Polémique autour d’une visite. Raï sur les pas du Christ
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Nº 2951 du vendredi 30 mai 2014

Polémique autour d’une visite. Raï sur les pas du Christ

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    Polémique autour d’une visite. Raï sur les pas du Christ
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En redonnant une visibilité aux chrétiens oubliés de Palestine par sa visite historique en Terre sainte, le patriarche maronite Béchara Raï a réorienté vers le champ pastoral le débat posé par le Hezbollah, qui voit dans cette tournée un cadeau fait à l’ennemi.    
 

Aucun dignitaire religieux libanais de ce rang ne s’est rendu en Israël depuis la création de l’Etat hébreu, en 1948. En 1964, le patriarche Méouchi s’était bien rendu à Jérusalem, mais à l’époque, la vieille ville et l’est de la cité étaient sous contrôle jordanien. Il fallait un homme de la trempe de Béchara Raï pour qu’un demi-siècle plus tard, un chef de l’Eglise maronite foule à nouveau le sol palestinien. Il n’a évidemment jamais été question pour lui de trahir la position diplomatique de l’Etat libanais à l’égard de l’entité ennemie. Encore moins de reconnaître l’existence d’un Etat israélien. Le patriarche n’aura fait que visiter les sept diocèses bâtis sur ce territoire. Pour éviter toute confusion, le chef de l’Eglise maronite a pris toutes les précautions protocolaires qui s’imposaient. Le cardinal Raï n’est pas du genre à laisser de place au hasard. Il préfère les symboles forts. Lorsqu’il se rend à Damas, en février 2013, à l’intronisation du nouveau patriarche grec orthodoxe Youhanna Yazigi, il s’agissait de la première visite d’un patriarche maronite en Syrie depuis 1943. En Palestine, Raï a frappé un grand coup.
 

Prudence extrême
Le matin du 23 mai, dans le jet privé qui le conduit à Amman en Jordanie, le chef de l’Eglise maronite fait le point avec le responsable de la communication à Bkerké Walid Ghayyad sur la campagne menée par les journaux proches du Hezbollah contre cette visite. Le cardinal, qui aime maîtriser la communication, est frustré. Son message et ses justifications sont parasités. En face, le vicaire général, Mgr Boulos Sayyah, rassure. «Les chrétiens installés dans les territoires occupés sont très heureux de votre venue». L’évêque a servi pendant seize ans à Jérusalem. Il sera son véritable bras droit durant cette visite. Il sait qu’en Jordanie, il sera assailli de questions par les journalistes libanais. «Je respecterai les lois libanaises», ne cessera-t-il de répéter. L’interview à France 24 sera la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Obnubilés par Israël, ils oublieraient presque les deux étapes en Jordanie et en Palestine.
Il célèbre la première messe de son périple en l’église Saint-Charbel d’Amman. Son homélie est solennelle. «Nous sommes venus visiter notre diaspora, notre paroisse et notre diocèse afin d’accueillir ensemble le pape François. Nous sommes venus vous féliciter et vous encourager à résister davantage. Nous affirmons à notre peuple présent que cette terre sainte est la nôtre. Nous disons non à la haine, non à la discrimination religieuse ou ethnique, non à la guerre, non à la violence et non aux armes. Nous répéterons ces ‘‘non’’ avec le pape, et nous allons dire oui à l’amour, oui à la paix, oui à la dignité humaine et oui à la fraternité. C’est ça l’essence du christianisme et la signification de notre présence sur cette terre sainte», conclura-t-il.
 

Une autre résistance
Le terme résistance est prononcé. Son utilisation n’est évidemment pas innocente. Il s’adresse au Hezbollah en premier lieu, comme pour signifier qu’ils n’ont pas le monopole de la résistance, tel que le parti l’entend. A Ramallah, au siège du palais présidentiel palestinien, Mahmoud Abbas a chaleureusement accueilli son hôte libanais, chantre donc d’une autre idée de la résistance. «Nous sommes venus pour prier pour la paix avec le pape François. La paix au Moyen-Orient commence par la cause palestinienne. Si la paix règne en Palestine, le monde entier sera heureux. Celui qui ne veut pas la paix en Palestine ne la veut pas au Moyen-Orient. La terre est notre terre, notre Histoire, notre identité, notre message, nous sommes avec vous, nous portons votre cause et nous la défendons». Des déclarations que les fidèles qui ont accompagné le périple du patriarche ont longtemps attendues. Le président palestinien a remis à son hôte l’Etoile de Jérusalem, la plus haute distinction honorifique du gouvernement.
Par ces messages préparés, il y a plusieurs jours, Béchara Raï pose un concept de résistance différent, par exemple, que celui prôné par le Hezbollah. Ils font cause commune sur la question palestinienne, de la libération du territoire au droit au retour des réfugiés. Or, le patriarche reprend le discours développé en parallèle par le pape François basé sur la paix comme arme absolue, comme acte de résistance. Contre les mises en garde du Hezbollah, le patriarche a imaginé quatre parades. «Personne n’a le pouvoir de me dicter ma conduite», répondait sèchement le prélat au début du mois du mai. Deuxième réponse, chaque année, une trentaine de religieux chrétiens libanais effectuent des missions en Israël. Trois, marteler qu’il s’agit d’une visite pastorale et pas politique et en dernier recours, «J’ai l’approbation du président Sleiman et du Premier ministre Salam». Bien qu’aucune équipe de journalistes libanais ne l’ait suivi sur le territoire israélien, le patriarche se savait scruté.
 

