La majorité silencieuse
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Nº 2913 du vendredi 6 septembre 2013

La majorité silencieuse

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    La majorité silencieuse
    Derrière le flot de dépêches sur la situation en Syrie, des papiers d’humeur qui indiquent l’impuissance et l’incurie d’un pays définitivement plongé dans la crise. The Sydney Morning Herald The Sydney Morning...
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Derrière le flot de dépêches sur la situation en Syrie, des papiers d’humeur qui indiquent l’impuissance et l’incurie d’un pays définitivement plongé dans la crise.


The Sydney Morning Herald
The Sydney Morning Herald indique que «Beyrouth est en train de regarder les réfugiés syriens affluer».
Le conflit syrien a forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leurs villes et villages pour aller se réfugier entre autres dans les pays voisins, notamment au Liban. Parmi eux, des enfants qui ne fréquentent plus l’école et se voient contraints de cirer les chaussures pour survivre. C’est le cas de Zoheir et Ammar, des enfants rencontrés par l’envoyé spécial de Radio-Canada à Beyrouth, Akil Aït Abdallah. Ils racontent leur départ de Deraa, voilà quelques semaines, à cause des bombardements. Ils expliquent un peu comme des adultes que le métier de cireur de chaussures leur a été imposé par la cherté de la vie à Beyrouth. Le coût des loyers, qui avoisine les 600 dollars par mois, est quasiment inaccessible pour leurs parents totalement démunis. Des familles dorment sous les ponts faute de moyens, disent-ils. Ces cireurs à la sauvette affirment être la proie des policiers qui les chassent des terrasses de café où ils supplient des clients d’accepter leurs services, soit cirer leurs chaussures contre 500 livres locales.
Ces enfants ne cachent pas leur peur pour leur pays «en guerre», ils ont appris qu’on allait probablement bientôt attaquer la Syrie. Mais ils ne se laissent pas abattre et caressent toujours l’espoir de retourner un jour chez eux, «quand le calme sera revenu». Ils acceptent volontiers de se faire photographier, arborant en prime un sourire comme pour refuser de faire pitié.

 

Huffington Post
Sur le site du Huffington Post, le Liban est tiraillé entre «le chaos et l’absurde». La peur du voisin: en voilà un point commun à beaucoup de Libanais, qui transcende la politique, la religion et les communautés. Malheur à celui qui a des proches à la fois en banlieue sud de Beyrouth et à Tripoli, et qui a encore manqué de peu, de perdre un membre de sa famille ou un ami. Dans ce cas-là, ce ne sont pas seulement les terroristes qui devraient être condamnés par l’opinion - mais ce sont aussi ceux qui, parmi les Libanais, observent froidement le malheur de leurs compatriotes du «camp adverse», quel qu’il soit, et qui se réjouissent de l’attaque de telle ou telle «cible».
C’est absurde. Le Liban est un pays absurde. C’est vrai que si on regarde les sujets réalisés par les médias sur le Liban, on y va au Liban, on y court. Une belle vision manichéenne: quelques barbus effrayants arpentant les rares quartiers dangereux, mais surtout d’autres gens sympas et accueillants, des super-bimbos qui s’amusent en s’aspergeant de champagne en bikini pendant que leurs voisins syriens se font massacrer, qui savent vaguement où se trouve Damas, et qui répètent en chœur un éternel: «Nous on veut vivre, nous sommes un peuple qui veut continuer à vivre». Bah oui mais non, pas tout le monde. L’augmentation du suicide chez les jeunes, la circulation généralisée de stupéfiants, la hausse de la prostitution, un niveau de pollution élevé, le chômage et l’exil des jeunes et des hommes, pourquoi ils n’en parlent pas aussi? Pourquoi on ne voit que des hôtels de luxe, des rooftops, et une femme voilée qui en croise une autre en mini-short fluo?


