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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

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Réunification familiale à daech
Le récit de trois Libanaises

Le 5 mars 2019, un avion de la Middle East Airlines (MEA) en provenance de Bagdad a atterri à l'aéroport de Beyrouth avec, à son bord, trois femmes accompagnées de huit enfants. Il s'agit de trois Libanaises, Israa Ziad Kasan, Mouna Ali Darwich et Noor Bakhach, des femmes de combattants libanais du groupe extrémiste Etat islamique, expulsées d'Irak avec leurs enfants. Dès sa descente d'avion, le groupe a été accueilli par des agents de sécurité. Les trois femmes ont été emmenées au ministère de la Défense, où elles ont été interrogées. Elle ont reconnu avoir rejoint, en 2017, leurs époux respectifs en Syrie à l'issue d'un long et périlleux périple qui les a menées dans le désert syrien, puis dans le camp de Rokban, pas loin d'Irak et de Jordanie, avant d'atterrir dans la province de Hama, dont une partie était encore aux mains de Daech avant d'être reprise par l'armée syrienne. Les enquêteurs ont retrouvé sur leurs téléphones des photos de leurs époux, les armes à la main, mais n'ont pas noté des appels passés par les jeunes femmes à des suspects recherchés par les services de sécurité au Liban. C'est à travers Telegram que les jeunes femmes sont entrées en contact avec un responsable de l'Etat islamique chargé de la «réunification des familles». Moustapha Ali Youssef, l'époux de Israa Kasan, son frère Abdel Rahman Youssef, l'époux de Mona Darwiche, et Naji Kamareddine, le mari de Noor Bakhach, seraient tous les trois morts au combat à des dates et des endroits différents, selon les trois jeunes femmes.

Le Hezbollah évacue 500 appartements
La crise financière que traverse le Hezbollah à cause des sanctions américaines qui le touchent ainsi que l'Iran, son principal bailleur de fonds, n'est plus un secret pour personne. Même des membres du parti utilisent le mot «austérité» pour décrire la situation que vit leur parti en ce moment. Cependant, des sources du Hezbollah démentent catégoriquement les informations publiées par le Washington Post selon lesquelles la fermeture de la chaîne de télévision al-Manar est envisagée dans le cadre de la réduction des dépenses. Des mesures d'austérité ont bel et bien été prises pour surmonter la crise actuelle mais elles ne concernent pas la structure militaire du parti, ses services de sécurité et ses principaux médias. Elles touchent essentiellement des prestations sociales et autres aides fournies aux partisans et à leurs familles. Dans le cadre de la réduction des dépenses, le Hezbollah a par ailleurs évacué quelque 500 appartements qu'il louait dans différentes régions du pays.  



Profil bas
«Où est Abbas Ibrahim?» C'est la question que l'on entend dans certains milieux qui s'étonnent de «l'effacement du directeur de la Sûreté générale (SG) alors que de grandes manœuvres politiques et sécuritaires se déroulent dans le pays dans le but non avoué de modifier les rapports de force internes». Ces milieux notent un changement dans l'attitude du patron de la SG, qui a joué les deux premières années du mandat un rôle de médiation politique entre les hauts dirigeants, souvent à la demande du président Aoun. «Abbas Ibrahim se tient à l'écart car il a été échaudé par l'échec de sa médiation lors de la formation du gouvernement», croit savoir une source informée.

119
documents d'identité falsifiés ont été découverts par les agents de la Sûreté générale (SG) aux différents points de passage frontaliers du pays au mois de mars dernier. La Syrie reste en tête des pays dont les papiers d'identité sont contrefaits avec 34 documents saisis, soit 29% du total. Elle est suivie par la Bulgarie, avec 20 documents (17%) puis l'Allemagne (10 documents soit 8%). Parmi les 119 documents falsifiés découverts en mars figurent 50 passeports et
24 cartes d'identité.     


Lutte renforcée
Après la dernière réunion du Conseil supérieur de défense au palais de Baabda, le 15 avril,  les observateurs ont noté un renforcement de la lutte des services de sécurité, notamment les renseignements militaires, contre les ressortissants syriens entrés illégalement au Liban. Les personnes qui profitent de leur statut de réfugié tout en travaillant au Liban et celles qui n'ont pas renouvelé leur permis de séjour sont plus particulièrement dans le ligne de mire des services.


Budget d'austérité
L'armée libanaise affectée Les coupes budgétaires et les restrictions imposées par le ministère des Finances aux dépenses publiques pourraient avoir des répercussions sérieuses sur l'armée libanaise, selon des sources informées. Le projet de budget 2019 ne prévoit presque pas de montants pour l'achat de nouveaux équipements militaires, sachant que la plus grande partie du matériel est offerte par les Etats-Unis. C'est surtout l'achat de pièces de rechange qui pourrait être affecté par la politique d'austérité qui touche l'institution militaire. De plus, le ministère des Finances a cessé, depuis près de six mois, de débloquer des fonds au profit de l'armée dans le cadre du douzième provisoire. Ce manque d'argent affecte principalement les travaux de maintenance des véhicules militaires, notamment ceux qui sont déployés sur le terrain au Liban-sud et à la frontière orientale. Un certain nombre de véhicules sont désormais hors service.     

 



Les services de sécurité recrutent
Les divers services de sécurité ont été les moins touchés par les coupes budgétaires même si des réductions ont eu lieu dans les différents ministères desquels ils relèvent. Aucun effort n'a été demandé à ces services, notamment la réduction du nombre d'informateurs, vu l'importance de la sécurité pour la stabilité politique et économique du pays. Dans ce contexte, le service de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI), qui dispose déjà de 40 appartements banalisés à Beyrouth, projette de poursuivre l'expansion de ses réseaux et de ses infrastructures dans la capitale et dans d'autres régions du pays. La Sûreté générale (SG), elle, veut continuer à recruter des informateurs, notamment parmi les réfugiés syriens.     

Beyrouth, chasse gardée des FSI
Des divergences sont apparues au sein du conseil municipal de Beyrouth au sujet du second centre de gestion des embouteillages  qui vient d'être achevé dans la région de la Quarantaine. Ce centre est relié à des dizaines de caméras installées à l'intérieur et aux entrées de la capitale. A la demande du Premier ministre Saad Hariri, le conseil municipal a voté à la majorité pour que la gestion de ce centre soit confiée aux Forces de sécurité intérieure (FSI). Seuls les deux membres aounistes du conseil ont préféré que cette structure soit mise à la disposition de l'armée libanaise. Ce projet, d'un coût de 36 millions de dollars, permet de surveiller presque toutes les rues de la capitale.


Les Américains insatisfaits de Aoun
Contrairement à certaines analyses qui circulent selon lesquelles le général Joseph Aoun, serait la «carte cachée» des Etats-Unis au Liban, des informations sûres affirment que les Américains ne seraient pas satisfaits du degré de «coopération politique» du commandant en chef de l'armée. Sur le plan de la coopération militaire, les relations sont excellentes, surtout que le général Aoun a résolument fait le choix américain en termes d'armes, d'équipements, de formation et d'entraînement. Mais le commandant en chef campe sur ses positions lorsque les Etats-Unis lui demandent d'être plus regardant, plus exigeant concernant le Hezbollah. Le général Aoun oppose toujours à ses interlocuteurs qui essaient de le convaincre de changer d'attitude envers le Hezbollah que cette décision revient exclusivement aux autorités politiques.


Le Qalamoun, fief du HEzbollah
Avec l'accord du gouvernement syrien, le Hezbollah a transformé la région du Qalamoun occidental, à la frontière avec le Liban, en place forte militaire. Dans ce massif montagneux de plusieurs centaines de kilomètres carrés, le parti chiite a concentré d'importantes troupes et de grandes quantités d'armes et d'équipements. Cette région escarpée présente des avantages pour le camouflage et les grottes naturelles ou creusées dans la roche offrent une protection efficace contre les bombardements aériens. Selon certaines sources, c'est dans le Qalamoun que le Hezbollah aurait installé une partie de ses missiles de longue portée et de haute précision. Le parti aurait également aménagé des pistes de décollage pour sa flotte de drones armés. L'aviation israélienne multiplie les vols de reconnaissance dans le Qalamoun pour établir une «banque de cibles».

En 2019, le nombre de personnes atteintes de brucellose est en nette augmentation. Bien que les données chiffrées ne soient pas forcément exactes, la situation se fait de plus en plus alarmante. Mise au point avec le Dr Jacques Mokhbat, infectiologue.
 

Infection due à un germe la «brucella» (bactérie que l’on retrouve dans le monde animal), la brucellose se transmet aux humains par l’ingestion d’aliments crus (la viande en particulier) ou de produits laitiers non pasteurisés. Parfois aussi, la contamination peut se faire par inhalation: lorsque l’individu se trouve par exemple dans un endroit où un animal souffrant de brucellose est en train de mettre bas. Cette zoonose (maladie infectieuse des animaux vertébrés et transmissible aux êtres humains) atteint les animaux domestiques: chèvres, moutons, vaches, chevaux ainsi que certains rongeurs, pouvant même entraîner des avortements chez ces derniers.

Symptômes
Chez l’être humain, la maladie apparaît deux semaines après ingestion de l’aliment contaminé. Elle se manifeste par des symptômes comme de la fièvre, de la fatigue, une transpiration «anormale» et continue, etc. La brucellose peut-elle entraîner la perte d’un enfant chez une femme enceinte? Le Dr Jacques Mokhbat, infectiologue, répond par la négative. «C’est la fièvre, qui est le résultat de la brucellose, qui peut engendrer, comme toute fièvre d’ailleurs, la mort de l’enfant dans le ventre de sa mère», affirme-t-il à Magazine.

