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Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

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Média (32)

Mercredi, 31 Juillet 2019 09:25

Les multiples vies de Claude el-Khal

«I write in English with a slight french accent and in French with a lebanese inflection». C’est par ces quelques mots que Claude el-Khal, écrivain, réalisateur de films, publicitaire, journaliste indépendant et communicant, se présente.

A 52 ans, Claude el-Khal semble avoir vécu plusieurs vies. Entre Beyrouth où il est né, Paris où il a longuement vécu, Londres, Chypre, Bahreïn et Dubaï où il a travaillé, le monde semble trop petit pour ce communicant passionné de politique. Hargneusement attaqué par les uns, farouchement défendu par les autres, son blog My Beirut Chronicles et ses trois apparitions à la télévision dans Le Média concernant la couverture de la guerre en Syrie, déchaînent toutes les passions et lui valent insultes et menaces.  
Né le 7 juin 1967, le lendemain de la guerre des Six-jours, «un signe prémonitoire» d’après lui, qui explique sa passion pour la politique, il effectue sa scolarité à la Mission laïque française, qu’il est obligé de quitter au début de la guerre pour l’école La Sagesse, en raison de la situation géographique du lycée, jusqu’à ce que les événements l’obligent à aller retrouver son père en France. Des souvenirs de la guerre, malgré son jeune âge, Claude el-Khal en garde beaucoup. «On ne se rendait pas compte de la gravité de la situation. Nous étions devenus des experts dans les départs et arrivées d’obus. Tôt le matin, lorsque tout le monde dormait encore, je sortais avec mon voisin pour ramasser les douilles et les queues des projectiles et des obus. Je savais parfaitement reconnaître une balle de M16 d’une balle de Kalachnikov. J’en avais toute une collection». Le massacre de Tall el-Zaatar remplit le petit garçon d’horreur. «Je répétais devant les voisins que je n’étais plus avec les Kataëb mais avec les Palestiniens».  
Une conscience humaniste. A Paris, c’est dans le quartier du Marais qu’il poursuit sa scolarité. Ses lectures nombreuses et variées, les films et les séries télévisées qu’il regarde façonnent son esprit et forgent «une certaine conscience humaniste», comme il dit. «J’écumais les bibliothèques publiques et je lisais avec une frénésie maladive. A 13 ans, je lisais Jean-Paul Sartre ainsi que le Manifeste du Parti communiste. Je suis devenu communiste».
Il assiste aux manifestations du Parti communiste et il est fortement marqué par sa rencontre avec le fameux poète Louis Aragon, le fou d’Elsa, au cours de l’une de ces manifestations. «J’ai eu l’honneur de lui serrer la main. J’ai dû balbutier ce jour-là tellement j’étais ému». Pour lui, le Manifeste du Parti communiste est le prolongement du message du Christ. «Pourquoi faut-il qu’il y ait des gens qui ont tout et d’autres rien?»
Claude el-Khal dévore les livres. «Le Livre rouge de Mao Tse-Tung me révulse au point que pour la première fois de ma vie, je jette un livre contre un mur. Je suis attiré par le concept de la révolution permanente de Trotski». Il découvre aussi le théâtre, le cinéma, les bandes dessinées mais la grande révélation fut pour lui Charlie Hebdo et son prédécesseur Hara Kiri. «François Cavanna, Georget Bernier alias le professeur Choron, Wolinski, Cabu, Gébé et les autres étaient devenus mes maîtres à penser».
Au départ, Claude el-Khal est attiré par le théâtre et le cinéma. «Je me voyais reçu par Michel Drucker sur le plateau de Champs-Elysées», dit-il ironiquement. Il prend des cours de théâtre et joue dans deux spectacles avant de rentrer au Liban en 1987, à l’âge de 21 ans, où il s’inscrit à l’Alba pour étudier la publicité. «A cette époque, j’avais écrit un spectacle avec des sketches et des imitations que j’avais intitulé Champs-Salomé, parodiant la fameuse émission Champs-Elysées, où j’ai critiqué tout le monde».

