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Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

Finance

areeba, première institution financière non bancaire au Liban, innove pour développer le paiement électronique et le commerce en ligne. Les explications de son directeur commercial, Ramzi Saboury.


Quelles sont les réalisations phares d’areeba depuis sa création en 2017? 
areeba est une société de technologie financière considérée comme la première institution financière non bancaire au Liban. Elle a pour mission de contribuer à l’établissement d’une société sans argent liquide en diffusant la culture du paiement électronique à travers de nouvelles solutions et initiatives innovantes permettant aux commerçants d’accepter tous types de paiements électroniques, les aidant ainsi à augmenter leurs ventes. areeba s’adresse aussi aux banques et aux institutions gouvernementales, pour leur fournir des solutions de paiement plus intelligentes, rapides et pratiques.
Une de nos réalisations majeures est la carte biométrique, qui a reçu le prix Best Technological Innovation in Payments en marge de l’exposition Seamless Middle East en avril 2019. Cette carte, ciblant principalement les banques, est la première carte de paiement biométrique à double interface et sans batteries de Visa (avec puce et sans contact) au Moyen-Orient, ayant pour but d’utiliser la reconnaissance d’empreintes digitales comme alternative plus pratique et plus sûre au code PIN ou à la signature pour authentifier le détenteur de la carte au cours d’une transaction. Nous avons également collaboré au lancement de la nouvelle application de Beirut Digital District qui numérise l’expérience des membres de leur communauté, notamment avec les paiements mobiles par QR code. Enfin, areeba a lancé une initiative unique en son genre, 2bada Jadd, qui vise à développer le secteur des paiements électroniques en-dehors de la capitale, focalisant ses activités dans les villes du nord, du sud, de la Békaa et du Mont-Liban, afin d’encourager les commerçants à utiliser les méthodes de paiement électroniques. Cette initiative, qui se déroule actuellement au Mont-Liban et s’achèvera en septembre 2019, aura eu le mérite d’introduire les moyens de paiement électronique chez des commerçants n’ayant jamais utilisé ce mode de paiement, améliorant significativement leurs transactions quotidiennes et augmentant par la même occasion leurs profits.

Quel rôle joue areeba pour encourager le commerce en ligne?
Nous sommes conscients que pour faire avancer le commerce électronique, nous devons garantir des solutions sécurisées à toutes les parties concernées.Nous avons mis en place d’importants moyens de lutte anti-fraude, en conformité avec les critères de sécurité adoptés par Visa, Mastercard et American Express, notamment la Tokenization, qui garantit que les informations sensibles relatives aux clients demeurent sous le contrôle de la banque, afin de protéger les informations relatives aux consommateurs. À travers areeba e-payment, notre plateforme de paiement en ligne, nous permettons à toute entreprise de développer son commerce, de créer de nouvelles expériences clients et d’augmenter ses ventes en acceptant les paiements à travers plusieurs canaux, sur le web, le téléphone mobile et via les applications, et ce, en toute sécurité, rapidité et transparence.
 
Quels sont les nouveaux produits innovants qu’areeba compte lancer d’ici 2020?
Nous allons bientôt introduire de nouveaux terminaux de points de vente intelligents sur l’ensemble du territoire libanais. Ces systèmes incluront toute une gamme d’applications telles que le Top-up Mobile, les coupons électroniques, les programmes de fidélité de même que l’émission de cartes de paiement électronique etc. Les commerçants pourront également se connecter à un portail leur permettant de suivre les taux de vente et de consulter les graphiques de données.

 

Les développements d’actualité sur la scène financière sont passés au crible lors d’une interview avec Saad Azhari, Pdg de Blom Bank sal.

 

Le communiqué de l’Association des banques au Liban (ABL), publié le 19 juillet dernier, est inquiétant pour éviter d’utiliser le mot alarmant. Il a parlé de «banques réfractaires» qui font planer la menace sur l’ensemble du secteur des banques. En fait, le secteur bancaire est sujet «à un vent de folie» avec des taux d’intérêt qui ont atteint 21%. Qu’en dites-vous?
L’ABL a défini des lignes directrices se rapportant au taux d’intérêt que les banques libanaises peuvent proposer sur leurs dépôts en livres libanaises et dollars, et ce, pour limiter la concurrence entre les banques et protéger leurs marges d’intérêt nettes. Dans l’ensemble, les banques ont respecté ces limites et les taux d’intérêt ont atteint en moyenne à fin mai 2019 8,7% sur les dépôts en livres et 5,7% sur les dépôts en dollars. Cependant, il existe des produits spéciaux commercialisés par le biais de services des banques privées échéant à long terme avec des taux plus élevés et de loin inférieurs au taux d’intérêt de 21%.

