Elections européennes. En France, raz-de-Marine
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Nº 2951 du vendredi 30 mai 2014

Elections européennes. En France, raz-de-Marine

 
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Séisme, choc, big bang… Le vocabulaire apparaît lourd de sens, pour qualifier la victoire du Front national aux élections européennes de dimanche, en France. Dans le reste de l’Union, les extrêmes − de gauche comme de droite − comme les eurosceptiques ont effectué une percée significative.
 

Au lendemain de ce dimanche consacré aux élections européennes, en France, la gueule de bois se fait sentir. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Front national – Rassemblement Bleu Marine arrive pour la première fois en tête d’un scrutin national, avec 24,85%, devançant l’UMP de quatre points, avec 20,80%. Quant au Parti socialiste, il n’a recueilli que 13,98% des suffrages. Les autres partis, UDI-Modem, EELV ou encore le Front de gauche, peinent, de leur côté, à sortir leur épingle du jeu. Quant à la participation, elle est légèrement en hausse cette année, avec 42,43%, contre une abstention de 57,57%.
Si les partis politiques «de gouvernement» s’attendaient à une déculottée depuis des semaines, compte tenu de l’excellent score réalisé aux élections municipales par le parti de Marine Le Pen, ils ne pensaient visiblement pas que le choc serait si grand. L’opposition traditionnelle, l’UMP et ses alliés centristes de l’UDI-Modem, ont attribué ce raz-de-marée frontiste à l’inefficacité du gouvernement Valls et à la ligne politique fixée par François Hollande. L’extrême gauche, dont l’un des fers de lance est Jean-Luc Mélenchon, n’a pu, pour sa part, qu’afficher son désarroi, disant «avoir le cœur qui saigne», devant de tels résultats. Quant aux ténors du Parti socialiste, ils n’en menaient pas large dimanche soir. A commencer par le Premier ministre Manuel Valls, qui a évoqué un «séisme», un moment «très grave pour l’Europe et la France». Dans son camp, les socialistes sont apparus plus divisés que jamais, n’hésitant plus à faire porter la responsabilité du score du FN au président de la République François Hollande, ainsi qu’à Manuel Valls, considéré trop à droite. Un des députés frondeurs du PS, Christian Paul, a ainsi déclaré, dès dimanche que «la responsabilité du président de la République, c’est maintenant de changer de politique».

