Dans les recoins de Beyrouth
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Dans les recoins de Beyrouth

 
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Poetic License
Un vers pour un verre

Cela fait presque un an qu’ils se réunissent çà et là, dans les recoins nocturnes de Beyrouth, sous le nom de «Poetic License», en référence évidente à cette marge de totale liberté octroyée au poète. Au cœur du projet de Poetic License, Rania Madnomad, ou Ramadnomad. Son nom change souvent, au gré de l’envie, de la passion qui la porte. Depuis des années, depuis son retour au Liban, elle a instauré des soirées de poésie slam, dans le but de créer «une plateforme» pour la libre expression, pour donner une chance aux gens de s’exprimer, chacun à sa manière. Enthousiaste, elle explique que parmi ceux qui avaient pris le micro pour la première fois lors de ces soirées slam, certains figurent actuellement parmi les poètes réguliers de Poetic License. Un événement autour duquel elle a réussi à rassembler les meilleurs poètes du moment.
Et leur dernière rencontre était le vendredi 12 avril, à Zicco House, une place qui accueille souvent ce genre d’événements, en raison de la bonne acoustique du pub, et du public qui afflue, connaisseur et attentif. Bien avant l’heure fixée, ils se retrouvent autour d’un verre, pour s’accorder sur le programme, discuter des derniers détails et débattre de leurs préoccupations artistiques et des choses de la vie. Rania Madnomad, elle, a choisi de s’exprimer cette fois par la projection d’une vidéo de quelques minutes, emmenant le spectateur au cœur des secrets de la nature, à travers un montage hypnotisant d’images extraites du Net. Et au micro, se sont succédé The Amazin’ Sardine, Semaan Khawam, Elie Mouhanna, Tarek Yaacoub Yaacoub, Mariam Hammoud et Tina Fish. Mots tranchants, verbe élégant, en arabe et en anglais, les poètes ne vous laissent pas de répit. Certains tellement plus que d’autres, leurs mots vous giclent à la figure, vous happent, vous clouent sur place. Et chacun à sa façon, se dévoile tout en se voilant, et voile l’univers de mots qui s’entrechoquent pour tellement mieux le dévoiler, vous dévoiler. Une étrange sensation de malaise et de bien-être vous enveloppe et vous vous retrouvez à souhaiter qu’elle se renouvelle le plus tôt possible.


Tout en musique
Rover à Liban Jazz
On l’avait connu au Liban comme l’un des membres du groupe The New Government, lancé au cours de l’année 2005, dans le mouvement de ce qu’on a appelé la «révolution du Cèdre». Le président du Conseil Omar Karamé venait de démissionner et le pays se trouvait sans gouvernement. Zeid Hamdan, Jérémie et Timothée Régnier, auxquels se sont joints Nabil Saliba et Chérif Saad, forment le groupe de rock/punk The New Government. Un premier album éponyme en 2006 et des concerts entre Paris et Beyrouth. Puis Timothée est expulsé du Liban en 2008, faute de visa.
Le public libanais aura l’occasion de le redécouvrir, de découvrir son nouveau visage, celui de Rover, grâce à l’initiative de Karim Ghattas, le fondateur de Liban Jazz, qui l’invite dans le cadre de son festival, pour un concert unique, le dimanche 12 mai, au Music Hall, à 21h.
Rover, le premier album éponyme du musicien-interprète-compositeur paraît fin 2011, unanimement salué par la critique. «Un premier album simple et lumineux», comme le décrit la revue Les Inrocks. Révélation des Francofolies, de Rock en Scène et du Paléo Festival en 2012, Rover a été nommé aux Victoires de la Musique 2013 dans la catégorie révélation du public.
Français d’origine, ayant beaucoup voyagé et vécu à l’étranger, Suisse, Belgique, Etats-Unis, Liban… Rover chante en anglais. C’est que comme le dit Le Monde, «fort de sa culture internationale, Rover a toute légitimité pour s’exprimer dans une langue anglaise qu’il maîtrise à la perfection». Souvent décrit comme balèze, globe-trotteur, passionné de musique, catcheur soviétique, écrivain romantique du XIXe siècle et colosse à la voix d’ange, Rover, mal remis de son expulsion du Liban en 2008, s’enferme dans la maison familiale en Bretagne pour travailler son album et «se découvre une voix particulière, qui peut aussi bien monter dans les aigus que rester dans les graves», selon le site www.evene.fr. Et Rover, aussi bien l’artiste que l’album, naît. Aqualast, ballade sombre et langoureuse accompagnée d’un clip à l’ambiance sépia, débute l’opus composé de onze titres, tels le puissant Champagne, le délicat Lou, l’imparable Tonight en passant par Birds, chanson qui évoque avec force les bombardements de 2006 au Liban… à travers lesquels transparaît l’influence de l’artiste: les Beatles, Bowie, Dylan, Lou Reed, Serge Gainsbourg, Bach… Rover, c’est le dimanche 12 mai, au Music Hall, à 21h.
Billets en vente au Virgin: (01) 999666.


