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Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

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Ancien directeur du bureau de l’AFP à Tokyo, Philippe Riès est aussi l’auteur avec Carlos Ghosn de Citoyen du Monde (Grasset, 2003). Il a pu rencontrer début juillet à trois reprises M. Ghosn lors d’un passage à Tokyo, où il a eu deux interventions consacrées à cette affaire. Pour ce journaliste économique chevronné, spécialiste de l’Asie, l’ancien Pdg de l’alliance Renault-Nissan a été victime d’une révolution de palais. Entretien.


Vous avez rencontré récemment à Tokyo Carlos Ghosn. Comment l’avez-vous trouvé?
Sur le plan moral, je n’ai jamais eu trop d’inquiétudes dans la mesure où, ayant résisté à son arrestation et à 130 jours d’emprisonnement dans des conditions très difficiles, je pensais qu’il était dans un état d’esprit extrêmement combattif et résolu. C’est en effet ce que mes rencontres avec lui m’ont permis de confirmer. Sur le plan physique, il m’a avoué qu’il était sorti de prison très affaibli et qu’il s’en remet, qu’il avait récupéré 90% de ses capacités. Les conditions imposées par les autorités japonaises sont scandaleuses. Il est privé de sa femme Carole, et le soutien du conjoint est tout à fait essentiel. Il n’y a pas de doute que cette revendication du procureur, acceptée par le juge puisque l’appel présenté par les avocats a été rejeté trois fois de suite, fait partie de la campagne visant à briser sa volonté et l’amener à reconnaître les accusations dont il se dit innocent.

Vous êtes assez critique vis-à-vis du système judiciaire japonais. Vous parlez d’intimidation, de discrimination dans l’affaire Ghosn. Sur quoi vous basez-vous pour émettre un tel avis?
J’ai donné au Japon, en juillet, deux interventions importantes, la première devant le Foreign correspondent club of Japan, une institution très prestigieuse. J’ai essayé de donner ma vision de cette affaire en insistant notamment sur un point très sensible pour les Japonais, qui est que j’estime – et je ne suis pas le seul à le penser – qu’il y a discrimination dans la procédure à l’encontre de Ghosn. Beaucoup de Japonais, critiques de ce système de l’instruction et de l’accusation, estiment qu’il est mauvais. Je ne dis pas que Carlos Ghosn est discriminé parce qu’il est étranger, mais pour des raisons politiques. La meilleure preuve de cette discrimination est l’indulgence incroyable du procureur à l’égard du directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a été partie prenante et signataire de la plupart des opérations qui sont reprochées à Ghosn. Non seulement il n’a pas été emprisonné, arrêté, mais simplement et très brièvement questionné par le procureur qui l’a laissé repartir en acceptant son explication qui est complètement surréaliste puisqu’il a affirmé avoir signé tous ces documents sans comprendre de quoi il s’agissait. Donc là, on se moque du monde. D’autre part, il y a eu dans un passé récent d’innombrables scandales de très grande ampleur dans des entreprises japonaises avec des pertes colossales comme Toshiba, ou avec des conséquences catastrophiques pour la planète entière comme le drame nucléaire de Fukushima, qui a conduit à l’arrêt de l’industrie nucléaire dans beaucoup de pays dont le Japon. Nous savons maintenant que l’entreprise qui opérait la centrale nucléaire s’est rendue coupable de graves manquements et erreurs, comme par exemple le fait d’avoir construit une digue pas assez haute… et pourtant, la justice n’a rien fait. La deuxième chose, c’est l’intimidation. Je m’adressais au club où devait s’exprimer Carlos Ghosn, mais il a été arrêté 48h après l’annonce de sa conférence. C’est une intimidation pour le faire taire de la part de l’alliance très forte entre la direction de Nissan et le procureur de Tokyo. Il y a aussi une campagne de fuite, d’insinuations, visant à atteindre Ghosn à travers la diffamation systématique. Il s’agit d’essayer de le réduire au silence. Et bien entendu, lui-même, sa famille et ses avocats sont désormais très prudents quant à la perspective d’une nouvelle prise de parole.   