Une anomalie touche l’ensemble du secteur bancaire. Le PIB du Liban est de près de 50 milliards de $, le volume des avoirs des banques est de 250 milliards $. D’une part, on se demande comment se nourrissent les banques et d’autre part, comment à leur tour peuvent-elles nourrir une économie qui a entamé la première phase du processus de récession?
Actuellement, les actifs bancaires s’élèvent à environ 254 milliards $ et le PIB pour 2019 devrait atteindre environ 58 milliards $. En outre, le financement bancaire du secteur public s’élève à environ 33 milliards $ et les prêts bancaires au secteur privé ont atteint environ 57 milliards $, soit près de 100% du PIB figurant parmi les ratios les plus élevés des pays émergents. Il est vrai que les prêts ont chuté de 5% au cours de l’année écoulée, ce fait étant dû à la mauvaise situation économique. Mais d’ici à la fin de l’année, une fois que l’économie se redresse, ils devraient reprendre leur tendance à la hausse.
 
Parler d’un marché local liquide est surprenant lorsque l’on sait que 80% des devises étrangères en l’occurrence des dollars disponibles sur le marché local sont détenus par la BDL?
Les dépôts bancaires auprès de la BDL représentent 55% de leurs actifs et 82% de leurs dépôts. Ces chiffres ne sont pas inhabituels pour un secteur bancaire dans un contexte économique difficile. Les banques s’engagent à protéger leurs liquidités tout en soutenant les avoirs extérieurs de la BDL. En outre, elles seront réduites quand l’économie se redressera et lorsque les placements des banques dans les secteurs réel et financier seront plus intéressants.

Une dollarisation à 100% de l’économie libanaise représenterait-elle une solution à l’état de pourrissement de l’économie?
Le cas d’un taux de dollarisation de 100% se présente lorsqu’un pays utilise le dollar américain en tant que devise comme c’est le cas au Panama par exemple. Ceci ne s’applique pas au Liban qui, d’ailleurs, n’a jamais atteint un tel taux de dollarisation, même au plus fort de la guerre civile entre 1975 et 1991. Le taux de dollarisation est actuellement de 71% et les politiques de la BDL visent à maintenir la confiance dans la livre libanaise, objectif atteint jusqu’à présent avec beaucoup de succès.

Pourquoi n’avez-vous pas réussi à faire un lobby de pression sur le gouvernement puis sur le Parlement pour éviter une double taxation des banques? Un tel lobby aurait été bénéfique pour les banques et pour le gouvernement. Ce dernier aurait peut-être été acculé à élaborer une réelle loi de finances réformatrice?
Certes, la double imposition pèse lourdement sur les bénéfices des banques. L’augmentation simultanée des impôts sur les sociétés d’une part et sur les intérêts des dépôts d’autre part porte à plus de 45% la charge fiscale effective des banques. L’ABL a toujours fait pression contre cette double imposition et le fait toujours avec force, mais hélas sans succès malgré les efforts déployés car certains politiciens et citoyens pensent à tort que les banques gagnent «trop d’argent» et doivent donc être taxées davantage. Or, les taux de rentabilité des banques – comme un ROAE de 10% ou moins – sont parmi les plus bas de la région Mena et les déficits budgétaires devraient être réduits par des réformes fiscales et non par une augmentation des impôts ciblant le secteur productif de l’économie. En outre, il est important de noter que des taxes plus élevées sur les intérêts se traduisent finalement par des taux d’intérêt plus élevés et par une réduction des prêts et de la croissance, contrairement à l’augmentation des taxes sur les cigarettes et l’essence par exemple qui contribueraient à réduire les coûts de la santé et la pollution.

Liliane Mokbel

Mercredi, 31 Juillet 2019 08:48

Assurtech. Un marché en pleine maturation

Les nouvelles technologies sont au cœur de la réflexion au quotidien des assureurs et des réassureurs. Elles sont pleines de promesses. Les professionnels de l’Assurtech ne sont pas en reste pour inventer des produits et services pour améliorer l’expérience client.