Lettre ouverte à Hafez el-Assad
Avec la guerre de libération lancée par le général Michel Aoun contre l’occupation syrienne, Claude el-Khal s’investit totalement. Il se rend en France pour s’adresser aux médias et parler du conflit. «J’ai frappé aux portes de tous les quotidiens et magazines. J’ai écrit un long article sous la forme d’une lettre ouverte adressée au président Hafez el-Assad que j’ai envoyée à tous les journaux mais personne n’a accepté de la publier. Ironie du sort, un grand journaliste d’un grand quotidien de gauche s’est ouvertement moqué de moi m’affirmant que le régime syrien que nous étions en train de combattre était en fait un régime de stabilité. Bien des années plus tard, ce même journaliste écrivait: comment a-t-on pu laisser un tel régime en place… C’est pour vous dire toute l’hypocrisie de la plupart des médias français.»   
A Paris, Claude el-Khal rencontre de nombreux Libanais qui soutenaient la guerre de libération, dont notamment l’ancien ministre Nicolas Sehnaoui. «Je pensais que la solution à ce conflit n’était pas militaire mais se produirait par un soulèvement populaire. J’ai alors écrit un spectacle sur ce thème intitulé Ma religion c’est le Liban». Il rencontre Michel Aoun et lui propose son spectacle. «Mon but était de présenter le spectacle sur les lignes de démarcation mais le général Aoun me propose de le faire au Casino du Liban». Les événements se succèdent et à la suite de la menace du président Elias Hraoui de lancer «une opération chirurgicale» à Baabda, nous avons décidé de faire un sit-in sur place. Au début c’était ridicule, nous étions à peine une trentaine. Puis la radio et Télé Liban ont annoncé que des jeunes faisaient un sit-in. Les gens ont entendu cela et ils ont commencé à affluer de toutes parts à Baabda. C’était la théorie de mon spectacle. Il ne s’est pas joué sur scène mais il a eu lieu en réalité!». Claude el-Khal travaille avec un groupe de jeunes dans l’hebdomadaire L’éveil, publié par le BCCN (Bureau central de coordination nationale) et devient le responsable de l’audiovisuel du BCCN. Il passe son temps entre le bureau du BCCN et la Direction de l’information de l’armée. «J’ai refusé de porter l’uniforme parce que je refusais de recevoir des ordres de qui que ce soit».  
Il travaille dans la publicité chez Intermarket et réalise deux campagnes fortement remarquées à l’époque avant d’attirer l’attention d’Alain Khoury, président de Impact/BBDO qui lui lance: «Tu es l’inverse de ce que je cherche mais je préfère que tu sois chez moi plutôt que chez quelqu’un d’autre». Il est basé à Chypre, puis à Bahreïn et Dubaï. Il réalise des films publicitaires et sillonne le monde. «J’ai voyagé partout, en Australie, à Los Angeles, en Malaisie, à Bangkok, à Singapour mais je n’ai jamais visité un seul site touristique. J’aimais me rendre dans les rues, dans les bas-fonds, parler aux gens. Et c’est là que j’ai réalisé que nous sommes partout pareils. Nous avons les mêmes peines et les mêmes joies. J’ai vu les mêmes sourires et les mêmes peurs de L.A. à Bangkok. Ceci confirme mon idée que partout, l’humanité est une.»
 
Insultes et menaces
En 1996, il quitte Impact/BBDO et Dubaï pour se rendre à Londres où il devient réalisateur de films publicitaires. «Londres m’a accueilli à bras ouverts. Je m’y suis senti chez moi». En 2003, il rentre à Beyrouth et réalise un court métrage intitulé Beau Rivage, dans lequel il dénonce l’occupation syrienne. «En 2003, j’avais prévu que les Syriens se retireront du Liban et que la Syrie serait un nouvel Irak. J’ai été très critiqué pour cela». En 2005, à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri, il est l’un des premiers à se rendre à la place des Martyrs.
Sa dernière rencontre avec Michel Aoun remonte au 18 février 2006, le jour de l’anniversaire du président. «Je lui ai offert le livre L’art de la guerre de Sun Tzu avec une dédicace disant: pour mieux préparer la paix».  
L’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 lui cause un choc énorme. Un jour, il est contacté par Sophia Chikirou qui lui propose de devenir le correspondant pour le Proche-Orient d’un nouveau média. «Je suis passé trois fois sur le plateau du Média et j’ai parlé de trois sujets: le premier, pourquoi Benyamin Netanyahu veut la guerre et le second portait sur la guerre menée par Israël contre les enfants palestiniens. J’ai commencé à recevoir des insultes et des menaces sans toutefois que celles-ci prennent des proportions démesurées. Mais lorsque la troisième fois. j’ai parlé de la Ghouta en Syrie, en refusant avec la direction du Média, de diffuser des images du conflit non vérifiées, ce fut le délire. J’ai reçu des insultes et des menaces. J’ai été traîné dans la boue par des gens d’une malhonnêteté effroyable. Et j’ai eu beaucoup de problèmes par la suite. De rares personnes, notamment Aude Lancelin, m’ont défendu jusqu’au bout et sans failles mais la majorité de la profession en France a été lâche. Malgré tout, je ne me suis pas tu et je continue à m’exprimer sur les réseaux sociaux».  
Claude el-Khal a à son actif quatre livres. Le premier, publié en 2005 mais qui n’est plus sur le marché car la maison d’édition a depuis fermé ses portes, s’intitule Flemme. En 2012, il publie un recueil des chroniques parues sur son blog, suivi en 2014 d’un livre regroupant les dessins ayant eu du succès sur son blog ainsi que le fameux Non chérie pour dénoncer le manque de culture dans la société de manière drôle et humoristique.


