ACCUEIL
Logo

Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

ACCUEIL

Frontières maritimes
Le tracé début 2020?

Des sources politiques à Beyrouth s'attendent à une réactivation du dossier du tracé des frontières maritimes et terrestres entre le Liban et Israël après la nomination d'un nouveau secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, David Schenker, en remplacement de David Satterfield, qui devient ambassadeur américain en Turquie. Ces sources qualifient M. Schenker de grand connaisseur du monde arabe et de technicien, alors que M. Satterfield était plutôt un «idéologue» dépourvu du sens de la neutralité, défendant souvent les intérêts israéliens. M. Schenker était le directeur du cabinet du secrétaire à la Défense pour les pays du Levant, le plus important poste au Pentagone concernant les affaires arabes. Sa mission consistait à conseiller le secrétaire à la Défense dans les questions militaires et politiques pour le Liban, la Syrie, la Jordanie et les Territoires palestiniens. Avant de rejoindre l'Administration, M. Schenker était chercheur au Washington institute, spécialiste du monde arabe.
Les sources précitées pensent que la médiation américaine concernant le tracé des frontières reprendra intensément après les élections en Israël, le 17 septembre. Car il est peu probable que le Premier ministre Benyamin Netanyahu fasse des concessions politiques de peur qu'il n'en paie le prix dans les urnes. C'est d'ailleurs pour cette raison que les autorités israéliennes étaient revenues sur leur accord pour des négociations simultanées concernant les frontières terrestres et maritimes, comme l'exige le Liban, alors que Tel-Aviv souhaitait commencer par le tracé terrestre. Mais le Liban refuse de discuter de la frontière terretre, qui répond aux impératifs de sécurité israéliens, car il craint qu'une fois qu'il aura obtenu ce qu'il veut sur terre, Israël refuserait ensuite de procéder au tracé des frontières maritimes. Cependant, l'inflexibilité du Liban et le besoin des deux pays d'extraire et de commercialiser le gaz jouerait en faveur d'une solution, qui interviendrait fin 2019 ou début 2020 au plus tard.

 

Les sanctionnés à la table de Ali
L'ambassadeur de Syrie au Liban, Ali Abdel Karim Ali, a réuni à sa table un grand nombre de personnalités politiques proches de l'Iran et de la Syrie. Les agapes ont été organisées, à la mi-juillet, en l'honneur du chef du bloc parlementaire du Hezbollah Mohamed Raad, du député du parti Amine Cherri et du responsable sécuritaire Wafic Safa, récemment frappés par des sanctions américaines.

En vacances
En dépit des développements politiques et sécuritaires qui se succèdent au Liban ces dernières semaines, les ambassadeurs des pays influents brillent par leur absence. Deux raisons se cachent derrière ce qui semble être un désintérêt de la part des grandes puissances à l'égard du Liban, soutient une source diplomatique à Beyrouth. La première est que certains ambassadeurs ont quitté leur poste avec les membres de leur famille pour les vacances d'été. La deuxième raison est une déduction de la première: si ces diplomates n'ont pas jugé bon de reporter ou d'écourter leurs congés, c'est que le Liban n'est plus une question prioritaire au vu des enjeux majeurs au niveau régional, notamment la question iranienne.


 


Bras de fer autour des nominations
Les nominations et les permutations diplomatiques n'attendent pas la reprise des réunions du Conseil des ministres, comme l'affirment des milieux politiques. Des sources informées assurent que malgré le retour à l'administration centrale de onze ambassadeurs dont la mission s'est achevée à l'étranger, la désignation de leurs successeurs n'est pas imminente. Un bras de fer semble engagé entre les principales forces politiques et les désignations pourrait traîner jusqu'au début de l'année prochaine, croient savoir ces sources.  


Zasypkin reste en poste au Liban

L'absence prolongée de l'ambassadeur de Russie Alexander Zasypkin, a déclenché des rumeurs sur son prochain remplacement. Des sources informées à Beyrouth assurent que Moscou, amplement satisfait de son ambassadeur, ne souhaite pas nommer un remplaçant à ce diplomate chevronné qui est en poste à Beyrouth depuis neuf ans. M. Zasypkin est en vacances avec sa famille et réintégrera son poste à la mi-août.

La saison des mariages bat son plein et les voyages vers Chypre se multiplient. Célébrer ainsi son hyménée dans ce pays voisin du Liban se fait de plus en plus fréquent. Les coûts, moindres, attirent surtout les jeunes. Mise au point sur les dépenses à prévoir, avec Grace Skaff Haddad, copropriétaire de Magic Tours au Liban. Qu’il s’agisse d’une célébration civile ou religieuse, les principales raisons qui poussent les Libanais à opter pour Chypre pour sceller leur union sont au nombre de trois:
● La différence de religion.
● La différence de nationalités.
● Les coûts faramineux de l’organisation d’un mariage au Liban.
Pour ce faire, il s’agit d’abord de veiller à la bonne préparation de son dossier. En effet, les documents requis dépendent de la situation: s’agit-il de deux personnes ayant la même nationalité? De même religion? D’individus célibataires? Divorcés? Dans un cas ordinaire, celui de deux Libanais célibataires, un extrait d’état civil et un extrait d’état familial sont requis. La première étape consiste donc à fournir ces documents à une agence spécialisée (certaines agences de voyage par exemple). Celle-ci se charge de fixer un rendez-vous avec la municipalité ou la mairie de la région chypriote où le couple décide de prononcer ses vœux. En deuxième lieu, il s’agit de traduire, légaliser et timbrer les documents auprès du ministère des Affaires étrangères et de l’ambassade de Chypre au Liban. Il faudra compter entre 150 et 200 $ par couple (tout dépend du nombre de papiers exigés). La troisième étape est celle de l’organisation de la cérémonie. La célébration dépend du nombre d’invités. Le couple pourra prévoir environ (pour 25 invités) 1 045 euros pour un mariage civil avec buffet et entre 850 et 900 euros pour un mariage religieux. Certes, les prix changent en fonction du nombre de personnes, de la variété du buffet, des sortes de fleurs, etc. Pour voyager, le prix moyen d’un billet d’avion (aller-retour) est de 190 $ et d’une nuit à l’hôtel d’environ 70 euros (dépendamment du lieu de séjour). «Il est clair que les taux changent en fonction des saisons: la «mid-season» s’étalant d’avril jusqu’au 15 juin et la «high-season» du 15 juin à la mi-septembre», explique Grace Skaff Haddad.

Bon marché
Chypre attire les futurs mariés libanais de par sa proximité (20 minutes en avion) et de par ses offres nuptiales bon marché. Un couple pourrait ainsi voyager à Chypre pour 3 jours, ce qui équivaut à deux nuits dans un hôtel ou dans une station balnéaire au Liban. «J’aimerais aussi insister sur le fait que la demande pour les mariages civils à l’étranger augmente chaque année, depuis 2009, de l’ordre de 20%», affirme la copropriétaire de Magic Tours. Chypre reste la destination privilégiée, représentant, dans ce sens, 70 à 90% de la demande. Par conséquent, les agences de voyage se font de plus en plus la concurrence pour proposer différents packages à des prix compétitifs. D’après Grace Skaff Haddad, ces packages comportent:
● Le vol.
● Le transfert de l’aéroport à la municipalité.
● Les trajets vers le ministère des Affaires
étrangères et l’ambassade du Liban à Nicosie.
● La légalisation et la traduction des
documents administratifs.
● L’assurance voyage.
● Les frais de visa.
● Un bouquet de fleurs.
● Parfois même la mise à disposition de témoins.
Des prestations annexes peuvent s’ajouter, dont l’extension du séjour, la lune de miel, le voyage des amis et membres de la famille qui rejoindront le couple pour la cérémonie.

Natasha Metni Torbey

Que l’on parle de FinTech ou de TechFin, il ne s’agit que de finance et de technologie. La différence est qu’au lieu d’être séparées, elles sont maintenant intégrées.

Dans quelques années, nous cesserons de parler de FinTech, de TechFin, etc., et parlerons simplement de la finance fournie par la technologie d’une toute nouvelle manière. Dans ce secteur, on entend un lexique technique comprenant les mots rebanking, intelligence artificielle, blockchain, big data. L’impact économique de la Fintech est considérable, car de nouveaux moyens de financement, surtout pour les PME, sont proposés, s’appuyant souvent sur le mobile et sans intermédiaires. Le Liban assiste à l’émergence d’entreprises Fintech, et accueille plus de 15% des start-up Fintech de la région.
Au début de l’ère des start-up et de la Fintech, la question s’est effectivement posée. Allions-nous assister à une confrontation entre le modèle de la banque traditionnelle et le modèle Fintech, à une entente et une collaboration entre les deux, ou bien à une cohabitation et à un partage du marché? Si la banque traditionnelle garde pour elle la base clientèle, les moyens financiers, le savoir-faire bancaire et la réputation, et contre elle la régulation, le conservatisme et la lourdeur des processus; le modèle Fintech a pour lui la proactivité, l’agilité, l’alignement sur les jeunes, des coûts moins chers et un manque de régularisation. «On assiste actuellement à un rapprochement des deux modèles. La Fintech a le mérite d’avoir secoué les banques qui ont été obligées d’être plus agressives au niveau de la technologie et de proposer des systèmes plus en phase avec les attentes des clients. Le clash prévu n’a pas eu lieu, les banques peuvent se permettre d’acheter la technologie et nous assistons plutôt à une cohabitation positive entre les deux modèles qui, dans certains secteurs, tendent l’un vers l’autre», déclare André Gholam, Pdg de Logica, une société d’audit informatique. «L’IBL a déjà commencé à adopter les innovations financières et présente d’importantes opportunités de coopération avec la Fintech. C’est la coopération et la complémentarité entre la banque et la Fintech qui va prévaloir et non pas la résistance de la banque vis-à-vis de de l’autre modèle. Pour les cinq années à venir, notre stratégie est de nous positionner dans le monde de la Fintech et des start-up et de répondre aux besoins de nos clients et des marchés», souligne Salim Habib, Pdg de l’IBL, ajoutant que «ceci n’empêchera pas une certaine forme de compétition qui sera, à mon avis, saine et bénéfique pour le consommateur.»
D’après Antoine Lawandos, directeur général adjoint et directeur des Systèmes d’information à Blom Bank, le partenariat entre la banque et la Fintech est non seulement possible, mais plutôt souhaitable. La Fintech est au sens large la technologie au service des banques et institutions financières. Ainsi, elle a été de tout temps et indiscutablement partie intégrante de tous les moteurs bancaires, et ce à tous les niveaux: Front, BackOffice, Customer Facing, Self-Service, Interfaces utilisateurs, Systèmes et réseaux de paiements et la liste reste longue. Au sens restreint, ajoute-t-il, la Fintech est le cœur de métier des nouvelles entreprises, start-up ou autres, offrant des services dans le domaine de la banque, des finances ou des paiements, dans le but de remplacer des services existants ou éventuellement visant à les améliorer ou à les compléter, d’où le partenariat entre la Fintech et banques.

