Hanna Gharib. Irréductible militant
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Hanna Gharib. Irréductible militant

 
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    Hanna Gharib. Irréductible militant
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Jadis inconnu, il sort de l’anonymat pour occuper la scène médiatique. Prenant la tête des manifestations, haranguant la foule, après une lutte de 18 mois et une grève générale ouverte, il remporte une grande victoire en arrachant au gouvernement la transmission au Parlement de l’échelle des salaires dans le secteur public. Portrait de Hanna Gharib, président du Comité de coordination syndical et de la Ligue des professeurs de l’enseignement secondaire public.  

Avec son épaisse moustache et ses petits yeux pétillant de malice, il fait penser au héros de la bande dessinée Astérix le Gaulois. Il a, d’ailleurs, quelque chose d’irréductible dans la manière dont il a mené le combat pour faire voter l’échelle des salaires. Dans son bureau d’une grande simplicité, Hanna Gharib nous reçoit et nous témoigne sa gratitude pour ce «geste» de la presse à l’égard des masses laborieuses. Plein d’humour, c’est avec ironie qu’il parle de son enfance misérable et raconte comment il a grandi dans une famille composée de six enfants vivant du salaire de son père, soldat à la retraire.
C’est à Kobbé, à Tripoli, que Hanna Gharib est né. Alors qu’il est en classe de neuvième, son père, soldat dans l’armée, passe à la retraite. La famille est alors contrainte de quitter Tripoli et s’installe à Rahbé, dans le Akkar, son village d’origine. Il quitte l’école orthodoxe qu’il fréquentait à Tripoli et s’inscrit à l’école officielle du village. Il n’y avait plus de place à l’école publique. L’administration avait dû louer une sorte de studio, composé de deux pièces, au bout du village pour les classes de neuvième. «Nous vivions dans des conditions difficiles. Tout était différent pour moi. J’ai senti une chute brutale du niveau social. Tout s’est détérioré dans ma vie d’une manière flagrante», se souvient-il.
Hanna Gharib était un écolier studieux qui obtenait de bons résultats. De cette enfance difficile, il garde encore le souvenir des trajets qu’il faisait à pied, deux fois par jour, jusqu’au sommet du village pour arriver à l’école. «A l’époque, on étudiait jusqu’à quatre heures de l’après-midi. Je rentrais à la maison pour déjeuner et remontais à l’école». Il n’y avait pas de personnel pour nettoyer les locaux, ce sont les élèves qui s’en chargeaient. Sur le chemin de l’école, il y avait un forgeron, et pour les remercier de leur aide à battre le fer, il remettait aux élèves des pierres qu’il chauffait. «On serrait ces pierres très fort entre nos mains pour nous réchauffer les jours de grand froid», se souvient Hanna Gharib. Il lui arrivait souvent de dormir le ventre vide. «Le petit-déjeuner était composé des miettes de pain que l’on trempait dans du thé. Nous étions très heureux les jours où nous buvions du lait dans lequel nous trempions du pain. Le grand luxe c’était les jours où on pouvait manger des galettes avec le lait», confie Gharib.

C’est avec une grande tendresse qu’il parle de sa mère, une femme dotée d’un solide caractère. «Elle avait perdu sa mère à l’âge de cinq ans et ceci l’a rendue très forte. Son père s’était remarié et l’avait placée dans des maisons». Un jour, un ami avait demandé à son père de remettre une lettre à sa dulcinée, ce dernier est tombé amoureux de la jeune fille, devenue plus tard sa femme. «Ma mère tenait absolument à ce que ses enfants soient instruits. C’était elle qui gérait tout. Je me rappelle qu’elle reprisait tous les pulls que nous nous transmettions de l’un à l’autre, mes frères et moi». Elle s’était endettée pour acheter à son mari une machine afin qu’il exerce le métier de cordonnier.

Enfance difficile
Militant dès son plus jeune âge, Hanna Gharib prend part à toutes les batailles. Il participe à la création du club sportif et éducatif au village. «Ce club était destiné aux jeunes du village qui y vivaient en permanence. A Rahbé, il y avait deux catégories de gens. Les riches, qui passaient l’été au village et dont les enfants étudiaient à Beyrouth ou à Tripoli, et les pauvres qui y vivaient été comme hiver». Dans les années 1970, l’activité des clubs était intense. A côté des compétitions, des conférences étaient souvent organisées. «J’ai découvert Karl Marx quand j’étais en troisième», dit Gharib. C’est à Halba qu’il poursuit ses études. Il participe à la grève visant à créer une faculté de médecine à l’Université libanaise. «Nous coupions la route de Halba-Tripoli avec des pierres. La journée de grève nous coûtait cher. Le bus ne pouvant plus passer, on devait refaire à pied les vingt kilomètres séparant Halba de Rahbé».

