Gabriel Yared et Yasmina Joumblatt Une musique en émotions majeures
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Nº 3103 du vendredi 5 juillet 2019

Gabriel Yared et Yasmina Joumblatt Une musique en émotions majeures

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Retour aux sources pour Gabriel Yared qui habille de sa musique les mots teintés d’émotion de Yasmina Joumblatt. Le compositeur et arrangeur franco-libanais au parcours parsemé de prix internationaux sera, le 18 juillet, sur la scène du Festival de Beiteddine avec la jeune chanteuse qui interprétera neuf chansons de sa signature et rendra hommage à son arrière-grand-mère, Asmahan.
 

Derrière ce récital qui est une première mondiale, se profile une rencontre étonnante entre deux talents libanais aux cheminements semblables en plusieurs points. Lui, Gabriel Yared, le compositeur, arrangeur, collectionneur de récompenses internationales (Oscar, Golden Globe, César, Bafta, European Film Award, Grammy...) qui a quitté le Liban à 17 ans et n’a cessé d’accumuler les succès au fil des ans. Elle, Yasmina Joumblatt, partie en Suisse à l’âge de 13 ans, psychanalyste, homéopathe, dont la passion pour le chant lyrique l’amène à suivre des cours pour travailler cette voix d’exception reçue en héritage de son aïeule Asmahan. Une voix juste, mais aussi et surtout qui véhicule des émotions tout en délicatesse. «Le hasard, confie le musicien, a voulu que nous nous retrouvions, à un moment où tous les deux nous faisions la paix avec ces racines que nous avions arrachées malgré nous. Je ne savais pas qu’on avait à peu près la même histoire».
Quand on se dit surpris de le retrouver dans un registre de musique orientale, Gabriel Yared rappelle qu’il avait commencé, dès ses débuts, par mélanger sa musique personnelle avec des instruments orientaux. «Ce n’est pas étonnant! J’ai commencé avec le film de Maroun Bagdadi, Les Petites Guerres. Il y avait des synthétiseurs, des échantillonneurs, et aussi un oud, un kamanja, un kanoun et un nay. Puis il y a eu Hanna K de Costa Gavras avec un orchestre symphonique et des instruments orientaux, sans oublier Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, et Azur et Asmar de Michel Ocelot. Ce qui est surprenant dans ma rencontre avec Yasmina, ce n’est pas simplement cette superposition d’instruments orientaux sur un orchestre classique ou sur des sonorités classiques, c’est la composition de chansons. Yasmina écrit des textes en arabe!».

L’inspiration d’Asmahan
Lors d’une première rencontre en 2003, la jeune blonde solaire au look européen émet le désir de reprendre les chansons d’Asmahan que Gabriel Yared ne connaissait pas. «J’avais écouté Oum Koulthoum, et j’avais transcrit en notations occidentales pour comprendre un peu comment la musique orientale était faite. Yasmina m’a dit qu’elle aimerait reprendre Ya Habibi Taala, on en a un peu parlé et je lui ai répondu que je ne pensais pas être la personne adéquate pour cela! Je n’avais pas envie de reprendre des chansons qui ne sont pas originales et j’étais occupé à composer la musique de Cold Mountain. On s’est donc séparé amicalement mais on a continué à se voir lorsqu’elle venait à Paris. On n’a plus parlé de ce sujet. Il y a trois ans, je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé où elle en était avec ce projet. Elle m’a raconté qu’elle avait juste enregistré Ya Habibi avec un compositeur libanais, Ghazi Abdelbaki. Je lui ai proposé d’enregistrer sa voix en studio seule, sans instruments, juste avec un métronome. Sa voix étonnante m’a vraiment fait réfléchir, je me suis dit, ça vaut la peine d’essayer. J’ai demandé à mes assistants de couper les couplets et je me suis mis à travailler autour de la voix et j’ai fait quelque chose qui était comme un ovni pour moi! C’était un mélange de préludes de Bach avec des ouds et un grand orchestre symphonique. Cette chanson est devenue quelque chose de complètement différent. C’était intéressant pour moi de poursuivre dans ce sens là, mais pas de faire des reprises d’Asmahan».
«L’idée était de faire cette chanson que j’adore. Je la trouve très avant-gardiste, elle représente bien Asmahan», explique Yasmina Joumblatt. Les deux artistes, emballés, décident de continuer l’aventure. «La langue arabe s’est imposée à moi presque malgré moi, confie la chanteuse, je ne me voyais pas écrire dans une langue autre que ma langue maternelle. J’ai dû replonger dedans, la redécouvrir en réécoutant tous les classiques de la langue. Et puis les mots me sont revenus comme un flot. C’était comme si tout cela était enfoui en moi et que ça se libérait. Je n’écris pas en arabe littéraire, ce sont presque les mots d’une fille de 13 ans, presque ceux de mon enfance, de mes souvenirs d’enfance... Je suis partie du Liban à l’âge de 13 ans et pendant très longtemps, je n’ai plus parlé l’arabe. Y revenir, c’était presque thérapeutique! J’ai redécouvert la musique orientale, la langue, et l’histoire de ma famille à travers Asmahan. C’est vraiment un retour aux sources». Mais il faut dire que la Libano-Helvète voue, dès sa tendre jeunesse, un culte spécial au chant lyrique qu’elle a découvert en écoutant Freddie Mercury chanter Barcelona en duo avec Montserrat Caballé. «J’avais 10 ou 11 ans à l’époque et je l’écoutais en boucle. C’était presque une expérience mystique que d’écouter cette femme! C’était cela mon univers musical au départ, et le jazz aussi, tout le répertoire nord-américain, Nina Simone, Sarah Bowman, Aretha Franklin...».

