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Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

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Frontières maritimes
Le tracé début 2020?

Des sources politiques à Beyrouth s'attendent à une réactivation du dossier du tracé des frontières maritimes et terrestres entre le Liban et Israël après la nomination d'un nouveau secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, David Schenker, en remplacement de David Satterfield, qui devient ambassadeur américain en Turquie. Ces sources qualifient M. Schenker de grand connaisseur du monde arabe et de technicien, alors que M. Satterfield était plutôt un «idéologue» dépourvu du sens de la neutralité, défendant souvent les intérêts israéliens. M. Schenker était le directeur du cabinet du secrétaire à la Défense pour les pays du Levant, le plus important poste au Pentagone concernant les affaires arabes. Sa mission consistait à conseiller le secrétaire à la Défense dans les questions militaires et politiques pour le Liban, la Syrie, la Jordanie et les Territoires palestiniens. Avant de rejoindre l'Administration, M. Schenker était chercheur au Washington institute, spécialiste du monde arabe.
Les sources précitées pensent que la médiation américaine concernant le tracé des frontières reprendra intensément après les élections en Israël, le 17 septembre. Car il est peu probable que le Premier ministre Benyamin Netanyahu fasse des concessions politiques de peur qu'il n'en paie le prix dans les urnes. C'est d'ailleurs pour cette raison que les autorités israéliennes étaient revenues sur leur accord pour des négociations simultanées concernant les frontières terrestres et maritimes, comme l'exige le Liban, alors que Tel-Aviv souhaitait commencer par le tracé terrestre. Mais le Liban refuse de discuter de la frontière terretre, qui répond aux impératifs de sécurité israéliens, car il craint qu'une fois qu'il aura obtenu ce qu'il veut sur terre, Israël refuserait ensuite de procéder au tracé des frontières maritimes. Cependant, l'inflexibilité du Liban et le besoin des deux pays d'extraire et de commercialiser le gaz jouerait en faveur d'une solution, qui interviendrait fin 2019 ou début 2020 au plus tard.

 

Les sanctionnés à la table de Ali
L'ambassadeur de Syrie au Liban, Ali Abdel Karim Ali, a réuni à sa table un grand nombre de personnalités politiques proches de l'Iran et de la Syrie. Les agapes ont été organisées, à la mi-juillet, en l'honneur du chef du bloc parlementaire du Hezbollah Mohamed Raad, du député du parti Amine Cherri et du responsable sécuritaire Wafic Safa, récemment frappés par des sanctions américaines.

En vacances
En dépit des développements politiques et sécuritaires qui se succèdent au Liban ces dernières semaines, les ambassadeurs des pays influents brillent par leur absence. Deux raisons se cachent derrière ce qui semble être un désintérêt de la part des grandes puissances à l'égard du Liban, soutient une source diplomatique à Beyrouth. La première est que certains ambassadeurs ont quitté leur poste avec les membres de leur famille pour les vacances d'été. La deuxième raison est une déduction de la première: si ces diplomates n'ont pas jugé bon de reporter ou d'écourter leurs congés, c'est que le Liban n'est plus une question prioritaire au vu des enjeux majeurs au niveau régional, notamment la question iranienne.


 


Bras de fer autour des nominations
Les nominations et les permutations diplomatiques n'attendent pas la reprise des réunions du Conseil des ministres, comme l'affirment des milieux politiques. Des sources informées assurent que malgré le retour à l'administration centrale de onze ambassadeurs dont la mission s'est achevée à l'étranger, la désignation de leurs successeurs n'est pas imminente. Un bras de fer semble engagé entre les principales forces politiques et les désignations pourrait traîner jusqu'au début de l'année prochaine, croient savoir ces sources.  


Zasypkin reste en poste au Liban

L'absence prolongée de l'ambassadeur de Russie Alexander Zasypkin, a déclenché des rumeurs sur son prochain remplacement. Des sources informées à Beyrouth assurent que Moscou, amplement satisfait de son ambassadeur, ne souhaite pas nommer un remplaçant à ce diplomate chevronné qui est en poste à Beyrouth depuis neuf ans. M. Zasypkin est en vacances avec sa famille et réintégrera son poste à la mi-août.