Réforme du business model
Mais ces disrupteurs s’appuient sur des banques de la vieille école pour les services bancaires et l’infrastructure bancaire (comptes bancaires, paiements, intermédiation, conformité). Autrement dit, ils réinventent l’expérience utilisateur, l’interface utilisateur ou le modèle d’entreprise, mais pas «le tout». De plus, en comptant sur les banques pour faire des affaires, les entreprises de technologies financières sont des clients et génèrent ainsi des revenus pour la banque. Disons que c’est un modèle de co-pétition (concurrence coopérative) dans lequel les Fintech restent à la merci des banques, elles perturbent les banques d’un côté, mais leur rapportent des affaires de l’autre. A la fin, les banques continuent de gagner. Néanmoins, pour échapper aux retombées à l’ère de la disruption, les banques n’ont d’autre choix que de réviser leur modèle de travail, d’où les mots souvent utilisés de «reshaping the bank or rebanking». «Les banques doivent remettre en question leur modèle. On note des changements importants dans les grandes banques internationales. Goldman Sachs, par exemple, a remplacé la majeure partie de ses traders par des robo advisors (robots conseillers, ndlr)», dit André Gholam, mettant l’accent par ailleurs sur le fait que «si les banques ne se préparent pas dès à présent, le choc sera dur.
La préparation n’est pas uniquement technologique. Un développement en parallèle de l’ensemble des composants des processus est nécessaire: la direction, le personnel, les procédures, les lois… On a souvent vu dans le passé des technologies prometteuses qui ont fini dans un flop monumental. Ça prendra du temps, mais ça va venir et l’impact sera majeur.» Répondant à la même inquiétude sur le reshaping banks, Salim Habib considère que si les banques ne remplissent plus leur rôle de financement de l’économie, le risque est là. «Mais les banques sont conscientes de la pression du digital et du changement profond des mentalités des clients. Le financement de start-up technologiques ainsi que la création de fonds participatifs va introduire plus de concurrence et va pousser les banques à concevoir de nouvelles architectures en phase avec l’exigence des clients et à mieux s’intégrer aux réseaux sociaux en s’ouvrant aux potentialités externes par une démarche d’«open innovation».

Ubérisation de la finance
«Il est possible que l’ubérisation de l’économie et de la finance soit une solution d’avenir», souligne le numéro 1 d’IBL, faisant remarquer que «ce néologisme formé à partir du nom d’Uber s’est emparé du transport, de l’hôtellerie, de la restauration, du conseil juridique… La liste est longue et prouve à quel point le changement dans les modèles économiques et surtout des services est profond. Le monde de la finance n’échappera pas à cette évolution, j’en suis conscient. Mais si la banque s’adapte à ces changements et ces mutations, elle continuera à remplir ses fonctions et à jouer son rôle.» «Effectivement, dans beaucoup de domaines, on assiste à ce phénomène d’ubérisation. Il semble toutefois difficilement applicable au monde bancaire et financier, même si, dans certains cas spécifiques, il y a annulation du rôle d’intermédiaire de la banque. Les mentalités et les lois ne s’y prêtent pas encore. Mais aussi et surtout, les banques qui veulent garder leur monopole sur ce marché», dit le patron de la société Logica. On l’a vu récemment avec le lancement de la cryptomonnaie Libra de Facebook. Bien que différente des autres cryptomonnaies dans le sens de la stabilité de ses cours et de sa relative transparence, elle a immédiatement fait réagir les politiques et banquiers qui ont voulu l’encadrer et la réguler; sinon elle aurait d’un coup fait de Facebook la plus grande banque au monde avec plus de 2 milliards de clients. Evidemment, Facebook n’offrirait pas toute la palette de services d’une banque classique, mais les transferts et paiements seraient les premiers à être proposés. Ce qui toucherait la majorité des individus. Par ailleurs, les exemples de peer-to-peer lending et de crowdfunding sont des exemples parfaits de la disparition du rôle d’intermédiaire. On a remplacé la banque par une application (avec tout ce qu’il y a derrière) pour obtenir et gérer des prêts. Les estimations prédisent un volume de 1 000 milliards de dollars en 2024, venant de 26 milliards en 2015, rien que pour le peer-to-peer lending. D’après Antoine Lawandos, il n’est pas très exact de parler de l’ubérisation des services financiers car il est impossible de comparer le modèle complexe du métier bancaire au modèle plus simple du commerce en ligne voire même à celui des néo-banques. Celles-ci ont construit le modèle de leur métier autour d’un nombre limité de services centrés sur quelques produits simples et à faible risque et pouvant être uniquement proposés de manière numérique à une catégorie restreinte de consommateurs via un nombre réduit de canaux de distribution. «Ceci dit, la complexité supplémentaire des banques traditionnelles consiste actuellement à soutenir des réseaux de distribution hybrides dans lesquels le concept d’agence continue de jouer un rôle assez important mais dont l’importance va certes diminuer progressivement au fil des années», fait-il remarquer, ajoutant que «dans le commerce électronique, la transaction et son cycle de vie sont fondamentalement les mêmes quelle que soit la taille du portefeuille de produits. Dans les services des réseaux sociaux, le client devient lui-même le produit. Ceci ne reste pas vrai dans le cadre des produits et services bancaires, et particulièrement lorsque vous êtes une banque universelle agissant dans les secteurs de la banque de détail, la banque d’entreprise, des PME, traitant des opérations avec des correspondants, ou gérant des portefeuilles d’investissements variés. Dans ce cas, vous devez gérer une grande diversité de services et produits distribués moyennant plus de 5 canaux de livraison tout en tenant compte de réglementations de concordance de plus en plus strictes.»

Relations banques/Start-up
En Grande-Bretagne, la FCA (Financial Conduct Authority) met en place des lois en vue d’aider le développement de la Fintech. Quant à la régulation européenne, elle est la plus avancée en ce sens, notamment l’OPEN PSD2 (directive révisée sur les services de paiement) qui vise à définir un écosystème de coopération/compétition entre la banque et la Fintech, moyennant une règlementation qui va entrer en vigueur en septembre 2019 pour distribuer les rôles entre banques et Fintech. OPEN PSD2 vise à contrôler et réduire le monopole que les banques exerçaient sur les comptes de leur clientèle et sur les paiements et modes de paiements relatifs. OPEN PSD2 donne des droits aux clients d’utiliser les services de tierces parties, en l’occurrence des Fintech, désignées par la régulation en tant que TPPs (Third party providers) et pouvant jouer les rôles de AISP (Account Information Service Providers) ou PISP (Payment Information Service Providers), sans pour autant être des banques. La régulation donne le privilège aux banques d’assumer en même temps leur rôle de banque en plus du rôle de TPP. La régulation oblige les banques à ouvrir leurs systèmes moyennant des APIs (Application Program Interfaces) qui seraient mises à la disposition des TPP pour leur permettre l’accès direct à plusieurs banques depuis leurs applicatifs et la capacité d’offrir des services à valeur ajoutée à la suite du consentement explicite du client qui restera toujours sous le contrôle de la banque elle-même, et en respect de normes de sécurité règlementaires préétablies. Bien sûr, la régulation force les banques à offrir leurs services sous formes de APIs dans un respect strict de normes de sécurité telles que définies par le RTS (Regulatory Technical Standards) qui fait partie de OPEN PSD2 et en conformité avec la régulation/loi eIDAS qui régit les identités numériques ainsi que les services d’authentification qui y sont relatifs. Les banques devront mettre à la disposition des TPP accrédites selon les modalités de la nouvelle loi des environnements de «SANDBOX» ou les TPP pourront tester et faire évoluer leurs applicatifs, explique Antoine Lawandos, qui insiste par ailleurs que «le but de PSD2 est d’instaurer un cadre légal pour gérer la collaboration et règlementer la compétition sur l’offre de services autour des comptes bancaires et des services de paiement en ligne, faisant entrer en jeu les TPP – qui sont en fait des Fintech –, selon notre définition.
Au Liban, on voit de plus en plus une volonté des autorités publiques et financières de réguler ce marché de la Fintech. Mais la progression légale est lente. Répondant à une question lors du dernier forum organisé à Beyrouth par Euromoney, le gouverneur de la BDL Riad Salamé, a déclaré que toutes les circulaires en pipeline portant sur la Fintech ont pour objectif premier de protéger le consommateur, ajoutant que «la BDL ,en tant que régulateur, interviendra non seulement pour maintenir une stabilité, mais également pour veiller à la concurrence dans le secteur financier». Il a également réitéré l’annonce d’une émission prochaine d’une monnaie digitale propre au Liban. D’ailleurs, la lenteur de la législation dans ce domaine n’est plus de rigueur surtout après la promulgation de la loi 81 sur la signature électronique, il y a déjà neuf mois, alors que tout le monde l’a réclamé à cor et à cri. Cela sans parler de la circulaire 331 de la Banque centrale permettant aux banques d’investir dans les start-up.