Diagnostic
Mis à part l’examen physique et l’examen clinique, une hémoculture (examen bactériologique qui consiste à rechercher la présence de germes (microbes) dans le sang) ou un test sérologique (examen du sérum sanguin qui consiste à détecter et étudier les anticorps correspondant à une maladie spécifique présents dans le sérum, reflétant alors l’immunité de l’individu) sont effectués.

Traitements
 Il est évidemment possible de guérir de la brucellose. Toutefois, plus la prise en charge se fait tôt, moins le traitement est long.
● Lorsque la brucellose est encore récente et non localisée, le médecin prescrit au malade deux médicaments: de la tétracycline (antibiotique bactériostatique) avec de la rifampicine (antibiotique destiné à traiter un certain nombre d’infections bactériennes) et de la tétracycline avec de la streptomycine (un autre genre d’antibiotique agissant sur les bactéries). Ces médicaments sont pris par injection sur une durée de 6 semaines.
● Lorsque la brucellose est localisée (foie, rate, os, reins, organes génitaux, cœur – rarement – et méningites), les mêmes médicaments sont recommandés mais délivré sur une durée plus longue, de 3 à 6 mois. Ces traitements sont efficaces et les risques de rechute sont minimes.

Prévention
Eviter de manger de la viande crue et des produits non pasteurisés, même si l’on «connaît bien son boucher ou son fermier».

Vrai ou Faux?
■ La brucellose est transmise sexuellement – Faux.
Les seuls modes de contamination sont ceux cités précédemment.

■ Il existe un vaccin contre la brucellose – Vrai.
Sauf que ce vaccin est uniquement destiné aux animaux. C’est donc en protégeant les animaux, en leur administrant ce vaccin, que l’on peut protéger l’homme. D’où l’importance de coopération entre le ministère de l’Agriculture au Liban et ceux de la Syrie et de la Turquie, vu que les animaux qui se trouvent au Liban migrent vers ces deux autres pays et qu’il est difficile de vérifier que l’ensemble du troupeau sont vaccinés.

Natasha Metni Torbey

Ogero continue de faire couler de l’encre? Son président Imad Kreidieh est dans la ligne de mire de la campagne folklorique de lutte contre la corruption au sein des établissements étatiques et du gaspillage des deniers publics, que mènent pêle-mêle des politiques de tous bords.   


La campagne folklorique de lutte contre la corruption est menée au rythme du petit bonheur la chance parce qu’a priori, elle est erratique et sélective, ne se basant pas sur un plan national qui mettrait en œuvre un mécanisme clair, scientifique et rationnel pour endiguer la corruption. L’opinion publique n’est pas dupe. Elle est consciente qu’elle est menée en bateau et que cette levée de boucliers n’est qu’une tempête dans une tasse de thé. Le slogan de la lutte contre la corruption ne date pas d’hier. Depuis le mandat de Béchara el-Khoury, les politiques nous le vendent à chaque fois qu’une campagne de séduction et de mobilisation de l’opinion publique est orchestrée.   
Imad Kreidieh ne sera ni le premier ni le dernier à faire partie des figures publiques sur qui des politiques feraient planer le doute d’une bonne gouvernance. Néanmoins, la société lui laisse la présomption d’innocence. Dans tous les cas de figure, une bonne gouvernance du secteur public ne se constitue pas de coups d’éclat mais par une lecture entre les lignes des articles figurant à l’ordre du jour de chaque Conseil de ministres.

La communication

Imad Kreidieh n’a pas de problème de communication puisqu’il est régulièrement en direct sur Facebook à l’écoute des doléances et des questionnements des usagers et ne décline pas les sollicitations des journalistes. Il répond aux questions d’ordre politique et portant sur le clientélisme, en expliquant dans le détail les défis et les réalisations d’Ogero. Il est transparent et prend soin de ne pas être entraîné dans des polémiques byzantines. «Si Ogero est au sein des conversations en ville, c’est que cette entité est dynamique», dit le patron du bras d’exécution du ministère des Télécoms. Il brandit les slogans de l’image marketing d’Ogero en déclarant haut et fort: «Demain vous nous aimerez» et «D’ici, tout a commencé», faisant allusion à sa mission ultime, celle de «la connexion de toute la nation». «Oui d’ici, tout a commencé parce que de nombreuses réalisations ont déjà été accomplies afin que le secteur des télécoms devienne parmi les plus performants», dit-il. Depuis son accession à la tête d’Ogero, Imad Kreidieh a deux devises en tête. Celui d’introduire le Liban dans le monde du numérique en rénovant son infrastructure, de manière à donner une capacité minimale de 50 mbits/s à chaque usager connecté au réseau national. Dans le même temps, il se bat pour faire appliquer la loi 431, prévoyant la création de Liban Télécom et d’une autorité de régulation afin qu’Ogero y soit intégrée et fonctionne sur la base de concepts d’une entreprise du secteur privé.

Wifi public et IA
Fin mars, le projet du Wifi public a été lancé après l’ouverture des plis reçus en appel d’offres. Le projet pilote est celui de l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri. Il couvrira progressivement d’autres régions sur l’ensemble du territoire qui apportent une valeur économique au pays, à titre indicatif le centre-ville, Ramlet el-Bayda, Zaytouna, etc. Aussi en mars, Ogero a fait un bond en avant en recourant à l’intelligence artificielle (IA), une première dans le secteur public. L’entité a signé un protocole d’accord avec la start-up libanaise Numbase qui travaille sur deux fronts: la direction commerciale des services à la clientèle afin d’anticiper leurs besoins et la maintenance du réseau dans le but de réduire de 30% les coûts opérationnels en prévenant les problèmes sur les réseaux. Les plans de base de l’infrastructure n’étant pas disponibles, Ogero se trouve dans l’impossibilité d’identifier une faille sur le réseau si l’abonné ne la signale pas et la réparation prend beaucoup de temps. Parallèlement, la communication via satellite a été réactivée au sein du ministère des Télécoms anticipant l’arrivée des multinationales de dragage des dérivés pétroliers. Ajoutons à cela la perspective imminente de l’augmentation des passerelles de sorties de flux à cinq alors qu’Ogero fonctionne à présent avec deux. Une fois validé par le Conseil des ministres, Ogero sera dotée d’un ordinateur d’une superpuissance de calcul, l’un des treize qui existent pour le moment dans le monde. «Ogero ne vend pas seulement une connexion mais elle vend des opportunités pour l’avenir», dit Imad Kreidieh.
 
Des défis innombrables
Avec la dynamique évolutive des NTIC, la feuille de route d’Ogero s’est basée sur une stratégie de construction d’une infrastructure à la pointe de la technologie, durable et flexible. Une opération de swap de tous les éléments du réseau principal de transport et autres canaux a été entreprise, en toute conscience de son coût d’investissement élevé. Ogero n’avait pas d’autres choix qu’un investissement lourd pour qu’«une connexion de la nation» devienne une réalité. Une mise à niveau de l’infrastructure PSTN établie en 1993-1994 était impérative. A cette époque, l’Internet n’était pas à l’ordre du jour, le projet consistait à assurer le branchement d’un million de lignes téléphoniques fixes. Avec la volonté d’introduire le DSL, le réseau cuivre n’était pas en mesure, physiquement, de supporter la rapidité du flux et d’assurer une bonne qualité de connexion Internet, surtout que 45% des usagers d’Internet étaient installés à plus de 3 km des centraux téléphoniques. La mission de remise à niveau de l’infrastructure installée en 1994 était d’autant plus difficile que les sociétés de télécoms qui l’avaient installée, à savoir Alcatel, Siemens et Ericsson, ont disparu à l’exception de la dernière et que la moyenne d’âge des ressources humaines d’Ogero était de 56 ans. C’est là qu’a émergé le problème du recrutement d’employés. Ogero a embauché des ingénieurs et techniciens sur base de contrats journaliers pour les besoins de ses opérations, leurs salaires ayant été budgétés dans les lois de finances de 2017 et 2019. Avec les départs à la retraite, Ogero se serait retrouvé en 2025 avec près de 600 fonctionnaires en moins.
M. Kreidieh déclare que le recrutement n’a pas échappé à la règle de l’équilibre confessionnel mais assure que les affiliations politiques des candidats sélectionnés n’ont aucunement été prises en compte.

Une connexion pour tous
En un mot comme en mille, aujourd’hui, l’un des premiers projets d’Ogero mis en œuvre est le raccordement de tous les centraux téléphoniques traditionnels du Liban à l’IP Telephony. Ces centraux pourront fournir des fonctionnalités additionnelles à celle de la transmission de la voix basée sur la technologie. Le projet de fibre optique pour la nation a été révisé pour des raisons de lenteur dans l’octroi des crédits et surtout pour des raisons de faisabilité sur le terrain vu les empiètements des municipalités sur les tranchées destinées aux travaux d’Ogero et l’inexistence de carte d’urbanisme de base. 3000 «active cabinets» ont été installés dans les agglomérations urbaines qui représentent des relais pour rapprocher les abonnés des centraux de leurs régions. En chiffres, cela représente 17 km de fibres et 1 200 000 abonnés pour le moment. Jusqu’à un kilomètre et demi, la connexion est performante. Plus la distance est importante, plus la vitesse de la connexion baisse, quel que soit l’état de l’infrastructure technologique et quels que soient les moyens mis en œuvre. Dans les zones rurales, Ogero a remplacé le système Wireless Local Loop, qui ne peut transmettre des données, en un système de Long Term Evolution (LTE) Technology. 71 stations LTE-A ont été installées, fournissant aux résidents une connexion sans fil à domicile. D’autres seront déployées d’ici fin 2019 sur tout le territoire. Les connexions dans ces zones atteignent une vitesse de 22,5 Mbps. Enfin, des discussions sont en cours pour le passage d’un câble sous-marin qui relierait directement le Liban à l’Europe via la Syrie et la Jordanie. Au cas où cette initiative aboutit, le Liban pourrait concurrencer l’Egypte en tant que hub de l’internet. Ceci se traduirait par des revenus de 300 millions $/an (frais de transit) pour l’Etat. Une affaire à suivre de près.