Carlos Ghosn peut-il espérer un procès juste et équitable dans ces conditions?
J’ai évoqué dans une tribune que j’ai publiée dans le Financial Times un procès de Moscou, organisé par Staline pour éliminer la vieille garde bolchévique. Il y a beaucoup de similarités comme je l’ai expliqué au Foreign correspondent club et aussi lors d’un symposium organisé par le Barreau national du Japon, c’est-à-dire l’association où doivent adhérer tous les avocats japonais. Les similitudes sont par exemple que les accusations sont complètement fabriquées, elles ne tiennent pas. D’ailleurs, de nombreux juristes internationaux considèrent que sur la base de ces accusations, Carlos Ghosn n’aurait jamais dû être arrêté et qu’il s’agissait tout au plus d’affaires relevant du droit civil ou plus simplement d’un conflit interne à l’entreprise dont la justice n’aurait jamais dû être saisie. La deuxième similarité, c’est la campagne de diffamation qui vise Carlos Ghosn, car au Japon il était une figure très populaire et, si vous voulez l’éliminer, il faut d’abord détruire son image publique. Troisième similitude, les conditions de détention, qui sont hors normes dans un système démocratique: la durée de l’emprisonnement de M. Ghosn et le fait qu’il était en isolement complet. Ce n’est pas digne d’un pays démocratique. Je maintiens cette comparaison avec le procès de Moscou et dans mon intervention au symposium, j’en ai ajouté une nouvelle en entendant l’avocat de M. Ghosn, Me Takashi Takano, qui soulignait le fait que certains éléments essentiels de la procédure d’instruction ne respectaient pas les droits de l’individu tels que stipulés dans la Constitution japonaise de 1946. J’ai rappelé, dans ce contexte, que la Constitution de l’Union soviétique était la plus démocratique du monde mais le pouvoir politique ne la respectait pas et, toute proportion gardée, nous sommes ici dans une situation similaire. Il y a des garanties qui existent dans la Constitution japonaise mais le procureur ne les respecte pas avec l’aval du juge.

Vous utilisez le mot «conspiration» quand vous évoquez l’affaire Ghosn. Pourquoi?
Ce n’est pas parce qu’il y a des théories de la conspiration très à la mode et parfois extravagantes que cela signifie qu’il n’y a pas des gens qui conspirent réellement. Dans cette affaire très compliquée, il y a en effet eu un coup d’Etat, une révolution de palais pour mettre Carlos Ghosn hors-jeu. Il faut beaucoup de temps pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette révolution de palais. Ce qu’on peut dire rapidement, c’est qu’à la suite d’initiatives prises de manière pour le moins maladroite par le gouvernement français à partir de 2014-2015, quand Emmanuel Macron, aujourd’hui président de la République, était ministre de l’Economie, la partie japonaise, ou en tout cas un certain nombre de dirigeants de Nissan, se sont inquiétés d’un éventuelle prise de contrôle de l’alliance Renault-Nissan pas seulement par Renault mais par une entreprise Renault où l’influence de l’Etat français aurait été très renforcée. Cette inquiétude était liée au fait qu’approchant les 65 ans, le problème de la succession de Carlos Ghosn allait se poser à un moment ou un autre. Or, il avait été le garant de deux éléments essentiels dans le succès de l’alliance Renault-Nissan: la première garantie c’est que Renault restait gérée de manière indépendante par rapport à l’Etat français. La deuxième était précisément que Renault, bien qu’étant l’actionnaire majoritaire de Nissan (43%, ndlr), continuait à respecter l’autonomie de Nissan, la personnalité de l’entreprise, ses marques commerciales. Ceci d’ailleurs était depuis le début au cœur de l’alliance, qui n’avait jamais été envisagée comme une fusion pure et simple au terme de laquelle les deux entreprises seraient devenues une seule. Ensuite, il y a eu un autre élément: cette autonomie de Nissan dépendait dans une large mesure de la performance de Nissan. Or, ces deux dernières années, alors que Carlos Ghosn avait confié la direction de l’entreprise à Hiroto Saikawa, il faut bien dire que cette performance économique a commencé à se détériorer sérieusement. Il y avait manifestement un problème de pilotage de l’entreprise. C’est dans ce contexte qu’a été déclenchée l’affaire, non pas par un lanceur d’alerte, mais par un membre important de la direction de Nissan, Hari Nada, vice-président exécutif chargé des affaires juridiques et légales, extrêmement proche de Carlos Ghosn. Il a été associé à toutes les décisions concernant par exemple la rémunération de M. Ghosn et celle de M. Saikawa. C’est donc dans ces circonstances qu’a été déclenchée cette enquête interne qui a conduit à l’offensive pour éliminer Carlos Ghosn en allant faire une dénonciation auprès du procureur de Tokyo et en organisant son arrestation. C’est uniquement par Nissan que le procureur pouvait savoir quel jour et à quelle heure l’avion devait atterrir. On sait maintenant qu’il y a eu toute une mise en scène pour la télévision et que M. Ghosn a été arrêté au contrôle des passeports. Il y a encore beaucoup de choses à éclaircir concernant ce complot. Nous ferons un jour toute la lumière sur cette affaire même si cela demande des années. Quel a été le degré d’implication du gouvernement ou d’une partie du gouvernement japonais? A quel moment? Dans quelles circonstances? Nous n’avons pas toutes les réponses mais un certain nombre de pistes sur lesquelles nous travaillons. A la suite de l’offensive malheureuse déclenchée par M. Macron en 2014-2015, qui s’est terminée par une sorte d’armistice négocié par Carlos Ghosn, qui se trouvait alors dans une position d’arbitre, l’affaire a abouti à des résultats opposés à ce que cherchait le gouvernement français. La position de Renault a été ainsi affaiblie dans l’alliance Renault-Nissan. Par exemple, Renault s’engageait à ne jamais s’opposer aux décisions de Nissan (…). L’Etat français ne s’est pas arrêté là. En mars 2018, il y a eu de nouveau une initiative française qui a inquiété la partie japonaise quand Martin Vial, qui gère le considérable portefeuille que possède l’État dans de nombreuses entreprises, dont les 15% de Renault, est venu à Tokyo pour rencontrer Hari Nada afin de lui présenter un projet d’intégration encore plus forte entre Renault et Nissan. Cette question n’avait jamais été discutée au Conseil d’administration de Renault. C’était une initiative pure et simple du gouvernement français. Cela a augmenté le degré d’inquiétude chez un certain nombre de cadres dirigeants de Nissan sur le fait que l’entreprise risquait de faire l’objet d’une nationalisation rampante. Nous ne savons pas exactement ce que Vial a dit à Nada. Si nous étions aux Etats-Unis, ou si le Parlement Français faisait son travail correctement – c’est une affaire considérable qui met en jeu des centaines de milliers d’emplois dans le monde –, il y aurait eu en France une enquête parlementaire, ou tout au moins une audition des hauts fonctionnaires pour savoir ce qui s’est passé exactement et qui a conduit à l’arrestation et à l’emprisonnement de Carlos Ghosn. Une chose est certaine: les Japonais, manifestement, et peut-être en raison de ce qui a été dit à Tokyo par le représentant au gouvernement français, ont commencé à penser que Carlos Ghosn, n’était plus le garant de leur autonomie, de leur identité, mais qu’il avait changé ou choisi son camp. Une analyse possible, qui me paraît valable, c’est qu’ils ont pensé que le meilleur moyen de préserver leur autonomie, de résister à cette pression renouvelée de la France, était d’éliminer M. Ghosn. CQFD (Ce qu’il fallait démontrer).