Les assureurs interrogés par Magazine, le Pdg d’Arope Insurance, Fateh Bekdache, et le directeur général d’Adir Insurance, Labib Nasr, sont d’accord pour dire que l’objectif ultime de l’Assurtech est d’inventer de nouveaux services pour améliorer l’expérience client au profit de la marque que chacun d’eux représente. Tout en sachant à l’avance que les souscripteurs ont besoin d’un maximum de confiance dans un système et sa sécurité afin de l’adopter.
L’Assurtech apparue récemment n’est ni suffisamment mûre ni suffisamment avancée au Liban comme ailleurs dans le monde. Au Liban, ce domaine fait appel à des solutions standards, comme la cartographie, et demeure jusqu’à nouvel ordre fondé sur Internet. Mais, il est bien là et s’impose comme une option, parfois déterminante, pour l’assuré par rapport au choix de son assureur. A plus ou moins court terme, il n’est pas impossible que l’Assurtech intègre le Big data et fasse appel au Cloud. Celui-ci présente de nombreux intérêts, à commencer par un coût moindre qu’un stockage 100% propriétaire et une meilleure résilience aux cyberattaques.  
Les plateformes web et les réseaux sociaux ont permis aux assureurs d’atteindre un public plus large et de proposer des services de souscription d’assurance en ligne sans passer par les agences. Si ces innovations engendrent des opportunités énormes, elles font planer des risques importants, notamment les cybermenaces que l’Association du management des risques et assurances de l’entreprise (AMRAE) a remonté de la 7ème place en 2017 au top 3 des inquiétudes des entreprises en 2019.

Des start-up qui font leurs preuves
Les nouvelles technologies dans l’assurance ont, en 2019, un grand défi à relever: démontrer leur pertinence en mettant en avant des usages concrets, efficaces et créateurs de valeur. C’est la condition sine qua non pour que les assureurs se les approprient. Or, rares sont les start-up qui réussissent à percer dans l’Assurtech. En 2019, la feuille de route des assureurs relève donc davantage d’une consolidation que d’une course effrénée vers l’innovation. Pour Labib Nasr, l’Assurtech se trouve à une phase préliminaire au Liban, d’où le fait qu’il est encore prématuré de procéder à son évaluation. Il existe de nombreuses applications mobiles pour les assureurs permettant au client de souscrire à une police et de la payer directement. Mais cette police lui sera livrée sur papier (hard copy) et à un stade ultérieur. «Les assureurs libanais font face à une pression croissante pour évoluer et se réinventer, tout en reconnaissant que l’Assurtech présente au final plus une opportunité qu’une menace. Mais sur un marché tel que le Liban, où les gens s’appuient sur des modèles commerciaux relationnels, il existe de vrais défis à surmonter en termes de culture, de technologie et de forces actives», explique le directeur général d’Adir.

Méfiance et confiance
La méfiance est le mot d’ordre dans l’Assurtech. L’erreur est le propre de l’être humain, elle est aussi celle de la technologie. Sachant que de nombreux accidents ont eu lieu dans le monde où l’application a capté de fausses données. «La tolérance zéro est la doctrine chez Arope. Choisir les bons partenaires techniques et anticiper les progrès sont tous des éléments clés afin d’atténuer les erreurs et les accidents. La sécurité étant de rigueur de nos jours, l’investissement dans l’Assurtech consiste à financer les programmes et les systèmes ainsi que tous les logiciels de protection des bases de données et de la politique de confidentialité», explique Fateh Bekdache. Pour Arope, la méfiance se retrouve à plusieurs niveaux. La méfiance du public: si les assurés ont le sentiment que l’assurance ne va pas les indemniser; la méfiance de l’assureur: revers de la médaille de cette forme de «smart insurance» laisse présager des problématiques de fausses déclarations de perte, de vol ou de casse; la méfiance des outils informatiques: la démocratisation de l’informatique facilite l’offre d’alternatives mais elle a aussi amène avec elle la peur des failles sécuritaires.

La e-réputation
Pour Labib Nasr, la méfiance règne dans le secteur des assurances, que cela nous plaise ou non. Le ministère de l’Economie et du Commerce a pris les dispositions nécessaires pour que les assurés puissent se plaindre de tout comportement suspect ou douteux des compagnies d’assurance et a mis en place un service d’assistance téléphonique. «En Assurtech, dit-il, c’est l’inverse.» La méfiance est évaluée instantanément, les personnes pouvant poster en ligne leurs commentaires si le service n’est pas à la hauteur de leurs attentes. Ce qui finira par ruiner la réputation de l’assureur. «En numérisant nos processus, le taux d’erreur diminuera et sera contrôlé au niveau de la collecte de données, de l’évaluation des risques et de la publication des politiques. Si les informations complètes ne sont pas correctement récupérées, les erreurs seront toujours récurrentes», dit-il.