L. M.

 

Avec son franc-parler habituel, May Chidiac revient pour Magazine sur son parcours et livre ses premières impressions, quatre mois après avoir été nommée ministre. Avec les représentants du Hezbollah, le courant passe mais ses convictions restent inchangées.  

Son parcours, semé de joies et de larmes, et son attitude, qui déchaîne parfois des passions contradictoires, ne laissent pas indifférent. Qu’on l’apprécie ou peu, May Chidiac suscite des réactions avenantes ou, au contraire, des échanges acrimonieux.
Avant même d’être projetée sur le devant de la scène médiatique et politique, la jeune femme avait déjà un cheminement inhabituel. Après un passage dans la presse écrite à Magazine, en 1984, elle se lance dans la radio puis à la télévision, où elle devient, un an plus tard, présentatrice du journal de la LBC, nouvellement créée. Elle construit patiemment sa carrière de journaliste et devient animatrice de l’émission matinale Nharkon Saïd, qui voit défiler pendant plusieurs saisons les plus influents acteurs et décideurs politiques de tous bords. En parallèle, May Chidiac poursuit sa formation académique et obtient, en 1997, un diplôme d’études supérieures en journalisme francophone, ce qui lui ouvre les portes de l’enseignement la même année à la NDU.
Tout le temps passé à construire sa vie professionnelle et à parfaire sa formation académique n’occulte pas une autre facette de sa personnalité, celle de May Chidiac la militante politique. Et c’est avec entrain et détermination qu’elle s’engage, à l’époque de la présence syrienne, dans «la bataille pour l’indépendance et la liberté», exprimant haut et fort ses convictions, tout en sachant que celles-ci risquent de lui créer des ennemis qui ne partagent pas forcément sa vision et ses idées.
Dès 2004, les tensions au Liban atteignent leur paroxysme et May Chidiac voit ses amis et connaissances fauchés les uns après les autres. Marwan Hamadé, Rafic Hariri, Samir Kassir, Elias Murr, Georges Haoui, la violence provoque une véritable hécatombe… Jusqu’à ce fatidique 25 septembre 2005, lorsque la jeune femme échappe elle-même à l’explosion d’une bombe placée dans sa voiture. Elle est vivante mais grièvement blessée. «J’ai perdu la moitié de mon corps, c’est un miracle si j’ai survécu», nous dit-elle. Elle, qui affirme n’avoir jamais été «très pratiquante mais profondément croyante», attribue ce miracle à Saint-Charbel, dont elle venait de visiter le couvent juste avant l’attentat.

La lutte continue
Face à de moindres épreuves, d’autres auraient été brisés, anéantis. Mais pas elle. Après des dizaines d’interventions chirurgicales, des mois de rééducation, une incommensurable souffrance physique et morale, May Chidiac se ressaisit. La perte d’une partie de sa motricité, elle la compensera par une farouche volonté d’aller de l’avant. Sa première décision sera de poursuivre sa formation académique en obtenant un doctorat en Information et communication «avec mention du jury», en octobre 2008. «Je ne sais pas comment j’ai fait mais j’y suis parvenue. Pour moi, c’était un défi», dit-elle en souriant.
La journaliste ne se contente pas de ce couronnement académique. Mue par cette même volonté, elle explore un domaine nouveau, celui du monde associatif, et crée «à partir de rien», une fondation devenue aujourd’hui une véritable institution. «Certes, j’ai sollicité l’avis d’amis, mais c’était surtout un acharnement personnel pour faire de la fondation ce qu’elle est devenue, explique-t-elle avec enthousiasme. Même chose pour ce qui est de l’ALAC (Academy for Leadership and Applied Communication), qui est certifiée par l’Etat, la Fondation MCF-MI (Media Institute) et la structure qui organise des conférences et décerne des prix aux femmes et aux personnalités du monde de la communication et du journalisme. Beaucoup d’étrangers, dont de grands noms des médias ont été invités au Liban, comme Christiane Amanpour ou, cette année, David Ignatius, Ramy Raad, directeur commercial de la CNN. Je suis contente de ce que j’ai réalisé. Nous en sommes à la 7ème cérémonie des Médias Awards et cette manifestation s’est forgée une renommée presque internationale.»
Où puise-t-elle cette force, cette ténacité, cette détermination de ne jamais baisser les bras malgré toutes les vicissitudes? «Je n’ai jamais eu une existence facile, dit-elle. Ma vie privée n’a pas été une sinécure, j’ai perdu mon père à 13 ans, mon seul frère à 17 ans, j’ai vécu toute la guerre. J’habitais Gemmayzé, où il fallait se déplacer entre les panneaux signalant le danger des snipers, même pour aller chez l’épicier… avec une maman tout le temps chagrinée. J’ai dû compter sur moi-même dès le départ.» May Chidiac reconnaît qu’elle n’a pas toujours fait les meilleurs choix mais elle les a assumés. «Voilà la différence et je l’ai remarqué dans ma vie: beaucoup de personnes ne s’assument pas. Moi je m’assume, poursuit-elle. Parfois, j’ai été déçue mais je ne me suis jamais laissée aller. Je rectifiais toujours le tir. On croit souvent être arrivé au bout de ses peines puis on découvre qu’il y a pire. J’ai eu des moments de désespoir, de faiblesse, mais ça n’a jamais duré plus de trois jours. C’est mon maximum et ensuite je me ressaisis. Je ne sais pas comment je fais. Ça va au-delà de la foi, c’est une force naturelle que je puise au fond de moi-même et qui me dit «ça suffit». On peut considérer cela comme une fuite en avant, mais c’est salvateur. Je me suis toujours posée de nouveaux défis, je ne me suis jamais dit voilà, ça s’arrête là, j’ai assez accompli. Il y a toujours quelque chose que je n’ai pas réussi à faire. C’est comme si j’étais à l’école et que j’ai encore un devoir à terminer.»
 
Ça n’a pas toujours été facile
Pour May Chidiac, la lutte ne s’est jamais arrêtée, même si elle est persuadée d’avoir payé un lourd tribut à causes de ses convictions. Là aussi, on note une surprenante capacité au dépassement de soi. De pouvoir continuer à défendre ses idées plutôt que de rester «cloîtrée dans (son) coin» à se lamenter sur son sort est un défi autrement plus stimulant. «Ça n’a pas toujours été facile, reconnaît-elle. Car non seulement la vie devient plus dure quand on perd la moitié de son corps, mais aussi dans le contexte ambiant au Liban, ce n’était pas aisé de continuer. Si on a voulu se débarrasser de moi, ce n’est pas par hasard, c’était pour me faire taire car je dérangeais. Cela veut
dire que j’avais beaucoup d’ennemis politiques sur la scène.»
Résistante et blindée, May Chidiac affirme toutefois avoir été «blessée» par les propos malvenus et le déchaînement de haine sur les réseaux sociaux. «Au lieu de respecter mon sacrifice, certains regrettaient sur Facebook qu’on ne m’ait pas mis assez d’explosif, dit-elle avec un brin de tristesse dans la voix. La perte de deux membres, certains s’en moquaient ou s’en réjouissaient. C’était dur de vivre tout cela et parfois on se demande s’il ne serait pas préférable d’arrêter plutôt que de subir tout cet acharnement.»
Mais a-t-elle toujours été tendre avec ses détracteurs? N’est-elle pas connue, aussi, pour son franc-parler, pour ses propos jugés parfois durs envers d’autres Libanais? «Je suis très transparente. Je ne sais pas si c’est un défaut ou une qualité, se défend-elle. Je ne manque jamais de respect ou de politesse. Je dis les choses honnêtement, clairement».
Après sa nomination comme ministre d’Etat chargée de la Réforme administrative, une nouvelle étape de sa vie commence, c’est plus un défi qu’un couronnement de carrière. «Même si j’essaie de rester au courant de tout, je ne suis pas forcément experte, avoue-t-elle. J’ai été surprise de découvrir que j’étais en charge de questions stratégiques et des plans d’action de la modernisation de l’Etat, comme la transformation numérique, la lutte contre la corruption, la gestion des déchets solides.»
Certains ministères ont déjà procédé, de leur propre initiative, à ce qu’on appelle l’automation. «C’est une initiative louable mais pas suffisante, car «nous avons besoin d’une plateforme commune pour donner au citoyen les moyens de communiquer, avec le même langage, avec toutes les administrations publiques.» «Ce n’est pas facile pour nous de nous infiltrer dans les autres administrations car nous n’avons pas un pouvoir de dissuasion, seulement de conviction, explique-t-elle. Là où il le faut, je sais taper du poing sur la table mais je sais aussi faire preuve de diplomatie pour convaincre les autres ministères que sans coopération, on ne peut arriver à la modernisation de l’administration libanaise.» 
 