La saison des mariages bat son plein et les voyages vers Chypre se multiplient. Célébrer ainsi son hyménée dans ce pays voisin du Liban se fait de plus en plus fréquent. Les coûts, moindres, attirent surtout les jeunes. Mise au point sur les dépenses à prévoir, avec Grace Skaff Haddad, copropriétaire de Magic Tours au Liban. Qu’il s’agisse d’une célébration civile ou religieuse, les principales raisons qui poussent les Libanais à opter pour Chypre pour sceller leur union sont au nombre de trois:
● La différence de religion.
● La différence de nationalités.
● Les coûts faramineux de l’organisation d’un mariage au Liban.
Pour ce faire, il s’agit d’abord de veiller à la bonne préparation de son dossier. En effet, les documents requis dépendent de la situation: s’agit-il de deux personnes ayant la même nationalité? De même religion? D’individus célibataires? Divorcés? Dans un cas ordinaire, celui de deux Libanais célibataires, un extrait d’état civil et un extrait d’état familial sont requis. La première étape consiste donc à fournir ces documents à une agence spécialisée (certaines agences de voyage par exemple). Celle-ci se charge de fixer un rendez-vous avec la municipalité ou la mairie de la région chypriote où le couple décide de prononcer ses vœux. En deuxième lieu, il s’agit de traduire, légaliser et timbrer les documents auprès du ministère des Affaires étrangères et de l’ambassade de Chypre au Liban. Il faudra compter entre 150 et 200 $ par couple (tout dépend du nombre de papiers exigés). La troisième étape est celle de l’organisation de la cérémonie. La célébration dépend du nombre d’invités. Le couple pourra prévoir environ (pour 25 invités) 1 045 euros pour un mariage civil avec buffet et entre 850 et 900 euros pour un mariage religieux. Certes, les prix changent en fonction du nombre de personnes, de la variété du buffet, des sortes de fleurs, etc. Pour voyager, le prix moyen d’un billet d’avion (aller-retour) est de 190 $ et d’une nuit à l’hôtel d’environ 70 euros (dépendamment du lieu de séjour). «Il est clair que les taux changent en fonction des saisons: la «mid-season» s’étalant d’avril jusqu’au 15 juin et la «high-season» du 15 juin à la mi-septembre», explique Grace Skaff Haddad.

Bon marché
Chypre attire les futurs mariés libanais de par sa proximité (20 minutes en avion) et de par ses offres nuptiales bon marché. Un couple pourrait ainsi voyager à Chypre pour 3 jours, ce qui équivaut à deux nuits dans un hôtel ou dans une station balnéaire au Liban. «J’aimerais aussi insister sur le fait que la demande pour les mariages civils à l’étranger augmente chaque année, depuis 2009, de l’ordre de 20%», affirme la copropriétaire de Magic Tours. Chypre reste la destination privilégiée, représentant, dans ce sens, 70 à 90% de la demande. Par conséquent, les agences de voyage se font de plus en plus la concurrence pour proposer différents packages à des prix compétitifs. D’après Grace Skaff Haddad, ces packages comportent:
● Le vol.
● Le transfert de l’aéroport à la municipalité.
● Les trajets vers le ministère des Affaires
étrangères et l’ambassade du Liban à Nicosie.
● La légalisation et la traduction des
documents administratifs.
● L’assurance voyage.
● Les frais de visa.
● Un bouquet de fleurs.
● Parfois même la mise à disposition de témoins.
Des prestations annexes peuvent s’ajouter, dont l’extension du séjour, la lune de miel, le voyage des amis et membres de la famille qui rejoindront le couple pour la cérémonie.

Natasha Metni Torbey

Que l’on parle de FinTech ou de TechFin, il ne s’agit que de finance et de technologie. La différence est qu’au lieu d’être séparées, elles sont maintenant intégrées.

