Julien Doré. Un moment suspendu dans l’air de Beyrouth
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Nº 2951 du vendredi 30 mai 2014

Julien Doré. Un moment suspendu dans l’air de Beyrouth

 
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    Julien Doré. Un moment suspendu dans l’air de Beyrouth
    Généreux, humble, simple, sur scène et en entretien, Julien Doré a su captiver et émerveiller son public libanais. Au-delà de ses mots, de sa musique, de son charisme, au-delà de...
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Généreux, humble, simple, sur scène et en entretien, Julien Doré a su captiver et émerveiller son public libanais. Au-delà de ses mots, de sa musique, de son charisme, au-delà de nos applaudissements et de nos cris, le 26 mai au Music Hall Waterfront est un grand moment de partage volé à ce monde.
 

Løve, votre dernier album, pourquoi ce titre?
En écrivant des chansons d’amour au sujet des beaux souvenirs qu’on peut avoir après une séparation, je tombe sur ce mot love avec une barre sur le o, comme si on avait déjà commencé à rayer le mot. J’ai trouvé que c’était très fort, très beau, que ça sonnait plus comme une image que comme un mot. Quand j’ai vu la signification du mot, qui veut dire lion en danois, j’ai pensé à un parallèle avec la manière dont j’ai écrit ces chansons, très animale, très instinctive, pas forcément réfléchie. Voilà le miroir entre le mot amour et l’animal.

Il s’agit de chansons d’amour tristes, et pourtant la musique est plutôt groovy, dansante?
Les textes sont effectivement assez mélancoliques. Il s’agit de rupture, de séparation. Et en même temps, je ne voulais pas que la musique appuie cette mélancolie-là, que ce soit trop redondant. Je voulais, au contraire, qu’on puisse s’élever, qu’on ait envie de danser sur certaines musiques et d’entendre en même temps des mots sur lesquels ordinairement on ne danse pas. Sur ce disque, il y avait vraiment cette envie-là, la possibilité de danser sur des histoires qui ne sont pas forcément joyeuses. C’est pour résumer une idée assez simple en fait; les jolies choses qu’on va avoir dans la vie, même si à un moment on les perd, eh bien elles ont été là, ont fait partie de vous, et sont toujours en vous. Et il vaut mieux sourire aux choses qui ont existé en soi plutôt que de les pleurer toute sa vie parce qu’elles ne sont plus là. C’est pour cette raison que j’avais besoin que la musique de mon album soit le reflet d’une envie de sourire à ces jolies choses même si certaines ne sont plus là.

Une grande évolution depuis votre 1er album, Ersatz?
L’évolution est celle de n’importe quel être humain; le temps qui s’est écoulé depuis, les années de concerts, de tournées qui m’ont fait grandir, des années de vie qui m’ont sans doute changé, qui ont apaisé certaines choses. Moi, je ne venais pas de la musique, je venais de rien, du sud de la France, j’ai travaillé dans des chantiers, j’ai fait les beaux-arts, j’avais tout un cheminement de vie assez particulier. La musique est venue à moi et j’ai participé à une émission de télé, La Nouvelle Star, qui a changé ma vie du jour au lendemain. En même temps, c’était bizarre, parce qu’à partir du moment où j’ai eu cette chance-là, il fallait me mettre au travail, montrer mes chansons à moi plutôt que celles des autres. Il a fallu un peu de temps pour que les choses s’apaisent, se mettent en place, et que je sache moi-même où j’en étais. Aujourd’hui, je ne me pose plus trop la question de la légitimité dans mon travail, mais juste de faire des chansons, de les proposer au public, aux gens qui m’aiment, qui me découvrent. Je suis surtout animé de cette idée, très importante, que les artistes ont une part de responsabilité dans le monde dans lequel on vit et que le fait de proposer du rêve, des images, des sons, peut nous lever et aider le monde dans lequel on vit. Je suis convaincu que le fait d’écrire une chanson a un pouvoir. Ce sont des milliers de petits éléments, mais tout cela m’aide à me sentir à ma place, à comprendre que la musique se partage, avec les amis, mes collaborateurs qui m’accompagnent depuis le début, avec le public qui est là chaque soir, qui a écouté le disque, et qui me le rend en venant au concert et en partageant un moment suspendu, ensemble, pendant quelque temps, qui est celui d’un concert live où tout peut se passer, parce que rien n’est figé. Un spectacle vivant, c’est ce qu’il y a de plus beau; c’est en même temps suspendu et tout est dans l’instant. Cette fragilité est magique.