Trump vs compagnies de technologies
Les États-Unis proposent d’empêcher les grandes entreprises de technologie d’offrir des services financiers et des monnaies numériques. Autrement dit de fonctionner en tant qu’institutions financières. Un projet de loi en ce sens a été transmis pour examen au Sénat et à la Chambre des Représentants après l’annonce par Facebook Inc. de son intention de lancer sa propre monnaie numérique – Libra - en 2020. Facebook et 28 partenaires, dont Mastercard Inc (MA.N), PayPal Holdings Inc (PYPL.O) et Uber Technologies Inc. (UBER.N), formeraient l’association Libra pour régir la nouvelle pièce. Aucune banque ne fait actuellement partie du groupe. La position du président américain Donald Trump est claire. En juillet dernier, il a critiqué la Libra et a demandé aux entreprises de technologies de solliciter une charte bancaire et de se soumettre à la réglementation américaine et mondiale si elles souhaitaient «devenir une banque». Ses commentaires ont été prononcés après que le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, eut déclaré aux législateurs que le plan de Facebook visant à créer une monnaie numérique, ne pourrait pas aller de l’avant s’il ne répondait pas aux préoccupations concernant la confidentialité, le blanchiment d’argent, la protection des consommateurs et la stabilité financière.

Un nouveau monde tout simplement
En tant que client, nous apprécions la technologie et la valeur ajoutée qu’elle nous apporte. Parler d’innovation est chose facile. Passer à l’exécution est plus difficile. Dans tous les cas de figures, la Fintech est sous-tendue par une dynamique évolutive. Pour le moment, peu d’entreprises Fintech ont évolué d’un modèle de P2P à un modèle de marché où la liquidité peut provenir d’individus ou d’institutions financières. Cette vague de technologies financières qui se mettrait en place sera la «banque de marché» (ou «banques de technologies financières»). Ce sera un type de banque basé sur les éléments simples suivants. Imaginez que vous soyez un client de cette «banque de marché» et que vous ayez besoin d’un prêt. Vous ne vous souciez pas vraiment si le prêt vous est fourni par le Lending Club ou la Bank of America, ce que vous recherchez est un processus rapide et sans friction pour obtenir votre prêt et le taux d’intérêt le plus bas possible. La question sera de savoir si la première «banque de marché» serait lancée par une banque de la vieille école (un opérateur historique) ou par une start-up de la Fintech? Il serait trop perturbant et le risque de cannibalisation est trop élevé pour qu’une banque assume le risque. La finance fournie par la technologie diffère de bien d’autres manières, mais nous allons bientôt cesser de parler de technologie de rupture, d’innovation ou de technologie financière. Ce ne sera qu’un nouveau monde financier transformé numériquement.

Liliane Mokbel

Les nouvelles technologies sont au cœur de la réflexion au quotidien des assureurs et des réassureurs. Elles sont pleines de promesses. Les professionnels de l’Assurtech ne sont pas en reste pour inventer des produits et services pour améliorer l’expérience client.

Les assureurs interrogés par Magazine, le Pdg d’Arope Insurance, Fateh Bekdache, et le directeur général d’Adir Insurance, Labib Nasr, sont d’accord pour dire que l’objectif ultime de l’Assurtech est d’inventer de nouveaux services pour améliorer l’expérience client au profit de la marque que chacun d’eux représente. Tout en sachant à l’avance que les souscripteurs ont besoin d’un maximum de confiance dans un système et sa sécurité afin de l’adopter.
L’Assurtech apparue récemment n’est ni suffisamment mûre ni suffisamment avancée au Liban comme ailleurs dans le monde. Au Liban, ce domaine fait appel à des solutions standards, comme la cartographie, et demeure jusqu’à nouvel ordre fondé sur Internet. Mais, il est bien là et s’impose comme une option, parfois déterminante, pour l’assuré par rapport au choix de son assureur. A plus ou moins court terme, il n’est pas impossible que l’Assurtech intègre le Big data et fasse appel au Cloud. Celui-ci présente de nombreux intérêts, à commencer par un coût moindre qu’un stockage 100% propriétaire et une meilleure résilience aux cyberattaques.  
Les plateformes web et les réseaux sociaux ont permis aux assureurs d’atteindre un public plus large et de proposer des services de souscription d’assurance en ligne sans passer par les agences. Si ces innovations engendrent des opportunités énormes, elles font planer des risques importants, notamment les cybermenaces que l’Association du management des risques et assurances de l’entreprise (AMRAE) a remonté de la 7ème place en 2017 au top 3 des inquiétudes des entreprises en 2019.

Des start-up qui font leurs preuves
Les nouvelles technologies dans l’assurance ont, en 2019, un grand défi à relever: démontrer leur pertinence en mettant en avant des usages concrets, efficaces et créateurs de valeur. C’est la condition sine qua non pour que les assureurs se les approprient. Or, rares sont les start-up qui réussissent à percer dans l’Assurtech. En 2019, la feuille de route des assureurs relève donc davantage d’une consolidation que d’une course effrénée vers l’innovation. Pour Labib Nasr, l’Assurtech se trouve à une phase préliminaire au Liban, d’où le fait qu’il est encore prématuré de procéder à son évaluation. Il existe de nombreuses applications mobiles pour les assureurs permettant au client de souscrire à une police et de la payer directement. Mais cette police lui sera livrée sur papier (hard copy) et à un stade ultérieur. «Les assureurs libanais font face à une pression croissante pour évoluer et se réinventer, tout en reconnaissant que l’Assurtech présente au final plus une opportunité qu’une menace. Mais sur un marché tel que le Liban, où les gens s’appuient sur des modèles commerciaux relationnels, il existe de vrais défis à surmonter en termes de culture, de technologie et de forces actives», explique le directeur général d’Adir.

Méfiance et confiance
La méfiance est le mot d’ordre dans l’Assurtech. L’erreur est le propre de l’être humain, elle est aussi celle de la technologie. Sachant que de nombreux accidents ont eu lieu dans le monde où l’application a capté de fausses données. «La tolérance zéro est la doctrine chez Arope. Choisir les bons partenaires techniques et anticiper les progrès sont tous des éléments clés afin d’atténuer les erreurs et les accidents. La sécurité étant de rigueur de nos jours, l’investissement dans l’Assurtech consiste à financer les programmes et les systèmes ainsi que tous les logiciels de protection des bases de données et de la politique de confidentialité», explique Fateh Bekdache. Pour Arope, la méfiance se retrouve à plusieurs niveaux. La méfiance du public: si les assurés ont le sentiment que l’assurance ne va pas les indemniser; la méfiance de l’assureur: revers de la médaille de cette forme de «smart insurance» laisse présager des problématiques de fausses déclarations de perte, de vol ou de casse; la méfiance des outils informatiques: la démocratisation de l’informatique facilite l’offre d’alternatives mais elle a aussi amène avec elle la peur des failles sécuritaires.

La e-réputation
Pour Labib Nasr, la méfiance règne dans le secteur des assurances, que cela nous plaise ou non. Le ministère de l’Economie et du Commerce a pris les dispositions nécessaires pour que les assurés puissent se plaindre de tout comportement suspect ou douteux des compagnies d’assurance et a mis en place un service d’assistance téléphonique. «En Assurtech, dit-il, c’est l’inverse.» La méfiance est évaluée instantanément, les personnes pouvant poster en ligne leurs commentaires si le service n’est pas à la hauteur de leurs attentes. Ce qui finira par ruiner la réputation de l’assureur. «En numérisant nos processus, le taux d’erreur diminuera et sera contrôlé au niveau de la collecte de données, de l’évaluation des risques et de la publication des politiques. Si les informations complètes ne sont pas correctement récupérées, les erreurs seront toujours récurrentes», dit-il.

Technical push
Adir et Arope se suffisent-elles d’une approche «technical push», où ont-elles identifié des problèmes et sont en passe de leur trouver des solutions digitales?
Adir a adopté une nouvelle approche dans sa stratégie de marketing numérique en remodelant le site web de la société –devenu réactif, informatif, léger et clair – et en lançant les plateformes de médias sociaux dans un tout nouvel esprit et une nouvelle culture, dont l’objectif est d’interagir avec ses clients et atteindre un public plus large, en particulier la génération Y, tout en préservant son identité d’entreprise. En ce qui concerne les solutions numériques, Adir dispose d’un nouveau plan numérique pour 2020 qui a commencé à être élaboré plus tôt cette année. Son objectif est de disposer d’une application mobile complète pour assister les clients au quotidien et faciliter leur expérience en matière d’assurance auprès de la société. (déclarations d’accidents, devis, émissions de polices, enquêtes d’experts, services de remorquage, vérification du portefeuille d’assurances, suivi impayé, etc.).
Adir considère que l’Assurtech peut être un nouveau canal de distribution pour promouvoir des polices d’assurance légères en termes de souscription (par exemple, dommages corporels, voyages, dommages matériels causés à des tiers et assurances médicales pour étrangers). De plus, la technologie peut aider à développer de nouveaux types innovants de produits d’assurance comme les solutions domotiques pour prévenir les incendies ou les cambriolages, ou encore les assurances vie et maladie avec surveillance continue des activités quotidiennes, des marches, des calories brûlées… «Nos solutions numériques serviront donc principalement à minimiser les risques et à les empêcher», conclut Labib Nasr.