Muwashahat de Rima Khcheich
Dès les premières secondes, la voix de Rima Khcheich envoûte l’auditeur. Timbre doux, épuré, éthéré et puissant. Elle insère les mille et une intonations de sa voix cristalline au cœur de cette ancienne et éternelle forme poétique qu’est le muwashah. Après Orient Express, Yalalalli, Falak et Min Sihr Ouyounak où elle reprend des titres de la diva Sabah, voici le dernier album de Rima Khcheich, Muwashahat, qu’elle a lancé lors de deux concerts les 25 et 26 avril, à l’amphithéâtre Pierre Abou Khater, à l’USJ. Muwashah Rama Qalbi, Muwashah ya nahif el qawam, Muwashah ya man la’ibat… tout au long des onze pistes qui se succèdent, Rima Khcheich semble donner naissance, donner corps, donner vie, une nouvelle vie à ces compositions, accompagnée de Maarten Ornstein à la clarinette, de Tony Overwater à la contrebasse, de Joshua Samson aux percussions et de Ali el-Khatib au riq. Quand la musique et la voix vibrent au même diapason, une merveilleuse synergie embrase tout le corps et l’esprit. Et vous voilà ailleurs…


Sur les planches
Les belles-sœurs
Quand les masques tombent

Imaginez trois belles-sœurs, tellement différentes l’une de l’autre, presque coincées ensemble lors d’un même dîner de famille! Imaginez trois frères, leurs maris respectifs, contraints de se serrer les coudes par peur de voir dévoiler leurs relations extraconjugales. Imaginez un dîner de famille épicée par la présence de la belle, séduisante et sensuelle secrétaire de l’un des frères! Le résultat ne peut être qu’explosif.
Nadine Mokdessi a habitué son public, depuis vingt ans déjà, à savourer cet effluve de légèreté qu’elle distille sur les planches une fois par an avec sa troupe de comédiens amateurs, au profit d’une belle cause. Du 11 au 28 avril, le théâtre Monnot a accueilli la pièce Les belles-sœurs d’Eric Assous, mise en scène par Nadine Mokdessi, la totalité des bénéfices étant versés à diverses associations, tels Irap, Arc-en-ciel, Les Restos du cœur… Le succès fut tel que l’équipe a dû augmenter le nombre de représentations prévu, devant une salle toujours comble.
Sur scène a lieu un véritable enchevêtrement de situations drôles. Un vaudeville amusant et divertissant qui transporte le public au cœur de la maison de campagne que viennent d’acquérir Francky (Joe Abi-Aad) et son épouse Nicole (Joëlle Yaacoub). Pour leur pendaison de crémaillère, ils ont invité les frères de Francky, Yvan (Alain Hochar) et David (Salim Rached), accompagnés de leurs épouses respectives, Mathilde (Elsa el-Hage) et Christelle (Ghada Abdel-Sater). Mais Nicole a eu la très mauvaise idée de convier également Talia (Léa Abi Nader), la secrétaire de Francky. Dès l’annonce de cette nouvelle, les maris commencent à se sentir mal à l’aise. Ils semblent cacher bien des choses. Et les épouses sont déterminées à percer le secret. Quand les masques tombent, les personnalités se révèlent, la vérité éclate dans une kyrielle de mots, de discours, de sentiments, de quiproquos, de révélations, de piques… de rires et de sourires, polis ou verts, alambiqués et jubilatoires.


