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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

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Le Gray Beirut vient d’être auréolé du Lebanon’s Leading Luxury Hotel par les World Travel Awards à Abou Dhabi. Une récompense de plus pour cet hôtel ouvert en 2009, qui vise l’excellence dans tous les domaines. Son directeur général,Georges Ojeil, nous en dit plus.


Le Gray Beirut a été récompensé, en avril, par les World Travel Awards. En quoi consiste cette distinction?
Effectivement, Lebanon’s Leading Luxury Hotel ou premier hôtel de luxe au Liban est une distinction qui confirme le positionnement de Le Gray, Beirut en tant que leader de l’hôtellerie luxe au Liban.
C’est le résultat d’un vote qui a débuté en février 2019 et s’est terminé par l’annonce des résultats le 25 avril. Le vote a été lancé par les World Travel Awards, qui viennent de célébrer leur 26e anniversaire. Ils sont reconnus comme l’ultime emblème de l’excellence dans l’industrie du voyage, du tourisme et de l’hôtellerie. Les prix ont été distribués aux lauréats lors d’un dîner de gala grandiose au Warner Bros. World à Abou Dhabi en présence de la crème des leaders du monde de l’hôtellerie et du tourisme. Nous sommes fiers de cette distinction qui a aussi fait brillé le Liban devant un public remarquable.

Votre établissement possède déjà un palmarès imposant. Quels sont les plus importants prix qu’il a remportés?
Le Gray a été listé par TripAdvisor parmi les 25 meilleurs hôtels du Moyen-Orient en 2018 après avoir été numéro un depuis début 2016 sur le listing Liban du fameux site-référence dans le monde du voyage et de l’hôtellerie, un positionnement qui lui a valu le Expert Choice Award 2018 aussi. Il a été listé parmi les 5 meilleurs hôtels de la région par le prestigieux Prix Villégiature en 2018 de la meilleure piscine d’hôtels au Moyen-Orient en 2018 et PureGray Spa a été élu meilleur spa d’hôtel au Liban en 2017 et 2018 par les World Spa Awards.

Qu’est-ce qui distingue Le Gray des autres hôtels de luxe au Liban et dans la région?
Le Gray est en fait un concept car il a sa propre définition du luxe qui puise dans le confort du client et qui s’interprète par un luxe discret. Le client qui vient à Le Gray vient pour vivre une expérience, il ne vient pas juste pour dormir ou manger. Notre client est un client fidele qui vient pour les petites attentions qui l’attendent, pour le service individuel qui reconnaît toutes ses préférences et pour l’ambiance conviviale et «homey» qu’il vit de par l’intérieur cosy et artistique des lieux.

Quelle a été votre stratégie pour avoir réussi à maintenir un bon taux de remplissage durant les 3 dernières années, qui ont été assez difficiles pour le secteur de l’hôtellerie?
Depuis son ouverture en 2009, Le Gray avait suivi une stratégie de diversification de sa clientèle par rapport aux secteurs et aux marchés. Nous nous sommes donc basés sur ce fait et avons amplifié nos efforts dans cette direction. Nos équipes de Vente et Marketing participent aux principaux salons de tourisme en Europe ainsi qu’à Dubaï. Par conséquent, nous sommes numéro 1 en taux de remplissage sur le rapport STR qui répertorie et analyse la performance des hôtels par catégorie et par classe.

Quel est le profil de votre clientèle?
Nous avons une majorité de clients «business» ou affaires à la suite de la stratégie que nous avons suivie pour maintenir un bon remplissage en l’absence de tourisme et qui est de 60% contre 40% de clients. Avec le retour du tourisme, nous visons à atteindre un taux égal de 50% par secteur. Pour entrer dans les détails des profils et des nationalités, nos clients viennent d’Europe et d’Amérique du nord avec un pourcentage de 46% globalement et 45% pour la région Mena. Le reste vient du reste du monde.