Quantum leap technologies
Quant à Arope, la compagnie considère que les services assurantiels sont comparés de plus en plus aux services financiers mais se retrouvent à la traîne car ils n’ont jamais été confrontés à cette dure compétition technologique face aux start-up et à la disparition des barrières d’entrée au secteur. Les assureurs doivent faire un saut technologique (quantum leap technologies) afin de rattraper le peloton de tête, pour pouvoir se maintenir dans la course aux services financiers afin de dépasser la vague virtuelle. «L’assurance devient un bien de consommation comme un autre, dénudé de sa lourdeur administrative traditionnelle; nous recherchons constamment des outils qui modernisent le traitement assurantiel en assouplissant les relations assureur-assuré en offrant à l’assuré un rôle central dans la gestion de son contrat», conclut M. Bekdache.


 AROPE
● 2012: Développement d’une application mobile gratuite compatible avec les systèmes iOS, Android et Blackberry. Une plateforme pour organiser les fichiers d’assurance. Ultérieurement, y ont été intégrés des services tels que la calculatrice des frais de mécanique, les numéros d’urgence, les stations d’essence et les ATM de BLOM Bank les plus proches.
● 2017: Ajout à cette plateforme d’un service de paiement de primes d’assurance en ligne, à travers l’application, le site web et le site web mobile. Il s’agit d’une étape importante dans le parcours de la compagnie vers l’Assurtech et le e-commerce prochainement.
● 2017: Développement d’une 2ème application mobile dédiée aux experts routiers afin d’optimiser le système de gestion de sinistres autos. Ce service B2B a été créé pour simplifier la tâche des experts routiers durant l’inspection d’un accident et offrir un service 24h sur 24 et 7 jours par semaine.


 Adir Insurance

●  2020: Cette année sera une nouvelle ère pour ADIR Insurance après plus de 35 ans d’assureur et de bancassureur traditionnels, en espérant que la réglementation facilitera la transformation du secteur des assurances en numérique.
● Allocation d’un budget à la transformation digitale pour les projets suivants: Application mobile Full Fledge, y compris la télématique; espace client; assistance médicale pour applications mobiles en coopération avec le TPA; paiements en ligne; chaînes de médias sociaux et programmation.

Liliane Mokbel

«I write in English with a slight french accent and in French with a lebanese inflection». C’est par ces quelques mots que Claude el-Khal, écrivain, réalisateur de films, publicitaire, journaliste indépendant et communicant, se présente.

A 52 ans, Claude el-Khal semble avoir vécu plusieurs vies. Entre Beyrouth où il est né, Paris où il a longuement vécu, Londres, Chypre, Bahreïn et Dubaï où il a travaillé, le monde semble trop petit pour ce communicant passionné de politique. Hargneusement attaqué par les uns, farouchement défendu par les autres, son blog My Beirut Chronicles et ses trois apparitions à la télévision dans Le Média concernant la couverture de la guerre en Syrie, déchaînent toutes les passions et lui valent insultes et menaces.  
Né le 7 juin 1967, le lendemain de la guerre des Six-jours, «un signe prémonitoire» d’après lui, qui explique sa passion pour la politique, il effectue sa scolarité à la Mission laïque française, qu’il est obligé de quitter au début de la guerre pour l’école La Sagesse, en raison de la situation géographique du lycée, jusqu’à ce que les événements l’obligent à aller retrouver son père en France. Des souvenirs de la guerre, malgré son jeune âge, Claude el-Khal en garde beaucoup. «On ne se rendait pas compte de la gravité de la situation. Nous étions devenus des experts dans les départs et arrivées d’obus. Tôt le matin, lorsque tout le monde dormait encore, je sortais avec mon voisin pour ramasser les douilles et les queues des projectiles et des obus. Je savais parfaitement reconnaître une balle de M16 d’une balle de Kalachnikov. J’en avais toute une collection». Le massacre de Tall el-Zaatar remplit le petit garçon d’horreur. «Je répétais devant les voisins que je n’étais plus avec les Kataëb mais avec les Palestiniens».  
Une conscience humaniste. A Paris, c’est dans le quartier du Marais qu’il poursuit sa scolarité. Ses lectures nombreuses et variées, les films et les séries télévisées qu’il regarde façonnent son esprit et forgent «une certaine conscience humaniste», comme il dit. «J’écumais les bibliothèques publiques et je lisais avec une frénésie maladive. A 13 ans, je lisais Jean-Paul Sartre ainsi que le Manifeste du Parti communiste. Je suis devenu communiste».
Il assiste aux manifestations du Parti communiste et il est fortement marqué par sa rencontre avec le fameux poète Louis Aragon, le fou d’Elsa, au cours de l’une de ces manifestations. «J’ai eu l’honneur de lui serrer la main. J’ai dû balbutier ce jour-là tellement j’étais ému». Pour lui, le Manifeste du Parti communiste est le prolongement du message du Christ. «Pourquoi faut-il qu’il y ait des gens qui ont tout et d’autres rien?»
Claude el-Khal dévore les livres. «Le Livre rouge de Mao Tse-Tung me révulse au point que pour la première fois de ma vie, je jette un livre contre un mur. Je suis attiré par le concept de la révolution permanente de Trotski». Il découvre aussi le théâtre, le cinéma, les bandes dessinées mais la grande révélation fut pour lui Charlie Hebdo et son prédécesseur Hara Kiri. «François Cavanna, Georget Bernier alias le professeur Choron, Wolinski, Cabu, Gébé et les autres étaient devenus mes maîtres à penser».
Au départ, Claude el-Khal est attiré par le théâtre et le cinéma. «Je me voyais reçu par Michel Drucker sur le plateau de Champs-Elysées», dit-il ironiquement. Il prend des cours de théâtre et joue dans deux spectacles avant de rentrer au Liban en 1987, à l’âge de 21 ans, où il s’inscrit à l’Alba pour étudier la publicité. «A cette époque, j’avais écrit un spectacle avec des sketches et des imitations que j’avais intitulé Champs-Salomé, parodiant la fameuse émission Champs-Elysées, où j’ai critiqué tout le monde».

Lettre ouverte à Hafez el-Assad
Avec la guerre de libération lancée par le général Michel Aoun contre l’occupation syrienne, Claude el-Khal s’investit totalement. Il se rend en France pour s’adresser aux médias et parler du conflit. «J’ai frappé aux portes de tous les quotidiens et magazines. J’ai écrit un long article sous la forme d’une lettre ouverte adressée au président Hafez el-Assad que j’ai envoyée à tous les journaux mais personne n’a accepté de la publier. Ironie du sort, un grand journaliste d’un grand quotidien de gauche s’est ouvertement moqué de moi m’affirmant que le régime syrien que nous étions en train de combattre était en fait un régime de stabilité. Bien des années plus tard, ce même journaliste écrivait: comment a-t-on pu laisser un tel régime en place… C’est pour vous dire toute l’hypocrisie de la plupart des médias français.»   
A Paris, Claude el-Khal rencontre de nombreux Libanais qui soutenaient la guerre de libération, dont notamment l’ancien ministre Nicolas Sehnaoui. «Je pensais que la solution à ce conflit n’était pas militaire mais se produirait par un soulèvement populaire. J’ai alors écrit un spectacle sur ce thème intitulé Ma religion c’est le Liban». Il rencontre Michel Aoun et lui propose son spectacle. «Mon but était de présenter le spectacle sur les lignes de démarcation mais le général Aoun me propose de le faire au Casino du Liban». Les événements se succèdent et à la suite de la menace du président Elias Hraoui de lancer «une opération chirurgicale» à Baabda, nous avons décidé de faire un sit-in sur place. Au début c’était ridicule, nous étions à peine une trentaine. Puis la radio et Télé Liban ont annoncé que des jeunes faisaient un sit-in. Les gens ont entendu cela et ils ont commencé à affluer de toutes parts à Baabda. C’était la théorie de mon spectacle. Il ne s’est pas joué sur scène mais il a eu lieu en réalité!». Claude el-Khal travaille avec un groupe de jeunes dans l’hebdomadaire L’éveil, publié par le BCCN (Bureau central de coordination nationale) et devient le responsable de l’audiovisuel du BCCN. Il passe son temps entre le bureau du BCCN et la Direction de l’information de l’armée. «J’ai refusé de porter l’uniforme parce que je refusais de recevoir des ordres de qui que ce soit».  
Il travaille dans la publicité chez Intermarket et réalise deux campagnes fortement remarquées à l’époque avant d’attirer l’attention d’Alain Khoury, président de Impact/BBDO qui lui lance: «Tu es l’inverse de ce que je cherche mais je préfère que tu sois chez moi plutôt que chez quelqu’un d’autre». Il est basé à Chypre, puis à Bahreïn et Dubaï. Il réalise des films publicitaires et sillonne le monde. «J’ai voyagé partout, en Australie, à Los Angeles, en Malaisie, à Bangkok, à Singapour mais je n’ai jamais visité un seul site touristique. J’aimais me rendre dans les rues, dans les bas-fonds, parler aux gens. Et c’est là que j’ai réalisé que nous sommes partout pareils. Nous avons les mêmes peines et les mêmes joies. J’ai vu les mêmes sourires et les mêmes peurs de L.A. à Bangkok. Ceci confirme mon idée que partout, l’humanité est une.»
 