Tout sur Jamel
Entre rire et tolérance

Venu au Liban à l’initiative de Clapping Hands, Jamel Debbouze a rassemblé des centaines de fans, à majorité des jeunes, le dimanche 28 avril, au Forum de Beyrouth. L’humoriste clôturait ici-même la tournée de son dernier one man show Tout sur Jamel. Toujours drôle, Jamel, même s’il semble avoir changé, enrobant sa gouaille habituelle d’une grande dose de tendresse.
Echauffement de la salle d’abord avec son pote D’Jale du Jamel Comedy Club, qui est déjà venu au Liban, l’année dernière dans le cadre de Yass et les Doffs du rire. Avec D’Jale, les Libanais s’en sont pris plein la gueule, amicalement évidemment! La pilosité des hommes, la beauté des femmes toute refaite, l’instinct d’un corps toujours dansant, l’éternelle envie de fête et d’amusement… Tellement vrai, tellement amusant, tellement drôle. D’Jale emmêle dérision et autodérision à coups de vannes, de blagues, de sauts, de mimes et de pas de danse. Et la salle est prête à accueillir Jamel, sous un torrent d’applaudissements et de vivats.
Sautillant, bondissant, espiègle, Jamel surgit sur scène. Le contact s’instaure tout de suite de part et d’autre de la salle. Plus de deux heures de show, au cours desquelles il enchaîne, avec entrain et joie, sketchs et blagues. Ambiance relax, bon enfant, ambiance intime également. Et Jamel se dévoile. Il révèle tout, de son enfance de «p’tit Beur» en France, en passant par ses débuts d’humoriste, son Jamel Comedy Club jusqu’à son mariage avec la journaliste Mélissa Theuriau et la naissance de son fils Léon. Tel est le secret du changement de Jamel: il est devenu papa. Un changement qui, même s’il a permis à l’humoriste de s’assagir, n’a rien enlevé à sa capacité de faire rire toute une salle avec lui, de sa propre situation, de leur propre situation, accostant le public à plusieurs reprises, faisant même monter sur scène un jeune adolescent, s’esclaffant sur le «bordel qu’est Beyrouth», demandant les prénoms de presque tous les spectateurs de la première rangée où se croisent des Rayan et des Mohammad, emmêlant blagues caustiques et messages de tolérance envers l’autre.


Psy
L’ACT du Théâtre Monnot accueille jusqu’au 26 mai, la pièce Psy, mise en scène par Marcel Ghosn et basée sur Une folie de Sacha Guitry. En accordant une grande importance à l’éclairage, à la simplicité du décor, au jeu des acteurs, aux sons et à la musique jouée en direct par un oudiste, Psy suit l’histoire de Dr Raad (Dr Flache, dans la version originale), psychiatre, mais plus pour longtemps, puisqu’il décide de mettre de côté ses patients, sa maison et sa «pseudo-infirmière». C’est précisément à ce moment qu’il voit un couple débarquer dans son cabinet. Chacun le voyant séparément expose les problèmes de l’autre, n’hésitant pas à traiter de fou sa moitié. Ce qui est troublant, c’est que les deux personnages ont parallèlement la même vision de leur conjoint. Leur propre défaut les énerve. Plus qu’une remise en question de leur couple, c’est un retour sur eux-mêmes qu’ils doivent effectuer. Comédie romantique sociale adaptée au contexte local, Psy traite des problèmes relationnels quotidiens d’une manière sarcastique. Avec Marcel Ghosn, Joseph Azoury, Zeina Makki, Marie-Christine Tayah, Maha Mitri et Elissa Bakhos.
Psy (en libanais) c’est jusqu’au 26 mai, à l’ACT du Théâtre Monnot, à 19h.
Informations: (01) 421875.
Billets en vente à la Librairie Antoine.

Nayla Rached


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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

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