Dans quelques années, nous cesserons de parler de FinTech, de TechFin, etc., et parlerons simplement de la finance fournie par la technologie d’une toute nouvelle manière. Dans ce secteur, on entend un lexique technique comprenant les mots rebanking, intelligence artificielle, blockchain, big data. L’impact économique de la Fintech est considérable, car de nouveaux moyens de financement, surtout pour les PME, sont proposés, s’appuyant souvent sur le mobile et sans intermédiaires. Le Liban assiste à l’émergence d’entreprises Fintech, et accueille plus de 15% des start-up Fintech de la région.
Au début de l’ère des start-up et de la Fintech, la question s’est effectivement posée. Allions-nous assister à une confrontation entre le modèle de la banque traditionnelle et le modèle Fintech, à une entente et une collaboration entre les deux, ou bien à une cohabitation et à un partage du marché? Si la banque traditionnelle garde pour elle la base clientèle, les moyens financiers, le savoir-faire bancaire et la réputation, et contre elle la régulation, le conservatisme et la lourdeur des processus; le modèle Fintech a pour lui la proactivité, l’agilité, l’alignement sur les jeunes, des coûts moins chers et un manque de régularisation. «On assiste actuellement à un rapprochement des deux modèles. La Fintech a le mérite d’avoir secoué les banques qui ont été obligées d’être plus agressives au niveau de la technologie et de proposer des systèmes plus en phase avec les attentes des clients. Le clash prévu n’a pas eu lieu, les banques peuvent se permettre d’acheter la technologie et nous assistons plutôt à une cohabitation positive entre les deux modèles qui, dans certains secteurs, tendent l’un vers l’autre», déclare André Gholam, Pdg de Logica, une société d’audit informatique. «L’IBL a déjà commencé à adopter les innovations financières et présente d’importantes opportunités de coopération avec la Fintech. C’est la coopération et la complémentarité entre la banque et la Fintech qui va prévaloir et non pas la résistance de la banque vis-à-vis de de l’autre modèle. Pour les cinq années à venir, notre stratégie est de nous positionner dans le monde de la Fintech et des start-up et de répondre aux besoins de nos clients et des marchés», souligne Salim Habib, Pdg de l’IBL, ajoutant que «ceci n’empêchera pas une certaine forme de compétition qui sera, à mon avis, saine et bénéfique pour le consommateur.»
D’après Antoine Lawandos, directeur général adjoint et directeur des Systèmes d’information à Blom Bank, le partenariat entre la banque et la Fintech est non seulement possible, mais plutôt souhaitable. La Fintech est au sens large la technologie au service des banques et institutions financières. Ainsi, elle a été de tout temps et indiscutablement partie intégrante de tous les moteurs bancaires, et ce à tous les niveaux: Front, BackOffice, Customer Facing, Self-Service, Interfaces utilisateurs, Systèmes et réseaux de paiements et la liste reste longue. Au sens restreint, ajoute-t-il, la Fintech est le cœur de métier des nouvelles entreprises, start-up ou autres, offrant des services dans le domaine de la banque, des finances ou des paiements, dans le but de remplacer des services existants ou éventuellement visant à les améliorer ou à les compléter, d’où le partenariat entre la Fintech et banques.