Insultes et menaces
En 1996, il quitte Impact/BBDO et Dubaï pour se rendre à Londres où il devient réalisateur de films publicitaires. «Londres m’a accueilli à bras ouverts. Je m’y suis senti chez moi». En 2003, il rentre à Beyrouth et réalise un court métrage intitulé Beau Rivage, dans lequel il dénonce l’occupation syrienne. «En 2003, j’avais prévu que les Syriens se retireront du Liban et que la Syrie serait un nouvel Irak. J’ai été très critiqué pour cela». En 2005, à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri, il est l’un des premiers à se rendre à la place des Martyrs.
Sa dernière rencontre avec Michel Aoun remonte au 18 février 2006, le jour de l’anniversaire du président. «Je lui ai offert le livre L’art de la guerre de Sun Tzu avec une dédicace disant: pour mieux préparer la paix».  
L’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 lui cause un choc énorme. Un jour, il est contacté par Sophia Chikirou qui lui propose de devenir le correspondant pour le Proche-Orient d’un nouveau média. «Je suis passé trois fois sur le plateau du Média et j’ai parlé de trois sujets: le premier, pourquoi Benyamin Netanyahu veut la guerre et le second portait sur la guerre menée par Israël contre les enfants palestiniens. J’ai commencé à recevoir des insultes et des menaces sans toutefois que celles-ci prennent des proportions démesurées. Mais lorsque la troisième fois. j’ai parlé de la Ghouta en Syrie, en refusant avec la direction du Média, de diffuser des images du conflit non vérifiées, ce fut le délire. J’ai reçu des insultes et des menaces. J’ai été traîné dans la boue par des gens d’une malhonnêteté effroyable. Et j’ai eu beaucoup de problèmes par la suite. De rares personnes, notamment Aude Lancelin, m’ont défendu jusqu’au bout et sans failles mais la majorité de la profession en France a été lâche. Malgré tout, je ne me suis pas tu et je continue à m’exprimer sur les réseaux sociaux».  
Claude el-Khal a à son actif quatre livres. Le premier, publié en 2005 mais qui n’est plus sur le marché car la maison d’édition a depuis fermé ses portes, s’intitule Flemme. En 2012, il publie un recueil des chroniques parues sur son blog, suivi en 2014 d’un livre regroupant les dessins ayant eu du succès sur son blog ainsi que le fameux Non chérie pour dénoncer le manque de culture dans la société de manière drôle et humoristique.


En chiffres
3 millions
Le nombre de visites enregistrées sur son blog.

3
Claude el-Khal a réalisé trois courts métrages dont Ecce hommos qui a été présenté à Cannes en 2010.

7
Nombre d’années vécues à Londres.

2
Deux apparitions dans Le média auront suffi à faire de lui un paria.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub - DR

Devenus un outil de financement innovant et de partenariat avec le secteur privé, les PPP (Public-Private Partnership) jouent aujourd’hui un rôle important dans la croissance économique libanaise. Rencontre avec Me Ramy Torbey, dont le bureau (Aziz Torbey Law Firm) est, entre autres, cofondateur de la Lebanese Association of PPP.

Parlez-nous de l’association libanaise des PPP? Quand et comment a-t-elle vu le jour? Dans quels secteurs œuvre-t-elle?
L’Association Libanaise des PPP a été créée et développée sous l’impulsion de Me Baki Maneche, responsable du Moyen-Orient au sein du cabinet FIDAL (premier cabinet d’avocats d’affaires en France et en Europe continentale avec près de 1500 avocats) et de M. Alexandre Rizk. Elle compte parmi ses membres fondateurs, outre FIDAL, le cabinet d’avocats italien CBA, KPMG, et bien entendu le cabinet d’avocats libanais Eptalex-Aziz Torbey Law Firm. Ses missions principales sont celles de promouvoir une exploitation optimale et innovatrice des ressources publiques et privées dans le cadre de la poursuite des intérêts mutuels, de créer et développer des programmes et forums pour encourager l’échange d’idées et d’expériences en matière de PPP à l’échelle internationale, d’organiser des formations relatives aux PPP pour promouvoir les meilleures pratiques et renforcer leur développement, de proposer des solutions au secteur public concernant le développement et le bon fonctionnement des projets d’infrastructure, de contribuer à la rédaction de propositions de règlements et de participer à la formulation de directives, stratégies et programmes relatifs aux PPP.

Pourquoi avoir recours à un PPP? Quels en sont les risques? Les avantages?
Un PPP est une relation contractuelle régissant la coopération entre une autorité publique (ministères, municipalités, établissements publics, etc.) et un prestataire privé, relative à un projet d’intérêt public, auquel le secteur privé contribue par le financement, la gestion et au moins une des activités suivantes: la conception, l’installation, la construction, le développement, la restauration, l’équipement, l’entretien, la réhabilitation et l’exploitation. Le PPP est un facteur crucial pour le développement et la prospérité de notre pays et qui empêche l’accroissement de l’endettement public. Un PPP appelle ainsi le financement des infrastructures et équipements par le secteur privé via les banques ou autres établissements du secteur privé, ce qui réduira donc le recours aux ressources budgétaires. Dans un pays comme le Liban, où le besoin en matière d’infrastructure se fait sentir, le rôle des PPP est primordial puisqu’il permet de lancer un grand nombre de projets d’infrastructures en parallèle sans épuiser les ressources de l’Etat, car le secteur public ne paiera que le prix du service ou du produit qui sera généré par le partenaire privé au moment de l’achèvement des travaux. De surcroît, un tel système de financement permet à l’Etat, et donc aux usagers, de bénéficier des innovations développées par les entreprises privées et de préserver ainsi l’intérêt général en rendant un service public de qualité. Notons que le PPP est devenu un modèle réussi auquel ont recours les gouvernements tant des pays démunis que des pays développés. Toutefois, un certain nombre de risques potentiels peut entraver la mise en œuvre des PPP au Liban, comme l’absence d’autorités de régulation et de contrôle, la corruption, et la crise économique actuelle. Le coût d’un projet de PPP est susceptible d’être plus important que celui d’un procédé traditionnel de passation de marchés publics. Par conséquent, les entreprises privées devraient faire preuve de prudence avant d’accepter les risques importants qui échappent à leur contrôle.

En quoi consiste la loi sur les Partenariats public-privé? Est-elle réellement appliquée?
La loi sur les PPP a été publiée le 7 septembre 2017. Elle établit un cadre juridique approprié pour la mise en œuvre des projets de PPP, promouvant la transparence, attirant ainsi des investissements vitaux pour la croissance de l’économie. Les entreprises internationales recherchaient depuis longtemps cette loi accordant une garantie et une plateforme nécessaire à la création de leurs investissements dans le pays. De tels investissements apporteraient non seulement des fonds et des opportunités d’emploi indispensables, mais également un transfert de savoir-faire, de technologie et d’expertise. Selon la loi, le processus de PPP est déclenché par une proposition de projet d’infrastructure par le Haut Conseil pour la privatisation et le PPP, suivi d’une étude approfondie. Une fois le projet approuvé, un appel d’offres (trois candidats au minimum) sera lancé. La partie privée qui remporte l’appel d’offres devra donc créer une société spécifique au projet PPP en question. L’État peut être actionnaire de cette société s’il le souhaite.

Pensez-vous que les projets d’infrastructures prévus par CEDRE verront le jour? Dans quelle mesure?
Les projets d’infrastructure prévus dans le cadre de la conférence Paris (CEDRE) nécessitent une mise en œuvre appropriée de mécanismes de transparence et de reddition des comptes. Les conditions imposées par les Etats ayant participés à la conférence de Paris (CEDRE) afin d’octroyer les fonds promis sont la mise en place de réformes par le gouvernement libanais et l’assurance des garanties nécessaires de transparence et bonne gouvernance relative aux projets d’infrastructures financés. La possibilité d’utiliser les structures PPP pour la mise en place des projets d’infrastructures en question permettra d’assurer de la transparence ainsi que la mise en place de plusieurs projets en parallèle avec des moyens limités.

 

Natasha Metni

Oubliez le traditionnel à la bourguignonne, le célèbre mollusque fait coquille neuve et se réinvite à table. Au Liban, sa culture se développe.
 

Le secteur des cosmétiques le chérissait déjà pour les bienfaits de son mucus contre le vieillissement de la peau, et depuis quelques années, la cuisine aussi le remet au goût du jour. Souvent boudé, notamment à cause de sa texture visqueuse, ce mets détient pourtant de nombreux avantages nutritionnels, avec une chair composée majoritairement d’eau et de protéines, de très peu de matière grasse et dépourvue de cholestérol. Les plus gros consommateurs européens sont la France, l’Espagne et l’Italie mais il est très commun dans la cuisine populaire au Maghreb, le Maroc en étant l’un des premiers producteurs. Au Liban, plusieurs fermes se sont spécialisées dans l’héliciculture, des restaurants le mettent à la carte et le mois dernier, l’Alleyway à Gemmayzé accueillait le premier Beirut Snail Festival. Alors que la production de viande est considérée comme un mal environnemental, l’escargot pourrait-il la remplacer?
Si les chercheurs s’accordent à dire qu’il était consommé dès la Préhistoire, la légende raconte que lors des temps anciens, le poète grec Anacréon avait une vingtaine de recettes à partir d’escargots, faisant d’eux un mets raffiné. Au Moyen-Âge, ils remplaçaient déjà la viande lors du Carême. En 1814, après avoir disparu pendant deux siècles des traditions culinaires, le gastéropode revient. Le fin gastronome et conseiller du roi en matière de bouche, Talleyrand, le proposa au menu lors d’un banquet à l’occasion de la venue du tsar de Russie, Alexandre Ier. Le cuisinier de la cour à l’époque, originaire de Bourgogne, les servit accompagnés de beurre et d’ail persillé, popularisant cette recette française, que l’on retrouve surtout lors des fêtes de fin d’année.