Technical push
Adir et Arope se suffisent-elles d’une approche «technical push», où ont-elles identifié des problèmes et sont en passe de leur trouver des solutions digitales?
Adir a adopté une nouvelle approche dans sa stratégie de marketing numérique en remodelant le site web de la société –devenu réactif, informatif, léger et clair – et en lançant les plateformes de médias sociaux dans un tout nouvel esprit et une nouvelle culture, dont l’objectif est d’interagir avec ses clients et atteindre un public plus large, en particulier la génération Y, tout en préservant son identité d’entreprise. En ce qui concerne les solutions numériques, Adir dispose d’un nouveau plan numérique pour 2020 qui a commencé à être élaboré plus tôt cette année. Son objectif est de disposer d’une application mobile complète pour assister les clients au quotidien et faciliter leur expérience en matière d’assurance auprès de la société. (déclarations d’accidents, devis, émissions de polices, enquêtes d’experts, services de remorquage, vérification du portefeuille d’assurances, suivi impayé, etc.).
Adir considère que l’Assurtech peut être un nouveau canal de distribution pour promouvoir des polices d’assurance légères en termes de souscription (par exemple, dommages corporels, voyages, dommages matériels causés à des tiers et assurances médicales pour étrangers). De plus, la technologie peut aider à développer de nouveaux types innovants de produits d’assurance comme les solutions domotiques pour prévenir les incendies ou les cambriolages, ou encore les assurances vie et maladie avec surveillance continue des activités quotidiennes, des marches, des calories brûlées… «Nos solutions numériques serviront donc principalement à minimiser les risques et à les empêcher», conclut Labib Nasr.

Quantum leap technologies
Quant à Arope, la compagnie considère que les services assurantiels sont comparés de plus en plus aux services financiers mais se retrouvent à la traîne car ils n’ont jamais été confrontés à cette dure compétition technologique face aux start-up et à la disparition des barrières d’entrée au secteur. Les assureurs doivent faire un saut technologique (quantum leap technologies) afin de rattraper le peloton de tête, pour pouvoir se maintenir dans la course aux services financiers afin de dépasser la vague virtuelle. «L’assurance devient un bien de consommation comme un autre, dénudé de sa lourdeur administrative traditionnelle; nous recherchons constamment des outils qui modernisent le traitement assurantiel en assouplissant les relations assureur-assuré en offrant à l’assuré un rôle central dans la gestion de son contrat», conclut M. Bekdache.


 AROPE
● 2012: Développement d’une application mobile gratuite compatible avec les systèmes iOS, Android et Blackberry. Une plateforme pour organiser les fichiers d’assurance. Ultérieurement, y ont été intégrés des services tels que la calculatrice des frais de mécanique, les numéros d’urgence, les stations d’essence et les ATM de BLOM Bank les plus proches.
● 2017: Ajout à cette plateforme d’un service de paiement de primes d’assurance en ligne, à travers l’application, le site web et le site web mobile. Il s’agit d’une étape importante dans le parcours de la compagnie vers l’Assurtech et le e-commerce prochainement.
● 2017: Développement d’une 2ème application mobile dédiée aux experts routiers afin d’optimiser le système de gestion de sinistres autos. Ce service B2B a été créé pour simplifier la tâche des experts routiers durant l’inspection d’un accident et offrir un service 24h sur 24 et 7 jours par semaine.


 Adir Insurance

●  2020: Cette année sera une nouvelle ère pour ADIR Insurance après plus de 35 ans d’assureur et de bancassureur traditionnels, en espérant que la réglementation facilitera la transformation du secteur des assurances en numérique.
● Allocation d’un budget à la transformation digitale pour les projets suivants: Application mobile Full Fledge, y compris la télématique; espace client; assistance médicale pour applications mobiles en coopération avec le TPA; paiements en ligne; chaînes de médias sociaux et programmation.

Liliane Mokbel

Que l’on parle de FinTech ou de TechFin, il ne s’agit que de finance et de technologie. La différence est qu’au lieu d’être séparées, elles sont maintenant intégrées.