En tant qu’artiste, vous arrive-t-il de vouloir renier des éléments de votre passé?
Je suis convaincu qu’il ne faut jamais renier une vie, qu’elle soit artistique ou pas. Ce qui devient dangereux pour un être humain, c’est le moment où il commence à découper sa vie, à se dire qu’il est finalement né à tel moment et que tout ce qui a été avant n’est qu’une bêtise. Même s’il y a des choix ratés, des choix réussis, un parcours est un parcours, on ne peut pas le morceler. Mon album, mes chansons, ne seraient pas ce qu’ils sont, s’il n’y avait pas eu tout ce qu’il y a eu avant, même inconsciemment. Renier ne fait pas partie des choses qui me plaisent ni en tant qu’artiste, ni en tant qu’homme. Il est important d’accepter, de voir, d’envisager son parcours comme un tout, car tout est lié. Après, ma petite carrière est courte; trois albums, La Nouvelle Star il y a sept ans. Parfois, on me parle de l’émission, ça ne me pose pas de problème, car j’étais très heureux et ça a, sans doute, déclenché des choses qui se seraient passées autrement. Je ne renie rien, mais parfois je me dis que j’aurais peut-être agi différemment, dans certaines situations au tout début où j’étais paniqué de ce qui m’arrivait. Mais, non, je n’ai pas de regrets, au contraire.

Propos recueillis par Nayla Rached

 

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Éditorial
La contagion du vide

Depuis la fin de la guerre, en 1990, aucun mandat présidentiel ne s’est achevé normalement. Ceux d’Elias Hraoui et d’Emile Lahoud ont été prorogés de trois ans. Après la fin du mandat de ce dernier, le Parlement a été incapable d’élire un successeur et le siège de la présidence est resté vacant, de septembre 2007 à mai 2008. Six ans plus tard, la Chambre se retrouve encore dans l’impossibilité d’élire un président dans les délais constitutionnels et le vide s’est, une nouvelle fois, installé au palais de Baabda. La première observation que l’on peut faire de ces événements est que les Libanais sont incapables de s’entendre, de leur propre chef, sur un candidat accepté de tous. Ils ont soit besoin d’un tuteur, le Syrien en l’occurrence, soit de l’aide directe de puissances régionales et internationales, comme ce fut le cas à la conférence de Doha, qui a permis d’élire Michel Sleiman à la magistrature suprême. Les deux camps s’accusent réciproquement du blocage actuel. En réalité, ils se partagent tous la responsabilité, aux côtés du système politique bancal, déficient et défaillant, mis en place à la conférence de Taëf, à laquelle il faut reconnaître quand même le mérite d’avoir mis un terme à la guerre. Pendant la tutelle syrienne, le Liban était gouverné d’une manière extraconstitutionnelle. Le pays était, en quelque sorte, cogéré par les Syriens et la classe politique libanaise (toutes tendances confondues) et tout le monde y trouvait son compte. Avec le départ du tuteur, les Libanais ont été contraints de s’en remettre aux lois pour diriger leur pays et gérer leurs divergences. C’est alors que sont apparues les gigantesques failles, lacunes et autres insuffisances dans la Constitution. L’expérience et la pratique ont prouvé que le pays ne peut pas fonctionner normalement sans une réforme constitutionnelle et électorale. Le jour de son départ, Michel Sleiman en a proposé quelques-unes, susceptibles de donner un peu de contenu à la phrase sans cesse serinée: «Le président est le garant de la Constitution». Rendre au président de la République la prérogative de dissoudre le Parlement en cas de crise majeure ou de blocage politique est la plus pertinente. Mais elle est insuffisante. Il faudrait aussi autoriser deux mandats présidentiels consécutifs, comme dans tous les pays du monde, après avoir ramené à cinq années la durée du mandat; il faudrait réfléchir à accorder un délai au Premier ministre pour la formation de son cabinet. Il est, en effet, inconcevable qu’un chef de gouvernement désigné puisse bénéficier d’un délai illimité pour former son équipe. La réforme la plus fondamentale reste l’adoption d’une loi électorale basée sur le mode de scrutin proportionnel et l’instauration d’un sénat communautaire, afin de pouvoir élire, enfin, le premier Parlement non confessionnel. Sans une réforme en profondeur, les blocages politiques apparaîtront à chaque échéance importante. Aujourd’hui, le vide risque de se propager à toutes les institutions. Le Parlement est paralysé et la menace de blocage plane au-dessus du gouvernement. Le grippage de toutes les institutions est une invitation, on ne peut plus claire, à un arbitrage étranger. Celui-ci est toujours intervenu après une explosion de la situation. Les conférences de Taëf et de Doha n’ont-elles pas fait suite à une guerre civile de quinze ans et aux événements sanglants du 7 mai 2008? Pour une fois, les Libanais pourraient faire preuve de prévoyance et de perspicacité, en prouvant que l’Histoire ne se répète pas toujours nécessairement.


 Paul Khalifeh
   

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