Quel regard sur le Hezbollah?
Il faut un certain courage et encore une fois un dépassement de soi pour s’asseoir à la même table que ceux qu’elle soupçonne d’avoir voulu l’éliminer. «J’accuse le régime de Bachar (el-Assad) et le Hezbollah d’avoir essayé de m’assassiner, martèle-t-elle. Qui a commandité, qui a exécuté, qui a surveillé les lignes téléphoniques pour connaître mes déplacements ce jour-là, qui m’a pris en filature pour savoir où j’allais me garer… n’importe qui a pu actionner le détonateur. Mais à qui profite le crime… pour moi ça ne fait aucun doute. Deux jours avant (l’attentat), Hassan Nasrallah évoquait ‘la journaliste qui parle le matin’. Je possède les enregistrements que j’ai remis au tribunal international. Certes, on n’a pas encore trouvé le lien avec l’affaire Hariri car l’enquête, basée sur les réseaux téléphoniques, s’est arrêtée à la tentative d’assassinat d’Elias Murr. Pour mon affaire et celle de Gebran Tuéni, les
assassins ont changé de numéros de téléphone, de tactique.»
Malgré ses ressentiments, et ce qui peut paraître comme une insurmontable promiscuité, May Chidiac parvient à maintenir le contact au nom de l’intérêt supérieur du Liban et des Libanais. «Je connais le ministre Mohamed Fneich depuis longtemps, je l’ai interviewé à maintes reprises dans le cadre de mon émission Nharkon saïd, avant 2005, dit-elle. Je connais le personnage qui est très intelligent, affable et courtois. Je n’ai pas de problèmes avec lui grâce au contact personnel. Je n’ai jamais vu en lui le représentant d’un Hezbollah qui pourrait être responsable de l’assassinat de Rafic Hariri et de tous mes amis, dont Samir Kassir, Gebran Tueni ou de l’attentat qui m’a visé… Je ne sais pas pourquoi mais ça a passé. Celui qui m’a vraiment intrigué, au début, c’est Mahmoud Komati. Je ne le connaissais pas et il représentait cette zone grise qu’est le Hezbollah pour moi. Ensuite, j’ai découvert que ce monsieur pouvait rire. Il rit tout le temps même, et il communique aisément. Une fois, il m’a posé une question, on s’est salué et j’ai découvert qu’il avait son bureau à Starco, là où il y a les locaux de mon ministère. Ce n’est pas évident mais finalement, j’arrive à dissocier. Je me suis dit que je ne peux pas continuer à travailler, à être productive, si je pense toujours à l’aspect stratégie, aux relations de ce parti avec l’Iran, son rôle en Syrie, ce que je considère comme le projet de mainmise politique du Hezbollah sur le pays, en imposant la formule des trois tiers.»
Ses appréhensions à l’égard du Hezbollah ne sont-elles pas justement dues au fait qu’elle ne connaît pas bien ce parti et ses représentants? «Non, non! Ça n’a rien à voir, je ne vais pas me leurrer, répond-elle. C’est la stratégie du Hezbollah que je remets en cause. S’il change sa politique, je n’ai aucune raison de lui en vouloir. Si j’aborde des questions techniques, ou comment gérer un budget – et je trouve que nous sommes sur la même longueur d’onde sur ces sujets – je ne vais pas m’opposer juste parce que je suis contre ce parti politiquement. Lors des discussions autour de la déclaration ministérielle, je me suis clairement prononcée contre la stratégie du Hezbollah, contre son ingérence dans les affaires syriennes, ou pour le fait que les forces légales aient l’exclusivité des armes. Sur ces points là, je ne changerais jamais, et ils le savent. Le ministre Fneich était pendant des années en charge du même portefeuille que le mien. Il s’y connaît forcément mieux que moi, il a de l’expérience. Rien ne m’interdit de lui demander conseil si j’en ai besoin ou de solliciter son appui parce qu’il connaît le dossier beaucoup plus que d’autres ministres du gouvernement.»

Pas de faillite

Il y aurait donc avec le Hezbollah des convergences de points de vue sur certains sujets plus que celles qui existeraient avec certains des alliés politiques des Forces libanaises? «Oui! Je suis convaincue que le Hezbollah est contre la corruption, dit-elle. Quand nous débattons des réductions budgétaires ou d’autres sujets, nous sommes du même avis. Mais lorsque nous parlons du contrôle des passages frontaliers ou de l’évasion douanière au port, les divergences surgissent. Je sais très bien que beaucoup de choses passent sous le label «Résistance» et qu’il y a une économie parallèle créée par le Hezbollah et qui nuit à l’économie libanaise. Nous en discutons à table et ils ne contestent pas. Quand nous réclamons la fermeture des points de passage frontaliers illégaux, les représentants du parti ne contestent pas. Les Forces libanaises, Gebran Bassil et d’autres, ont soulevé cette question à maintes reprises. Ils ne protestent pas, ne se prononcent pas contre le contrôle des points de passage par l’armée ou contre la collecte des recettes douanières conformément à la loi. Personne n’est dupe. Nous savons tous qui est responsable de la contrebande entre le Liban et la Syrie. Le jour où ils décideront de changer leur stratégie, de se dissocier de l’Iran, il n y a aucune raison que l’on ne puisse pas s’entendre. Finalement, les chiites sont Libanais, ils l’ont toujours été. A un moment donné, ils étaient les alliés des Forces libanaises durant la guerre, à l’époque des Palestiniens.»
Le Hezbollah est-il le seul parti à avoir des relations avec une puissance régionale? D’autres ne devraient-ils pas se dissocier de l’Arabie saoudite, des Emirats…? May Chidiac répond par une série d’interrogations: «L’Arabie saoudite envoie-t-elle des armes au Liban? A-t-elle demandé à des Libanais d’aller faire la guerre en Syrie? Encourage-t-elle les Libanais à ne pas payer les taxes, les droits de douane, à avoir une économie parallèle, ou à créer un triangle de trafic entre le Liban, l’Amérique du Sud et l’Afrique?»
En dépit des difficultés économiques, la ministre semble optimiste et confiante dans l’avenir. «Non, la situation n’est pas désespérée. C’est vrai que je ne suis pas économiste mais je parle de mon expérience. Je me fie à mon intuition et je n’ai jamais été négative vis-à-vis du Liban. Il y a toujours une forme de résistance, de résilience. Le Libanais arrive toujours à s’en sortir. Il y aura des privations, des sacrifices, nous allons tous souffrir d’une façon ou d’une autre mais on peut s’en sortir.»
Mme Chidiac a assisté aux 20 réunions consacrées à l’examen du budget. Même si elle juge que les débats ont traîné en longueur, elle assure que les discussions étaient sérieuses. Elle s’insurge, cependant, contre les tentatives de réduire les budgets du ministère des Affaires sociales. «Déjà que l’Etat n’assure presque rien aux enfants à besoins spéciaux, on ne peut pas les priver des maigres acquis qui existent déjà, dit-elle. Même chose pour le budget de la santé à un moment où des familles n’ont plus les moyens de soigner les leurs, même si ce ministère est aujourd’hui aux mains du Hezbollah. Comme je n’admettais pas les campagnes de dénigrements contre Ghassan Hasbani, je n’accepte pas que l’on tombe aujourd’hui sur le ministre Jabak sans raison valable.»
Journaliste, militante politique, professionnelle du monde associatif, May Chidiac porte plusieurs casquettes. Laquelle a ses faveurs? «Avec beaucoup de modestie, je pense que j’ai eu un parcours qui ne ressemble à personne d’autre. Peut-être que je ne représente rien mais finalement, je suis May Chidiac», conclut-elle.

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub-DR

 

Maintes fois reporté, le plan de paix controversé de la Maison-Blanche est annoncé pour la fin du mois de Ramadan même s’il est peu probable qu’il soit dévoilé avant la formation du gouvernement israélien. D’ores et déjà, les spéculations autour des clauses supposées de «l’accord ultime» confortent les appréhensions, alimentent les critiques présageant de son «échec ultime».

Alors que se rapproche l’heure de vérité, les contours du plan de paix israélo-arabe se précisent. Les informations se multiplient et les récents flux de fuites complétées par les déclarations de responsables de l’administration américaine revêtent désormais une cohérence suffisante à même d’en donner un aperçu plausible.
Curieusement, ce sont des médias israéliens qui en ont diffusé les révélations les plus récentes qui corroborent pour l’essentiel celles déjà relayées par diverses sources. Dernières en dates, celles divulguées le 8 mai par le quotidien Israel Yahom, qui prônent une ligne éditoriale en faveur du Premier ministre israélien. Voici en substance ce que prévoirait cet accord. 
Toutes les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie seraient annexées à Israël. Ce qui représenterait la plus grande partie de la zone C, soit 62% de la Cisjordanie, et ne laisserait aux Palestiniens la charge nominale que sur 12% de la Palestine historique. La vallée du Jourdain, dont 85% est interdite d’accès aux Palestiniens, resterait entre les mains des Israéliens en vue d’une future annexion. L’entité proposée serait nommée «Nouvelle Palestine» et n’aurait rien à voir avec la Palestine préconisée par le droit international. Elle s’étendrait sur des fragments de la Cisjordanie occupée – sans les colonies ni Jérusalem –  ainsi que sur une version élargie de la Bande de Gaza. Une formule hybride qui consisterait en un «Gaza-plus» en échange d’un «Etat-moins» ou «State-minus» tel que déjà proposé par Netanyahu en janvier 2017. Selon Jonathan Cook, journaliste spécialiste du conflit israélo-palestinien, cette «Nouvelle Palestine» existerait sous la forme «d’une série de cantons distincts, ou bantoustans, entourés d’une mer de colonies israéliennes – qui doivent désormais être déclarés comme faisant partie d’Israël». Des incitations financières seraient fournies principalement par des Etats du Golfe, dont une enveloppe de près de 30 milliards de dollars sur 5 ans pour aider à sa mise en place.