Dans quelques années, nous cesserons de parler de FinTech, de TechFin, etc., et parlerons simplement de la finance fournie par la technologie d’une toute nouvelle manière. Dans ce secteur, on entend un lexique technique comprenant les mots rebanking, intelligence artificielle, blockchain, big data. L’impact économique de la Fintech est considérable, car de nouveaux moyens de financement, surtout pour les PME, sont proposés, s’appuyant souvent sur le mobile et sans intermédiaires. Le Liban assiste à l’émergence d’entreprises Fintech, et accueille plus de 15% des start-up Fintech de la région.
Au début de l’ère des start-up et de la Fintech, la question s’est effectivement posée. Allions-nous assister à une confrontation entre le modèle de la banque traditionnelle et le modèle Fintech, à une entente et une collaboration entre les deux, ou bien à une cohabitation et à un partage du marché? Si la banque traditionnelle garde pour elle la base clientèle, les moyens financiers, le savoir-faire bancaire et la réputation, et contre elle la régulation, le conservatisme et la lourdeur des processus; le modèle Fintech a pour lui la proactivité, l’agilité, l’alignement sur les jeunes, des coûts moins chers et un manque de régularisation. «On assiste actuellement à un rapprochement des deux modèles. La Fintech a le mérite d’avoir secoué les banques qui ont été obligées d’être plus agressives au niveau de la technologie et de proposer des systèmes plus en phase avec les attentes des clients. Le clash prévu n’a pas eu lieu, les banques peuvent se permettre d’acheter la technologie et nous assistons plutôt à une cohabitation positive entre les deux modèles qui, dans certains secteurs, tendent l’un vers l’autre», déclare André Gholam, Pdg de Logica, une société d’audit informatique. «L’IBL a déjà commencé à adopter les innovations financières et présente d’importantes opportunités de coopération avec la Fintech. C’est la coopération et la complémentarité entre la banque et la Fintech qui va prévaloir et non pas la résistance de la banque vis-à-vis de de l’autre modèle. Pour les cinq années à venir, notre stratégie est de nous positionner dans le monde de la Fintech et des start-up et de répondre aux besoins de nos clients et des marchés», souligne Salim Habib, Pdg de l’IBL, ajoutant que «ceci n’empêchera pas une certaine forme de compétition qui sera, à mon avis, saine et bénéfique pour le consommateur.»
D’après Antoine Lawandos, directeur général adjoint et directeur des Systèmes d’information à Blom Bank, le partenariat entre la banque et la Fintech est non seulement possible, mais plutôt souhaitable. La Fintech est au sens large la technologie au service des banques et institutions financières. Ainsi, elle a été de tout temps et indiscutablement partie intégrante de tous les moteurs bancaires, et ce à tous les niveaux: Front, BackOffice, Customer Facing, Self-Service, Interfaces utilisateurs, Systèmes et réseaux de paiements et la liste reste longue. Au sens restreint, ajoute-t-il, la Fintech est le cœur de métier des nouvelles entreprises, start-up ou autres, offrant des services dans le domaine de la banque, des finances ou des paiements, dans le but de remplacer des services existants ou éventuellement visant à les améliorer ou à les compléter, d’où le partenariat entre la Fintech et banques.

Réforme du business model
Mais ces disrupteurs s’appuient sur des banques de la vieille école pour les services bancaires et l’infrastructure bancaire (comptes bancaires, paiements, intermédiation, conformité). Autrement dit, ils réinventent l’expérience utilisateur, l’interface utilisateur ou le modèle d’entreprise, mais pas «le tout». De plus, en comptant sur les banques pour faire des affaires, les entreprises de technologies financières sont des clients et génèrent ainsi des revenus pour la banque. Disons que c’est un modèle de co-pétition (concurrence coopérative) dans lequel les Fintech restent à la merci des banques, elles perturbent les banques d’un côté, mais leur rapportent des affaires de l’autre. A la fin, les banques continuent de gagner. Néanmoins, pour échapper aux retombées à l’ère de la disruption, les banques n’ont d’autre choix que de réviser leur modèle de travail, d’où les mots souvent utilisés de «reshaping the bank or rebanking». «Les banques doivent remettre en question leur modèle. On note des changements importants dans les grandes banques internationales. Goldman Sachs, par exemple, a remplacé la majeure partie de ses traders par des robo advisors (robots conseillers, ndlr)», dit André Gholam, mettant l’accent par ailleurs sur le fait que «si les banques ne se préparent pas dès à présent, le choc sera dur.
La préparation n’est pas uniquement technologique. Un développement en parallèle de l’ensemble des composants des processus est nécessaire: la direction, le personnel, les procédures, les lois… On a souvent vu dans le passé des technologies prometteuses qui ont fini dans un flop monumental. Ça prendra du temps, mais ça va venir et l’impact sera majeur.» Répondant à la même inquiétude sur le reshaping banks, Salim Habib considère que si les banques ne remplissent plus leur rôle de financement de l’économie, le risque est là. «Mais les banques sont conscientes de la pression du digital et du changement profond des mentalités des clients. Le financement de start-up technologiques ainsi que la création de fonds participatifs va introduire plus de concurrence et va pousser les banques à concevoir de nouvelles architectures en phase avec l’exigence des clients et à mieux s’intégrer aux réseaux sociaux en s’ouvrant aux potentialités externes par une démarche d’«open innovation».