Vous avez agrandi l’hôtel et amplifié vos services plus spécialement en salles de conférences et banquets. Parlez-nous de cette extension et de la clientèle que vous voudriez attirer.
La réussite de l’hôtel a mis en évidence un manque à gagner principalement en capacité de salles de conférences et banquets. Nous en avons aussi profité pour agrandir l’entrée de l’hôtel, ajouter un lobby, incontournable dans un hôtel de luxe et nous avons augmenté notre inventaire de 16 unités pour atteindre les 103 chambres et suites. Nos salles de conférences et banquets sont Le Grand Salon, une salle de 500 m2 avec un plafond artistique fabuleux en lumière LED; la Muse Room, une salle plus petite distinguée par son intérieur et ses panneaux vitrés qui donnent l’effet de lumière de jour; la Boardroom, une salle de réunions qui peut contenir 20 personnes, équipée d’installations électroniques dernier cri en plus de la Meeting Room qui existait déjà et qui peut accueillir 10 à 12 personnes. Les nouvelles salles se distinguent aussi par une salle de projection dotée d’un écran haute définition et d’un système sonore Dolby surround avec 52 sièges. Celle-ci est idéale autant pour une présentation professionnelle qu’une projection de film en privé.
En plus de cette extension, nous avons de même rénové nos deux suites présidentielles qui sont maintenant deux suites signature, baptisées Le Gray Suites. En plus de tout ça, l’hôtel a exprimé son amour pour l’art en créant une salle d’exposition, The Atrium, dans le cœur de sa fameuse structure architecturale en bois et vitres.

Quels sont vos prochains objectifs de développement?
Je reste discret à ce sujet jusqu’à ce que je puisse en dévoiler quelques détails. Mais d’autre part, j’aimerais dire que le succès est autant une conséquence qu’une récompense, et je suis personnellement convaincu que c’est un parcours qui commence par un simple pas, mais dont les horizons sont illimités. Ces distinctions et cette réussite de Le Gray récompensent les efforts d’une équipe professionnelle, unie et focalisée non seulement sur le succès, mais sur la distinction et l’excellence.


 

Depuis quatre ans, il est le présentateur de l’émission phare de la MTV Menna W Jerr. Animateur, producteur, créateur de concept, Pierre Rabbat a plus d’une corde à son arc. Magazine l’a rencontré.
 

Rien ne prédisposait Pierre Rabbat, ingénieur en télécommunications, à devenir l’animateur d’une émission à succès, fermement attendue par le public tous les mardis soirs. Il est encore en première année d’université lorsqu’il travaille au Virgin Mégastore pendant les trois mois d’été. Son travail est si satisfaisant pour ses employeurs que l’année suivante il est contacté par le magasin pour y travailler durant le mois d’août. «J’étais capable de passer 40 minutes avec un client pour lui donner des explications sur un Sound system», confie Pierre Rabbat.
Son premier contact avec le monde de l’audiovisuel remonte à un stage qu’il effectue durant sa formation d’ingénieur à la Maison de la Radio en France portant sur la technologie, l’informatique et le développement technique de la radio. «Comment effectuer la transition des médias conventionnels vers le numérique était mon projet de diplôme», souligne-t-il. En 2003, il rencontre le Pdg de la MTV, Michel Murr, qui lui propose d’animer Rotana Café, une émission adressée aux jeunes et portant sur tout ce qui est relatif au high-tech, sur Rotana TV, lancée à la demande du prince al-Walid bin Talal. «J’étais très cool durant le casting et on m’a demandé de commencer le lendemain.» Pierre Rabbat présente Rotana Café jusqu’en 2006, date à laquelle il obtient son diplôme d’ingénieur en télécommunications. «J’ai décroché un contrat de travail dans mon domaine de spécialisation à Dubaï. Lorsque j’ai fait part à Michel Murr de mon intention de partir pour le Golfe, il m’a fait la même proposition pour rester au Liban.»
 
L’idée vaut de l’argent
Pierre Rabbat fait ses débuts dans le département de Recherche et développement à Studiovision. «J’ai importé toutes les technologies de pointe. J’assistais constamment à des expositions et des foires internationales et je rapportais des innovations au sein de la compagnie, jusqu’en 2009, date de la réouverture de la MTV.» Il se lance alors dans la production et la programmation et présente l’émission Log in pendant un an, suivie par Trending.
«J’ai toujours eu envie de présenter une émission, avec plusieurs chroniqueurs autour d’une table ronde, dans une ambiance décontractée». Pendant 6 mois, sans rien dire à personne, sans aucune autorisation, Pierre Rabbat s’active. Il crée un programme, allant même jusqu’à concevoir un logo. «J’aime présenter un produit fini», dit-il. Il prend contact avec la directrice de production, Katia Bacha, et lui demande de filmer le pilote d’une émission. «Après le montage, j’ai pris rendez-vous avec Michel Murr et lui ai proposé le produit en prime time. Il n’a pas voulu me décourager mais il m’a précisé que j’étais encore jeune et qu’il fallait procéder par étape: écrire l’idée, la développer, présenter un synopsis puis passer à l’étape suivante. Nous étions au mois de juillet, et il demande au directeur de la programmation, Christian Gemayel, de réserver une place pour l’émission dans la grille de septembre». C’est ainsi que Menel ekhir est né. «Pourtant, le premier épisode a été un fiasco total. En plein tournage, il y a eu un clash entre les chroniqueurs. Malgré tout, Michel Murr m’a encouragé à poursuivre et à ne pas baisser les bras.» Finalement, Menel ekhir est lancé en 2010 et Pierre Rabbat présente 4 saisons jusqu’en 2014, ainsi qu’une édition spéciale en été. Face au succès, le concept est acheté par DMTV, une chaîne de télévision à Dubaï et aujourd’hui, le présentateur détient le copyright pour chaque épisode. «Une idée vaut de l’argent. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais voler l’idée ou le concept de quelqu’un d’autre.»