Réforme du business model
Mais ces disrupteurs s’appuient sur des banques de la vieille école pour les services bancaires et l’infrastructure bancaire (comptes bancaires, paiements, intermédiation, conformité). Autrement dit, ils réinventent l’expérience utilisateur, l’interface utilisateur ou le modèle d’entreprise, mais pas «le tout». De plus, en comptant sur les banques pour faire des affaires, les entreprises de technologies financières sont des clients et génèrent ainsi des revenus pour la banque. Disons que c’est un modèle de co-pétition (concurrence coopérative) dans lequel les Fintech restent à la merci des banques, elles perturbent les banques d’un côté, mais leur rapportent des affaires de l’autre. A la fin, les banques continuent de gagner. Néanmoins, pour échapper aux retombées à l’ère de la disruption, les banques n’ont d’autre choix que de réviser leur modèle de travail, d’où les mots souvent utilisés de «reshaping the bank or rebanking». «Les banques doivent remettre en question leur modèle. On note des changements importants dans les grandes banques internationales. Goldman Sachs, par exemple, a remplacé la majeure partie de ses traders par des robo advisors (robots conseillers, ndlr)», dit André Gholam, mettant l’accent par ailleurs sur le fait que «si les banques ne se préparent pas dès à présent, le choc sera dur.
La préparation n’est pas uniquement technologique. Un développement en parallèle de l’ensemble des composants des processus est nécessaire: la direction, le personnel, les procédures, les lois… On a souvent vu dans le passé des technologies prometteuses qui ont fini dans un flop monumental. Ça prendra du temps, mais ça va venir et l’impact sera majeur.» Répondant à la même inquiétude sur le reshaping banks, Salim Habib considère que si les banques ne remplissent plus leur rôle de financement de l’économie, le risque est là. «Mais les banques sont conscientes de la pression du digital et du changement profond des mentalités des clients. Le financement de start-up technologiques ainsi que la création de fonds participatifs va introduire plus de concurrence et va pousser les banques à concevoir de nouvelles architectures en phase avec l’exigence des clients et à mieux s’intégrer aux réseaux sociaux en s’ouvrant aux potentialités externes par une démarche d’«open innovation».

Ubérisation de la finance
«Il est possible que l’ubérisation de l’économie et de la finance soit une solution d’avenir», souligne le numéro 1 d’IBL, faisant remarquer que «ce néologisme formé à partir du nom d’Uber s’est emparé du transport, de l’hôtellerie, de la restauration, du conseil juridique… La liste est longue et prouve à quel point le changement dans les modèles économiques et surtout des services est profond. Le monde de la finance n’échappera pas à cette évolution, j’en suis conscient. Mais si la banque s’adapte à ces changements et ces mutations, elle continuera à remplir ses fonctions et à jouer son rôle.» «Effectivement, dans beaucoup de domaines, on assiste à ce phénomène d’ubérisation. Il semble toutefois difficilement applicable au monde bancaire et financier, même si, dans certains cas spécifiques, il y a annulation du rôle d’intermédiaire de la banque. Les mentalités et les lois ne s’y prêtent pas encore. Mais aussi et surtout, les banques qui veulent garder leur monopole sur ce marché», dit le patron de la société Logica. On l’a vu récemment avec le lancement de la cryptomonnaie Libra de Facebook. Bien que différente des autres cryptomonnaies dans le sens de la stabilité de ses cours et de sa relative transparence, elle a immédiatement fait réagir les politiques et banquiers qui ont voulu l’encadrer et la réguler; sinon elle aurait d’un coup fait de Facebook la plus grande banque au monde avec plus de 2 milliards de clients. Evidemment, Facebook n’offrirait pas toute la palette de services d’une banque classique, mais les transferts et paiements seraient les premiers à être proposés. Ce qui toucherait la majorité des individus. Par ailleurs, les exemples de peer-to-peer lending et de crowdfunding sont des exemples parfaits de la disparition du rôle d’intermédiaire. On a remplacé la banque par une application (avec tout ce qu’il y a derrière) pour obtenir et gérer des prêts. Les estimations prédisent un volume de 1 000 milliards de dollars en 2024, venant de 26 milliards en 2015, rien que pour le peer-to-peer lending. D’après Antoine Lawandos, il n’est pas très exact de parler de l’ubérisation des services financiers car il est impossible de comparer le modèle complexe du métier bancaire au modèle plus simple du commerce en ligne voire même à celui des néo-banques. Celles-ci ont construit le modèle de leur métier autour d’un nombre limité de services centrés sur quelques produits simples et à faible risque et pouvant être uniquement proposés de manière numérique à une catégorie restreinte de consommateurs via un nombre réduit de canaux de distribution. «Ceci dit, la complexité supplémentaire des banques traditionnelles consiste actuellement à soutenir des réseaux de distribution hybrides dans lesquels le concept d’agence continue de jouer un rôle assez important mais dont l’importance va certes diminuer progressivement au fil des années», fait-il remarquer, ajoutant que «dans le commerce électronique, la transaction et son cycle de vie sont fondamentalement les mêmes quelle que soit la taille du portefeuille de produits. Dans les services des réseaux sociaux, le client devient lui-même le produit. Ceci ne reste pas vrai dans le cadre des produits et services bancaires, et particulièrement lorsque vous êtes une banque universelle agissant dans les secteurs de la banque de détail, la banque d’entreprise, des PME, traitant des opérations avec des correspondants, ou gérant des portefeuilles d’investissements variés. Dans ce cas, vous devez gérer une grande diversité de services et produits distribués moyennant plus de 5 canaux de livraison tout en tenant compte de réglementations de concordance de plus en plus strictes.»