SEPT ÉLEVAGES AU LIBAN
En Europe, certaines variétés d’escargots comme le Bourguignon sont en voie d’extinction et nécessitent des mesures de préservation. Leur exploitation est une pratique récente puisque la première ferme fut inaugurée en Italie en 1974. Aujourd’hui, les mollusques que l’on trouve à table sont toujours à 85% issus de la nature même, le reste provenant de la culture. Très sensibles au climat, les dérèglements environnementaux ont un impact direct sur leur espérance de vie, nécessitant pour leur subsistance d’un taux d’humidité élevé ainsi que de verdure pour se nourrir et se protéger du soleil, leur ennemi numéro 1. Au Liban en revanche, la culture d’escargots bat son plein grâce aux conditions climatiques favorables des montagnes, à la fraîche, loin de l’air et de l’eau polluées. Le pays compte en tout 7 élevages dont 3 situés dans la Békaa. Ici, c’est le «Petit-Gris» qui a du succès, plus petit que son cousin d’outre-Méditerranée, son élevage est plus rapide car il atteint sa maturité au bout de 7 mois contre 3 ans pour le premier. Victimes des pesticides et de l’élevage intensif, cette même espèce est cependant en voie de disparition dans les pays d’Europe de l’est, qui en furent auparavant les principaux exportateurs.

Le Petit-Gris, un succès libanais
«Les Libanais en raffolent», nous confie Rami Salman, rencontré à l’occasion du festival hissant le helix en star. Les restaurants du passage couvert de la rue Gouraud avaient pour l’occasion concocté des mets spéciaux à base d’escargots: en version pizza par le restaurant méditerranéen Zimi, des bouchées par le bistrot français Couqley et autres déclinaisons par le traiteur l’Olivier. Et en bonus, une course de mollusques était organisée… Ce type d’événements est très populaire en Italie, où l’on en recense près de 200 par an, tandis que la péninsule ne compte pas moins de 9 000 fermes. Professionnel du domaine avec sa compagnie Food and Beverage National Company (FBNC), Rami Salman crée il y a trois ans son propre élevage de 24 000 m2 dans les hauteurs de la Békaa, à Aamiq, où il élève environ 1,5 millions de gastéropodes. Il y a un an, il ouvre une cuisine à Hazmieh lui permettant de stocker 18 tonnes d’escargots vivants dans un entrepôt frigorifié et de les préparer sur place. Ils sont destinés à la vente dans les restaurants, aux supermarchés et même aux particuliers. Dans sa ferme, en pratiquant le «free range», il tente de reconstituer pour ses Petit-Gris un cadre ressemblant le plus à leur environnement naturel. Il nous explique proposer sous son label deux formules. La première, des vivants que les gens placent dans leur propre jardin pour les cuisiner ensuite; la seconde, des déjà cuits par ses soins avec coquille ou sans. Côté prix, il faut compter 22 000 L.L./le kilo d’escargots cuits en coquille et 25 000 L.L./pour 400g de viande cuisinée, qu’on retrouve ensuite dans les restaurants pour un ticket d’environ 20$ le plat. À Beyrouth, le Petit-Gris a même donné son nom à un restaurant où on le déguste en risotto, avec des linguinis, en version œufs brouillés… Ou à la libanaise, assorti d’une sauce «tarator», à base de tahiné. Malheureusement pour les héliciculteurs libanais, l’exportation vers l’Europe est compliquée, le seul port étant en mesure de recevoir des animaux vivants étant celui de Barcelone, raisons sanitaires obligent. Mais se contenter d’une agriculture modérée à destination d’une consommation raisonnée, assure finalement la préservation de l’espèce et de son environnement, se voulant être aussi le nôtre.

NOéMIE DE BELLAIGUE
 

Cette start-up fabrique des machines destinées à faciliter le tri et le calibrage aux entreprises vendant des fruits et légumes, selon les normes du marché international.
 

Le parcours classique des fruits et légumes avant d’arriver dans notre assiette, est d’être cueillis, lavés, triés avant d’être conditionnés et vendus sur les étalages du commerce. Quadra Machinery – officiellement lancée en début d’année 2019 par trois jeunes ingénieurs, Kevin Boutros, Serge al-Khoury et Kristina Farah – propose d’automatiser la troisième étape. Principalement destinées aux négociants et supermarchés, l’initiative base son dispositif selon la taille, le poids, la couleur et la qualité aussi bien visuelle qu’interne des produits. En plus de leur apporter une valeur ajoutée au niveau de la qualité, c’est un gain de temps comparé à la pratique manuelle pour les producteurs et travailleurs du secteur. Le projet développé au sein de l’accélérateur spécialisé en innovations en techniques agricoles de Berytech Agrytech, a déjà remporté plusieurs prix et a fini vainqueur de l’idée innovante Ideas Track du concours Arab Startup où l’équipe a pu bénéficier de précieux conseils.

Des prix concurrentiels
Le problème majeur de ces outils déjà bien implantés dans les pays riches et développés, est leur prix, pouvant atteindre jusqu’à plusieurs millions de dollars pour les plus performants. Dans les pays tel que le Liban, ce coût est un frein énorme, le contraignant à conserver l’ancienne façon de faire, manuelle. Un désavantage handicapant d’une part rentabilité et exportation, et impactant le produit en tant que tel. C’est pour ces raisons diverses que Quadra réfléchit sa technologie en lien aux besoins des régions en croissance, comme le Mena, l’Europe de l’est, l’Afrique ou encore l’Amérique du sud.
Développé à partir des normes internationales, l’appareil, qui est programmé par ordinateur, évolue en fonction des nécessités du client, rythmées par les saisons, selon la nature du fruit et ses défauts spécifiques. Si le coût se veut abordable comparé à la concurrence, la productivité n’est pas remise en cause. Ainsi la capacité de la machine est extensible et peut aller d’une à six tonnes par heure. Le respect des normes mondiales vise dans un futur proche à permettre aux entreprises libanaises d’exporter leurs marchandises.

Service après vente
La relation client de Quadra ne s’arrête pas à la vente de leurs machines. Grâce à une équipe de pointe, un suivi basé sur des conseils personnalisés et sur une maintenance aussi bien technique qu’informatique est proposé avec la mise à jour des logiciels. Derrière ce projet, une volonté d’apporter une pierre à l’édifice de la relance économique du Liban, pour y créer de nouvelles opportunités d’emploi et sensibiliser aux questions sanitaires liées à l’alimentation. Le lancement s’est révélé déjà très prometteur et la jeune start-up a déjà été contactée par de nombreuses entreprises. À court terme, le but de Quadra est d’atteindre la région Mena, l’Europe orientale, et l’Asie pour à plus long terme, percer sur le marché mondial.

NOéMIE DE BELLAIGUE

Avec La face cachée du baklava, prévu pour une sortie en salles en 2020, la réalisatrice libanaise Maryanne Zéhil signe un film frais et cocasse sur les Libanais de Montréal.
 

Sur le plateau de tournage, ça grouille. Entre micros, caméras et meubles qu’on déplace, l’agitation est grande, mais la gaieté aussi. Dans cette jolie et grande maison  entourée d’arbres et de verdure, comme il y en a tant à Montréal, ce sont des familles qui se disputent, se réconcilient, éclatent de rire, comme dans la vraie vie. Une vie où des gens différents se côtoient, se tolèrent et doivent finalement composer les uns avec les autres. Le maître d’œuvre de cette joyeuse équipée veille au grain. Maryanne Zéhil semble avoir le don de l’ubiquité. Auteure, scénariste, productrice et réalisatrice, celle qui préside aux Productions Mia est partout. Pas une minute de relâche pour la jeune Libanaise qui sortira son quatrième long-métrage en 2020.
C’est plus tard, installée dans son condo art déco avec des touches orientales que je «jase» avec la brunette que les Libanais ont connue à travers ses documentaires pour la célèbre émission El chater yehkeh de la LBC. Bien adaptée à la mentalité canadienne, elle demeure néanmoins foncièrement libanaise.
Installée depuis plus de 20 ans au Québec, Maryanne Zéhil est à la meilleure place pour détecter les travers des deux mentalités, ce qu’elle fait avec bonheur dans sa comédie de mœurs tendrement acidulée: «J’ai voulu faire un film drôle sur la cohabitation entre par exemple des gens qui débarquent à six pour un dîner et ceux qui prévoient exactement le nombre de bouchées à servir. Autant de remarques, de traditions, que d’habitude j’observe et qui m’amusent. J’ai voulu les traiter avec légèreté pour montrer que finalement, plutôt que de s’offusquer de la différence et se braquer, on pourrait en rire». 
Identités multiples. «Une parenthèse, une récréation», qui tranchent un peu avec les trois précédents longs-métrages plus sérieux et qui ont bien bourlingué dans les festivals et les programmations. A son actif: De ma fenêtre sans maison en 2006 (une Libanaise qui quitte sa fille de quatre ans pour vivre sa féminité au Québec), La vallée des larmes en 2012 (le périple d’une éditrice à la recherche au Liban d’un témoin de massacres) et L’autre côté de novembre, en 2015 (qui pose le problème du destin dans le cheminement de deux femmes, l’une qui a quitté le Liban alors que l’autre y est restée). 
Courageuse et passionnée, Maryanne récidive avec La face cachée du baklava, sur son thème de prédilection, les identités multiples, à travers un long métrage qui met en scène le choc culturel entre deux sœurs vivant à Montréal, mais dont l’une s’est occidentalisée, alors que l’autre pas du tout.  En (très) bref, deux mentalités qui s’opposent mais par le biais du rire.  «L’idée de ce film a germé alors que j’étais à Montpellier, en France, et que la tragédie du Bataclan a eu lieu. J’ai senti que j’avais envie de casser cette impression négative et les commentaires désobligeants à l’égard des Arabes et montrer qu’ils peuvent être aussi très drôles.»   
Une tâche qui lui prend quatre ans de travail. Mais la Libano-canadienne avoue adorer autant trouver l’idée du film, qu’écrire son scénario, le réaliser bien entendu, mais aussi le produire… Ce qui n’est pas de tout repos.  Une étape cruciale, épineuse.  «Tout est calculé minutieusement, à la journée près. Chaque département s’occupe précisément de ce qu’il a à faire. Pour le tournage par exemple, des spécialistes en repérage de plateau prennent des photos d’emplacement, en font une banque de données et nous proposent des lieux. Il faut alors signer des contrats avec les occupants des propriétés pour qu’ils nous la cèdent; puis prendre une assurance pour un éventuel bris de meuble ou d’un quelconque objet. Faire respecter l’horaire des acteurs, sinon, en cas d’absence, il est quasiment impossible de les rebooker…»  
Mais pourquoi avoir choisi de tourner au Canada, contrairement aux trois autres, filmés au Liban? «Malheureusement au Liban, ils manquent un peu d’expérience, car ils n’ont pas la culture du cinéma. Ils disent qu’ils font de la télé. Ce qui n’est pas du tout pareil.  Même les équipes d’ici que j’emmenais avec moi n’ont pas pu les faire profiter de leurs connaissances. ‘Ils savent tout’. C’est dommage.»
La presse canadienne a déjà beaucoup parlé de ce film. On peut le comprendre puisque le casting est prestigieux.  Des acteurs québécois de renom (Claudia Ferri, Jean-Nicolas Verreault, Michel Forget, Geneviève Brouillette, Anick Lemay, France Castel, Marcel Sabourin), mais aussi  plusieurs Libanais et Egyptiens dont Manuel Tadros – qui n’est autre que le père de Xavier Dolan –, Raïa Haidar, Nathalie Tannous, Joseph Antaki… Bref, toute une brochette de comédiens qui va faire du bien aux Libanais, les faire rire. Un film dans lequel ils vont immanquablement se retrouver. «Et qui m’a définitivement réconciliée avec le côté sympathique et cool des Libanais.»