Lorsqu’il présente Menel ekhir, Pierre Rabbat a tout juste 26 ans. «Pour être pris au sérieux, je me suis entouré sur le plateau de personnes plus âgées que moi, ayant de l’expérience, chacune étant connue dans son domaine, comme Rached Bohsali, Sari el-Khazen et d’autres.»

13 émissions pilotes
Au bout de quatre ans, Pierre Rabbat décide de rénover son émission. «Nous avons alors décidé d’acheter le format de l’émission Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna. En compagnie de Carl Murr, nous avons proposé l’idée à Hanouna qui en a été ravi.» Le casting commence. «C’est une émission difficile, à double tranchant. Cela nous a pris un an et demi pour lancer Menna w Jerr. J’ai fait 13 épisodes pilotes juste pour m’entraîner. Je voulais que la première fois où je passe à l’antenne soit le 14ème épisode et pas le premier. Je souhaitais être parfaitement à l’aise avec les chroniqueurs.»
Avec Menna w Jerr, qui voit le jour en 2016, Pierre Rabbat innove. «C’était la seule émission qui nommait par leurs noms les autres chaînes et programmes. Ceci a provoqué un choc chez les spectateurs parce que c’était une chose qui ne se faisait pas auparavant. Cette attitude nous a attiré beaucoup d’attaques et de critiques alors que d’autres, au contraire, nous ont appuyés.» L’animateur se défend de faire du bullying et affirme simplement pointer les erreurs. «Comme toute chose au Liban, tout le monde a voulu faire pareil. Il y a eu un phénomène d’imitation de Menna w Jerr par d’autres stations».  
Animateur, présentateur et producteur, Pierre Rabbat s’est également investi dans la programmation. Depuis plus de 10 ans, il assiste régulièrement au MIPCOM (Marché international des programmes de communication) et au MIPTV (Marché international des programmes de télévision), organisés tous les ans à Cannes sur la Côte d’Azur, au cours desquels les plus grandes boîtes de production découvrent et achètent de nouvelles émissions. «En 2014, j’ai été le premier Libanais à présenter une idée à Cannes et j’ai gagné le second prix du Best fresh format.»
Créateur de concept, Pierre Rabbat s’occupe également de tout ce qui concerne les nouveaux formats pour MTV et Studiovision. «Je m’occupe aussi de la vente des formats dans les pays arabes.» A son actif, les émissions Dinner in the Sky, Min Al, Treka ‘Alayna, Khallso el Baroud et d’autres.
Faire des émissions en direct est un défi qu’il n’est pas toujours facile de relever et de réussir. «J’adore le direct. C’est une sorte de match de deux heures qu’il faut à tout prix gagner. C’est dur et c’est la raison pour laquelle il faut être le producteur de sa propre émission. C’est moi qui la gère. C’est certainement plus facile d’enregistrer 6 heures et puis de faire du editing d’une heure et demie.» Pour le présentateur, le plus grand défi est le dynamisme de l’émission, le fait de garder le tempo tout au long du programme sans que celui-ci ne s’essouffle. «Il faut tenir l’audience en haleine, maintenir son intérêt et son attention tout le temps. Cela exige de l’expérience, de la culture et des connaissances en management. J’ai avec moi sur le plateau 6 chroniqueurs, 1 ou 2 invités, 2 intervenants sur le plateau et 15 personnes de l’équipe de production dans mon oreille qui attendent les commandes. Personne au Liban ne fait du Entertainment talk-show en direct, qui n’est pas du one-to-one». Comment arrive-t-il à gérer tout ce monde? «Je suis une personne aimable et je
comprends les gens mais en même temps, il y a une émission qu’il faut réussir. Ce qui m’importe, c’est le produit final à l’antenne. Jamais je ne fais sentir que je suis le directeur. Nous sommes tous à égale distance sur le plateau mais il faut qu’ils reviennent à mes directives car je suis le ‘decision maker’.» 