Seulement une police
Démilitarisée, elle aurait juste une force de police légèrement armée, la mission de la défendre reviendrait à Israël à condition qu’elle lui en paie le prix. Ce qui arrive à la «Nouvelle Palestine» après cette période de cinq ans n’est pas clair dans le document mais étant donné que les territoires qui lui restent sont les plus pauvres en ressources, il lui serait difficile d’atteindre une autosuffisance et dépendrait de l’aide internationale. Un port et un aéroport devraient être érigés pendant les cinq années et, un an après l’accord, des élections seront organisées.
Jérusalem est décrite comme étant une «capitale partagée» mais la réalité est tout autre. La «capitale» qui serait attribuée aux Palestiniens se trouverait à proximité des frontières municipales de la ville sainte. Il s’agirait probablement de Abou Dis, une localité pauvre et densément peuplée située à 4 km à l’est de Jérusalem et qui en est séparée par le mur.
La seule concession significative serait que les Israéliens ne soient pas autorisés à acheter des maisons palestiniennes, empêchant en théorie une nouvelle prise de contrôle de Jérusalem-est par des colons. Les lieux saints resteraient tels et il est fait état d’un projet visant à créer un étroit corridor entre Abou Dis et al-Aqsa afin que les Palestiniens puissent y accéder. Aucune mention à la question des réfugiés mais les récentes mesures prises par Washington à l’encontre de l’UNRWA constituent une volonté de remettre en cause les droits des palestiniens à l’aide et le droit des descendants des réfugiés de 1948 à leur statut.

Quel sort pour Gaza?
Gaza fait l’objet d’une série de mesures relatives à son ouverture et à son extension économique. Un corridor terrestre devrait relier la Cisjordanie et la bande de Gaza. Des investissements pour des projets d’infrastructures, dont une zone industrielle et un aéroport sont prévus dans le Sinaï voisin mais les Palestiniens qui y travailleraient ne seraient pas autorisés à y résider. L’étendue de cette zone, louée à l’Egypte, serait déterminée lors des négociations.
Le 11 mai, le site d’informations Middle East Eye a publié les déclarations faites par un haut diplomate américain impliqué dans la préparation du plan; il s’agirait des informations les plus détaillées jamais publiées. Ce dernier a déclaré que l’accord se voulait «une vision» plutôt qu’un plan détaillé et que le rôle de la partie américaine serait celui d’un «facilitateur», pas médiateur ni arbitre, entre les parties précisant qu’ils «peuvent avoir deux États, un État, une confédération, une fédération ou ce qu’ils veulent appeler». Il a également confié qu’Israël garderait le contrôle des colonies, de la vallée du Jourdain et des frontières pendant cinq ans tandis que se poursuivraient les négociations sur le statut final. La vieille ville de Jérusalem et les colonies seraient reconnues comme israéliennes tandis que les Palestiniens n’auraient accès qu’aux sites sacrés. Cependant, les quartiers palestiniens feraient partie d’une entité palestinienne. Gaza passerait sous contrôle de l’Autorité palestinienne (AP) à qui le Hamas devrait remettre ses armes. La seule concession demandée aux Israéliens serait le gel de la construction de colonies en Cisjordanie au cours des cinq premières années mais ils pourraient poursuivre la construction de colonies dans les zones qui devraient faire partie d’Israël dans l’accord final. La question des colonies, de la vallée du Jourdain, des frontières et des réfugiés sera reléguée à d’hypothétiques négociations sur le statut final.
En plus de fortes incitations financières le plan vise à créer un cadre régional incluant de nombreux pays arabes. L’équation globale serait de proposer des incitations financières aux Palestiniens en lieu du principe fondamental «Terre contre Paix».

Implantation
Un rapport cité par Israel National News le 5 avril indique que le Liban sera invité à accorder la citoyenneté aux Palestiniens présents sur son territoire. Il sera également demandé à la Jordanie de naturaliser un million de réfugiés et de céder à Israël deux zones actuellement louées par l’État juif. En contrepartie, elle recevrait une compensation d’environ 45 milliards de dollars. Riyad céderait également des territoires à la Jordanie le long de la frontière. L’Égypte jouerait également un rôle majeur en accordant l’accès de parties du nord du Sinaï aux travailleurs de Gaza et devrait recevoir 65 milliards pour des projets dans cette zone.
Jared Kushner, l’architecte en chef du plan, a multiplié récemment les interventions pour en préciser, par petites touches, sinon le contenu du moins les grandes lignes notamment lors d’une d’une conférence organisée le 2 mai par le Washington Institute for Near East Policy.
Sans s’étendre sur les détails du plan, il l’a décrit comme un «document opérationnel approfondi» non ancré dans les précédentes négociations infructueuses ou les arguments obsolètes. «Nous élaborons un très bon plan d’entreprise comportant un élément économique déterminant pour que les Palestiniens puissent progresser sur le plan économique», a-t-il déclaré. Un plan axé sur la sécurité pour les Israéliens et le renforcement de l’amélioration de la qualité de vie des Palestiniens, en insistant moins sur leurs «aspirations politiques». Il a aussi assuré que la reconnaissance de la ville sainte comme capitale d’Israël «ferait partie de tout accord final».
Interrogé quant à la possibilité de souscrire à l’idée d’un État démilitarisé-«State-minus», Kushner a déclaré qu’il voulait éviter totalement le terme «État»: «Si vous dites deux Etats, ça veut dire une chose pour les Israéliens, ça veut dire une autre chose pour les Palestiniens.»
L’initiative offrirait aux Palestiniens une version améliorée du statu quo insistant sur «l’autonomie» au détriment de la «souveraineté» ont confié des responsables américains le 14 avril au Washington Post, et supprimerait le statut d’État en tant que principe de base des efforts de paix, comme il l’a été au cours des deux dernières décennies.
Une rupture incarnée par le secrétaire d’État Mike Pompeo lequel a déclaré qu’il ne pensait pas que l’extension de la souveraineté israélienne aux implantations en Cisjordanie puisse nuire au plan de paix.

L’accord d’Oslo n’est plus
Fait révélateur le dernier rapport annuel du Département d’État américain sur la situation des droits de l’homme dans le monde, publié en avril, abandonne pour la première fois l’expression «territoires palestiniens occupés».
«Les remarques de Pompeo selon lesquelles ce plan représente un changement significatif par rapport au modèle suivi sont le dernier signal que ce plan, s’il est présenté un jour, ne ressemblera en rien aux modèles précédents des deux États» a déclaré Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël.
«Ce qui a été tenté auparavant a échoué», a estimé Mike Pompeo, «Je pense que nous avons des idées neuves, fraîches et différentes.» Aussi, le plan devrait rompre avec le consensus traditionnel et les principes du droit international sur les questions-clés liées aux droits des Palestiniens. Il constitue une tentative de rayer l’équation «Terre contre Paix» incarnée par la reconnaissance des annexions de Jérusalem et du Golan par Israël. Toutes les questions qui relèvent du statut final d’Oslo sont en train d’être éliminées une par une dans le cadre du «Deal of the Century» qui s’apparente à une réédition réactualisée des précédentes propositions américaines et devrait connaître le même sort.

Camille Najm

Marcel Khalifé, désormais une icône de la scène culturelle libanaise et internationale, ouvre la 41ème édition du festival international de Baalbeck. S’il est reconnu aujourd’hui comme un incontournable du patrimoine libanais, le chemin de l’arabité vers la libanité n’a pas été court.