Relations banques/Start-up
En Grande-Bretagne, la FCA (Financial Conduct Authority) met en place des lois en vue d’aider le développement de la Fintech. Quant à la régulation européenne, elle est la plus avancée en ce sens, notamment l’OPEN PSD2 (directive révisée sur les services de paiement) qui vise à définir un écosystème de coopération/compétition entre la banque et la Fintech, moyennant une règlementation qui va entrer en vigueur en septembre 2019 pour distribuer les rôles entre banques et Fintech. OPEN PSD2 vise à contrôler et réduire le monopole que les banques exerçaient sur les comptes de leur clientèle et sur les paiements et modes de paiements relatifs. OPEN PSD2 donne des droits aux clients d’utiliser les services de tierces parties, en l’occurrence des Fintech, désignées par la régulation en tant que TPPs (Third party providers) et pouvant jouer les rôles de AISP (Account Information Service Providers) ou PISP (Payment Information Service Providers), sans pour autant être des banques. La régulation donne le privilège aux banques d’assumer en même temps leur rôle de banque en plus du rôle de TPP. La régulation oblige les banques à ouvrir leurs systèmes moyennant des APIs (Application Program Interfaces) qui seraient mises à la disposition des TPP pour leur permettre l’accès direct à plusieurs banques depuis leurs applicatifs et la capacité d’offrir des services à valeur ajoutée à la suite du consentement explicite du client qui restera toujours sous le contrôle de la banque elle-même, et en respect de normes de sécurité règlementaires préétablies. Bien sûr, la régulation force les banques à offrir leurs services sous formes de APIs dans un respect strict de normes de sécurité telles que définies par le RTS (Regulatory Technical Standards) qui fait partie de OPEN PSD2 et en conformité avec la régulation/loi eIDAS qui régit les identités numériques ainsi que les services d’authentification qui y sont relatifs. Les banques devront mettre à la disposition des TPP accrédites selon les modalités de la nouvelle loi des environnements de «SANDBOX» ou les TPP pourront tester et faire évoluer leurs applicatifs, explique Antoine Lawandos, qui insiste par ailleurs que «le but de PSD2 est d’instaurer un cadre légal pour gérer la collaboration et règlementer la compétition sur l’offre de services autour des comptes bancaires et des services de paiement en ligne, faisant entrer en jeu les TPP – qui sont en fait des Fintech –, selon notre définition.
Au Liban, on voit de plus en plus une volonté des autorités publiques et financières de réguler ce marché de la Fintech. Mais la progression légale est lente. Répondant à une question lors du dernier forum organisé à Beyrouth par Euromoney, le gouverneur de la BDL Riad Salamé, a déclaré que toutes les circulaires en pipeline portant sur la Fintech ont pour objectif premier de protéger le consommateur, ajoutant que «la BDL ,en tant que régulateur, interviendra non seulement pour maintenir une stabilité, mais également pour veiller à la concurrence dans le secteur financier». Il a également réitéré l’annonce d’une émission prochaine d’une monnaie digitale propre au Liban. D’ailleurs, la lenteur de la législation dans ce domaine n’est plus de rigueur surtout après la promulgation de la loi 81 sur la signature électronique, il y a déjà neuf mois, alors que tout le monde l’a réclamé à cor et à cri. Cela sans parler de la circulaire 331 de la Banque centrale permettant aux banques d’investir dans les start-up.