Un influenceur
Sa présence très active sur les réseaux sociaux fait de lui un important influenceur. Pierre Rabbat vient d’obtenir le prix du Best Public Figure on Social Media décerné par le Middle East Social Media Award.
«Si on n’est pas soi-même sur les réseaux sociaux, les gens ne vous suivent pas. Le public aime les personnes authentiques et cela se ressent immédiatement.» Il est également l’image de marque des voitures Cadillac et le consultant pour le Food & Beverage du restaurant To-Gather. Passionné de cuisine, en collaboration avec le supermarché Spinney’s, il vient tout juste de lancer une marque de produit gourmet sous le label The famous recipe. «J’encourage aussi ma femme à faire des gâteaux qu’elle vend en ligne sur The famous recipe.»

Joëlle Seif
 

Avec son franc-parler habituel, May Chidiac revient pour Magazine sur son parcours et livre ses premières impressions, quatre mois après avoir été nommée ministre. Avec les représentants du Hezbollah, le courant passe mais ses convictions restent inchangées.  

Son parcours, semé de joies et de larmes, et son attitude, qui déchaîne parfois des passions contradictoires, ne laissent pas indifférent. Qu’on l’apprécie ou peu, May Chidiac suscite des réactions avenantes ou, au contraire, des échanges acrimonieux.
Avant même d’être projetée sur le devant de la scène médiatique et politique, la jeune femme avait déjà un cheminement inhabituel. Après un passage dans la presse écrite à Magazine, en 1984, elle se lance dans la radio puis à la télévision, où elle devient, un an plus tard, présentatrice du journal de la LBC, nouvellement créée. Elle construit patiemment sa carrière de journaliste et devient animatrice de l’émission matinale Nharkon Saïd, qui voit défiler pendant plusieurs saisons les plus influents acteurs et décideurs politiques de tous bords. En parallèle, May Chidiac poursuit sa formation académique et obtient, en 1997, un diplôme d’études supérieures en journalisme francophone, ce qui lui ouvre les portes de l’enseignement la même année à la NDU.
Tout le temps passé à construire sa vie professionnelle et à parfaire sa formation académique n’occulte pas une autre facette de sa personnalité, celle de May Chidiac la militante politique. Et c’est avec entrain et détermination qu’elle s’engage, à l’époque de la présence syrienne, dans «la bataille pour l’indépendance et la liberté», exprimant haut et fort ses convictions, tout en sachant que celles-ci risquent de lui créer des ennemis qui ne partagent pas forcément sa vision et ses idées.
Dès 2004, les tensions au Liban atteignent leur paroxysme et May Chidiac voit ses amis et connaissances fauchés les uns après les autres. Marwan Hamadé, Rafic Hariri, Samir Kassir, Elias Murr, Georges Haoui, la violence provoque une véritable hécatombe… Jusqu’à ce fatidique 25 septembre 2005, lorsque la jeune femme échappe elle-même à l’explosion d’une bombe placée dans sa voiture. Elle est vivante mais grièvement blessée. «J’ai perdu la moitié de mon corps, c’est un miracle si j’ai survécu», nous dit-elle. Elle, qui affirme n’avoir jamais été «très pratiquante mais profondément croyante», attribue ce miracle à Saint-Charbel, dont elle venait de visiter le couvent juste avant l’attentat.