«Ils sont nombreux les gens qui me limitent à une seule ‘identité’, mais je suis un homme aux multiples visages, et Baalbeck les contient tous», nous dit Marcel Khalifé. Une comparaison en préambule résumerait la réappropriation nationale du patrimoine artistique du chanteur et compositeur.
Plus de 30 ans se sont écoulés depuis sa première participation à l’un des grands festivals internationaux au Liban, le festival de Beiteddine lors de sa première édition d’alors et encore très politique puisque fondé par un parti celui de Walid Joumblatt. Nous sommes en 1985, un an après la sortie de son album Ahmad el-Arabi, une adaptation de Ahmad el-Zaatar, l’épopée poétique et métaphorique du poète palestinien Mahmoud Darwish écrite quelques années plus tôt à la suite de la destruction du camp de Tell el-Zaatar et avec lui l’effondrement d’un rêve, celui de la reconquête des Territoires palestiniens. 
En pleine guerre civile, alors que différentes régions et communautés sont à la fois tantôt actrices, tantôt la cible de massacres et de déplacements de civils, Marcel Khalifé connaîtra le sort des chrétiens de gauche et sera assiégé par les milices de la droite chrétienne dans sa maison de Amchit avant de se voir contraint de s’exiler dans la partie ouest de Beyrouth alors sous le contrôle des milices musulmanes et de la gauche avant de s’installer en France. Aujourd’hui bien loin de tout ceci, on se demande pourtant qu’est-ce qu’une nation pour un artiste, qui, comme lui, a chanté toute sa vie l’exil, trouvant la sédentarité dans l’errance poétique d’un poète apatride, Mahmoud Darwish. «Lors de cette soirée à Baalbeck, nous serons une patrie. Nous la formerons de toutes les rêveries que nous aurons en nous. De notre imaginaire. Et cette patrie, une fois la soirée finie, comme elle, peut-être prendra-t-elle également fin», nous confie Marcel. Sans doute même et à l’infini reprendra-t-on le titre culte Tusbihuna ‘ala watan, que Marcel Khalifé choisit comme intitulé du concert qui fait verbe l’espoir, celui de voir s’accomplir en même temps que la naissance du jour la naissance de la Nation. «Ce titre est double» pense-t-il. «Il est à la fois optimiste et pessimiste. C’est à la fois le constat de la fin mais aussi l’espoir de la renaissance du pays. Je crois en l’impossible. Et nous n’avons plus que l’impossible en qui croire», poursuit-il.
Ainsi, dans le temple de Bacchus, Marcel Khalifé, entouré de 150 artistes dont l’Orchestre philharmonique national dirigé par Loubnan Baalbaki transfigurera-il le coup d’envoi des festivités estivales en «panathénées» musicales. Dans cette cité d’une nuit d’été, l’onirisme est toutefois synonyme de réalisme. «Mon ‘ode à Baalbeck’ n’est ni un hommage ni un règlement de comptes. Il me manque beaucoup d’éléments pour rendre un ‘hommage’. Trop de gens sont morts. Ces guerres sont absurdes. Tout le monde perd dans une guerre, même les gagnants. L’humanité réside dans l’imaginaire». Aujourd’hui, «réconcilié avec moi-même et avec l’autre parce que nous sommes tous les deux des victimes, je loge dans un lieu que je construis dans le doute. Je préfère le doute à la certitude», pense-t-il.
D’ailleurs, c’est dans le manque de quiétude et la douleur que naît le génie de Marcel Khalifé. Dans sa mouvante reconstruction, il reste fidèle à son passé. Le 13 avril 1975, alors que les tirs déclenchent la guerre, et alors que Marcel, avec ses collaborateurs, célèbre sa première œuvre – une création de 40 minutes pour Caracalla, une balle perdue touche la danseuse Amira dans la colonne vertébrale, l’handicapant à vie. Pour elle, sera reproduite à Baalbeck sa dernière danse, «la danse de la mariée» en marge d’un programme reprenant toutes les formes tentées par Marcel Khalifé de l’instrumental grandiose à l’esseulement du oud, du classique (mouwachahat) au populaire (al ihjouzi). Enfin, la clôture de la soirée reprendra le morceau d’ouverture, en une version plus développée que celle du début, une «ode» inédite, contenant «l’émerveillement» de «la première fois» qui, comme la voix de Marcel, n’a jamais pris de l’âge, restant au plus près des émotions de l’enfance, peut-être pour garder éternel le souvenir de la mère. Une blessure jamais cicatrisée face à la disparition précoce. Marcel Khalifé la panse dans un espace qu’il construit dans son corps, ce corps qui porte les États où l’espace maternel est tantôt déifié (Le pain de ma mère) et tantôt profané (Ya Mariamou). Cette ode est écrite pour Baalbeck, ce lieu qui l’attendait depuis quelques années. Mais la guerre de 2006 a reporté la rencontre, contraignant le festival de Baalbeck à déloger le concert à Beyrouth. Sur les lieux, dans le temple de Bacchus, «l’expérience sera unique. La magie dans Baalbeck transforme tout ce qu’il y a de familier en étrange. Là-bas, la bise n’est pas la même qu’ailleurs, ni la lune d’ailleurs» conclut-il. 

RITA BASSIL

Depuis quatre ans, il est le présentateur de l’émission phare de la MTV Menna W Jerr. Animateur, producteur, créateur de concept, Pierre Rabbat a plus d’une corde à son arc. Magazine l’a rencontré.
 

Rien ne prédisposait Pierre Rabbat, ingénieur en télécommunications, à devenir l’animateur d’une émission à succès, fermement attendue par le public tous les mardis soirs. Il est encore en première année d’université lorsqu’il travaille au Virgin Mégastore pendant les trois mois d’été. Son travail est si satisfaisant pour ses employeurs que l’année suivante il est contacté par le magasin pour y travailler durant le mois d’août. «J’étais capable de passer 40 minutes avec un client pour lui donner des explications sur un Sound system», confie Pierre Rabbat.
Son premier contact avec le monde de l’audiovisuel remonte à un stage qu’il effectue durant sa formation d’ingénieur à la Maison de la Radio en France portant sur la technologie, l’informatique et le développement technique de la radio. «Comment effectuer la transition des médias conventionnels vers le numérique était mon projet de diplôme», souligne-t-il. En 2003, il rencontre le Pdg de la MTV, Michel Murr, qui lui propose d’animer Rotana Café, une émission adressée aux jeunes et portant sur tout ce qui est relatif au high-tech, sur Rotana TV, lancée à la demande du prince al-Walid bin Talal. «J’étais très cool durant le casting et on m’a demandé de commencer le lendemain.» Pierre Rabbat présente Rotana Café jusqu’en 2006, date à laquelle il obtient son diplôme d’ingénieur en télécommunications. «J’ai décroché un contrat de travail dans mon domaine de spécialisation à Dubaï. Lorsque j’ai fait part à Michel Murr de mon intention de partir pour le Golfe, il m’a fait la même proposition pour rester au Liban.»
 
L’idée vaut de l’argent
Pierre Rabbat fait ses débuts dans le département de Recherche et développement à Studiovision. «J’ai importé toutes les technologies de pointe. J’assistais constamment à des expositions et des foires internationales et je rapportais des innovations au sein de la compagnie, jusqu’en 2009, date de la réouverture de la MTV.» Il se lance alors dans la production et la programmation et présente l’émission Log in pendant un an, suivie par Trending.
«J’ai toujours eu envie de présenter une émission, avec plusieurs chroniqueurs autour d’une table ronde, dans une ambiance décontractée». Pendant 6 mois, sans rien dire à personne, sans aucune autorisation, Pierre Rabbat s’active. Il crée un programme, allant même jusqu’à concevoir un logo. «J’aime présenter un produit fini», dit-il. Il prend contact avec la directrice de production, Katia Bacha, et lui demande de filmer le pilote d’une émission. «Après le montage, j’ai pris rendez-vous avec Michel Murr et lui ai proposé le produit en prime time. Il n’a pas voulu me décourager mais il m’a précisé que j’étais encore jeune et qu’il fallait procéder par étape: écrire l’idée, la développer, présenter un synopsis puis passer à l’étape suivante. Nous étions au mois de juillet, et il demande au directeur de la programmation, Christian Gemayel, de réserver une place pour l’émission dans la grille de septembre». C’est ainsi que Menel ekhir est né. «Pourtant, le premier épisode a été un fiasco total. En plein tournage, il y a eu un clash entre les chroniqueurs. Malgré tout, Michel Murr m’a encouragé à poursuivre et à ne pas baisser les bras.» Finalement, Menel ekhir est lancé en 2010 et Pierre Rabbat présente 4 saisons jusqu’en 2014, ainsi qu’une édition spéciale en été. Face au succès, le concept est acheté par DMTV, une chaîne de télévision à Dubaï et aujourd’hui, le présentateur détient le copyright pour chaque épisode. «Une idée vaut de l’argent. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais voler l’idée ou le concept de quelqu’un d’autre.»

Lorsqu’il présente Menel ekhir, Pierre Rabbat a tout juste 26 ans. «Pour être pris au sérieux, je me suis entouré sur le plateau de personnes plus âgées que moi, ayant de l’expérience, chacune étant connue dans son domaine, comme Rached Bohsali, Sari el-Khazen et d’autres.»

13 émissions pilotes
Au bout de quatre ans, Pierre Rabbat décide de rénover son émission. «Nous avons alors décidé d’acheter le format de l’émission Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna. En compagnie de Carl Murr, nous avons proposé l’idée à Hanouna qui en a été ravi.» Le casting commence. «C’est une émission difficile, à double tranchant. Cela nous a pris un an et demi pour lancer Menna w Jerr. J’ai fait 13 épisodes pilotes juste pour m’entraîner. Je voulais que la première fois où je passe à l’antenne soit le 14ème épisode et pas le premier. Je souhaitais être parfaitement à l’aise avec les chroniqueurs.»
Avec Menna w Jerr, qui voit le jour en 2016, Pierre Rabbat innove. «C’était la seule émission qui nommait par leurs noms les autres chaînes et programmes. Ceci a provoqué un choc chez les spectateurs parce que c’était une chose qui ne se faisait pas auparavant. Cette attitude nous a attiré beaucoup d’attaques et de critiques alors que d’autres, au contraire, nous ont appuyés.» L’animateur se défend de faire du bullying et affirme simplement pointer les erreurs. «Comme toute chose au Liban, tout le monde a voulu faire pareil. Il y a eu un phénomène d’imitation de Menna w Jerr par d’autres stations».  
Animateur, présentateur et producteur, Pierre Rabbat s’est également investi dans la programmation. Depuis plus de 10 ans, il assiste régulièrement au MIPCOM (Marché international des programmes de communication) et au MIPTV (Marché international des programmes de télévision), organisés tous les ans à Cannes sur la Côte d’Azur, au cours desquels les plus grandes boîtes de production découvrent et achètent de nouvelles émissions. «En 2014, j’ai été le premier Libanais à présenter une idée à Cannes et j’ai gagné le second prix du Best fresh format.»
Créateur de concept, Pierre Rabbat s’occupe également de tout ce qui concerne les nouveaux formats pour MTV et Studiovision. «Je m’occupe aussi de la vente des formats dans les pays arabes.» A son actif, les émissions Dinner in the Sky, Min Al, Treka ‘Alayna, Khallso el Baroud et d’autres.
Faire des émissions en direct est un défi qu’il n’est pas toujours facile de relever et de réussir. «J’adore le direct. C’est une sorte de match de deux heures qu’il faut à tout prix gagner. C’est dur et c’est la raison pour laquelle il faut être le producteur de sa propre émission. C’est moi qui la gère. C’est certainement plus facile d’enregistrer 6 heures et puis de faire du editing d’une heure et demie.» Pour le présentateur, le plus grand défi est le dynamisme de l’émission, le fait de garder le tempo tout au long du programme sans que celui-ci ne s’essouffle. «Il faut tenir l’audience en haleine, maintenir son intérêt et son attention tout le temps. Cela exige de l’expérience, de la culture et des connaissances en management. J’ai avec moi sur le plateau 6 chroniqueurs, 1 ou 2 invités, 2 intervenants sur le plateau et 15 personnes de l’équipe de production dans mon oreille qui attendent les commandes. Personne au Liban ne fait du Entertainment talk-show en direct, qui n’est pas du one-to-one». Comment arrive-t-il à gérer tout ce monde? «Je suis une personne aimable et je
comprends les gens mais en même temps, il y a une émission qu’il faut réussir. Ce qui m’importe, c’est le produit final à l’antenne. Jamais je ne fais sentir que je suis le directeur. Nous sommes tous à égale distance sur le plateau mais il faut qu’ils reviennent à mes directives car je suis le ‘decision maker’.» 