Trump vs compagnies de technologies
Les États-Unis proposent d’empêcher les grandes entreprises de technologie d’offrir des services financiers et des monnaies numériques. Autrement dit de fonctionner en tant qu’institutions financières. Un projet de loi en ce sens a été transmis pour examen au Sénat et à la Chambre des Représentants après l’annonce par Facebook Inc. de son intention de lancer sa propre monnaie numérique – Libra - en 2020. Facebook et 28 partenaires, dont Mastercard Inc (MA.N), PayPal Holdings Inc (PYPL.O) et Uber Technologies Inc. (UBER.N), formeraient l’association Libra pour régir la nouvelle pièce. Aucune banque ne fait actuellement partie du groupe. La position du président américain Donald Trump est claire. En juillet dernier, il a critiqué la Libra et a demandé aux entreprises de technologies de solliciter une charte bancaire et de se soumettre à la réglementation américaine et mondiale si elles souhaitaient «devenir une banque». Ses commentaires ont été prononcés après que le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, eut déclaré aux législateurs que le plan de Facebook visant à créer une monnaie numérique, ne pourrait pas aller de l’avant s’il ne répondait pas aux préoccupations concernant la confidentialité, le blanchiment d’argent, la protection des consommateurs et la stabilité financière.

Un nouveau monde tout simplement
En tant que client, nous apprécions la technologie et la valeur ajoutée qu’elle nous apporte. Parler d’innovation est chose facile. Passer à l’exécution est plus difficile. Dans tous les cas de figures, la Fintech est sous-tendue par une dynamique évolutive. Pour le moment, peu d’entreprises Fintech ont évolué d’un modèle de P2P à un modèle de marché où la liquidité peut provenir d’individus ou d’institutions financières. Cette vague de technologies financières qui se mettrait en place sera la «banque de marché» (ou «banques de technologies financières»). Ce sera un type de banque basé sur les éléments simples suivants. Imaginez que vous soyez un client de cette «banque de marché» et que vous ayez besoin d’un prêt. Vous ne vous souciez pas vraiment si le prêt vous est fourni par le Lending Club ou la Bank of America, ce que vous recherchez est un processus rapide et sans friction pour obtenir votre prêt et le taux d’intérêt le plus bas possible. La question sera de savoir si la première «banque de marché» serait lancée par une banque de la vieille école (un opérateur historique) ou par une start-up de la Fintech? Il serait trop perturbant et le risque de cannibalisation est trop élevé pour qu’une banque assume le risque. La finance fournie par la technologie diffère de bien d’autres manières, mais nous allons bientôt cesser de parler de technologie de rupture, d’innovation ou de technologie financière. Ce ne sera qu’un nouveau monde financier transformé numériquement.

Liliane Mokbel

Les nouvelles technologies sont au cœur de la réflexion au quotidien des assureurs et des réassureurs. Elles sont pleines de promesses. Les professionnels de l’Assurtech ne sont pas en reste pour inventer des produits et services pour améliorer l’expérience client.

Les assureurs interrogés par Magazine, le Pdg d’Arope Insurance, Fateh Bekdache, et le directeur général d’Adir Insurance, Labib Nasr, sont d’accord pour dire que l’objectif ultime de l’Assurtech est d’inventer de nouveaux services pour améliorer l’expérience client au profit de la marque que chacun d’eux représente. Tout en sachant à l’avance que les souscripteurs ont besoin d’un maximum de confiance dans un système et sa sécurité afin de l’adopter.
L’Assurtech apparue récemment n’est ni suffisamment mûre ni suffisamment avancée au Liban comme ailleurs dans le monde. Au Liban, ce domaine fait appel à des solutions standards, comme la cartographie, et demeure jusqu’à nouvel ordre fondé sur Internet. Mais, il est bien là et s’impose comme une option, parfois déterminante, pour l’assuré par rapport au choix de son assureur. A plus ou moins court terme, il n’est pas impossible que l’Assurtech intègre le Big data et fasse appel au Cloud. Celui-ci présente de nombreux intérêts, à commencer par un coût moindre qu’un stockage 100% propriétaire et une meilleure résilience aux cyberattaques.  
Les plateformes web et les réseaux sociaux ont permis aux assureurs d’atteindre un public plus large et de proposer des services de souscription d’assurance en ligne sans passer par les agences. Si ces innovations engendrent des opportunités énormes, elles font planer des risques importants, notamment les cybermenaces que l’Association du management des risques et assurances de l’entreprise (AMRAE) a remonté de la 7ème place en 2017 au top 3 des inquiétudes des entreprises en 2019.

