Après la France, Daech frappe en Allemagne. L’Europe tout entière est menacée
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Nº 3064 du vendredi 29 juillet 2016

Après la France, Daech frappe en Allemagne. L’Europe tout entière est menacée

 
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    Après la France, Daech frappe en Allemagne. L’Europe tout entière est menacée
    Après la France, avec l’attentat du 14 juillet perpétré à Nice, l’Allemagne, jusque-là épargnée, vient de vivre une semaine noire, avec quatre attentats enregistrés sur son sol, dont deux ont...
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Après la France, avec l’attentat du 14 juillet perpétré à Nice, l’Allemagne, jusque-là épargnée, vient de vivre une semaine noire, avec quatre attentats enregistrés sur son sol, dont deux ont été revendiqués par l’Etat islamique.

C’est une petite bourgade tranquille, de quelque 40 000 âmes, non loin de Nuremberg, dans le sud de l’Allemagne. Pourtant, la ville d’Ansbach, en Bavière, a connu une plongée subite dans le terrorisme, dimanche soir, lorsqu’un demandeur d’asile syrien se fait exploser à proximité de l’entrée d’un festival de musique. Fort heureusement, l’explosion ne fait pas de morts, à l’exception du kamikaze, mais blesse tout de même quinze personnes, dont trois grièvement. Le réfugié syrien, âgé de 27 ans, avait été refoulé à l’entrée du festival qui réunissait près de 2 500 personnes. Selon les enquêteurs, les explosifs présents dans le sac du kamikaze étaient suffisants pour faire un grand nombre de victimes. Le lendemain, l’attaque est revendiquée par l’Etat islamique, via un communiqué de l’agence Amaq, son organe de propagande. Les policiers trouveront dans le même temps une vidéo réalisée par le kamikaze dans son téléphone portable, où il prête allégeance à Daech.
L’explosion d’Ansbach est venue clôturer une semaine noire pour l’Allemagne. Car ce n’est pas à un mais quatre attentats que s’est retrouvé confronté le pays, avec un bilan de 10 morts et 53 blessés.
Cette plongée dans la terreur débute le 18 juillet, en Bavière. En début de soirée, un jeune réfugié afghan de 17 ans attaque les passagers d’un train régional, armé d’un couteau et d’une hache, en criant
Allah Akbar.

 

Allégeance à Daech
Quatre personnes sont grièvement blessées, tandis que l’assaillant, qui s’est enfui, est abattu par la police non loin du drame. Arrivé depuis un peu plus d’un an en Allemagne, il était hébergé dans une famille d’accueil de Bavière depuis une quinzaine de jours. Dans sa chambre, les enquêteurs retrouveront un drapeau de l’Etat islamique, ainsi qu’une vidéo de revendication de 2 minutes 20, où il prête allégeance à Daech.
L’organisation terroriste revendiquera d’ailleurs l’attaque quelques heures plus tard. C’est la première fois que l’organisation d’Abou Bakr el-Baghdadi revendique une attaque sur le sol allemand.
Quelques jours plus tard, le 22 juillet, toujours en Bavière, la terreur s’installe, cette fois, à Munich. Une fusillade éclate dans un centre commercial bien connu de la ville, provoquant l’arrêt des transports et une véritable chasse à l’homme. Neuf personnes sont tuées et trente-cinq blessées. Si l’on évoque au départ trois tireurs, le déroulé de la soirée révèlera que c’est un seul homme qui est à l’origine du carnage. Si l’éventualité d’un nouvel attentat islamiste plane dans toutes les têtes, les autorités allemandes se montrent, dès le départ, extrêmement prudentes. Elles ne livrent que des informations au compte-goutte, contrairement à ce qui s’était produit à Nice, une semaine auparavant. Le corps de David Ali Somboly, un Germano-Iranien de 18 ans, est retrouvé avec une balle dans la tête, à quelques rues de la tuerie. Si tout semble dans un premier temps indiquer la piste du terrorisme islamiste, l’enquête révèlera que Somboly était fasciné par les auteurs de tuerie de masse, comme Anders Behring Breivik, coupable du massacre de 77 personnes, il y a cinq ans jour pour jour, en Norvège. Cette fois, aucun lien avec le jihadisme n’est trouvé.