Ubérisation de la finance
«Il est possible que l’ubérisation de l’économie et de la finance soit une solution d’avenir», souligne le numéro 1 d’IBL, faisant remarquer que «ce néologisme formé à partir du nom d’Uber s’est emparé du transport, de l’hôtellerie, de la restauration, du conseil juridique… La liste est longue et prouve à quel point le changement dans les modèles économiques et surtout des services est profond. Le monde de la finance n’échappera pas à cette évolution, j’en suis conscient. Mais si la banque s’adapte à ces changements et ces mutations, elle continuera à remplir ses fonctions et à jouer son rôle.» «Effectivement, dans beaucoup de domaines, on assiste à ce phénomène d’ubérisation. Il semble toutefois difficilement applicable au monde bancaire et financier, même si, dans certains cas spécifiques, il y a annulation du rôle d’intermédiaire de la banque. Les mentalités et les lois ne s’y prêtent pas encore. Mais aussi et surtout, les banques qui veulent garder leur monopole sur ce marché», dit le patron de la société Logica. On l’a vu récemment avec le lancement de la cryptomonnaie Libra de Facebook. Bien que différente des autres cryptomonnaies dans le sens de la stabilité de ses cours et de sa relative transparence, elle a immédiatement fait réagir les politiques et banquiers qui ont voulu l’encadrer et la réguler; sinon elle aurait d’un coup fait de Facebook la plus grande banque au monde avec plus de 2 milliards de clients. Evidemment, Facebook n’offrirait pas toute la palette de services d’une banque classique, mais les transferts et paiements seraient les premiers à être proposés. Ce qui toucherait la majorité des individus. Par ailleurs, les exemples de peer-to-peer lending et de crowdfunding sont des exemples parfaits de la disparition du rôle d’intermédiaire. On a remplacé la banque par une application (avec tout ce qu’il y a derrière) pour obtenir et gérer des prêts. Les estimations prédisent un volume de 1 000 milliards de dollars en 2024, venant de 26 milliards en 2015, rien que pour le peer-to-peer lending. D’après Antoine Lawandos, il n’est pas très exact de parler de l’ubérisation des services financiers car il est impossible de comparer le modèle complexe du métier bancaire au modèle plus simple du commerce en ligne voire même à celui des néo-banques. Celles-ci ont construit le modèle de leur métier autour d’un nombre limité de services centrés sur quelques produits simples et à faible risque et pouvant être uniquement proposés de manière numérique à une catégorie restreinte de consommateurs via un nombre réduit de canaux de distribution. «Ceci dit, la complexité supplémentaire des banques traditionnelles consiste actuellement à soutenir des réseaux de distribution hybrides dans lesquels le concept d’agence continue de jouer un rôle assez important mais dont l’importance va certes diminuer progressivement au fil des années», fait-il remarquer, ajoutant que «dans le commerce électronique, la transaction et son cycle de vie sont fondamentalement les mêmes quelle que soit la taille du portefeuille de produits. Dans les services des réseaux sociaux, le client devient lui-même le produit. Ceci ne reste pas vrai dans le cadre des produits et services bancaires, et particulièrement lorsque vous êtes une banque universelle agissant dans les secteurs de la banque de détail, la banque d’entreprise, des PME, traitant des opérations avec des correspondants, ou gérant des portefeuilles d’investissements variés. Dans ce cas, vous devez gérer une grande diversité de services et produits distribués moyennant plus de 5 canaux de livraison tout en tenant compte de réglementations de concordance de plus en plus strictes.»