Des start-up qui font leurs preuves
Les nouvelles technologies dans l’assurance ont, en 2019, un grand défi à relever: démontrer leur pertinence en mettant en avant des usages concrets, efficaces et créateurs de valeur. C’est la condition sine qua non pour que les assureurs se les approprient. Or, rares sont les start-up qui réussissent à percer dans l’Assurtech. En 2019, la feuille de route des assureurs relève donc davantage d’une consolidation que d’une course effrénée vers l’innovation. Pour Labib Nasr, l’Assurtech se trouve à une phase préliminaire au Liban, d’où le fait qu’il est encore prématuré de procéder à son évaluation. Il existe de nombreuses applications mobiles pour les assureurs permettant au client de souscrire à une police et de la payer directement. Mais cette police lui sera livrée sur papier (hard copy) et à un stade ultérieur. «Les assureurs libanais font face à une pression croissante pour évoluer et se réinventer, tout en reconnaissant que l’Assurtech présente au final plus une opportunité qu’une menace. Mais sur un marché tel que le Liban, où les gens s’appuient sur des modèles commerciaux relationnels, il existe de vrais défis à surmonter en termes de culture, de technologie et de forces actives», explique le directeur général d’Adir.

Méfiance et confiance
La méfiance est le mot d’ordre dans l’Assurtech. L’erreur est le propre de l’être humain, elle est aussi celle de la technologie. Sachant que de nombreux accidents ont eu lieu dans le monde où l’application a capté de fausses données. «La tolérance zéro est la doctrine chez Arope. Choisir les bons partenaires techniques et anticiper les progrès sont tous des éléments clés afin d’atténuer les erreurs et les accidents. La sécurité étant de rigueur de nos jours, l’investissement dans l’Assurtech consiste à financer les programmes et les systèmes ainsi que tous les logiciels de protection des bases de données et de la politique de confidentialité», explique Fateh Bekdache. Pour Arope, la méfiance se retrouve à plusieurs niveaux. La méfiance du public: si les assurés ont le sentiment que l’assurance ne va pas les indemniser; la méfiance de l’assureur: revers de la médaille de cette forme de «smart insurance» laisse présager des problématiques de fausses déclarations de perte, de vol ou de casse; la méfiance des outils informatiques: la démocratisation de l’informatique facilite l’offre d’alternatives mais elle a aussi amène avec elle la peur des failles sécuritaires.

La e-réputation
Pour Labib Nasr, la méfiance règne dans le secteur des assurances, que cela nous plaise ou non. Le ministère de l’Economie et du Commerce a pris les dispositions nécessaires pour que les assurés puissent se plaindre de tout comportement suspect ou douteux des compagnies d’assurance et a mis en place un service d’assistance téléphonique. «En Assurtech, dit-il, c’est l’inverse.» La méfiance est évaluée instantanément, les personnes pouvant poster en ligne leurs commentaires si le service n’est pas à la hauteur de leurs attentes. Ce qui finira par ruiner la réputation de l’assureur. «En numérisant nos processus, le taux d’erreur diminuera et sera contrôlé au niveau de la collecte de données, de l’évaluation des risques et de la publication des politiques. Si les informations complètes ne sont pas correctement récupérées, les erreurs seront toujours récurrentes», dit-il.