La lutte continue
Face à de moindres épreuves, d’autres auraient été brisés, anéantis. Mais pas elle. Après des dizaines d’interventions chirurgicales, des mois de rééducation, une incommensurable souffrance physique et morale, May Chidiac se ressaisit. La perte d’une partie de sa motricité, elle la compensera par une farouche volonté d’aller de l’avant. Sa première décision sera de poursuivre sa formation académique en obtenant un doctorat en Information et communication «avec mention du jury», en octobre 2008. «Je ne sais pas comment j’ai fait mais j’y suis parvenue. Pour moi, c’était un défi», dit-elle en souriant.
La journaliste ne se contente pas de ce couronnement académique. Mue par cette même volonté, elle explore un domaine nouveau, celui du monde associatif, et crée «à partir de rien», une fondation devenue aujourd’hui une véritable institution. «Certes, j’ai sollicité l’avis d’amis, mais c’était surtout un acharnement personnel pour faire de la fondation ce qu’elle est devenue, explique-t-elle avec enthousiasme. Même chose pour ce qui est de l’ALAC (Academy for Leadership and Applied Communication), qui est certifiée par l’Etat, la Fondation MCF-MI (Media Institute) et la structure qui organise des conférences et décerne des prix aux femmes et aux personnalités du monde de la communication et du journalisme. Beaucoup d’étrangers, dont de grands noms des médias ont été invités au Liban, comme Christiane Amanpour ou, cette année, David Ignatius, Ramy Raad, directeur commercial de la CNN. Je suis contente de ce que j’ai réalisé. Nous en sommes à la 7ème cérémonie des Médias Awards et cette manifestation s’est forgée une renommée presque internationale.»
Où puise-t-elle cette force, cette ténacité, cette détermination de ne jamais baisser les bras malgré toutes les vicissitudes? «Je n’ai jamais eu une existence facile, dit-elle. Ma vie privée n’a pas été une sinécure, j’ai perdu mon père à 13 ans, mon seul frère à 17 ans, j’ai vécu toute la guerre. J’habitais Gemmayzé, où il fallait se déplacer entre les panneaux signalant le danger des snipers, même pour aller chez l’épicier… avec une maman tout le temps chagrinée. J’ai dû compter sur moi-même dès le départ.» May Chidiac reconnaît qu’elle n’a pas toujours fait les meilleurs choix mais elle les a assumés. «Voilà la différence et je l’ai remarqué dans ma vie: beaucoup de personnes ne s’assument pas. Moi je m’assume, poursuit-elle. Parfois, j’ai été déçue mais je ne me suis jamais laissée aller. Je rectifiais toujours le tir. On croit souvent être arrivé au bout de ses peines puis on découvre qu’il y a pire. J’ai eu des moments de désespoir, de faiblesse, mais ça n’a jamais duré plus de trois jours. C’est mon maximum et ensuite je me ressaisis. Je ne sais pas comment je fais. Ça va au-delà de la foi, c’est une force naturelle que je puise au fond de moi-même et qui me dit «ça suffit». On peut considérer cela comme une fuite en avant, mais c’est salvateur. Je me suis toujours posée de nouveaux défis, je ne me suis jamais dit voilà, ça s’arrête là, j’ai assez accompli. Il y a toujours quelque chose que je n’ai pas réussi à faire. C’est comme si j’étais à l’école et que j’ai encore un devoir à terminer.»
 
Ça n’a pas toujours été facile
Pour May Chidiac, la lutte ne s’est jamais arrêtée, même si elle est persuadée d’avoir payé un lourd tribut à causes de ses convictions. Là aussi, on note une surprenante capacité au dépassement de soi. De pouvoir continuer à défendre ses idées plutôt que de rester «cloîtrée dans (son) coin» à se lamenter sur son sort est un défi autrement plus stimulant. «Ça n’a pas toujours été facile, reconnaît-elle. Car non seulement la vie devient plus dure quand on perd la moitié de son corps, mais aussi dans le contexte ambiant au Liban, ce n’était pas aisé de continuer. Si on a voulu se débarrasser de moi, ce n’est pas par hasard, c’était pour me faire taire car je dérangeais. Cela veut
dire que j’avais beaucoup d’ennemis politiques sur la scène.»
Résistante et blindée, May Chidiac affirme toutefois avoir été «blessée» par les propos malvenus et le déchaînement de haine sur les réseaux sociaux. «Au lieu de respecter mon sacrifice, certains regrettaient sur Facebook qu’on ne m’ait pas mis assez d’explosif, dit-elle avec un brin de tristesse dans la voix. La perte de deux membres, certains s’en moquaient ou s’en réjouissaient. C’était dur de vivre tout cela et parfois on se demande s’il ne serait pas préférable d’arrêter plutôt que de subir tout cet acharnement.»
Mais a-t-elle toujours été tendre avec ses détracteurs? N’est-elle pas connue, aussi, pour son franc-parler, pour ses propos jugés parfois durs envers d’autres Libanais? «Je suis très transparente. Je ne sais pas si c’est un défaut ou une qualité, se défend-elle. Je ne manque jamais de respect ou de politesse. Je dis les choses honnêtement, clairement».
Après sa nomination comme ministre d’Etat chargée de la Réforme administrative, une nouvelle étape de sa vie commence, c’est plus un défi qu’un couronnement de carrière. «Même si j’essaie de rester au courant de tout, je ne suis pas forcément experte, avoue-t-elle. J’ai été surprise de découvrir que j’étais en charge de questions stratégiques et des plans d’action de la modernisation de l’Etat, comme la transformation numérique, la lutte contre la corruption, la gestion des déchets solides.»
Certains ministères ont déjà procédé, de leur propre initiative, à ce qu’on appelle l’automation. «C’est une initiative louable mais pas suffisante, car «nous avons besoin d’une plateforme commune pour donner au citoyen les moyens de communiquer, avec le même langage, avec toutes les administrations publiques.» «Ce n’est pas facile pour nous de nous infiltrer dans les autres administrations car nous n’avons pas un pouvoir de dissuasion, seulement de conviction, explique-t-elle. Là où il le faut, je sais taper du poing sur la table mais je sais aussi faire preuve de diplomatie pour convaincre les autres ministères que sans coopération, on ne peut arriver à la modernisation de l’administration libanaise.» 
 