Le gouvernement libanais assume-t-il ses responsabilités avec Carlos Ghosn, qui est aussi un citoyen libanais?
Je l’ai dit à de nombreuses occasions, le gouvernement français et M. Macron ne lèveront pas le petit doigt non seulement pour défendre Carlos Ghosn mais même pour mettre en cause le traitement qui lui est infligé au Japon, qu’il soit innocent ou coupable. Personne ne demande au gouvernement français de se porter garant de sa non culpabilité. Beaucoup s’interrogent sur l’attitude du gouvernement français. M. Ghosn bénéficie du traitement diplomatique minimum. L’ambassadeur de France à Tokyo a fait le maximum pour le soutenir mais manifestement sans avoir la moindre consigne venant de Paris. Je pense qu’en réalité, M. Macron personnellement et le gouvernement français en général sont tout à fait ravis d’être débarrassés de lui. La première raison, pour M. Macron, c’est que cette affaire est la meilleure façon de faire oublier sa responsabilité personnelle au début de la crise. Deuxièmement, ils ont pu nommer à la tête de Renault, après la démission forcée de M. Ghosn, Jean-Dominique Sénard, dont honnêtement la carrière ne me paraît pas véritablement indiquée être à la hauteur des défis. Il faut savoir que les huit entreprises dépendant de l’alliance Renault-Nissan, qui emploient 400 000 salariés dans le monde, vont subir les conséquences de cette affaire. Nous allons assister à une dégradation des performances de Nissan ce qui aura forcément des conséquences sur Renault. Ils ont choisi la fuite en avant. A la suite de l’élimination de M. Ghosn, ce sont des dizaines de cadres étrangers qui sont licenciés ou démissionnaires de Nissan. On a le sentiment que nous sommes devant une opération de purge. Si c’est le cas, alors nous avons encore un élément supplémentaire pour conforter la comparaison avec un procès de Moscou.
Dans la mesure où Carlos Ghosn ne peut attendre aucune forme de soutien de la part du gouvernement français, il est évident qu’il a absolument besoin d’un appui diplomatique du gouvernement libanais. Il est tout à fait possible que le traitement infligé à M. Ghosn au Japon soit contraire à certains engagements internationaux du gouvernement japonais. Il y a une plainte en cours à l’Onu devant la Commission des droits de l’homme, déposée au nom de la famille de M. Ghosn par un avocat français. Mais c’est une plainte individuelle. Ce qui nous intéresse, c’est de rechercher s’il y a des conventions internationales, dont le Japon est signataire, et que le traitement qui lui a été infligé violerait. C’est le cas par exemple du droit du commerce international ou de la concurrence. Très souvent, il faut que cela soit un gouvernement, pas un individu ou une entreprise, qui porte plainte. Je ne sais pas s’ils trouveront le biais pour attaquer le Japon. Si cela se fait, je ne vois pas une autre possibilité à part le gouvernement libanais pour porter plainte.