Gisèle Kayata-Eid (à Montréal)

Ancien directeur du bureau de l’AFP à Tokyo, Philippe Riès est aussi l’auteur avec Carlos Ghosn de Citoyen du Monde (Grasset, 2003). Il a pu rencontrer début juillet à trois reprises M. Ghosn lors d’un passage à Tokyo, où il a eu deux interventions consacrées à cette affaire. Pour ce journaliste économique chevronné, spécialiste de l’Asie, l’ancien Pdg de l’alliance Renault-Nissan a été victime d’une révolution de palais. Entretien.


Vous avez rencontré récemment à Tokyo Carlos Ghosn. Comment l’avez-vous trouvé?
Sur le plan moral, je n’ai jamais eu trop d’inquiétudes dans la mesure où, ayant résisté à son arrestation et à 130 jours d’emprisonnement dans des conditions très difficiles, je pensais qu’il était dans un état d’esprit extrêmement combattif et résolu. C’est en effet ce que mes rencontres avec lui m’ont permis de confirmer. Sur le plan physique, il m’a avoué qu’il était sorti de prison très affaibli et qu’il s’en remet, qu’il avait récupéré 90% de ses capacités. Les conditions imposées par les autorités japonaises sont scandaleuses. Il est privé de sa femme Carole, et le soutien du conjoint est tout à fait essentiel. Il n’y a pas de doute que cette revendication du procureur, acceptée par le juge puisque l’appel présenté par les avocats a été rejeté trois fois de suite, fait partie de la campagne visant à briser sa volonté et l’amener à reconnaître les accusations dont il se dit innocent.

Vous êtes assez critique vis-à-vis du système judiciaire japonais. Vous parlez d’intimidation, de discrimination dans l’affaire Ghosn. Sur quoi vous basez-vous pour émettre un tel avis?
J’ai donné au Japon, en juillet, deux interventions importantes, la première devant le Foreign correspondent club of Japan, une institution très prestigieuse. J’ai essayé de donner ma vision de cette affaire en insistant notamment sur un point très sensible pour les Japonais, qui est que j’estime – et je ne suis pas le seul à le penser – qu’il y a discrimination dans la procédure à l’encontre de Ghosn. Beaucoup de Japonais, critiques de ce système de l’instruction et de l’accusation, estiment qu’il est mauvais. Je ne dis pas que Carlos Ghosn est discriminé parce qu’il est étranger, mais pour des raisons politiques. La meilleure preuve de cette discrimination est l’indulgence incroyable du procureur à l’égard du directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a été partie prenante et signataire de la plupart des opérations qui sont reprochées à Ghosn. Non seulement il n’a pas été emprisonné, arrêté, mais simplement et très brièvement questionné par le procureur qui l’a laissé repartir en acceptant son explication qui est complètement surréaliste puisqu’il a affirmé avoir signé tous ces documents sans comprendre de quoi il s’agissait. Donc là, on se moque du monde. D’autre part, il y a eu dans un passé récent d’innombrables scandales de très grande ampleur dans des entreprises japonaises avec des pertes colossales comme Toshiba, ou avec des conséquences catastrophiques pour la planète entière comme le drame nucléaire de Fukushima, qui a conduit à l’arrêt de l’industrie nucléaire dans beaucoup de pays dont le Japon. Nous savons maintenant que l’entreprise qui opérait la centrale nucléaire s’est rendue coupable de graves manquements et erreurs, comme par exemple le fait d’avoir construit une digue pas assez haute… et pourtant, la justice n’a rien fait. La deuxième chose, c’est l’intimidation. Je m’adressais au club où devait s’exprimer Carlos Ghosn, mais il a été arrêté 48h après l’annonce de sa conférence. C’est une intimidation pour le faire taire de la part de l’alliance très forte entre la direction de Nissan et le procureur de Tokyo. Il y a aussi une campagne de fuite, d’insinuations, visant à atteindre Ghosn à travers la diffamation systématique. Il s’agit d’essayer de le réduire au silence. Et bien entendu, lui-même, sa famille et ses avocats sont désormais très prudents quant à la perspective d’une nouvelle prise de parole.   

Carlos Ghosn peut-il espérer un procès juste et équitable dans ces conditions?
J’ai évoqué dans une tribune que j’ai publiée dans le Financial Times un procès de Moscou, organisé par Staline pour éliminer la vieille garde bolchévique. Il y a beaucoup de similarités comme je l’ai expliqué au Foreign correspondent club et aussi lors d’un symposium organisé par le Barreau national du Japon, c’est-à-dire l’association où doivent adhérer tous les avocats japonais. Les similitudes sont par exemple que les accusations sont complètement fabriquées, elles ne tiennent pas. D’ailleurs, de nombreux juristes internationaux considèrent que sur la base de ces accusations, Carlos Ghosn n’aurait jamais dû être arrêté et qu’il s’agissait tout au plus d’affaires relevant du droit civil ou plus simplement d’un conflit interne à l’entreprise dont la justice n’aurait jamais dû être saisie. La deuxième similarité, c’est la campagne de diffamation qui vise Carlos Ghosn, car au Japon il était une figure très populaire et, si vous voulez l’éliminer, il faut d’abord détruire son image publique. Troisième similitude, les conditions de détention, qui sont hors normes dans un système démocratique: la durée de l’emprisonnement de M. Ghosn et le fait qu’il était en isolement complet. Ce n’est pas digne d’un pays démocratique. Je maintiens cette comparaison avec le procès de Moscou et dans mon intervention au symposium, j’en ai ajouté une nouvelle en entendant l’avocat de M. Ghosn, Me Takashi Takano, qui soulignait le fait que certains éléments essentiels de la procédure d’instruction ne respectaient pas les droits de l’individu tels que stipulés dans la Constitution japonaise de 1946. J’ai rappelé, dans ce contexte, que la Constitution de l’Union soviétique était la plus démocratique du monde mais le pouvoir politique ne la respectait pas et, toute proportion gardée, nous sommes ici dans une situation similaire. Il y a des garanties qui existent dans la Constitution japonaise mais le procureur ne les respecte pas avec l’aval du juge.