Relations banques/Start-up
En Grande-Bretagne, la FCA (Financial Conduct Authority) met en place des lois en vue d’aider le développement de la Fintech. Quant à la régulation européenne, elle est la plus avancée en ce sens, notamment l’OPEN PSD2 (directive révisée sur les services de paiement) qui vise à définir un écosystème de coopération/compétition entre la banque et la Fintech, moyennant une règlementation qui va entrer en vigueur en septembre 2019 pour distribuer les rôles entre banques et Fintech. OPEN PSD2 vise à contrôler et réduire le monopole que les banques exerçaient sur les comptes de leur clientèle et sur les paiements et modes de paiements relatifs. OPEN PSD2 donne des droits aux clients d’utiliser les services de tierces parties, en l’occurrence des Fintech, désignées par la régulation en tant que TPPs (Third party providers) et pouvant jouer les rôles de AISP (Account Information Service Providers) ou PISP (Payment Information Service Providers), sans pour autant être des banques. La régulation donne le privilège aux banques d’assumer en même temps leur rôle de banque en plus du rôle de TPP. La régulation oblige les banques à ouvrir leurs systèmes moyennant des APIs (Application Program Interfaces) qui seraient mises à la disposition des TPP pour leur permettre l’accès direct à plusieurs banques depuis leurs applicatifs et la capacité d’offrir des services à valeur ajoutée à la suite du consentement explicite du client qui restera toujours sous le contrôle de la banque elle-même, et en respect de normes de sécurité règlementaires préétablies. Bien sûr, la régulation force les banques à offrir leurs services sous formes de APIs dans un respect strict de normes de sécurité telles que définies par le RTS (Regulatory Technical Standards) qui fait partie de OPEN PSD2 et en conformité avec la régulation/loi eIDAS qui régit les identités numériques ainsi que les services d’authentification qui y sont relatifs. Les banques devront mettre à la disposition des TPP accrédites selon les modalités de la nouvelle loi des environnements de «SANDBOX» ou les TPP pourront tester et faire évoluer leurs applicatifs, explique Antoine Lawandos, qui insiste par ailleurs que «le but de PSD2 est d’instaurer un cadre légal pour gérer la collaboration et règlementer la compétition sur l’offre de services autour des comptes bancaires et des services de paiement en ligne, faisant entrer en jeu les TPP – qui sont en fait des Fintech –, selon notre définition.
Au Liban, on voit de plus en plus une volonté des autorités publiques et financières de réguler ce marché de la Fintech. Mais la progression légale est lente. Répondant à une question lors du dernier forum organisé à Beyrouth par Euromoney, le gouverneur de la BDL Riad Salamé, a déclaré que toutes les circulaires en pipeline portant sur la Fintech ont pour objectif premier de protéger le consommateur, ajoutant que «la BDL ,en tant que régulateur, interviendra non seulement pour maintenir une stabilité, mais également pour veiller à la concurrence dans le secteur financier». Il a également réitéré l’annonce d’une émission prochaine d’une monnaie digitale propre au Liban. D’ailleurs, la lenteur de la législation dans ce domaine n’est plus de rigueur surtout après la promulgation de la loi 81 sur la signature électronique, il y a déjà neuf mois, alors que tout le monde l’a réclamé à cor et à cri. Cela sans parler de la circulaire 331 de la Banque centrale permettant aux banques d’investir dans les start-up.

Trump vs compagnies de technologies
Les États-Unis proposent d’empêcher les grandes entreprises de technologie d’offrir des services financiers et des monnaies numériques. Autrement dit de fonctionner en tant qu’institutions financières. Un projet de loi en ce sens a été transmis pour examen au Sénat et à la Chambre des Représentants après l’annonce par Facebook Inc. de son intention de lancer sa propre monnaie numérique – Libra - en 2020. Facebook et 28 partenaires, dont Mastercard Inc (MA.N), PayPal Holdings Inc (PYPL.O) et Uber Technologies Inc. (UBER.N), formeraient l’association Libra pour régir la nouvelle pièce. Aucune banque ne fait actuellement partie du groupe. La position du président américain Donald Trump est claire. En juillet dernier, il a critiqué la Libra et a demandé aux entreprises de technologies de solliciter une charte bancaire et de se soumettre à la réglementation américaine et mondiale si elles souhaitaient «devenir une banque». Ses commentaires ont été prononcés après que le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, eut déclaré aux législateurs que le plan de Facebook visant à créer une monnaie numérique, ne pourrait pas aller de l’avant s’il ne répondait pas aux préoccupations concernant la confidentialité, le blanchiment d’argent, la protection des consommateurs et la stabilité financière.