Lorsque son père tombe gravement malade et qu’il est hospitalisé, la famille n’a pas les moyens de payer la facture de l’hôpital. «J’ai demandé l’aide de mon professeur car le beik du village auquel ma mère a voulu emprunter de l’argent a réclamé la maison en gage. Mon professeur, qui était communiste, a adressé une lettre à un avocat de Tripoli. J’ai pris le bus et j’ai été voir l’avocat qui m’a avancé l’argent. Je suis rentré au village la tête haute, fier d’avoir résolu le problème familial».
Quand il obtient le bac, sa mère lui donne 50 L.L. prélevées sur les 85 L.L., le salaire de son père, et lui dit de se débrouiller. «Je suis descendu à Beyrouth et j’ai loué un lit à Basta». L’Etat organisait un concours pour recruter des enseignants dont il finançait les études en leur payant 200 L.L. par mois pendant cinq ans. «J’ai présenté une demande pour des cours de chimie, car c’était la matière où il y avait la plus forte probabilité d’être accepté. J’ai été sélectionné parmi les vingt personnes requises et ce fut la délivrance! Notre situation sociale s’est alors améliorée et je suis devenu capable d’aider ma famille».

Membre du Parti communiste
Hanna Gharib participe à toutes les revendications sociales et aux grèves. Il travaille à la Confédération de la jeunesse démocratique et s’inscrit au Parti communiste. Il est aujourd’hui membre de la direction du parti. Quand il est licencié de l’école, où il enseignait la chimie, il reçoit 4500 L.L. d’indemnités. «Avec cette somme, j’ai épousé Wafaa Bitar». Ils ont deux enfants, Hala (30 ans) et Walid (29 ans). En 1981, il enseigne dans le secteur public et donne des cours de chimie à l’école officielle Zahia Salman à Bir Hassan, où il continue à le faire encore aujourd’hui. Cette période coïncide également avec le début de son activité sociale. En 1991, la Ligue des professeurs de l’enseignement secondaire public qu’il préside, est créée. «C’était une période riche sur le plan syndical car on luttait pour l’unification des syndicats». Vingt-huit années de sacrifice et de bénévolat dans ce secteur dont sa famille est la première à payer le prix. «Je n’ai jamais eu le temps de m’occuper de ma femme et de mes enfants. Je me sens coupable envers eux et j’ai beaucoup de remords. Mais maintenant, après avoir mené ce combat, j’ai la conscience parfaitement tranquille. J’ai fait beaucoup plus que je ne pouvais et aujourd’hui ma responsabilité est encore plus grande pour concrétiser tout ce qu’on a dit et fait. Beaucoup de gens ont cru en nous et nous ont suivis. Ils ont placé leurs espoirs en nous, nous n’avons pas le droit de les décevoir». Pour Gharib, il est inadmissible qu’assurer une éducation à ses enfants soit un rêve, alors que cela devrait être un droit acquis.

Il manifeste une grande gratitude envers ceux qui l’ont soutenu dans cette campagne et n’oublie pas ceux qui l’ont appuyé et protégé lorsqu’il avait été licencié de l’école Mar Elias-Bettina (où il enseigne six heures de chimie par semaine) pour s’être absenté des cours. Depuis, il a été réintégré dans ses fonctions. Durant tous ces mois de lutte, il n’a pas eu peur pour son poste. Sa seule crainte était l’échec du mouvement de protestation. Dans ce bras de fer, il estime avoir remporté une première manche. «Le gouvernement avait dit qu’il ne cédera  pas sous la pression populaire et, finalement, il a cédé quoiqu’une nouvelle bataille se profile à l’horizon pour le vote de la loi sur l’échelle des salaires par le Parlement. C’est également une victoire contre les instances économiques qui ont exercé toutes sortes de pressions pour faire échouer les revendications syndicales. Nous avons gagné la première bataille mais la guerre n’est pas encore finie».
 

Joëlle Seif
Photos: Milad Ayoub - DR

 

Nehmé Mahfoud: un ami d’enfance
Etrange destin que celui qui unit Hanna Gharib et Nehmé Mahfoud, tous deux originaires de Rahbé dans le Akkar. Ils ont fréquenté l’école publique du village et ont adhéré au Parti communiste, que Mahfoud a quitté plus tard et dont Gharib fait toujours partie. Ils sont tous les deux membres du même syndicat. «Nous avons grandi ensemble Nehmé Mahfoud et moi et nous avons livré le même combat même si nos lignes politiques sont différentes».

Ce qu’il en pense
-Social Networking: «Je ne suis pas familier avec cette technologie, mais mes enfants m’ont créé une page sur Facebook pour m’aider dans ma campagne. Je ne suis pas sur Twitter non plus».
-Ses loisirs: «Je n’ai plus de loisirs du tout. Dans le temps, j’aimais la chasse et la marche dans la nature. Actuellement, j’aspire uniquement au repos. Je suis très fatigué physiquement et moralement. Je suis très heureux lorsque le téléphone ne sonne pas».
-Sa devise: «La franchise et l’honnêteté. Avoir une bonne réputation. Je ne possède rien d’autre que mon nom et je veux qu’il reste propre».

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

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