Israël sur un fil
Mardi, à Jérusalem-Est, Mgr Raï a présidé deux messes. La première a eu lieu en l’église du Saint-Sépulcre, le sanctuaire sacré de la crucifixion et de la résurrection de Jésus. Une messe célébrée «aux intentions du Liban, des Libanais et de la paix au Moyen-Orient», dit un communiqué succinct des services de Bkerké. La deuxième messe est dite en l’église Notre-Dame de Fatima à Beit Sahour, près de Bethléem, autour de laquelle se concentre la communauté chrétienne de Cisjordanie. L’accueil fut des plus chaleureux. L’homélie du leader spirituel des maronites est poignante. «Vous êtes les gardiens de votre terre. Cette terre est la vôtre. Vous devez vous relever de votre humiliation».
Après cette dernière messe à Jérusalem, le patriarche se rendra pour des visites pastorales en Galilée, en particulier à Haïfa, où se trouvent la résidence de l’évêque maronite de Haïfa et Terre sainte, Moussa Hage, et la plus forte communauté maronite des territoires (voir encadré). Tous les jours, il présidera des messes dans divers villages des vallées galiléennes. Après avoir fait le tour des paroisses du nord d’Israël, Raï rebroussera chemin vers la vallée du Jourdain, puis Amman, d’où il s’envolera pour le Liban.

Julien Abi Ramia
 

Sous pression, il quitte le plateau
L’entretien avorté du patriarche Béchara Raï sur France 24 aura été le symbole le plus spectaculaire de la polémique qui a entouré sa visite en Israël. En duplex d’Amman, le chef de l’Eglise maronite est interrogé en direct par le journaliste libanais Michel Kik. Question directe: «En tant que citoyen libanais, vous pourriez encourir des poursuites. Votre statut de religieux vous confère-t-il une immunité?». «Oui, bien sûr», répond Mgr Raï. «Je répète que j’ai pris l’accord du président et du gouvernement, car je respecte mon pays et ses lois. Je vais à la rencontre des fidèles. Cette terre est la nôtre, Jérusalem est notre ville. Nous sommes présents sur cette terre sainte depuis des millénaires, nous ne pouvons pas abandonner notre terre et nos fidèles. Vous arrivez à me comprendre?».
Le visage du prélat se ferme. «Je connais mon devoir en tant que Libanais. Nous avons suffisamment parlé de cette question, je ne suis pas là pour débattre avec vous, alors que vous non plus ne souhaitez pas comprendre. Je suis un citoyen libanais qui, contrairement à beaucoup d’autres, respecte ma patrie, sa souveraineté et la loi. Assez avec ce sujet. Je n’ai pas envie de me disputer avec vous. Ça suffit. J’arrête de parler de cela. Vous ne souhaitez pas comprendre. Ça suffit avec cette question, j’insiste suffisamment. J’ai assez répondu. Je vous en prie: changez de sujet». Le journaliste reprend: «Je vais changer de sujet, mais…». Mgr Raï l’interrompt: «Je ne suis pas ici pour entendre des condamnations… S’il vous plaît, arrêtons cette interview», dit-il en enlevant son oreillette et son micro-cravate.