L’Humanité
L’Humanité rend compte cette semaine de «la levée de boucliers des chrétiens d’Orient».
Le cri d’alarme est à la mesure des craintes. Les chrétiens d’Orient sont sortis de leur relative réserve afin de dénoncer les risques qu’ils encourent avec l’intervention militaire en préparation contre la Syrie. Au nom de toutes les Eglises d’Orient, le cardinal Leonardo Sandri justifie cette opposition massive aux frappes par l’expérience de l’Irak depuis l’intervention de 2003. Il décrit ainsi un pays
«déstructuré» «qui avait certes un dictateur mais qui était laïque: la guerre de religion entre musulmans s’est accrue; le terrorisme a connu une grande expansion, la situation des chrétiens a empiré».
Les Eglises d’Orient pointent également du doigt les ingérences d’Orient. Sans les citer, l’Arabie saoudite, le Qatar, mais également l’Iran, acteurs essentiels du conflit, apparaissent en filigrane. «Nous sommes en train de voir la destruction totale de ce que les chrétiens ont pu construire durant 1400 ans» de coexistence avec les communautés musulmanes, explique à son tour le patriarche maronite Béchara Boutros Raï.
Dans un langage plus feutré mais tout aussi clair, le pape François lançait, dès dimanche dernier, une exhortation à faire «cesser le bruit des armes», car «ce n’est pas l’affrontement qui offre des perspectives d’espérance», mais «la capacité de dialoguer». Une conférence «sur les défis que les chrétiens du Moyen-Orient doivent affronter, particulièrement dans cette période de changements sociopolitiques», aura lieu à Amman, en septembre.


Mediapart
Sur un blog hébergé par Mediapart, un poète raconte son périple dans un village près de Jezzine.
Tout est différent mais tout est pareil. Les mêmes légumes mais avec un mois d’avance, des haricots qui grimpent à deux mètres, des tomates sans tuteurs. Des voitures qui klaxonnent en permanence. Des R12 et des 4x4 flambant neufs. Nous sommes installés dans un petit village, dans la montagne, près de Jezzine: Saydoun.
Les villageois nous ont loué des maisons. La nôtre, comme toutes les autres, n’est pas finie. Elle est blanche et offre une vue magnifique sur les montagnes en terrasses et sur la mer au loin. Le soir, le soleil se couche à l’horizon. Pour le moment, il n’y a ni gaz, ni eau chaude, pas non plus de frigo... L’électricité fonctionne de manière anarchique. Parfois, en début de soirée, le village s’éteint complètement, parfois il me semble qu’un quartier est coupé pour qu’un autre s’éclaire. Nous nous sommes demandé si les fabricants de bougies avaient racheté l’Electricité du Liban. Notre maison est pleine de crucifix, d’images de Marie et de saints. Nous sommes dans une région très, très chrétienne. L’église est immense et lumineuse, elle n’a que deux ou trois ans. J’ai l’impression que c’est le seul bâtiment du village qui soit fini...


Fraternité Matin
Le quotidien ivoirien Fraternité Matin raconte «le calvaire des Ivoiriennes au Liban».
«Dès que tu arrives au Liban, on te confisque ton passeport et te fait signer un contrat de travail. Tu travailles alors sans relâche et sans salaire. Lorsque tu revendiques ton dû, on te met en prison pour une fausse accusation et ensuite c’est le retour au pays natal. Et pire, pour te faire revenir chez toi, tu dois payer le séjour que tu as passé sur le territoire libanais, plus le billet d’avion. Lorsque tu revendiques, tu es ramenée dans ton pays après être passée par la prison».
«On te fait subir toutes sortes d’humiliations en prison où tu dois passer trois mois avant ton retour». Le plus souvent, ces filles sont obligées de quitter les foyers pour se retrouver dans la rue ou elles se mettent par groupe pour se prendre un logis. «Une fois livrée à toi-même, pour avoir un titre de séjour, c’est un parcours de combattant, car il faut forcément avoir un tuteur libanais comme l’exige la loi du pays. Plusieurs jeunes filles ivoiriennes qui travaillent chez des Libanais et qui descendent tard la nuit, sont la cible des policiers et croupissent dans les différentes prisons du pays en attente d’être rapatriées.

Julien Abi Ramia

Science et Vie
L’Armée sur smartphone
Science et Vie nous parle d’une nouvelle application créée par l’Armée libanaise. L’Armée libanaise a lancé une application baptisée «LAF Shield» grâce à laquelle les citoyens peuvent prendre avec leurs téléphones portables des vidéos et photos de véhicules et d’objets suspects, et les envoyer immédiatement au commandement de l’armée. L’application destinée à «impliquer le plus grand nombre de citoyens dans la défense du pays», selon un communiqué publié sur le site Internet de l’armée, permet aussi d’identifier, à travers une carte interactive, des «sites dangereux» où des incidents sont survenus. Les autorités ont appelé la population à être ultra-vigilante et demandé aux automobilistes de laisser leur nom et contact en évidence sur les voitures garées.
Le Centre d’information des Forces de sécurité intérieure (FSI, police) reçoit plus de 1000 appels quotidiennement depuis l’attentat de Beyrouth venant de citoyens à travers tout le Liban et faisant état de véhicules suspects.

