manquer. La respiration se fait plus lourde, le spectateur est sur le point de suffoquer. Le temps s’étire face à certaines longueurs scéniques et chorégraphiques, toujours surchargées de signification, de symbolique, de symboles à décortiquer, à agencer. Deux heures environ, de mouvement, de chant, de réflexion aussi. Deux heures à s’émerveiller devant la beauté des tableaux tout en ayant conscience que ce beau sert à touiller au plus profond de chacun de nous la plaie du monde, la plaie de l’humanité.
Sidi Larbi Cherkaoui a réussi à condenser l’humanité et ses multiples tentatives de construction en une chorégraphie prenante, brillamment interprétée, tant au niveau de la danse qu’à celui du chant. Un spectacle prenant, malgré certaines longueurs et certaines séquences qui n’apportent rien de nouveau à l’ensemble. Jusqu’à la révélation de la scène finale qui répond en écho à la scène d’ouverture. La même projection-vidéo de cette espèce de musée qui se décline alors comme reconstruction historique de l’humanité, où court un homme, seul, inlassablement, cycliquement, vainement, consciemment. «La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme». Faut-il avec Camus, «imaginer Sisyphe heureux»?

Nayla Rached

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Éditorial
La coupable inconscience

Sommes-nous condamnés à vivre au rythme des humeurs belliqueuses de nos voisins: celui que certains considèrent ami et celui qualifié d’ennemi par tous? Le Liban, terre d’accueil certes, mais dorénavant pour des touristes d’un genre particulier. Nous avons connu, il y a quelques décennies, un flux de Palestiniens, chassés de leurs terres par un envahisseur arrogant et fort de ses alliances occidentales. Ils n’ont pas tardé à prendre conscience de la faiblesse du pouvoir dans le pays hôte. Ils ont vite fait de quitter les tentes, dites provisoires, pour se regrouper dans des logements en béton dans toutes les régions. Conscients de l’absence d’institutions et de véritables autorités, armés par ceux qui espéraient régler leur problème en leur assurant un pays de rechange au Liban, ils se sont posés en pouvoir absolu, allant jusqu’à prendre en charge non seulement leur propre sécurité, mais celle de tous les citoyens et à leur imposer des barrages de contrôle au vu et au su des forces de l’ordre et des dirigeants. Plus récemment, le Liban, toujours sans frontières, après avoir été longtemps dominé par Damas avant que ses troupes ne soient expulsées en 2005, reçoit des réfugiés dont le nombre semble difficile à déterminer. Les chiffres valsent et la misère se creuse un peu plus au fil des mois. Cela dure depuis plus de deux ans. Des familles entières, celles qui ne peuvent pas échapper aux massacres, sont décimées sans pitié. Le nombre de morts ne se décompte plus au milieu d’un assourdissant silence international. Il a fallu parler de l’utilisation d’armes chimiques pour que l’hypocrisie du monde éclate au grand jour. L’horrible spectacle des cadavres gazés a réveillé ceux qui, depuis plus de deux ans avaient assisté, indifférents, à l’exode massif des centaines de milliers de Syriens démunis, à la peur qu’on lit sur les visages d’enfants, aux blessés en mal de soins dont les photos remplissent les écrans de télévision et les «Une» des journaux. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-on dire. Mais le résultat n’a fait que prouver la faillite des grandes puissances. Celles-ci victimes, dit-on, de leur démocratie ont affiché leur fragilité. N’auraient-elles pas dû prendre le temps de la concertation et de la réflexion avant de promettre une intervention improvisée et provoquer une panique incontrôlable qui a gagné, non seulement les citoyens syriens, mais tous ceux des pays frontaliers et, à leur tête, le Liban? Qu’entend-on par frappe punitive? Comment peut-on éviter les dégâts collatéraux? Pourquoi a-t-on suscité cette tension qui accompagne l’attente des décisions de ceux qui possèdent le droit de vie et de mort sur des hommes, des femmes et des enfants? Au Liban, pays aux frontières ouvertes à tout vent, l’annonce d’une possible frappe occidentale sur la Syrie, a fait fuir, non seulement les étrangers, mais surtout ceux qui hésitaient encore à quitter leur terre. Le rush sur les avions en direction des Emirats ou d’autres pays lointains, en est la preuve évidente. Les écoles perdent leurs élèves qui occuperont les bancs d’autres écoles sous des climats plus cléments. Les universités ne sont pas mieux loties. La saison touristique a été étouffée dans l’œuf et l’économie s’effondre un peu plus, même si les responsables des institutions financières, dont la Banque du Liban, se veulent convaincants dans leurs prévisions. De tout cela n’en sommes-nous pas responsables? Une frange importante de la population ne s’est-elle pas volontairement impliquée dans une crise qui ne nous concerne en aucune manière? Une démocratie «consensuelle» qui a toujours empêché l’entente sur des sujets plus ou moins cruciaux, une société qui n’a pas la compétence d’élire ses représentants, un gouvernement compliqué, pour ne pas dire impossible, à former, un mandat présidentiel dont certaines voix commencent à mettre en doute une relève. Si le chef de l’Etat multiplie les déclarations toujours plus fermes, il n’en reste pas moins que le pays va à la dérive, qu’il se vide de son sang tandis que, par miracle, la vie continue et avec elle les festivals qui défient la sinistrose ambiante. Les appels au dialogue ont-ils encore un sens?


 Mouna Béchara
   

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