Un influenceur
Sa présence très active sur les réseaux sociaux fait de lui un important influenceur. Pierre Rabbat vient d’obtenir le prix du Best Public Figure on Social Media décerné par le Middle East Social Media Award.
«Si on n’est pas soi-même sur les réseaux sociaux, les gens ne vous suivent pas. Le public aime les personnes authentiques et cela se ressent immédiatement.» Il est également l’image de marque des voitures Cadillac et le consultant pour le Food & Beverage du restaurant To-Gather. Passionné de cuisine, en collaboration avec le supermarché Spinney’s, il vient tout juste de lancer une marque de produit gourmet sous le label The famous recipe. «J’encourage aussi ma femme à faire des gâteaux qu’elle vend en ligne sur The famous recipe.»

Joëlle Seif
 

Difficile de raconter ou d’écrire l’histoire mouvementée d’une  «communauté mystérieuse de doctrine ésotérique». Abdallah Naaman s’est tout de même aventuré sur ce «chemin obscur et énigmatique» avec Les Alawites (Editions Erick Bonnier).                                                       
 

Il lui a fallu procéder à des recherches bibliographiques complexes en plusieurs langues (arabe, français, anglais et allemand) et faire appel à son expérience de diplomate en poste à Paris pendant plus de quarante ans. Et malgré cette exigence d’exactitude et de vérité, la publication ne fut pas de tout repos … et lui a valu bon nombre de critiques et de réserves.

Désir de revanche? Abdallah Naaman évoque bien sûr «l’intérêt qui a remis cette communauté au devant de la scène avec une grande acuité», et ce sont les événements tragiques que connaît la Syrie depuis 2011.                                       
A ce sujet, que répond-il à certains observateurs qui voient dans le comportement actuel des Alawites, qui ont pris le pouvoir dans ce pays depuis une cinquantaine d’années, «la revanche d’une minorité frustrée, méprisée et refoulée contre la communauté majoritaire qui l’a opprimée pendant des centaines d’années». Abdallah Naaman affirme être résolument d’accord avec cette opinion qui constitue, selon lui, le «squelette» de son ouvrage.
Mais que pense-t-il de la théorie  d’autres chercheurs pour lesquels le régime alawite a raté l’«occasion historique» de s’ouvrir aux autres composantes du tissu social syrien, de composer avec la majorité sunnite et de faire «œuvre d’intégration»? Les dirigeants n’ont-ils pas commis «l’erreur» de s’enfoncer un peu plus dans la doctrine communautaire ésotérique et de «privilégier la carte de survie en renforçant la solidarité de corps»?
Sans répondre directement, l’essayiste cherche une explication: «L’élite alawite a-t-elle estimé que l’ouverture n’était pas payante ou a-t-elle voulu se venger de l’oppression de la majorité sunnite?» «Personnellement, je considère que toute communauté religieuse ne trouvera son salut que dans l’ouverture aux autres et notamment à la communauté majoritaire… mais des siècles d’oppression et de marginalisation ne sauraient être occultés ou rayés de la mémoire collective des petites communautés minoritaires».
Faut-il interpréter ce propos comme une justification de la répression très dure et des agissements violents du régime en place contre ses contestataires? Naaman récuse cette interprétation. Dans son ouvrage, il a essayé «tout simplement de  comprendre  les causes de cet autoritarisme et la réaction inappropriée du régime en place. Un régime qui n’a pas su, comme il le faisait autrefois, trouver des solutions modérées et sages. En particulier au début du soulèvement populaire, quand il était encore pacifiste, et avant qu’il ne déborde des deux côtés et ne prenne une tournure régionale et une dimension internationale.»

Recomposition et redistribution
L’essayiste ne cache pas sa crainte que «les nouvelles grandes puissances nous préparent un nouveau Sykes-Picot, sous d’autres noms, avec une nouvelle redistribution des zones d’influence en fonction d’intérêts géopolitiques mais surtout économiques et une nouvelle recomposition du puzzle levantin»… «La configuration géographique des pays, créée par l’Occident au début du siècle dernier, risque d’être complètement désarticulée; de nouvelles entités pourraient remplacer celles existantes et les petites communautés risqueraient d’être sacrifiées comme nous l’a déjà montré l’histoire du Levant».
On a reproché à Abdallah Naaman ses propos assez durs concernant l’attitude des Occidentaux vis-à-vis des événements en Syrie. Propos qui vont au-delà de simples critiques puisqu’il les accuse de comploter et de semer le chaos dans ce pays. Naaman s’est en particulier déchaîné contre la France: il a qualifié le président Nicolas Sarkozy de «burlesque», le ministre Laurent Fabius de «mouche du coche» et le «présumé» philosophe Bernard-Henri Lévy d’«affabulateur». Que répond-il à ses détracteurs?
L’ancien diplomate, qui a accompli toute sa carrière en France,  commence par se justifier: «Qui aime bien châtie bien… de là vient l’exigence»… «J’ai passé 42 ans à surveiller la politique française au Proche-Orient. Malheureusement, elle s’inspire de moins en moins de la politique gaulliste de jadis et j’ai appris beaucoup de choses sur cette politique. On ne se gêne plus, dans certains milieux politiques et médiatiques parisiens, pour voir les événements du Proche-Orient selon le prisme américano-atlantiste. A-t-on jamais vu un gouvernement écarter un ambassadeur accrédité d’un gouvernement légal en place et le remplacer par un soi-disant ambassadeur de l’opposition (syrienne) qui n’a pas de représentation légale ni un local diplomatique pour exercer des fonctions fictives?»
Autre motif d’interrogation: sa vision d’Israël et de l’Arabie saoudite qui dans son livre en prennent aussi pour leur compte. Pourquoi mettre les deux pays au même rang, allant jusqu’à qualifier d’alliés «le régime israélien fondamentaliste et sioniste et son allié saoudien ultra-islamique et rétrograde»? Naaman se contente de répondre que «par certains aspects de leur politique ces deux régimes sont bien des alliés objectifs».
Mais pourquoi passer sous silence le rôle interventionniste de l’Iran? Il rétorque: «Je n’ai pas cherché à occulter ce rôle; un homme laïc comme moi ne pourra jamais soutenir ou applaudir des Etats religieux rétrogrades».
La stratégie du régime alawite consistant à rassembler autour de lui les minorités peut-elle tenir longtemps et une alliance des minorités au niveau régional peut-elle être durable et viable? L’essayiste répond: «Tactiquement et provisoirement elle peut être bénéfique mais difficile d’être durable et institutionnelle.»
Et si l’on regarde l’avenir, quel futur entrevoit-il pour cette communauté? Partage-t-il l’opinion de Michel Seurat, chercheur français enlevé et mort au Liban qui, il y a 35 ans, pensait que l’idée d’un Etat alawite cessait d’être une simple hypothèse d’école? Ou partage-t-il l’avis de l’ambassadeur français spécialiste du monde arabe, Yves Aubin de la Messuzière, pour lequel les scénarios de partition ou de cantonisation font partie des fantasmes de géopoliticiens occidentaux?
Naaman répond: «Statistiquement, la moitié des membres de la communauté alawite ne vit pas dans les régions alawites. Je suis sceptique quant à l’avenir, et les expériences dans la région ne sont pas concluantes. C’est un projet de guerre permanente; aussi il est impossible à toute minorité de se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam et les Alawites devront composer tôt ou tard avec la majorité sunnite du pays, en dépit d’une stratégie d’autonomie que certains d’entre eux considèrent toujours implicite ou sous-jacente.»