Vous utilisez le mot «conspiration» quand vous évoquez l’affaire Ghosn. Pourquoi?
Ce n’est pas parce qu’il y a des théories de la conspiration très à la mode et parfois extravagantes que cela signifie qu’il n’y a pas des gens qui conspirent réellement. Dans cette affaire très compliquée, il y a en effet eu un coup d’Etat, une révolution de palais pour mettre Carlos Ghosn hors-jeu. Il faut beaucoup de temps pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette révolution de palais. Ce qu’on peut dire rapidement, c’est qu’à la suite d’initiatives prises de manière pour le moins maladroite par le gouvernement français à partir de 2014-2015, quand Emmanuel Macron, aujourd’hui président de la République, était ministre de l’Economie, la partie japonaise, ou en tout cas un certain nombre de dirigeants de Nissan, se sont inquiétés d’un éventuelle prise de contrôle de l’alliance Renault-Nissan pas seulement par Renault mais par une entreprise Renault où l’influence de l’Etat français aurait été très renforcée. Cette inquiétude était liée au fait qu’approchant les 65 ans, le problème de la succession de Carlos Ghosn allait se poser à un moment ou un autre. Or, il avait été le garant de deux éléments essentiels dans le succès de l’alliance Renault-Nissan: la première garantie c’est que Renault restait gérée de manière indépendante par rapport à l’Etat français. La deuxième était précisément que Renault, bien qu’étant l’actionnaire majoritaire de Nissan (43%, ndlr), continuait à respecter l’autonomie de Nissan, la personnalité de l’entreprise, ses marques commerciales. Ceci d’ailleurs était depuis le début au cœur de l’alliance, qui n’avait jamais été envisagée comme une fusion pure et simple au terme de laquelle les deux entreprises seraient devenues une seule. Ensuite, il y a eu un autre élément: cette autonomie de Nissan dépendait dans une large mesure de la performance de Nissan. Or, ces deux dernières années, alors que Carlos Ghosn avait confié la direction de l’entreprise à Hiroto Saikawa, il faut bien dire que cette performance économique a commencé à se détériorer sérieusement. Il y avait manifestement un problème de pilotage de l’entreprise. C’est dans ce contexte qu’a été déclenchée l’affaire, non pas par un lanceur d’alerte, mais par un membre important de la direction de Nissan, Hari Nada, vice-président exécutif chargé des affaires juridiques et légales, extrêmement proche de Carlos Ghosn. Il a été associé à toutes les décisions concernant par exemple la rémunération de M. Ghosn et celle de M. Saikawa. C’est donc dans ces circonstances qu’a été déclenchée cette enquête interne qui a conduit à l’offensive pour éliminer Carlos Ghosn en allant faire une dénonciation auprès du procureur de Tokyo et en organisant son arrestation. C’est uniquement par Nissan que le procureur pouvait savoir quel jour et à quelle heure l’avion devait atterrir. On sait maintenant qu’il y a eu toute une mise en scène pour la télévision et que M. Ghosn a été arrêté au contrôle des passeports. Il y a encore beaucoup de choses à éclaircir concernant ce complot. Nous ferons un jour toute la lumière sur cette affaire même si cela demande des années. Quel a été le degré d’implication du gouvernement ou d’une partie du gouvernement japonais? A quel moment? Dans quelles circonstances? Nous n’avons pas toutes les réponses mais un certain nombre de pistes sur lesquelles nous travaillons. A la suite de l’offensive malheureuse déclenchée par M. Macron en 2014-2015, qui s’est terminée par une sorte d’armistice négocié par Carlos Ghosn, qui se trouvait alors dans une position d’arbitre, l’affaire a abouti à des résultats opposés à ce que cherchait le gouvernement français. La position de Renault a été ainsi affaiblie dans l’alliance Renault-Nissan. Par exemple, Renault s’engageait à ne jamais s’opposer aux décisions de Nissan (…). L’Etat français ne s’est pas arrêté là. En mars 2018, il y a eu de nouveau une initiative française qui a inquiété la partie japonaise quand Martin Vial, qui gère le considérable portefeuille que possède l’État dans de nombreuses entreprises, dont les 15% de Renault, est venu à Tokyo pour rencontrer Hari Nada afin de lui présenter un projet d’intégration encore plus forte entre Renault et Nissan. Cette question n’avait jamais été discutée au Conseil d’administration de Renault. C’était une initiative pure et simple du gouvernement français. Cela a augmenté le degré d’inquiétude chez un certain nombre de cadres dirigeants de Nissan sur le fait que l’entreprise risquait de faire l’objet d’une nationalisation rampante. Nous ne savons pas exactement ce que Vial a dit à Nada. Si nous étions aux Etats-Unis, ou si le Parlement Français faisait son travail correctement – c’est une affaire considérable qui met en jeu des centaines de milliers d’emplois dans le monde –, il y aurait eu en France une enquête parlementaire, ou tout au moins une audition des hauts fonctionnaires pour savoir ce qui s’est passé exactement et qui a conduit à l’arrestation et à l’emprisonnement de Carlos Ghosn. Une chose est certaine: les Japonais, manifestement, et peut-être en raison de ce qui a été dit à Tokyo par le représentant au gouvernement français, ont commencé à penser que Carlos Ghosn, n’était plus le garant de leur autonomie, de leur identité, mais qu’il avait changé ou choisi son camp. Une analyse possible, qui me paraît valable, c’est qu’ils ont pensé que le meilleur moyen de préserver leur autonomie, de résister à cette pression renouvelée de la France, était d’éliminer M. Ghosn. CQFD (Ce qu’il fallait démontrer).

Le gouvernement libanais assume-t-il ses responsabilités avec Carlos Ghosn, qui est aussi un citoyen libanais?
Je l’ai dit à de nombreuses occasions, le gouvernement français et M. Macron ne lèveront pas le petit doigt non seulement pour défendre Carlos Ghosn mais même pour mettre en cause le traitement qui lui est infligé au Japon, qu’il soit innocent ou coupable. Personne ne demande au gouvernement français de se porter garant de sa non culpabilité. Beaucoup s’interrogent sur l’attitude du gouvernement français. M. Ghosn bénéficie du traitement diplomatique minimum. L’ambassadeur de France à Tokyo a fait le maximum pour le soutenir mais manifestement sans avoir la moindre consigne venant de Paris. Je pense qu’en réalité, M. Macron personnellement et le gouvernement français en général sont tout à fait ravis d’être débarrassés de lui. La première raison, pour M. Macron, c’est que cette affaire est la meilleure façon de faire oublier sa responsabilité personnelle au début de la crise. Deuxièmement, ils ont pu nommer à la tête de Renault, après la démission forcée de M. Ghosn, Jean-Dominique Sénard, dont honnêtement la carrière ne me paraît pas véritablement indiquée être à la hauteur des défis. Il faut savoir que les huit entreprises dépendant de l’alliance Renault-Nissan, qui emploient 400 000 salariés dans le monde, vont subir les conséquences de cette affaire. Nous allons assister à une dégradation des performances de Nissan ce qui aura forcément des conséquences sur Renault. Ils ont choisi la fuite en avant. A la suite de l’élimination de M. Ghosn, ce sont des dizaines de cadres étrangers qui sont licenciés ou démissionnaires de Nissan. On a le sentiment que nous sommes devant une opération de purge. Si c’est le cas, alors nous avons encore un élément supplémentaire pour conforter la comparaison avec un procès de Moscou.
Dans la mesure où Carlos Ghosn ne peut attendre aucune forme de soutien de la part du gouvernement français, il est évident qu’il a absolument besoin d’un appui diplomatique du gouvernement libanais. Il est tout à fait possible que le traitement infligé à M. Ghosn au Japon soit contraire à certains engagements internationaux du gouvernement japonais. Il y a une plainte en cours à l’Onu devant la Commission des droits de l’homme, déposée au nom de la famille de M. Ghosn par un avocat français. Mais c’est une plainte individuelle. Ce qui nous intéresse, c’est de rechercher s’il y a des conventions internationales, dont le Japon est signataire, et que le traitement qui lui a été infligé violerait. C’est le cas par exemple du droit du commerce international ou de la concurrence. Très souvent, il faut que cela soit un gouvernement, pas un individu ou une entreprise, qui porte plainte. Je ne sais pas s’ils trouveront le biais pour attaquer le Japon. Si cela se fait, je ne vois pas une autre possibilité à part le gouvernement libanais pour porter plainte.

Paul Khalifeh

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>
Éditorial
La stratégie invisible de Donald Trump

Au-delà du discours populiste, des dérives racistes et des propos inconséquents, le plus inquiétant dans la personnalité de Donald Trump c’est qu’il donne l’impression de faire cavalier seul, dans le sens où certaines des décisions qu’il prend ne semblent pas s’inscrire dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie, minutieusement élaborée, et convenablement mise en œuvre par les différents départements du processus du «decision-making» aux Etats-Unis. Une stratégie prévoyant les conséquences sur les équilibres mondiaux et prenant en compte les intérêts de ses alliés.Le président américain a ainsi marqué une pause dans sa guerre commerciale contre la Chine après avoir pris des sanctions à l’emporte-pièce, sans en mesurer l’impact sur l’économie américaine. La tentative de mettre à genoux le Chinois Huawei s’est heurtée aux réticences d’un grand nombre d’entreprises américaines, qui ont fait pression sur l’Administration. Sur un plan plus général, Pékin a riposté par des mesures ciblées contre la taxation par Donald Trump de produits chinois d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Les mesures de rétorsion chinoises ont mis à mal le secteur agricole aux Etats-Unis, pour qui l’Empire du milieu constituait un important marché. Le président Trump s’est donc tiré une balle dans le pied puisque les agriculteurs constituent une pierre angulaire de sa base électorale. C’est principalement pour répondre à leur demande que le locataire de la Maison-Blanche a décrété une trêve avec Pékin.Par ailleurs, les mesures contre Huawei ont poussé le géant chinois à accélérer ses programmes d’autonomisation pour ne plus dépendre exclusivement des logiciels et autres produits fabriqués par les entreprises américaines. Bien que les Etats-Unis aient reculé, Huawei poursuivra sur la voie de l’autonomisation car rien ne garantit que demain, ou un autre jour, Donald Trump ou un autre président, ne décideront pas de revenir à l’option des sanctions.Plus proche du Liban, la confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran donne lieu aux mêmes observations. Par vanité ou par ignorance, Donald Trump croyait, à tort, que Téhéran lèverait le drapeau blanc au bout de quelques mois de sanctions, couplées de menaces. Les sanctions sont toujours là mais les menaces, elles, perdent du volume. Au tout début, Trump menaçait la République islamique des pires gémonies si elle osait s’en prendre «aux ressortissants US, aux intérêts américains et aux alliés des Etats-Unis». Puis les «alliés» ont disparu de son discours, suivis des «intérêts», vu qu’il n’a pas riposté à la destruction du drone-espion Triton, qui vaut 220 millions de dollars, par un missile iranien qui a coûté lui quelques dizaines de milliers de dollars.Dans le bras de fer irano-américain, le monde assiste presque en temps réel, aux scènes de ménage entre Donald Trump et certains de ses conseillers, comme John Bolton, un va-t’en-guerre patenté qui cherche à entraîner son patron dans un conflit militaire que ce dernier ne souhaite pas en pleine campagne électorale.Dans ce paysage lamentable et pitoyable, les alliés des Etats-Unis sont les dindons de la farce. Ils constatent, avec effroi, que leur protecteur n’est pas si pressé de les protéger. C’est probablement pour cette raison que les Emirats arabes unis ont commencé les manœuvres pour un atterrissage en douceur en se désengageant de la guerre du Yémen.  


 Paul Khalifeh
   
Bannière

Combien ça coûte

Un mariage à Chypre
La saison des mariages bat son plein et les voyages vers Chypre se multiplient. Célébrer ainsi son hyménée dans ce pays voisin du Liban se fait de plus en plus…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved