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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

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Economie (65)

Ogero continue de faire couler de l’encre? Son président Imad Kreidieh est dans la ligne de mire de la campagne folklorique de lutte contre la corruption au sein des établissements étatiques et du gaspillage des deniers publics, que mènent pêle-mêle des politiques de tous bords.   


La campagne folklorique de lutte contre la corruption est menée au rythme du petit bonheur la chance parce qu’a priori, elle est erratique et sélective, ne se basant pas sur un plan national qui mettrait en œuvre un mécanisme clair, scientifique et rationnel pour endiguer la corruption. L’opinion publique n’est pas dupe. Elle est consciente qu’elle est menée en bateau et que cette levée de boucliers n’est qu’une tempête dans une tasse de thé. Le slogan de la lutte contre la corruption ne date pas d’hier. Depuis le mandat de Béchara el-Khoury, les politiques nous le vendent à chaque fois qu’une campagne de séduction et de mobilisation de l’opinion publique est orchestrée.   
Imad Kreidieh ne sera ni le premier ni le dernier à faire partie des figures publiques sur qui des politiques feraient planer le doute d’une bonne gouvernance. Néanmoins, la société lui laisse la présomption d’innocence. Dans tous les cas de figure, une bonne gouvernance du secteur public ne se constitue pas de coups d’éclat mais par une lecture entre les lignes des articles figurant à l’ordre du jour de chaque Conseil de ministres.

La communication

Imad Kreidieh n’a pas de problème de communication puisqu’il est régulièrement en direct sur Facebook à l’écoute des doléances et des questionnements des usagers et ne décline pas les sollicitations des journalistes. Il répond aux questions d’ordre politique et portant sur le clientélisme, en expliquant dans le détail les défis et les réalisations d’Ogero. Il est transparent et prend soin de ne pas être entraîné dans des polémiques byzantines. «Si Ogero est au sein des conversations en ville, c’est que cette entité est dynamique», dit le patron du bras d’exécution du ministère des Télécoms. Il brandit les slogans de l’image marketing d’Ogero en déclarant haut et fort: «Demain vous nous aimerez» et «D’ici, tout a commencé», faisant allusion à sa mission ultime, celle de «la connexion de toute la nation». «Oui d’ici, tout a commencé parce que de nombreuses réalisations ont déjà été accomplies afin que le secteur des télécoms devienne parmi les plus performants», dit-il. Depuis son accession à la tête d’Ogero, Imad Kreidieh a deux devises en tête. Celui d’introduire le Liban dans le monde du numérique en rénovant son infrastructure, de manière à donner une capacité minimale de 50 mbits/s à chaque usager connecté au réseau national. Dans le même temps, il se bat pour faire appliquer la loi 431, prévoyant la création de Liban Télécom et d’une autorité de régulation afin qu’Ogero y soit intégrée et fonctionne sur la base de concepts d’une entreprise du secteur privé.

Wifi public et IA
Fin mars, le projet du Wifi public a été lancé après l’ouverture des plis reçus en appel d’offres. Le projet pilote est celui de l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri. Il couvrira progressivement d’autres régions sur l’ensemble du territoire qui apportent une valeur économique au pays, à titre indicatif le centre-ville, Ramlet el-Bayda, Zaytouna, etc. Aussi en mars, Ogero a fait un bond en avant en recourant à l’intelligence artificielle (IA), une première dans le secteur public. L’entité a signé un protocole d’accord avec la start-up libanaise Numbase qui travaille sur deux fronts: la direction commerciale des services à la clientèle afin d’anticiper leurs besoins et la maintenance du réseau dans le but de réduire de 30% les coûts opérationnels en prévenant les problèmes sur les réseaux. Les plans de base de l’infrastructure n’étant pas disponibles, Ogero se trouve dans l’impossibilité d’identifier une faille sur le réseau si l’abonné ne la signale pas et la réparation prend beaucoup de temps. Parallèlement, la communication via satellite a été réactivée au sein du ministère des Télécoms anticipant l’arrivée des multinationales de dragage des dérivés pétroliers. Ajoutons à cela la perspective imminente de l’augmentation des passerelles de sorties de flux à cinq alors qu’Ogero fonctionne à présent avec deux. Une fois validé par le Conseil des ministres, Ogero sera dotée d’un ordinateur d’une superpuissance de calcul, l’un des treize qui existent pour le moment dans le monde. «Ogero ne vend pas seulement une connexion mais elle vend des opportunités pour l’avenir», dit Imad Kreidieh.
 