Un nouveau monde tout simplement
En tant que client, nous apprécions la technologie et la valeur ajoutée qu’elle nous apporte. Parler d’innovation est chose facile. Passer à l’exécution est plus difficile. Dans tous les cas de figures, la Fintech est sous-tendue par une dynamique évolutive. Pour le moment, peu d’entreprises Fintech ont évolué d’un modèle de P2P à un modèle de marché où la liquidité peut provenir d’individus ou d’institutions financières. Cette vague de technologies financières qui se mettrait en place sera la «banque de marché» (ou «banques de technologies financières»). Ce sera un type de banque basé sur les éléments simples suivants. Imaginez que vous soyez un client de cette «banque de marché» et que vous ayez besoin d’un prêt. Vous ne vous souciez pas vraiment si le prêt vous est fourni par le Lending Club ou la Bank of America, ce que vous recherchez est un processus rapide et sans friction pour obtenir votre prêt et le taux d’intérêt le plus bas possible. La question sera de savoir si la première «banque de marché» serait lancée par une banque de la vieille école (un opérateur historique) ou par une start-up de la Fintech? Il serait trop perturbant et le risque de cannibalisation est trop élevé pour qu’une banque assume le risque. La finance fournie par la technologie diffère de bien d’autres manières, mais nous allons bientôt cesser de parler de technologie de rupture, d’innovation ou de technologie financière. Ce ne sera qu’un nouveau monde financier transformé numériquement.

Liliane Mokbel

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Éditorial
La stratégie invisible de Donald Trump

Au-delà du discours populiste, des dérives racistes et des propos inconséquents, le plus inquiétant dans la personnalité de Donald Trump c’est qu’il donne l’impression de faire cavalier seul, dans le sens où certaines des décisions qu’il prend ne semblent pas s’inscrire dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie, minutieusement élaborée, et convenablement mise en œuvre par les différents départements du processus du «decision-making» aux Etats-Unis. Une stratégie prévoyant les conséquences sur les équilibres mondiaux et prenant en compte les intérêts de ses alliés.Le président américain a ainsi marqué une pause dans sa guerre commerciale contre la Chine après avoir pris des sanctions à l’emporte-pièce, sans en mesurer l’impact sur l’économie américaine. La tentative de mettre à genoux le Chinois Huawei s’est heurtée aux réticences d’un grand nombre d’entreprises américaines, qui ont fait pression sur l’Administration. Sur un plan plus général, Pékin a riposté par des mesures ciblées contre la taxation par Donald Trump de produits chinois d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Les mesures de rétorsion chinoises ont mis à mal le secteur agricole aux Etats-Unis, pour qui l’Empire du milieu constituait un important marché. Le président Trump s’est donc tiré une balle dans le pied puisque les agriculteurs constituent une pierre angulaire de sa base électorale. C’est principalement pour répondre à leur demande que le locataire de la Maison-Blanche a décrété une trêve avec Pékin.Par ailleurs, les mesures contre Huawei ont poussé le géant chinois à accélérer ses programmes d’autonomisation pour ne plus dépendre exclusivement des logiciels et autres produits fabriqués par les entreprises américaines. Bien que les Etats-Unis aient reculé, Huawei poursuivra sur la voie de l’autonomisation car rien ne garantit que demain, ou un autre jour, Donald Trump ou un autre président, ne décideront pas de revenir à l’option des sanctions.Plus proche du Liban, la confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran donne lieu aux mêmes observations. Par vanité ou par ignorance, Donald Trump croyait, à tort, que Téhéran lèverait le drapeau blanc au bout de quelques mois de sanctions, couplées de menaces. Les sanctions sont toujours là mais les menaces, elles, perdent du volume. Au tout début, Trump menaçait la République islamique des pires gémonies si elle osait s’en prendre «aux ressortissants US, aux intérêts américains et aux alliés des Etats-Unis». Puis les «alliés» ont disparu de son discours, suivis des «intérêts», vu qu’il n’a pas riposté à la destruction du drone-espion Triton, qui vaut 220 millions de dollars, par un missile iranien qui a coûté lui quelques dizaines de milliers de dollars.Dans le bras de fer irano-américain, le monde assiste presque en temps réel, aux scènes de ménage entre Donald Trump et certains de ses conseillers, comme John Bolton, un va-t’en-guerre patenté qui cherche à entraîner son patron dans un conflit militaire que ce dernier ne souhaite pas en pleine campagne électorale.Dans ce paysage lamentable et pitoyable, les alliés des Etats-Unis sont les dindons de la farce. Ils constatent, avec effroi, que leur protecteur n’est pas si pressé de les protéger. C’est probablement pour cette raison que les Emirats arabes unis ont commencé les manœuvres pour un atterrissage en douceur en se désengageant de la guerre du Yémen.  


 Paul Khalifeh
   
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