Quel regard sur le Hezbollah?
Il faut un certain courage et encore une fois un dépassement de soi pour s’asseoir à la même table que ceux qu’elle soupçonne d’avoir voulu l’éliminer. «J’accuse le régime de Bachar (el-Assad) et le Hezbollah d’avoir essayé de m’assassiner, martèle-t-elle. Qui a commandité, qui a exécuté, qui a surveillé les lignes téléphoniques pour connaître mes déplacements ce jour-là, qui m’a pris en filature pour savoir où j’allais me garer… n’importe qui a pu actionner le détonateur. Mais à qui profite le crime… pour moi ça ne fait aucun doute. Deux jours avant (l’attentat), Hassan Nasrallah évoquait ‘la journaliste qui parle le matin’. Je possède les enregistrements que j’ai remis au tribunal international. Certes, on n’a pas encore trouvé le lien avec l’affaire Hariri car l’enquête, basée sur les réseaux téléphoniques, s’est arrêtée à la tentative d’assassinat d’Elias Murr. Pour mon affaire et celle de Gebran Tuéni, les
assassins ont changé de numéros de téléphone, de tactique.»
Malgré ses ressentiments, et ce qui peut paraître comme une insurmontable promiscuité, May Chidiac parvient à maintenir le contact au nom de l’intérêt supérieur du Liban et des Libanais. «Je connais le ministre Mohamed Fneich depuis longtemps, je l’ai interviewé à maintes reprises dans le cadre de mon émission Nharkon saïd, avant 2005, dit-elle. Je connais le personnage qui est très intelligent, affable et courtois. Je n’ai pas de problèmes avec lui grâce au contact personnel. Je n’ai jamais vu en lui le représentant d’un Hezbollah qui pourrait être responsable de l’assassinat de Rafic Hariri et de tous mes amis, dont Samir Kassir, Gebran Tueni ou de l’attentat qui m’a visé… Je ne sais pas pourquoi mais ça a passé. Celui qui m’a vraiment intrigué, au début, c’est Mahmoud Komati. Je ne le connaissais pas et il représentait cette zone grise qu’est le Hezbollah pour moi. Ensuite, j’ai découvert que ce monsieur pouvait rire. Il rit tout le temps même, et il communique aisément. Une fois, il m’a posé une question, on s’est salué et j’ai découvert qu’il avait son bureau à Starco, là où il y a les locaux de mon ministère. Ce n’est pas évident mais finalement, j’arrive à dissocier. Je me suis dit que je ne peux pas continuer à travailler, à être productive, si je pense toujours à l’aspect stratégie, aux relations de ce parti avec l’Iran, son rôle en Syrie, ce que je considère comme le projet de mainmise politique du Hezbollah sur le pays, en imposant la formule des trois tiers.»
Ses appréhensions à l’égard du Hezbollah ne sont-elles pas justement dues au fait qu’elle ne connaît pas bien ce parti et ses représentants? «Non, non! Ça n’a rien à voir, je ne vais pas me leurrer, répond-elle. C’est la stratégie du Hezbollah que je remets en cause. S’il change sa politique, je n’ai aucune raison de lui en vouloir. Si j’aborde des questions techniques, ou comment gérer un budget – et je trouve que nous sommes sur la même longueur d’onde sur ces sujets – je ne vais pas m’opposer juste parce que je suis contre ce parti politiquement. Lors des discussions autour de la déclaration ministérielle, je me suis clairement prononcée contre la stratégie du Hezbollah, contre son ingérence dans les affaires syriennes, ou pour le fait que les forces légales aient l’exclusivité des armes. Sur ces points là, je ne changerais jamais, et ils le savent. Le ministre Fneich était pendant des années en charge du même portefeuille que le mien. Il s’y connaît forcément mieux que moi, il a de l’expérience. Rien ne m’interdit de lui demander conseil si j’en ai besoin ou de solliciter son appui parce qu’il connaît le dossier beaucoup plus que d’autres ministres du gouvernement.»