10 000 maronites en Israël
Près de 200 000 chrétiens vivent en Israël et en Cisjordanie. Principalement catholiques et orthodoxes, les deux tiers des membres de la communauté se sont installés en Galilée, près de la frontière avec le Liban. C’est dans cette région que les 10 000 maronites ont élu domicile. Pour la très grande majorité d’entre eux, leur lignage généalogique remonte à plusieurs siècles.
Le maillage pastoral de la communauté a été restructuré en 1996 avec la création du diocèse maronite de Haïfa et de Terre sainte. Le diocèse compte sept paroisses, six d’entre elles bâties autour de Haïfa, le centre névralgique des maronites d’Israël, mais pas d’écoles, ni de dispensaires dignes de ce nom.
On estime à 2 500 le nombre de maronites libanais qui ont fui le Sud en 2000 lorsque l’armée israélienne s’est retirée du territoire libanais, en raison de leurs liens avec l’Armée du Liban-Sud d’Antoine Lahd ou commerciaux avec Israël. Leur situation est étouffante. Marginalisés parce qu’ils ne sont pas juifs, les maronites s’accrochent au combat des habitants du village de Kfar Bar’am, dont les terres ont été confisquées, mais qui ont récemment obtenu un jugement favorable auprès de la Haute Cour israélienne. 

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Éditorial
La contagion du vide

Depuis la fin de la guerre, en 1990, aucun mandat présidentiel ne s’est achevé normalement. Ceux d’Elias Hraoui et d’Emile Lahoud ont été prorogés de trois ans. Après la fin du mandat de ce dernier, le Parlement a été incapable d’élire un successeur et le siège de la présidence est resté vacant, de septembre 2007 à mai 2008. Six ans plus tard, la Chambre se retrouve encore dans l’impossibilité d’élire un président dans les délais constitutionnels et le vide s’est, une nouvelle fois, installé au palais de Baabda. La première observation que l’on peut faire de ces événements est que les Libanais sont incapables de s’entendre, de leur propre chef, sur un candidat accepté de tous. Ils ont soit besoin d’un tuteur, le Syrien en l’occurrence, soit de l’aide directe de puissances régionales et internationales, comme ce fut le cas à la conférence de Doha, qui a permis d’élire Michel Sleiman à la magistrature suprême. Les deux camps s’accusent réciproquement du blocage actuel. En réalité, ils se partagent tous la responsabilité, aux côtés du système politique bancal, déficient et défaillant, mis en place à la conférence de Taëf, à laquelle il faut reconnaître quand même le mérite d’avoir mis un terme à la guerre. Pendant la tutelle syrienne, le Liban était gouverné d’une manière extraconstitutionnelle. Le pays était, en quelque sorte, cogéré par les Syriens et la classe politique libanaise (toutes tendances confondues) et tout le monde y trouvait son compte. Avec le départ du tuteur, les Libanais ont été contraints de s’en remettre aux lois pour diriger leur pays et gérer leurs divergences. C’est alors que sont apparues les gigantesques failles, lacunes et autres insuffisances dans la Constitution. L’expérience et la pratique ont prouvé que le pays ne peut pas fonctionner normalement sans une réforme constitutionnelle et électorale. Le jour de son départ, Michel Sleiman en a proposé quelques-unes, susceptibles de donner un peu de contenu à la phrase sans cesse serinée: «Le président est le garant de la Constitution». Rendre au président de la République la prérogative de dissoudre le Parlement en cas de crise majeure ou de blocage politique est la plus pertinente. Mais elle est insuffisante. Il faudrait aussi autoriser deux mandats présidentiels consécutifs, comme dans tous les pays du monde, après avoir ramené à cinq années la durée du mandat; il faudrait réfléchir à accorder un délai au Premier ministre pour la formation de son cabinet. Il est, en effet, inconcevable qu’un chef de gouvernement désigné puisse bénéficier d’un délai illimité pour former son équipe. La réforme la plus fondamentale reste l’adoption d’une loi électorale basée sur le mode de scrutin proportionnel et l’instauration d’un sénat communautaire, afin de pouvoir élire, enfin, le premier Parlement non confessionnel. Sans une réforme en profondeur, les blocages politiques apparaîtront à chaque échéance importante. Aujourd’hui, le vide risque de se propager à toutes les institutions. Le Parlement est paralysé et la menace de blocage plane au-dessus du gouvernement. Le grippage de toutes les institutions est une invitation, on ne peut plus claire, à un arbitrage étranger. Celui-ci est toujours intervenu après une explosion de la situation. Les conférences de Taëf et de Doha n’ont-elles pas fait suite à une guerre civile de quinze ans et aux événements sanglants du 7 mai 2008? Pour une fois, les Libanais pourraient faire preuve de prévoyance et de perspicacité, en prouvant que l’Histoire ne se répète pas toujours nécessairement.


 Paul Khalifeh
   

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