Objectif 2017
Au Front national, en revanche, on ne cachait pas sa joie. C’est tout de même la première fois que le parti arrive en tête d’un scrutin national. Pour Marine Le Pen, sa présidente, le message des Français est clair. «Le peuple a parlé haut et clair (…). Il ne veut plus être dirigé du dehors, se soumettre à des lois qu’il n’a pas votées, ni obéir à des commissaires qui ne se sont pas soumis à la légitimité du suffrage universel», a-t-elle martelé, victorieuse. Son père, Jean-Marie Le Pen, vainqueur dans le Sud-Est, n’a pas, quant à lui, hésité à demander tout de go «la dissolution du Parlement», voire la démission du président Hollande.
Mais surtout, les résultats des Européennes en France bousculent l’ordre établi. Nombre d’observateurs et de politiques ont estimé dès dimanche soir que la France traversait une crise politique sans précédent. Pour le Front national, il s’agit désormais de transformer l’essai, avec en ligne de mire, l’échéance présidentielle de 2017, où la formation ambitionne non seulement d’être présente au second tour, mais aussi de la remporter. Un objectif qui n’est pas si improbable que cela, ses principaux adversaires étant dans la déroute la plus complète. A droite, l’UMP traverse une crise sans précédent qui pourrait bien la mener à l’implosion (voir encadré).
Quant aux socialistes, ils subissent de plein fouet l’échec de la politique de François Hollande. Et ce n’est pas la brève intervention du président français, lundi soir, qui risque de changer la donne. Qualifiant la victoire FN de vote de «défiance à l’égard de l’Europe, qui inquiète plus qu’elle ne protège», mais aussi à l’égard «des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l’opposition», Hollande a souligné qu’il ne «ferm(erait) pas les yeux sur cette réalité». Néanmoins, il a affirmé sa volonté de poursuivre sa feuille de route, estimant que «cette ligne de conduite ne peut pas dévier en fonction des circonstances, il y faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi de la rapidité dans la mise en œuvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre». Désireux d’impulser une nouvelle dynamique, il a également annoncé la présentation, dès la semaine prochaine, de la grande réforme territoriale qu’il prévoit de mener.
Pour le président Hollande, le vote sanction des Français est le résultat d’une «Europe devenue illisible, alors qu’elle doit «être simple, claire, pour être efficace là où elle est attendue, et se retirer là où elle n’est pas nécessaire». «Mon devoir est de réformer la France et de réorienter l’Europe», a-t-il encore indiqué.
Une fois de plus, François Hollande n’aura pas vraiment convaincu. Au FN, Louis Aliot n’a pas mâché ses mots: «Quand on est sourd à une impopularité constante, je me dis que ce président est autiste». A l’UMP, on n’a pas été plus tendre, évoquant tantôt un «discours vide», ou encore un président «à bout de souffle» et «déconnecté». Seul le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, estime que le président «a tiré les enseignements de l’élection européenne».
Si l’élection de dimanche en France a pris des allures de cataclysme, dans le reste de l’Europe aussi, le vote a été marqué par la percée des extrêmes. La faible participation au scrutin − de 43,1% à l’échelle de l’UE − a favorisé dans bon nombre de pays membres les partis d’extrême droite ou de la gauche radicale. Seules l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont vu les partis au pouvoir l’emporter.
En Grande-Bretagne, l’Ukip (United Kingdom Independence Party) de Nigel Farage l’a emporté, avec 27,5% des voix, devançant les Travaillistes (25,4%) et les conservateurs (23,9%). Une victoire pour ce parti antieuropéen, qui disposera désormais de 24 députés au Parlement européen, contre 13 dans la précédente mandature. En réponse, le Premier ministre, David Cameron, a imputé cette victoire de l’Ukip à la «profonde désillusion» éprouvée au Royaume-Uni vis-à-vis de l’UE et rejeté d’emblée tout «pacte» avec Nigel Farage. «Les Britanniques veulent du changement et en ce qui me concerne, le message est complètement reçu et compris», a-t-il souligné à BBC radio 4.
Au Danemark, c’est une formation de droite radicale et anti-immigration, le parti du peuple danois, qui arrive en tête du scrutin, avec 26,7% des voix, devançant le parti social-démocrate au pouvoir, loin derrière avec 19,1%.
En Hongrie, le parti eurosceptique Jobbik arrive deuxième derrière le parti de droite de Viktor Orban, qui l’emporte largement.
En Autriche, le parti d’extrême droite FPÖ n’est pas en tête, mais obtient près de 20% des suffrages, en hausse de cinq points par rapport à 2009.
Aux Pays-Bas, ce sont finalement les Démocrates 66 qui prennent la tête du scrutin, alors que le Parti de la Liberté, notoirement anti-islam et anti-européen, n’obtient finalement que la troisième position avec 1,9%.
En Grèce, en revanche, c’est le parti de la gauche radicale Syriza qui a pris la tête du scrutin, avec quelque 26,7%, devançant le parti de droite au pouvoir, Nouvelle démocratie. Pays de tous les extrêmes, la Grèce voit apparaître en troisième position le parti néonazi Aube dorée, qui obtient 9,3% des voix et au moins deux députés au Parlement européen.
Cette poussée des eurosceptiques et des europhobes ne sera toutefois pas suffisante pour faire basculer le Parlement européen. Malgré les bons scores enregistrés par les partis d’extrême droite et d’extrême gauche, qui leur permettent de doubler leur nombre de sièges d’eurodéputés, ce sont toujours la droite et la gauche social-démocrate qui conservent le contrôle de l’Assemblée.
Le Parti populaire européen (PPE), qui comprend en son sein l’UMP française, la CDU allemande et le Parti populaire espagnol, obtient ainsi 212 des 751 sièges du nouveau Parlement, contre 273 dans la précédente mandature. Le parti socialiste européen (PSE) est, quant à lui, crédité de 185 sièges, contre 196 auparavant. En troisième position dans l’hémicycle, les libéraux – démocrates, avec 71 élus, contre 93 précédemment. Les Verts plafonnent à 55 eurodéputés. Ce qui donne aux partis proeuropéens une majorité de 523 sièges, contre 612 dans l’ancienne Assemblée.
 