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Éditorial
La coupable inconscience

Sommes-nous condamnés à vivre au rythme des humeurs belliqueuses de nos voisins: celui que certains considèrent ami et celui qualifié d’ennemi par tous? Le Liban, terre d’accueil certes, mais dorénavant pour des touristes d’un genre particulier. Nous avons connu, il y a quelques décennies, un flux de Palestiniens, chassés de leurs terres par un envahisseur arrogant et fort de ses alliances occidentales. Ils n’ont pas tardé à prendre conscience de la faiblesse du pouvoir dans le pays hôte. Ils ont vite fait de quitter les tentes, dites provisoires, pour se regrouper dans des logements en béton dans toutes les régions. Conscients de l’absence d’institutions et de véritables autorités, armés par ceux qui espéraient régler leur problème en leur assurant un pays de rechange au Liban, ils se sont posés en pouvoir absolu, allant jusqu’à prendre en charge non seulement leur propre sécurité, mais celle de tous les citoyens et à leur imposer des barrages de contrôle au vu et au su des forces de l’ordre et des dirigeants. Plus récemment, le Liban, toujours sans frontières, après avoir été longtemps dominé par Damas avant que ses troupes ne soient expulsées en 2005, reçoit des réfugiés dont le nombre semble difficile à déterminer. Les chiffres valsent et la misère se creuse un peu plus au fil des mois. Cela dure depuis plus de deux ans. Des familles entières, celles qui ne peuvent pas échapper aux massacres, sont décimées sans pitié. Le nombre de morts ne se décompte plus au milieu d’un assourdissant silence international. Il a fallu parler de l’utilisation d’armes chimiques pour que l’hypocrisie du monde éclate au grand jour. L’horrible spectacle des cadavres gazés a réveillé ceux qui, depuis plus de deux ans avaient assisté, indifférents, à l’exode massif des centaines de milliers de Syriens démunis, à la peur qu’on lit sur les visages d’enfants, aux blessés en mal de soins dont les photos remplissent les écrans de télévision et les «Une» des journaux. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-on dire. Mais le résultat n’a fait que prouver la faillite des grandes puissances. Celles-ci victimes, dit-on, de leur démocratie ont affiché leur fragilité. N’auraient-elles pas dû prendre le temps de la concertation et de la réflexion avant de promettre une intervention improvisée et provoquer une panique incontrôlable qui a gagné, non seulement les citoyens syriens, mais tous ceux des pays frontaliers et, à leur tête, le Liban? Qu’entend-on par frappe punitive? Comment peut-on éviter les dégâts collatéraux? Pourquoi a-t-on suscité cette tension qui accompagne l’attente des décisions de ceux qui possèdent le droit de vie et de mort sur des hommes, des femmes et des enfants? Au Liban, pays aux frontières ouvertes à tout vent, l’annonce d’une possible frappe occidentale sur la Syrie, a fait fuir, non seulement les étrangers, mais surtout ceux qui hésitaient encore à quitter leur terre. Le rush sur les avions en direction des Emirats ou d’autres pays lointains, en est la preuve évidente. Les écoles perdent leurs élèves qui occuperont les bancs d’autres écoles sous des climats plus cléments. Les universités ne sont pas mieux loties. La saison touristique a été étouffée dans l’œuf et l’économie s’effondre un peu plus, même si les responsables des institutions financières, dont la Banque du Liban, se veulent convaincants dans leurs prévisions. De tout cela n’en sommes-nous pas responsables? Une frange importante de la population ne s’est-elle pas volontairement impliquée dans une crise qui ne nous concerne en aucune manière? Une démocratie «consensuelle» qui a toujours empêché l’entente sur des sujets plus ou moins cruciaux, une société qui n’a pas la compétence d’élire ses représentants, un gouvernement compliqué, pour ne pas dire impossible, à former, un mandat présidentiel dont certaines voix commencent à mettre en doute une relève. Si le chef de l’Etat multiplie les déclarations toujours plus fermes, il n’en reste pas moins que le pays va à la dérive, qu’il se vide de son sang tandis que, par miracle, la vie continue et avec elle les festivals qui défient la sinistrose ambiante. Les appels au dialogue ont-ils encore un sens?


 Mouna Béchara
   

Santé

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