 

Attaque à la machette
Nouveau drame, le 24 juillet, à Reutlingen, dans la région du Bade-Wurtemberg. Un homme armé d’une machette agresse plusieurs passants en pleine rue. Une femme est tuée et deux autres personnes blessées. Le tueur est un demandeur d’asile syrien de 21 ans qui aurait eu une «dispute» avec la victime, avant de la tuer. Les enquêteurs privilégient la piste du crime passionnel, affirmant n’avoir en leur possession aucun indice pouvant accréditer la thèse d’un attentat terroriste.
Avec quatre attentats en une semaine, dont deux revendiqués clairement par l’Etat islamique, l’Allemagne semble être devenue, à l’instar de la France, une cible du terrorisme. Le pays dirigé par Angela Merkel était pourtant épargné jusqu’à présent. Avec une présence militaire réduite en Syrie comme en Irak, l’Allemagne semblait moins exposée que la France dans la guerre contre Daech.
Mais ces attaques, au profil pourtant différent, devraient impacter la politique allemande. D’ores et déjà, une partie de la population, mais aussi des hommes politiques, ont mis en cause la politique d’accueil des migrants, engagée par Berlin depuis un an. En effet, trois des quatre attaques ont été perpétrées par des réfugiés afghans ou syriens. De quoi susciter l’animosité ou le rejet de l’ensemble des réfugiés accueillis sur le territoire.
Les attentats commis en Allemagne remettent, en tout cas, au goût du jour le scénario dévoilé, il y a quelques mois, concernant une éventuelle infiltration de Daech parmi les réfugiés arrivés en Europe.
Cette stratégie, évoquée après les attentats de Paris le 13 novembre 2015, vise à infiltrer l’Europe via les flots de migrants fuyant la guerre en Irak comme en Syrie. L’un des objectifs de l’Etat islamique serait de retourner l’Europe contre les réfugiés syriens. De même, si plus d’animosité visait les réfugiés, cela pourrait persuader des personnes qui ont tout perdu et n’ont plus aucun espoir que l’Etat islamique est au final, leur meilleur espoir de protection.

 

750 jihadistes allemands
Par ailleurs, les moyens utilisés pour réaliser les attentats collent avec la stratégie lancée par Abou Mohammad el-Adnani, en 2014, dans laquelle il appelait les individus à attaquer avec leurs moyens sur leurs lieux de résidence. Par ailleurs, l’Allemagne compterait près de 750 ressortissants partis rejoindre les rangs de Daech en Irak et en Syrie.
Déjà en juin, les autorités allemandes avaient déjoué un projet d’attentat à Düsseldorf. Les trois suspects interpellés, probablement membres de l’Etat islamique, avaient été arrêtés dans diverses régions d’Allemagne le 2 juin, alors qu’ils projetaient de commettre un attentat suicide. De nationalité syrienne, les trois hommes avaient, selon le parquet allemand, rejoint l’Allemagne après avoir pris leurs ordres auprès de Daech, en Syrie. Ils avaient ensuite rallié la Turquie, en 2014, puis l’Allemagne par la route des Balkans en 2015.
Dans ce cas, le réseau avait pu être mis au jour via une collaboration entre les services de renseignements français et allemands.
La coopération en matière de renseignements au niveau européen devrait d’ailleurs être accrue avec les récents événements qui ont endeuillé l’Europe. Mais sera-t-elle suffisante? Les attentats perpétrés en France, comme en Allemagne, montrent des profils de jihadistes très difficiles à déceler pour les policiers. Le tueur de Nice ne présentait aucun lien particulier avec l’islamisme ou le jihadisme, du moins en apparence, ayant, semble-t-il, adopté un mode de vie occidental. Il n’était pas fiché par les Renseignements. Les terroristes passés à l’acte en Allemagne n’avaient pas non plus été signalés pour des faits relevant du jihadisme. La tâche est donc d’autant plus difficile pour les autorités. Comment protéger la population des attaques perpétrées par des loups solitaires au profil indétectable?
Par ailleurs, les systèmes existants de collecte de renseignements ne permettent pas de dépister les gens malades psychiquement, manipulés par la propagande ou ayant rencontré des personnes capables de les pousser au crime. Rappelons que la plupart des tueurs de ces dernières semaines présentaient des profils psychologiques de déséquilibrés et de personnes instables. Les unités de lutte contre le terrorisme sont essentiellement ciblées sur la prévention des attentats préparés par des groupes importants de terroristes. Ainsi, jusqu’aux récents attentats, les services spéciaux américains et européens ne faisaient que détecter et surveiller les combattants ayant suivi une formation chez les jihadistes, dont ceux de Daech.
En France, où l’état d’urgence vient d’être prolongé de six mois, tout comme en Allemagne, où des mesures de protection aux frontières, entre autres, ont été prises, la politique du tout-sécuritaire suffira-t-elle? Rien n’est moins sûr. Au lendemain des attentats de Madrid, en mars 2004, l’Europe s’était dotée d’instruments pour lutter contre le terrorisme, via l’échange de renseignements, entre autres. La nécessité de lutter contre les facteurs susceptibles d’alimenter le terrorisme par l’action politique, la prévention des crises, le règlement des conflits, l’aide au développement, la coopération et la formation, avait aussi été mise en avant. L’office européen de police, Europol, s’est aussi doté d’un Centre européen de lutte contre le terrorisme, destiné à faciliter l’échange d’informations entre les Etats membres. La lutte contre le phénomène dit des «combattants étrangers» y prend une place grandissante. Un corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes devrait aussi voir le jour. Mais toutes ces mesures suffiront-elles? Manifestement, les attentats qui ont endeuillé l’Europe, ces dernières semaines, démontrent que ces dispositifs n’ont pas suffi.