Restructuration politique
«Toute solution devra passer par la voie d’une restructuration politique du pays», conclut Naaman, «et par des efforts assidus pour établir une vraie démocratie». L’ancien diplomate suggère une «rotation à la tête de l’Etat entre les communautés» en signalant que la Syrie a connu dans son histoire contemporaine des présidents «non seulement de confession sunnite ou alawite, mais aussi tcherkesse, ismaélite, druze et même un président par intérim de confession syriaque orthodoxe qui a présidé l’espace d’un jour».  
Il est assez incroyable de penser que le questionnement lancé il y a plus d’un siècle par Henri Lammens, reste d’actualité. Ce jésuite, orientaliste et arabisant de renom, se demandait ce qu’il adviendrait de ce peuple le jour, plus ou moins prochain, où la Syrie serait pleinement ouverte aux influences européennes. Question à laquelle il répondait «Nous ne le savons pas»!                                                                                                                       
Il suffit de remplacer «influences européennes»,  par «influences extérieures multiples», pour comprendre qu’avec le temps, la question est toujours plus compliquée et incertaine. Quant à la réponse, claire et évidente pour cet avenir «obscur et énigmatique», on risque de l’attendre encore longtemps.

Béchara Bon (à Paris)


 

Ces femmes mettent leurs talents culinaires à profit en confectionnant des mets de leurs propres cuisines. Le catering sauce féminine est en plein essor et réinterprète le traditionnel traiteur pour offrir des repas à l’indétrônable saveur du «fait maison».
 

Le traiteur aujourd’hui se démocratise et se modernise pour proposer, livrés à domicile, des plats cuisinés sains et de qualité, en opposition aux plats industriels trouvés dans les supermarchés. Ce service intéresse aussi bien les particuliers ne souhaitant pas passer derrière les fourneaux, par manque de temps ou d’appétence, que les organisateurs d’événements spéciaux. Tous conscients qu’une bonne nourriture est le gage premier de la réussite d’un dîner ou d’une réception. Avec la mode du «fait maison» adoptée par les restaurants ces dernières années, la cuisine familiale retrouve ses lettres de noblesse et se révèle être un terrain de jeu pour l’imaginaire créatif de tout cuisinier. Meilleures ambassadrices de cette cuisine, de plus en plus de femmes proposent de cuisiner pour les autres en créant leur propre concept de restauration. En rendant accessible à tous la générosité de leur coup de fouet, elles partagent hors de leur cercle familial et amical, le petit supplément d’âme d’une cuisine «faite avec amour» avec laquelle nul ne peut rivaliser. Reconversion ou activité parallèle, leur catering est une véritable petite entreprise dont le succès ne se dément pas. Rencontre avec deux d’entre elles qui nous ont ouvert les portes de leurs maisons et ateliers pour nous parler de cette activité à l’importante dimension sociale.

Épanouissement personnel
Dani Helou, exerce le catering en parallèle de sa vie professionnelle dans le management chez Murex Systems. Avec Clou de girofle, elle prépare à partir de chez elle à Louaizé des spécialités qui font son identité: kebbés revisités, maamouls, kaak al-abbas et autres plats traditionnels aussi bien sucrés que salés, sauce Liban avec toujours des produits made in Levant. Huile d’olive, zaatar, miel de Jezzine, feuilles de vignes de Zahlé, fleur de sel d’Enfé, agrumes de Saïda; safran, curcuma, cardamome et tant d’autres épices d’Arabie saoudite. Dani adapte ses spécialités aux célébrations religieuses pratiquées au Liban comme Noël, Pâques, le Ramadan ou encore Achoura. Son attrait pour la cuisine, elle le tient de sa propre maman, nous confie-t-elle. Sa mère chez qui elle a puisé toute sa base culinaire, à laquelle elle apporte sa touche de modernité. Après avoir concocté de nombreux dîners entre amis et maints anniversaires pour ses enfants, elle décide, il y a deux ans, de créer sa propre structure pour élargir la cible des personnes pour lesquelles cuisiner. Ainsi, on fait appel à elle pour des menus enracinés mais relevés d’une bonne dose d’originalité, sé-duisant aussi bien les dîners des particuliers que les réceptions de plus grande envergure.



Entre international et local
Passionnée de cuisine depuis son plus jeune âge, Nicole Gibeily décide, il y a 25 ans, de se former et se forger en la matière en s’initiant auprès de nombreux chefs, au Liban comme ailleurs. Ce qu’elle a appris aux côtés des plus grands, elle le transmet rapidement en donnant elle-même des cours de pratique. Des ateliers dispensés à l’origine pour ses amies qui se sont développés pour compter aujourd’hui une quinzaine de femmes de tout âge lors de chaque séance, à raison de trois fois par semaine, d’octobre à mai. Il y a trois ans, avec l’encouragement de ses proches, elle ouvre sa propre structure de catering à Beit el-Chaar, d’où elle concocte des plats modernes avec une technique toujours actualisée et une grande audace dans les saveurs proposées. Chaque jour de la semaine, elle confectionne aussi des salades santé originales pour une entreprise de nutrition qui livre des repas sains à domicile. Comme Dani, elle est seule derrière son service traiteur et supervise des tablées de l’apéritif au dessert, allant jusqu’à 40 personnes. En assurant la livraison et le service sur place, elle veille à l’esthétique visuelle de ses assiettes jusqu’à leur arrivée sur la table, la présentation détenant une place primordiale dans son travail. À travers une cuisine festive, Nicole fusionne des spécialités du monde entier - italienne, française, asiatique, etc. avec des produits locaux. «Le Liban a des ingrédients magnifiques, rien ne vaut le goût authentique du terroir», nous confie-t-elle. Ainsi, elle n’hésite pas à revisiter un carré d’agneau avec de la truffe noire, des grenades et des pistaches, un osmalieh avec du saumon, un couscous avec du halloum ou encore des cheesecakes avec du amareddine ou du natef… Un large éventail de propositions sans cesse renouvelé: à chaque saison, sa nouvelle collection, ses couleurs et ses saveurs. La cuisine est une source inépuisable d’innovation qu’elle envisage comme un art qui rapproche le tout à chacun et qui abaisse les frontières de l’altérité au profit d’un bon moment partagé.

Noémie de Bellaigue
 

De la tête à l’assiette, pour les grands et les petits, ce commerce sur Internet répertorie des produits qui protègent et réparent le corps.

Organique, sans sucre, sans gluten, vegan… Mint Basil Market offre une large gamme de marques respectueuses de l’environnement pour prendre soin de soi. Rencontre avec Vanessa Zuabi, l’une des deux fondatrices.

Comment est venue l’idée de créer ce site Internet?
Il y a presque dix ans, alors que je travaillais aux États-Unis, on m’a diagnostiqué une maladie auto-immune m’obligeant à adopter un mode de vie sain avec un régime alimentaire très strict. Lorsque j’ai déménagé au Liban, je devais me procurer les produits nécessaires à entretenir une santé que j’avais mis des années à retrouver. J’ai dû faire face à deux principaux problèmes. Aucun lieu ne les réunissait tous, je devais toujours me rendre dans différents endroits. J’ai aussi constaté un réel manque d’informations de la part des marques à propos de leurs produits. J’ai réalisé que j’étais loin d’être la seule dans cette situation au Liban, où une vaste communauté recherchait aussi ces produits sains et que les trouver demandait beaucoup de temps et d’énergie. Avec Lara, nous avons fait équipe pour nous lancer en janvier 2018.

Quel est le concept?
La mission du Mint Basil Market est de rendre un mode de vie sain accessible aux clients du Liban et du Moyen-Orient. Nous proposons une gamme soigneusement sélectionnée de produits naturels, allant des aliments aux cosmétiques de beauté en passant par des produits ménagers écologiques. Nous les achetons localement pour la plupart et nous personnalisons notre sélection selon nos clients pour faciliter leurs achats en fonction de leurs besoins spécifiques en matière de santé et de régime alimentaire. Ils peuvent accéder à diverses catégories, sans sucre, sans gluten, végétalienne ou encore cétogène. Nous sommes associés à des experts de la santé pour proposer des contenus parallèles comme des recettes et des conseils autour des produits vendus sur notre site. Nous donnons une grande importance au service clientèle en étant toujours présents pour les aider à faire la sélection ou pour répondre à leurs questions.

Quel est votre principal défi?
En matière de santé et de bien-être, la personnalisation, la confiance et la crédibilité sont des facteurs essentiels. Aucun client n’a les mêmes besoins. Notre défi le plus important aujourd’hui est de développer notre plateforme de sorte à donner une expérience personnelle, toujours adaptée à ce que le Liban peut proposer en matière de produits.

Comment voyez-vous l’avenir?
Notre objectif est d’élargir notre communauté du marché au Liban et dans l’ensemble de la région. À court terme, nous allons alimenter davantage notre site en contenus alternatifs créés en lien avec des professionnels. Nous allons développer leurs fiches d’information pour davantage de transparence au niveau de la qualité et des bienfaits. D’ici fin 2019, le site proposera plus de 3 000 références et de nouvelles catégories.

Noémie de Bellaigue

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard & Poor’s de l’un des marchés d’émission de dette les plus lucratifs, celui de l’immobilier commercial. Cette sanction, assortie d’une amende de 60 millions de dollars, a été prise car S&P a émis des notes trop complaisantes sur des obligations intégrant des prêts hypothécaires subprimes ayant alimenté la crise financière.Même le Sénat américain avait révélé dans un rapport que Moody’s et Standard & Poor’s avaient eu des comportements éthiques discutables et condamnables.La liste des couacs est longue mais nous en resterons là. Nous préférons accorder la primauté aux experts libanais, reconnus dans le monde entier pour leurs compétences, plutôt qu’à des «analystes» aux sombres desseins. Ce sont les Libanais que nous écouterons. Qui a dit que nul n’est prophète en son pays?  


 Paul Khalifeh
   
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Santé

La brucellose. Une maladie qui regagne du terrain
En 2019, le nombre de personnes atteintes de brucellose est en nette augmentation. Bien que les données chiffrées ne soient…

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