Paul Khalifeh

Les développements d’actualité sur la scène financière sont passés au crible lors d’une interview avec Saad Azhari, Pdg de Blom Bank sal.

 

Le communiqué de l’Association des banques au Liban (ABL), publié le 19 juillet dernier, est inquiétant pour éviter d’utiliser le mot alarmant. Il a parlé de «banques réfractaires» qui font planer la menace sur l’ensemble du secteur des banques. En fait, le secteur bancaire est sujet «à un vent de folie» avec des taux d’intérêt qui ont atteint 21%. Qu’en dites-vous?
L’ABL a défini des lignes directrices se rapportant au taux d’intérêt que les banques libanaises peuvent proposer sur leurs dépôts en livres libanaises et dollars, et ce, pour limiter la concurrence entre les banques et protéger leurs marges d’intérêt nettes. Dans l’ensemble, les banques ont respecté ces limites et les taux d’intérêt ont atteint en moyenne à fin mai 2019 8,7% sur les dépôts en livres et 5,7% sur les dépôts en dollars. Cependant, il existe des produits spéciaux commercialisés par le biais de services des banques privées échéant à long terme avec des taux plus élevés et de loin inférieurs au taux d’intérêt de 21%.

Une anomalie touche l’ensemble du secteur bancaire. Le PIB du Liban est de près de 50 milliards de $, le volume des avoirs des banques est de 250 milliards $. D’une part, on se demande comment se nourrissent les banques et d’autre part, comment à leur tour peuvent-elles nourrir une économie qui a entamé la première phase du processus de récession?
Actuellement, les actifs bancaires s’élèvent à environ 254 milliards $ et le PIB pour 2019 devrait atteindre environ 58 milliards $. En outre, le financement bancaire du secteur public s’élève à environ 33 milliards $ et les prêts bancaires au secteur privé ont atteint environ 57 milliards $, soit près de 100% du PIB figurant parmi les ratios les plus élevés des pays émergents. Il est vrai que les prêts ont chuté de 5% au cours de l’année écoulée, ce fait étant dû à la mauvaise situation économique. Mais d’ici à la fin de l’année, une fois que l’économie se redresse, ils devraient reprendre leur tendance à la hausse.
 
Parler d’un marché local liquide est surprenant lorsque l’on sait que 80% des devises étrangères en l’occurrence des dollars disponibles sur le marché local sont détenus par la BDL?
Les dépôts bancaires auprès de la BDL représentent 55% de leurs actifs et 82% de leurs dépôts. Ces chiffres ne sont pas inhabituels pour un secteur bancaire dans un contexte économique difficile. Les banques s’engagent à protéger leurs liquidités tout en soutenant les avoirs extérieurs de la BDL. En outre, elles seront réduites quand l’économie se redressera et lorsque les placements des banques dans les secteurs réel et financier seront plus intéressants.

Une dollarisation à 100% de l’économie libanaise représenterait-elle une solution à l’état de pourrissement de l’économie?
Le cas d’un taux de dollarisation de 100% se présente lorsqu’un pays utilise le dollar américain en tant que devise comme c’est le cas au Panama par exemple. Ceci ne s’applique pas au Liban qui, d’ailleurs, n’a jamais atteint un tel taux de dollarisation, même au plus fort de la guerre civile entre 1975 et 1991. Le taux de dollarisation est actuellement de 71% et les politiques de la BDL visent à maintenir la confiance dans la livre libanaise, objectif atteint jusqu’à présent avec beaucoup de succès.