Pas de faillite

Il y aurait donc avec le Hezbollah des convergences de points de vue sur certains sujets plus que celles qui existeraient avec certains des alliés politiques des Forces libanaises? «Oui! Je suis convaincue que le Hezbollah est contre la corruption, dit-elle. Quand nous débattons des réductions budgétaires ou d’autres sujets, nous sommes du même avis. Mais lorsque nous parlons du contrôle des passages frontaliers ou de l’évasion douanière au port, les divergences surgissent. Je sais très bien que beaucoup de choses passent sous le label «Résistance» et qu’il y a une économie parallèle créée par le Hezbollah et qui nuit à l’économie libanaise. Nous en discutons à table et ils ne contestent pas. Quand nous réclamons la fermeture des points de passage frontaliers illégaux, les représentants du parti ne contestent pas. Les Forces libanaises, Gebran Bassil et d’autres, ont soulevé cette question à maintes reprises. Ils ne protestent pas, ne se prononcent pas contre le contrôle des points de passage par l’armée ou contre la collecte des recettes douanières conformément à la loi. Personne n’est dupe. Nous savons tous qui est responsable de la contrebande entre le Liban et la Syrie. Le jour où ils décideront de changer leur stratégie, de se dissocier de l’Iran, il n y a aucune raison que l’on ne puisse pas s’entendre. Finalement, les chiites sont Libanais, ils l’ont toujours été. A un moment donné, ils étaient les alliés des Forces libanaises durant la guerre, à l’époque des Palestiniens.»
Le Hezbollah est-il le seul parti à avoir des relations avec une puissance régionale? D’autres ne devraient-ils pas se dissocier de l’Arabie saoudite, des Emirats…? May Chidiac répond par une série d’interrogations: «L’Arabie saoudite envoie-t-elle des armes au Liban? A-t-elle demandé à des Libanais d’aller faire la guerre en Syrie? Encourage-t-elle les Libanais à ne pas payer les taxes, les droits de douane, à avoir une économie parallèle, ou à créer un triangle de trafic entre le Liban, l’Amérique du Sud et l’Afrique?»
En dépit des difficultés économiques, la ministre semble optimiste et confiante dans l’avenir. «Non, la situation n’est pas désespérée. C’est vrai que je ne suis pas économiste mais je parle de mon expérience. Je me fie à mon intuition et je n’ai jamais été négative vis-à-vis du Liban. Il y a toujours une forme de résistance, de résilience. Le Libanais arrive toujours à s’en sortir. Il y aura des privations, des sacrifices, nous allons tous souffrir d’une façon ou d’une autre mais on peut s’en sortir.»
Mme Chidiac a assisté aux 20 réunions consacrées à l’examen du budget. Même si elle juge que les débats ont traîné en longueur, elle assure que les discussions étaient sérieuses. Elle s’insurge, cependant, contre les tentatives de réduire les budgets du ministère des Affaires sociales. «Déjà que l’Etat n’assure presque rien aux enfants à besoins spéciaux, on ne peut pas les priver des maigres acquis qui existent déjà, dit-elle. Même chose pour le budget de la santé à un moment où des familles n’ont plus les moyens de soigner les leurs, même si ce ministère est aujourd’hui aux mains du Hezbollah. Comme je n’admettais pas les campagnes de dénigrements contre Ghassan Hasbani, je n’accepte pas que l’on tombe aujourd’hui sur le ministre Jabak sans raison valable.»
Journaliste, militante politique, professionnelle du monde associatif, May Chidiac porte plusieurs casquettes. Laquelle a ses faveurs? «Avec beaucoup de modestie, je pense que j’ai eu un parcours qui ne ressemble à personne d’autre. Peut-être que je ne représente rien mais finalement, je suis May Chidiac», conclut-elle.

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub-DR

 

Le samedi 5 mars, en l’espace de quelques heures, les émissions télévisées The Voice Kids, version arabe, et The Voice version française, étaient le sujet de toutes les «conversations» et «monologues» virtuels: le Liban porté aux nues grâce à ses talents vocaux, Lynn el-Hayek et Marc Hatem.
 

Samedi 5 mars, dès 20h, la voix du Liban se taille une place de choix à travers la victoire de la très jeune Lynn el-Hayek à la première saison de The Voice Kids dans sa version arabe, diffusée sur la chaîne MBC. Lors de cette grande finale, six participants se sont disputé le titre, en deux mouvements, puisque chacun des membres du jury, Nancy Ajram, Kazem el-Saher et Tamer Hosni avait deux finalistes. Dans une première partie donc, Lynn el-Hayek, membre de l’équipe de Kazem el-Saher, a concouru contre Mirna Hanna (Irak), Ghady Béchara (Liban), Zein Obeid (Syrie), Jowayriya Hamdy (Egypte) et Amir Amuri (Syrie). A la suite de son interprétation d’Abaad kuntum de Mohammad Abdou, elle remporte la manche et se fait sélectionner pour la deuxième phase de la finale qu’elle dispute aux deux autres finalistes, tous deux d’origine syrienne, Zein Obeid  et Amir Amuri. Elle est la seule Libanaise à rester encore sur le plateau de The Voice Kids. Et elle l’emporte, grâce à son talent tout empreint de fraîcheur quand elle interprète la chanson de Zikra, Kol li lamouny.
 