Jenny Saleh

Les JMJ menacées
Un ressortissant irakien soupçonné de préparer des actes à caractère «terroriste» a été interpellé à Lodz, dans le centre de la Pologne, à la veille de l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Selon Polsat News, des agents des services de renseignements polonais ont arrêté cet Irakien de 48 ans dimanche, dans un hôtel de Lodz. La chaîne affirme qu’il portait sur lui des notes sur des préparatifs d’actes «terroristes» dirigés principalement contre des établissements commerciaux français en Pologne. Ayant vécu quelques années en Suisse, puis en Suède, cet Irakien serait arrivé en Pologne il y a quelques jours. Les agents sont actuellement à la recherche d’éventuels complices de ce dernier et d’importantes quantités d’explosifs, à travers la Pologne, selon Polsat News.
Cette arrestation intervient alors que des centaines de milliers de jeunes doivent se rassembler à l’occasion des Journées mondiales de la Jeunesse, à Cracovie, en présence du pape François. La Pologne a mobilisé plus de quarante mille hommes pour protéger le pape François et les jeunes pèlerins venus le rencontrer.

Un prêtre égorgé dans une église en France
La série noire continue. Mardi matin, deux assaillants ont pénétré dans une église de la ville de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, alors qu’une messe était dite. Selon des sources policières, au moins un des deux forcenés portait une barbe et une chachia, petit bonnet de laine porté par les musulmans. Les deux hommes ont pu prendre en otages quatre fidèles, dont deux religieuses, ainsi que le prêtre de l’église. Une sœur qui a pu s’enfuir a alors prévenu la police et des unités de la Brigade de recherche et d’intervention ont été dépêchées sur place.
Les hommes de la BRI ont pu neutraliser les deux assaillants, alors qu’ils sortaient sur le parvis de l’église. A l’heure où nous écrivions, la police faisait état d’au moins un mort. Le prêtre aurait été égorgé, tandis qu’un autre fidèle a été blessé. Le président français François Hollande, ainsi que le ministre de l’Intérieur se sont rendus sur place. S’il est trop tôt pour attribuer cette nouvelle attaque à l’Etat islamique, le parquet antiterroriste de Paris a, en tout cas, été saisi de l’affaire.