Pourquoi n’avez-vous pas réussi à faire un lobby de pression sur le gouvernement puis sur le Parlement pour éviter une double taxation des banques? Un tel lobby aurait été bénéfique pour les banques et pour le gouvernement. Ce dernier aurait peut-être été acculé à élaborer une réelle loi de finances réformatrice?
Certes, la double imposition pèse lourdement sur les bénéfices des banques. L’augmentation simultanée des impôts sur les sociétés d’une part et sur les intérêts des dépôts d’autre part porte à plus de 45% la charge fiscale effective des banques. L’ABL a toujours fait pression contre cette double imposition et le fait toujours avec force, mais hélas sans succès malgré les efforts déployés car certains politiciens et citoyens pensent à tort que les banques gagnent «trop d’argent» et doivent donc être taxées davantage. Or, les taux de rentabilité des banques – comme un ROAE de 10% ou moins – sont parmi les plus bas de la région Mena et les déficits budgétaires devraient être réduits par des réformes fiscales et non par une augmentation des impôts ciblant le secteur productif de l’économie. En outre, il est important de noter que des taxes plus élevées sur les intérêts se traduisent finalement par des taux d’intérêt plus élevés et par une réduction des prêts et de la croissance, contrairement à l’augmentation des taxes sur les cigarettes et l’essence par exemple qui contribueraient à réduire les coûts de la santé et la pollution.

Liliane Mokbel

L’ancien Premier ministre Tammam Salam revient d’Arabie saoudite avec la ferme impression que le royaume est décidé à soutenir le Liban à tous les niveaux. Le député de Beyrouth ne mâche pas ses mots à l’égard du chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, à qui il reproche d’exacerber les tensions et de véhiculer un discours sectaire.
 

Quel était le but de la visite que vous avez effectué en Arabie saoudite avec deux autres anciens Premiers ministres, Fouad Siniora et Najib Mikati?
Cette visite s’inscrit dans le cadre de l’intérêt renouvelé de l’Arabie saoudite à l’égard du Liban, et qui s’est manifesté il y a quelques mois par la levée de l’interdiction faite aux touristes saoudiens de se rendre au pays du cèdre. J’ai appris de la bouche de l’ambassadeur du royaume à Beyrouth que 40 000 ressortissants saoudiens sont venus (à la mi-juillet, ndlr). Cet intérêt s’est aussi exprimé à travers la visite à Beyrouth – une première – d’une délégation du Conseil de la Choura et de l’invitation adressée au commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, à se rendre à Riyad, où il a reçu la plus haute distinction du royaume. Cela nous a incités à demander une audience au roi, surtout que depuis un certain temps, nous étions actifs sur la scène interne. Avec les développements régionaux, nous avons pensé qu’il fallait que nous portions notre action à l’étranger aussi. Le roi Salman nous a clairement exprimé son attachement à la stabilité et à l’unité du Liban et a dit que le royaume était «contraint» de soutenir ce pays du fait des relations historiques qui les lient. Il a affirmé que le Liban était un modèle de civilisation dans la région, avec un président de la République maronite, un chef de Parlement chiite et un Premier ministre sunnite. Selon lui, il faut renforcer cet équilibre pour préserver le calme, la stabilité et la force du Liban. Ses propos étaient clairs et il a donné des instructions au ministre des Affaires étrangères, Ibrahim al-Assaf, que nous avons rencontré après l’audience avec le roi, lui demandant d’écouter ce que nous avions à dire et de prendre les mesures nécessaires allant dans ce sens. Nous avons évoqué de nombreuses questions concernant aussi bien le Liban que la région, et nous avons exprimé nos craintes en cette période. Les responsables saoudiens étaient attentifs et nous ont fait part de leur évaluation des développements dans la région et de leur vision de l’évolution de la situation.