Dans la cour des grands
Dans la dernière phase de l’émission, selon les règles du jeu, c’est le public qui tranche. C’est donc grâce aux votes massifs que le Liban se glisse en tête de la compétition à travers la victoire de Lynn el-Hayek. A l’annonce des résultats, c’est un visage surpris et souriant qu’elle affiche, avant de faire preuve d’une grande modestie et humilité, tenant à embrasser et à saluer tous les autres finalistes. Le pays, en particulier Tripoli dont elle est originaire, et les réseaux sociaux de s’enflammer aussitôt pour saluer cette victoire du Liban, cet espoir placé dans la jeunesse, non seulement du pays, mais de toute une région croulant autrement sous la pression, l’oppression, les catastrophes et les désastres. La première saison arabe de The Voice Kids, grâce à son professionnalisme et surtout grâce à la fraîcheur, l’authenticité et le talent de nos jeunes, très jeunes participants, a pu fidéliser un large public, par-delà les frontières, distillant un brin d’espoir et affirmant la culture et les arts comme le seul espace encore possible d’échange.

 

Sur l’autre versant de la langue
21h55, pour les plus francophones c’est l’heure de hausser le volume de l’écran télévisé, bloqué sur TF1 en toile de fond. The Voice: la plus belle voix avait une saveur particulière ce soir-là: on attendait le passage du candidat libanais Marc Hatem. Voilà l’écran qui s’illumine de son visage assuré et ultra-confiant.
Devant les quatre fauteuils tournés, Marc Hatem entonne son interprétation très personnelle du tube de 2014 de Hozier, Take me to church. Dès la première note, voix grave, caverneuse, la caméra enregistre l’expression agréablement surprise de Mika. Et les réactions à l’avenant s’enchaînent de la part des quatre membres du jury qui ne tardent pas à se retourner l’un après l’autre, Garou, Mika, Florent Pagny et Zazie affichent leur «Je vous veux», selon les règles du jeu.
Les compliments des quatre coachs de s’enchaîner. Garou relève une interprétation qui a apporté «plus de rage qu’on n’a jamais eue», soulignant cette «décharge électrique» sur scène. Zazie va même jusqu’à avouer préférer cette version à celle originale de Hozier, relevant au passage l’absence de tout cliché dans ce que le jeune Libanais, architecte de profession, a présenté. Entre la «colère» et la «force», le «gospel» et le «rock», «pour nous, affirme Florent Pagny, c’est du caviar, des talents comme vous».
C’est à Marc Hatem de décider lequel des quatre membres du jury sera son coach. Et c’est Garou qu’il estime être le meilleur choix pour lui; un choix qui, d’emblée, semble tonner juste au vu de son potentiel effectivement très rock au timbre cassé. Une voix qui, pourtant, a pris du temps pour s’affirmer, la présence présomptueuse du chanteur éclaboussant l’écran, de quoi pousser à saisir l’importance de ces auditions à l’aveugle. Sans oublier que sa voix, à plusieurs reprises, semblait effectuer une mauvaise note, mais sans jamais le faire, et c’est en cela que réside sa puissance. Retourné en loges, sa famille l’accueille à bras grands ouverts, sa mère le gratifiant même d’un «habibi mama!». A 25 ans, l’aventure du Libanais Marc Hatem ne fait que commencer. Il y a du travail à faire dans l’espoir d’un long chemin d’interprète à entreprendre, puisqu’il ne suffit pas d’avoir une voix qui sort de l’ordinaire, il y a une présence sur scène, humble et généreuse, à maîtriser.

Leila Rihani

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard & Poor’s de l’un des marchés d’émission de dette les plus lucratifs, celui de l’immobilier commercial. Cette sanction, assortie d’une amende de 60 millions de dollars, a été prise car S&P a émis des notes trop complaisantes sur des obligations intégrant des prêts hypothécaires subprimes ayant alimenté la crise financière.Même le Sénat américain avait révélé dans un rapport que Moody’s et Standard & Poor’s avaient eu des comportements éthiques discutables et condamnables.La liste des couacs est longue mais nous en resterons là. Nous préférons accorder la primauté aux experts libanais, reconnus dans le monde entier pour leurs compétences, plutôt qu’à des «analystes» aux sombres desseins. Ce sont les Libanais que nous écouterons. Qui a dit que nul n’est prophète en son pays?  


 Paul Khalifeh
   

Santé

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