Technical push
Adir et Arope se suffisent-elles d’une approche «technical push», où ont-elles identifié des problèmes et sont en passe de leur trouver des solutions digitales?
Adir a adopté une nouvelle approche dans sa stratégie de marketing numérique en remodelant le site web de la société –devenu réactif, informatif, léger et clair – et en lançant les plateformes de médias sociaux dans un tout nouvel esprit et une nouvelle culture, dont l’objectif est d’interagir avec ses clients et atteindre un public plus large, en particulier la génération Y, tout en préservant son identité d’entreprise. En ce qui concerne les solutions numériques, Adir dispose d’un nouveau plan numérique pour 2020 qui a commencé à être élaboré plus tôt cette année. Son objectif est de disposer d’une application mobile complète pour assister les clients au quotidien et faciliter leur expérience en matière d’assurance auprès de la société. (déclarations d’accidents, devis, émissions de polices, enquêtes d’experts, services de remorquage, vérification du portefeuille d’assurances, suivi impayé, etc.).
Adir considère que l’Assurtech peut être un nouveau canal de distribution pour promouvoir des polices d’assurance légères en termes de souscription (par exemple, dommages corporels, voyages, dommages matériels causés à des tiers et assurances médicales pour étrangers). De plus, la technologie peut aider à développer de nouveaux types innovants de produits d’assurance comme les solutions domotiques pour prévenir les incendies ou les cambriolages, ou encore les assurances vie et maladie avec surveillance continue des activités quotidiennes, des marches, des calories brûlées… «Nos solutions numériques serviront donc principalement à minimiser les risques et à les empêcher», conclut Labib Nasr.

Quantum leap technologies
Quant à Arope, la compagnie considère que les services assurantiels sont comparés de plus en plus aux services financiers mais se retrouvent à la traîne car ils n’ont jamais été confrontés à cette dure compétition technologique face aux start-up et à la disparition des barrières d’entrée au secteur. Les assureurs doivent faire un saut technologique (quantum leap technologies) afin de rattraper le peloton de tête, pour pouvoir se maintenir dans la course aux services financiers afin de dépasser la vague virtuelle. «L’assurance devient un bien de consommation comme un autre, dénudé de sa lourdeur administrative traditionnelle; nous recherchons constamment des outils qui modernisent le traitement assurantiel en assouplissant les relations assureur-assuré en offrant à l’assuré un rôle central dans la gestion de son contrat», conclut M. Bekdache.


 AROPE
● 2012: Développement d’une application mobile gratuite compatible avec les systèmes iOS, Android et Blackberry. Une plateforme pour organiser les fichiers d’assurance. Ultérieurement, y ont été intégrés des services tels que la calculatrice des frais de mécanique, les numéros d’urgence, les stations d’essence et les ATM de BLOM Bank les plus proches.
● 2017: Ajout à cette plateforme d’un service de paiement de primes d’assurance en ligne, à travers l’application, le site web et le site web mobile. Il s’agit d’une étape importante dans le parcours de la compagnie vers l’Assurtech et le e-commerce prochainement.
● 2017: Développement d’une 2ème application mobile dédiée aux experts routiers afin d’optimiser le système de gestion de sinistres autos. Ce service B2B a été créé pour simplifier la tâche des experts routiers durant l’inspection d’un accident et offrir un service 24h sur 24 et 7 jours par semaine.


 Adir Insurance

●  2020: Cette année sera une nouvelle ère pour ADIR Insurance après plus de 35 ans d’assureur et de bancassureur traditionnels, en espérant que la réglementation facilitera la transformation du secteur des assurances en numérique.
● Allocation d’un budget à la transformation digitale pour les projets suivants: Application mobile Full Fledge, y compris la télématique; espace client; assistance médicale pour applications mobiles en coopération avec le TPA; paiements en ligne; chaînes de médias sociaux et programmation.

Liliane Mokbel

«I write in English with a slight french accent and in French with a lebanese inflection». C’est par ces quelques mots que Claude el-Khal, écriva