Merkel, cheffe de l’Europe
Quant aux anti-européens, s’ils ont gagné des sièges, avec quelque 141 députés, ils apparaissent en ordre dispersé. Plusieurs mouvances: les europhobes comme l’Ukip, les non-inscrits comme le FN, le FPÖ ou le PVV néerlandais, qui pourraient être tentés de former un groupe d’extrême droite, puis les «autres», parmi lesquels on retrouve le Mouvement cinq étoiles de l’Italien Beppe Grillo. En France, Marine Le Pen a déjà indiqué qu’elle espérait créer un groupe avec le FPÖ, le PVV, voire l’Ukip, même si Nigel Farage lui a, pour l’instant, opposé une fin de non-recevoir.
Prochaine étape pour le nouveau Parlement, celle de désigner le successeur de Jose Manuel Barroso à la présidence de la Commission. Dès dimanche soir, le candidat du PPE, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a revendiqué la victoire. Peut-être un peu vite. Les dirigeants européens, sous pression après l’élection européenne, vont devoir tenir compte du mécontentement de leurs électeurs dans les orientations de l’Europe et le choix de la future Commission. La chancelière allemande, Angela Merkel, pourrait profiter de la situation pour imposer son choix, du fait de ses bons résultats aux Européennes, sans tenir vraiment compte de l’allié français, très affaibli par la victoire du Front national. Mardi, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles devaient justement évoquer les possibles candidats de compromis, qui pourraient être issus de la gauche libérale ou de la droite sociale. Avec peut-être des surprises à la clé. 


Jenny Saleh

La victoire du FN à la Une
Considérée un «signal grave» par Berlin, la victoire du Front national en France n’en finit plus de faire couler de l’encre.
Lundi, les quotidiens français titraient quasiment tous sur Marine Le Pen et son score sans précédent. Pour le Courrier Picard, La France inquiète l’Europe, tandis que le Républicain lorrain annonçait en Une: Le FN flambe, le PS coule. Au Sud, même chose, avec ce titre de La Provence: Le FN met le feu, tandis que La Dépêche du Midi s’émeut du Choc. Dans l’Ouest, Le Télégramme titrait sur Le tsunami bleu marine.
Le «séisme» français fait aussi parler au-delà des frontières.
Le quotidien allemand Bild n’y va pas avec le dos de la cuillère, qualifiant Marine Le Pen de «poison blond», et titrant plus largement sur: Les eurosceptiques à la hausse. Le quotidien économique Handelsblatt annonce, lui, en Une: La France choque, l’Europe baille.
Le Financial Times titre, lui, que Les eurosceptiques prennent d’assaut Bruxelles, illustré par une photo de la présidente du FN.
L’Italie n’est pas en reste. Le Corriere della Sera parle d’un «écroulement» de François Hollande. Côté espagnol, El Pais est dans la métaphore sismique, titrant tour à tour Tremblement de terre en Europe, puis Séisme en France.
En Suède, le tabloïd de droite populiste Expressen affiche une Une scandalisée: Honte à toi Europe! Même l’Allemagne a voté pour un néonazi. En Autriche aussi, on s’émeut, dans le quotidien Standard, de ce qu’Un Français sur quatre vote Front national.
Outre-Atlantique, la CNN parle de «séisme», estimant aussi que le «potentiel impact sur le paysage français était clair dimanche». Toutefois, pas d’Une majeure dans la presse américaine, qui s’intéresse davantage à ses affaires intérieures.

L’UMP dans l’œil du cyclone
Déjà affaiblie par sa deuxième place aux élections européennes, l’UMP se voit confrontée à un nouveau scandale qui tombe au plus mal.  
Lundi lors d’une conférence de presse, l’avocat de la société de communication Bygmalion, Me Maisonneuve, a évoqué de «vraies fausses factures» délivrées «à la demande de l’UMP», par son client, à hauteur de «plus de dix millions d’euros». Selon lui, des prestations de meetings de campagne du candidat Sarkozy auraient été «indûment» imputées à des conventions facturées à l’UMP. Une combine qui aurait permis d’alléger les frais de campagne de Nicolas Sarkozy. Dans le même temps, des enquêteurs de l’office anticorruption de la Police judiciaire entamaient une série de perquisitions à l’UMP, chez Bygmalion, ainsi que dans l’association politique, Génération France, présidée par Jean-François Copé, leader de l’UMP, ainsi qu’à l’AMDL de Michèle Tabarot.
Autre rebondissement, peu après, quand Jérôme Lavrilleux, ex-directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, est passé «aux aveux», sur BFMTV. « Il y a eu des factures présentées à l’UMP qui correspondaient à des dépenses faites pour la campagne» du chef de l’Etat sortant, a-t-il indiqué, tout en dédouanant l’ex-président français, ainsi que Jean-François Copé de toute implication.
Première conséquence de ces révélations qui s’annoncent fracassantes, le départ de Jean-François Copé de la présidence de l’UMP. Mardi, les caciques du parti ont décidé de confier la direction collégiale du mouvement à trois anciens Premiers ministres, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, jusqu’au prochain Congrès convoqué à l’automne.