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Éditorial
La terreur dans tous ses états

L’horreur n’a peut-être pas encore atteint son paroxysme. La France, apparemment cible privilégiée du terrorisme, n’a pas fini de payer un tribut que lui impose Daech. Un prêtre de 84 ans est égorgé alors qu’il célébrait la messe dans l’église d’une petite ville près de Rouen. L’un des assassins n’était pas inconnu des services antiterroristes français. Ce drame, s’il en fallait encore un, renforce la fragilité de la planète menacée par les attentats terroristes qui pèsent sur toutes les régions.Les dirigeants libanais, toutes fonctions et toutes communautés confondues, continuent à fermer volontairement les yeux et les oreilles et à refuser, sinon par quelques déclarations carrément anodines, de se sentir pris dans la tourmente planétaire. Dans leur vie quotidienne, les citoyens sont quasiment oubliés. Ils ressentent les dangers qui les guettent et leur impuissance à y faire face, alors que dans les hautes sphères d’une République privée de tête, ce ne sont que les Affaires avec un A majuscule qui prennent le dessus. Certains parmi ceux qui ont la charge de notre bien-être continuent à vivre dans le déni de leurs responsabilités et notamment dans celui des dangers que font courir au pays l’Etat islamique, Daech et consorts. Ces convertis à un radicalisme qui prétend sauver le monde en éliminant les «mauvaises graines» font un nombre incalculable de victimes, chez les enfants, les femmes, les hommes et s’en prennent maintenant aux religieux. Ils n’ont rien de véritables guerriers, mais sévissent dans des pays bien mieux structurés que le Liban d’aujourd’hui.Le Premier ministre, représentant le chef d’un Etat «fantôme» qui, de mois en mois, se fait oublier, participe à tous les sommets arabes ou internationaux. Il n’en recueille certes pas grand-chose mais rappelle au moins, l’espace de quelques jours, l’existence du Liban. Un pays qui semble avoir été rayé des agendas internationaux. Il peine toutefois à se faire accompagner par des membres de son gouvernement qui, sans être tenus d’intervenir directement dans les débats, craignent que leur seule présence soit une approbation des conclusions qui ne plaisent pas à leurs alliés et à leurs visions présentes et futures.Pour sa 27e session, qui s’est ouverte en tout début de semaine en Mauritanie, la Ligue arabe ne manque pas de sujets dont l’importance n’échappe à aucun pays arabe: la lutte contre le terrorisme, les crises politiques qui secouent le monde, et le Moyen-Orient en particulier, requièrent une coordination pour la sécurité et la stabilité des pays de la région. Des sujets sur lesquels, de toute évidence, les décisions sont critiques. Les raisons de l’absence de ministres aux côtés du chef du gouvernement au sommet sont claires. Mais quelle place aura le Liban dans tous ces débats et quels bénéfices en récoltera-t-il? Les expériences passées et actuelles prouvent que le Liban n’est plus inscrit sur les calendriers des grandes nations.Le président Tammam Salam a hérité d’un Etat en décrépitude. Le courant électrique sur l’ensemble du Liban, déjà rationné mais au moins programmé, réserve sans cesse des coupures-surprises. L’eau est polluée et le ministre de la Santé publique s’emploie à faire des annonces quasi quotidiennes mettant en garde contre de nombreux produits alimentaires jusqu’au blé, nourriture quotidienne de tous et parfois exclusive pour une classe sociale très peu, sinon jamais, prise en considération et dont le pain est l’aliment essentiel, pour ne pas dire parfois unique.Si les ministres lancent des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir, les citoyens n’y croient plus. L’augmentation des salaires des fonctionnaires, annoncée pour le mois prochain, les soins de santé gratuits pour les personnes de plus de 64 ans… et peut-être d’autres gracieusetés de ce genre qui auraient pu réjouir les bénéficiaires, si tant est que les caisses de l’Etat, vidées depuis belle lurette, le permettaient encore.On entend rarement parler encore d’une inspection centrale, pourtant jadis très active, ni de fonctionnaires déférés devant la Cour des comptes ou devant les juges spécialisés, et encore moins devant le Conseil de discipline. Tout cela appartient au passé. Et où sont les Libanais, de différentes générations, qui ont réussi à libérer le pays de tous les mandats étrangers pour, hélas, retomber chaque fois sous la houlette d’un autre occupant tout aussi étranger? L’avenir le dira. 



 Mouna Béchara
   
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