En chiffres
3 millions
Le nombre de visites enregistrées sur son blog.

3
Claude el-Khal a réalisé trois courts métrages dont Ecce hommos qui a été présenté à Cannes en 2010.

7
Nombre d’années vécues à Londres.

2
Deux apparitions dans Le média auront suffi à faire de lui un paria.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub - DR

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Éditorial
La stratégie invisible de Donald Trump

Au-delà du discours populiste, des dérives racistes et des propos inconséquents, le plus inquiétant dans la personnalité de Donald Trump c’est qu’il donne l’impression de faire cavalier seul, dans le sens où certaines des décisions qu’il prend ne semblent pas s’inscrire dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie, minutieusement élaborée, et convenablement mise en œuvre par les différents départements du processus du «decision-making» aux Etats-Unis. Une stratégie prévoyant les conséquences sur les équilibres mondiaux et prenant en compte les intérêts de ses alliés.Le président américain a ainsi marqué une pause dans sa guerre commerciale contre la Chine après avoir pris des sanctions à l’emporte-pièce, sans en mesurer l’impact sur l’économie américaine. La tentative de mettre à genoux le Chinois Huawei s’est heurtée aux réticences d’un grand nombre d’entreprises américaines, qui ont fait pression sur l’Administration. Sur un plan plus général, Pékin a riposté par des mesures ciblées contre la taxation par Donald Trump de produits chinois d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Les mesures de rétorsion chinoises ont mis à mal le secteur agricole aux Etats-Unis, pour qui l’Empire du milieu constituait un important marché. Le président Trump s’est donc tiré une balle dans le pied puisque les agriculteurs constituent une pierre angulaire de sa base électorale. C’est principalement pour répondre à leur demande que le locataire de la Maison-Blanche a décrété une trêve avec Pékin.Par ailleurs, les mesures contre Huawei ont poussé le géant chinois à accélérer ses programmes d’autonomisation pour ne plus dépendre exclusivement des logiciels et autres produits fabriqués par les entreprises américaines. Bien que les Etats-Unis aient reculé, Huawei poursuivra sur la voie de l’autonomisation car rien ne garantit que demain, ou un autre jour, Donald Trump ou un autre président, ne décideront pas de revenir à l’option des sanctions.Plus proche du Liban, la confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran donne lieu aux mêmes observations. Par vanité ou par ignorance, Donald Trump croyait, à tort, que Téhéran lèverait le drapeau blanc au bout de quelques mois de sanctions, couplées de menaces. Les sanctions sont toujours là mais les menaces, elles, perdent du volume. Au tout début, Trump menaçait la République islamique des pires gémonies si elle osait s’en prendre «aux ressortissants US, aux intérêts américains et aux alliés des Etats-Unis». Puis les «alliés» ont disparu de son discours, suivis des «intérêts», vu qu’il n’a pas riposté à la destruction du drone-espion Triton, qui vaut 220 millions de dollars, par un missile iranien qui a coûté lui quelques dizaines de milliers de dollars.Dans le bras de fer irano-américain, le monde assiste presque en temps réel, aux scènes de ménage entre Donald Trump et certains de ses conseillers, comme John Bolton, un va-t’en-guerre patenté qui cherche à entraîner son patron dans un conflit militaire que ce dernier ne souhaite pas en pleine campagne électorale.Dans ce paysage lamentable et pitoyable, les alliés des Etats-Unis sont les dindons de la farce. Ils constatent, avec effroi, que leur protecteur n’est pas si pressé de les protéger. C’est probablement pour cette raison que les Emirats arabes unis ont commencé les manœuvres pour un atterrissage en douceur en se désengageant de la guerre du Yémen.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un mariage à Chypre
La saison des mariages bat son plein et les voyages vers Chypre se multiplient. Célébrer ainsi son hyménée dans ce pays voisin du Liban se fait de plus en plus…

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