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Éditorial
La contagion du vide

Depuis la fin de la guerre, en 1990, aucun mandat présidentiel ne s’est achevé normalement. Ceux d’Elias Hraoui et d’Emile Lahoud ont été prorogés de trois ans. Après la fin du mandat de ce dernier, le Parlement a été incapable d’élire un successeur et le siège de la présidence est resté vacant, de septembre 2007 à mai 2008. Six ans plus tard, la Chambre se retrouve encore dans l’impossibilité d’élire un président dans les délais constitutionnels et le vide s’est, une nouvelle fois, installé au palais de Baabda. La première observation que l’on peut faire de ces événements est que les Libanais sont incapables de s’entendre, de leur propre chef, sur un candidat accepté de tous. Ils ont soit besoin d’un tuteur, le Syrien en l’occurrence, soit de l’aide directe de puissances régionales et internationales, comme ce fut le cas à la conférence de Doha, qui a permis d’élire Michel Sleiman à la magistrature suprême. Les deux camps s’accusent réciproquement du blocage actuel. En réalité, ils se partagent tous la responsabilité, aux côtés du système politique bancal, déficient et défaillant, mis en place à la conférence de Taëf, à laquelle il faut reconnaître quand même le mérite d’avoir mis un terme à la guerre. Pendant la tutelle syrienne, le Liban était gouverné d’une manière extraconstitutionnelle. Le pays était, en quelque sorte, cogéré par les Syriens et la classe politique libanaise (toutes tendances confondues) et tout le monde y trouvait son compte. Avec le départ du tuteur, les Libanais ont été contraints de s’en remettre aux lois pour diriger leur pays et gérer leurs divergences. C’est alors que sont apparues les gigantesques failles, lacunes et autres insuffisances dans la Constitution. L’expérience et la pratique ont prouvé que le pays ne peut pas fonctionner normalement sans une réforme constitutionnelle et électorale. Le jour de son départ, Michel Sleiman en a proposé quelques-unes, susceptibles de donner un peu de contenu à la phrase sans cesse serinée: «Le président est le garant de la Constitution». Rendre au président de la République la prérogative de dissoudre le Parlement en cas de crise majeure ou de blocage politique est la plus pertinente. Mais elle est insuffisante. Il faudrait aussi autoriser deux mandats présidentiels consécutifs, comme dans tous les pays du monde, après avoir ramené à cinq années la durée du mandat; il faudrait réfléchir à accorder un délai au Premier ministre pour la formation de son cabinet. Il est, en effet, inconcevable qu’un chef de gouvernement désigné puisse bénéficier d’un délai illimité pour former son équipe. La réforme la plus fondamentale reste l’adoption d’une loi électorale basée sur le mode de scrutin proportionnel et l’instauration d’un sénat communautaire, afin de pouvoir élire, enfin, le premier Parlement non confessionnel. Sans une réforme en profondeur, les blocages politiques apparaîtront à chaque échéance importante. Aujourd’hui, le vide risque de se propager à toutes les institutions. Le Parlement est paralysé et la menace de blocage plane au-dessus du gouvernement. Le grippage de toutes les institutions est une invitation, on ne peut plus claire, à un arbitrage étranger. Celui-ci est toujours intervenu après une explosion de la situation. Les conférences de Taëf et de Doha n’ont-elles pas fait suite à une guerre civile de quinze ans et aux événements sanglants du 7 mai 2008? Pour une fois, les Libanais pourraient faire preuve de prévoyance et de perspicacité, en prouvant que l’Histoire ne se répète pas toujours nécessairement.


 Paul Khalifeh
   

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