Des défis innombrables
Avec la dynamique évolutive des NTIC, la feuille de route d’Ogero s’est basée sur une stratégie de construction d’une infrastructure à la pointe de la technologie, durable et flexible. Une opération de swap de tous les éléments du réseau principal de transport et autres canaux a été entreprise, en toute conscience de son coût d’investissement élevé. Ogero n’avait pas d’autres choix qu’un investissement lourd pour qu’«une connexion de la nation» devienne une réalité. Une mise à niveau de l’infrastructure PSTN établie en 1993-1994 était impérative. A cette époque, l’Internet n’était pas à l’ordre du jour, le projet consistait à assurer le branchement d’un million de lignes téléphoniques fixes. Avec la volonté d’introduire le DSL, le réseau cuivre n’était pas en mesure, physiquement, de supporter la rapidité du flux et d’assurer une bonne qualité de connexion Internet, surtout que 45% des usagers d’Internet étaient installés à plus de 3 km des centraux téléphoniques. La mission de remise à niveau de l’infrastructure installée en 1994 était d’autant plus difficile que les sociétés de télécoms qui l’avaient installée, à savoir Alcatel, Siemens et Ericsson, ont disparu à l’exception de la dernière et que la moyenne d’âge des ressources humaines d’Ogero était de 56 ans. C’est là qu’a émergé le problème du recrutement d’employés. Ogero a embauché des ingénieurs et techniciens sur base de contrats journaliers pour les besoins de ses opérations, leurs salaires ayant été budgétés dans les lois de finances de 2017 et 2019. Avec les départs à la retraite, Ogero se serait retrouvé en 2025 avec près de 600 fonctionnaires en moins.
M. Kreidieh déclare que le recrutement n’a pas échappé à la règle de l’équilibre confessionnel mais assure que les affiliations politiques des candidats sélectionnés n’ont aucunement été prises en compte.

Une connexion pour tous
En un mot comme en mille, aujourd’hui, l’un des premiers projets d’Ogero mis en œuvre est le raccordement de tous les centraux téléphoniques traditionnels du Liban à l’IP Telephony. Ces centraux pourront fournir des fonctionnalités additionnelles à celle de la transmission de la voix basée sur la technologie. Le projet de fibre optique pour la nation a été révisé pour des raisons de lenteur dans l’octroi des crédits et surtout pour des raisons de faisabilité sur le terrain vu les empiètements des municipalités sur les tranchées destinées aux travaux d’Ogero et l’inexistence de carte d’urbanisme de base. 3000 «active cabinets» ont été installés dans les agglomérations urbaines qui représentent des relais pour rapprocher les abonnés des centraux de leurs régions. En chiffres, cela représente 17 km de fibres et 1 200 000 abonnés pour le moment. Jusqu’à un kilomètre et demi, la connexion est performante. Plus la distance est importante, plus la vitesse de la connexion baisse, quel que soit l’état de l’infrastructure technologique et quels que soient les moyens mis en œuvre. Dans les zones rurales, Ogero a remplacé le système Wireless Local Loop, qui ne peut transmettre des données, en un système de Long Term Evolution (LTE) Technology. 71 stations LTE-A ont été installées, fournissant aux résidents une connexion sans fil à domicile. D’autres seront déployées d’ici fin 2019 sur tout le territoire. Les connexions dans ces zones atteignent une vitesse de 22,5 Mbps. Enfin, des discussions sont en cours pour le passage d’un câble sous-marin qui relierait directement le Liban à l’Europe via la Syrie et la Jordanie. Au cas où cette initiative aboutit, le Liban pourrait concurrencer l’Egypte en tant que hub de l’internet. Ceci se traduirait par des revenus de 300 millions $/an (frais de transit) pour l’Etat. Une affaire à suivre de près.

L. M.

 

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard & Poor’s de l’un des marchés d’émission de dette les plus lucratifs, celui de l’immobilier commercial. Cette sanction, assortie d’une amende de 60 millions de dollars, a été prise car S&P a émis des notes trop complaisantes sur des obligations intégrant des prêts hypothécaires subprimes ayant alimenté la crise financière.Même le Sénat américain avait révélé dans un rapport que Moody’s et Standard & Poor’s avaient eu des comportements éthiques discutables et condamnables.La liste des couacs est longue mais nous en resterons là. Nous préférons accorder la primauté aux experts libanais, reconnus dans le monde entier pour leurs compétences, plutôt qu’à des «analystes» aux sombres desseins. Ce sont les Libanais que nous écouterons. Qui a dit que nul n’est prophète en son pays?  


 Paul Khalifeh
   

Santé

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