Quid de l’après Beiteddine? Le grand compositeur a envie de continuer et de faire des tournées dans de belles salles en Europe et dans le monde arabe, mais, évidemment «tout dépend des disponibilités de Yasmina, parce qu’elle a sa vie, sa famille... elle a son métier aussi. Elle est homéopathe. Mais je me dis qu’on n’a pas traversé tout ce chemin pour s’arrêter là. Ce n’est pas possible! Ce que nous avons réalisé ne ressemble à rien qui existe déjà».
Elle, reconnaît adorer l’idée de créer à partir de rien. «Il y a des mots, puis il y a la musique, je continue à écrire, mais la scène je ne sais pas! Je suis au départ quelqu’un d’introverti, je suis très sélective dans ce que je montre. Quand on chante, on dévoile ses émotions sinon le public ne sent rien. Me montrer comme ça devant des milliers de personnes, ça me fait peur et aussi, j’ai envie d’y aller. Petit à petit je me suis construite en tant qu’artiste. Cette expérience n’est pas anodine, c’est un retour vers moi, mes racines, mon pays. Elle est chargée d’émotions».


Légende
Un récital d’exception à beiteddine À Beiteddine, Gabriel Yared et Yasmina donnent rendez-vous au public pour un récital d’exception sous les étoiles. On est appelé à se laisser transporter par Ya Habibi Taala, Layali  Elounsi fi Vienna, Dakhalti marra fi jinaina et 9 titres nouveaux écrits par Yasmina qui parlent encore d’amour, comme Dab Albi ou Min Awal Nazra. Deux violons orientaux, 2 ouds, 1 kanoun, un nay et 6 percussions orientales ainsi que 4 choristes seront sur scène aux côtés de l’Orchestre philharmonique du Liban, sous la direction de Dirk Brossé.

 

GHADA BARAGHID

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Éditorial
Le facteur temps est décisif

Les ministres rencontrés ou interviewés par Magazine ces dernières semaines, toutes tendances confondues, soulignent le «sens des responsabilités» des représentants de tous les partis au gouvernement et le «sérieux» avec lequel ils abordent les dossiers économiques, financiers et politiques. Ils jettent un regard plutôt positif sur la qualité des débats en Conseil des ministres, même si certains déplorent le temps parfois excessif passé sur des dossiers qui auraient pu être tranchés plus rapidement.Or le temps est, aujourd’hui, un facteur déterminant dans la dynamique de maîtrise de la crise que le gouvernement se promet d’enclencher. Chaque jour qui passe est un jour de perdu. Chaque jour qui passe éloigne davantage le gouvernement des objectifs qu’il s’est fixés au niveau de la réduction du déficit budgétaire. Chaque jour qui passe voit le service de la dette gonfler et le sauvetage de plus en plus périlleux.Cette constatation n’est pas nouvelle mais on ne la rappellera jamais assez. On ne la martèlera jamais assez. C’est parce qu’ils n’ont pas conscience du facteur temps que les responsables ont mené le pays là où il est aujourd’hui, au bord du gouffre. Le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, adopté en avril dernier, est pratiquement le même que celui qui avait été préparé il y a 9 ans. Les tiraillements et les surenchères politiques avaient empêché sa mise en œuvre. Si ce vaste chantier avait été lancé à l’époque, les milliards de dollars engloutis par l’EDL, qui constituent tous les ans une moyenne de 11% du budget, auraient pu être économisés et le Liban ne serait pas dans la situation délicate qui est la sienne en ce moment. Cet exemple d’incurie des pouvoirs publics peut être multiplié à volonté dans divers secteurs.Le temps n’est plus un luxe que les dirigeants peuvent se payer avec l’argent du contribuable. L’examen du budget par la Commission parlementaire des Finances et du Budget a trop traîné, ce qui est inexplicable, car la composition politique de cette instance est presque similaire à celle du gouvernement, qui a déjà amplement pris son temps pour approuver le projet de loi de Finances au bout de 21 séances marathons. Soit les partis sont atteints de schizophrénie et adoptent une chose en Conseil des ministres puis son contraire en Commission; soit ils sont incapables de tenir leurs troupes et certains députés s’ingénient à défaire ce que leurs camarades ont approuvé au gouvernement; soit les partis tiennent un double langage et, de ce fait, sont moins «responsables» qu’ils n’en donnent l’impression. Cette dernière option nous semble la plus plausible.Pour la démentir, le gouvernement doit montrer son sérieux et sa détermination à aller de l’avant en préparant et en envoyant au Parlement le projet de budget 2020 d’ici la mi-octobre au plus tard, comme le stipule la Constitution. Sinon, le sauvetage relèvera des missions impossibles.     


 Paul Khalifeh
   

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