Et vers où se dirige la région selon ce que vous avez entendu?
Les responsables saoudiens ont exprimé une position claire au sujet de l’expansionnisme iranien dans la région. L’Arabie saoudite estime que ni le royaume ni les Arabes en général ont appliqué une politique expansionniste en Iran ou ont créé des outils d’influence dans ce pays. Pourquoi l’Iran, lui, fait-il le contraire? Pourquoi provoque-t-il des crises et des confrontations dans le monde arabe? Cela est inacceptable et tous les pays arabes doivent unir leurs efforts pour y faire face. Dans le contexte de cette confrontation, l’Arabie saoudite a à cœur les intérêts du Liban et souhaite que ce pays ne soit pas confronté à des dangers. Les responsables saoudiens nous interrogent sans cesse sur la politique de distanciation censée être adoptée par le Liban et qui est même mentionnée dans la déclaration ministérielle, alors qu’en réalité elle n’est pas mise en œuvre. Nous leur avons précisé qu’effectivement, il existe des lacunes à ce niveau et qu’un important parti libanais ne respecte pas cette politique et continue de s’impliquer dans des conflits régionaux, notamment en Syrie. Nous nous efforçons d’y mettre un terme mais nous ne pouvons pas prétendre avoir réussi jusqu’à présent.

Avez-vous senti chez les responsables saoudiens que vous avez rencontrés des craintes au sujet de Taëf et de l’existence de tentatives d’amender ou même d’abolir cet accord pour le remplacer par une autre formule?
C’est nous qui avons exprimé nos appréhensions à ce sujet et eux ont réaffirmé leur attachement total à l’accord de Taëf en tant que facteur essentiel pour la préservation de la stabilité et de la paix civile au Liban. Depuis un certain temps déjà, nous mettons en garde contre un déséquilibre car des hérésies qui sont en contradiction avec Taëf sont apparues. Cela porte atteinte à l’unité nationale et nous avons lancé des mises en garde à plusieurs reprises. Cette question est au cœur de notre action en tant qu’anciens Premiers ministres car nous avons assumé des responsabilités officielles et nous savons parfaitement quels sont les impératifs de l’Etat pour préserver l’unité du peuple et assurer un climat d’entente nationale dans le pays. Nous savons que depuis deux ans, des excès inacceptables ont lieu, le plus grave étant celui qui a eu lieu lors de l’accord de Doha, qui a, en quelque sorte, court-circuité Taëf en instaurant des approches nouvelles comme le tiers de blocage au Conseil des ministres ou le fait que le président de la République soit représenté par des ministres au gouvernement. Il s’agit d’hérésies qui n’aident pas, la pratique l’a prouvé depuis Doha à ce jour. Le Conseil des ministres doit être productif, efficace et fort. Or aujourd’hui, c’est tout le contraire, il est dispersé et faible, car il s’agit d’un gouvernement de coalition miné par les tiraillements entre les forces politiques qui y sont représentées. Le blocage prime. L’Arabie saoudite a joué un rôle primordial dans l’arrêt de la guerre au Liban et la conclusion de l’accord de Taëf.

 

Craignez-vous que Taëf soit remplacé par le système des trois tiers?
Si ce discours populiste, sectaire, exacerbé et radical se poursuit, je n’exclus rien. Si le système actuel n’est pas consolidé avec un discours rassembleur et constructif, positif et loin du populisme, tout est possible. Battre en brèche l’accord de Taëf et affaiblir la Constitution, la paix civile, et l’entente nationale, peuvent faire glisser le Liban vers le système des trois tiers et même vers l’effritement total.

Comment conciliez-vous entre votre soutien au chef du gouvernement Saad Hariri et vos critiques à l’égard de l’entente présidentielle qui le lie au président de la République. Il y a une certaine contradiction dans cette position.
Le soutien accordé par trois anciens Premiers ministres au président du Conseil est naturel, indépendamment de toute vision confessionnelle. Cet appui est motivé par des considérations nationales et par le souci de renforcer les institutions et la légalité. Comme je l’ai dit, l’accord de Doha, conclu dans des circonstances particulières, a porté le plus grave préjudice au poste de président du Conseil des ministres. Les méthodes qui sont mises en pratique par ce mandat depuis trois ans ont aggravé les choses. Ce parti a recours à la philosophie du blocage car il croit que c’est elle qui l’a mené au pouvoir et il n’a aucune raison d’y renoncer. Il continuera donc à pratiquer le blocage. Les élections, organisée avec une mauvaise loi, et qui ont donné les résultats que l’on sait, l’ont conforté dans ce choix.
Oui, il est de notre devoir de soutenir le Premier ministre et quelquefois nous avons senti que la fonction de président du Conseil était la cible d’attaques. Il était tout à fait naturel de nous élever contre ces pratiques et d’exprimer nos griefs.

Mais Saad Hariri réaffirme à tout bout de champ son attachement à l’entente présidentielle qui serait, selon vous, en partie du moins, responsable du ciblage dont fait l’objet la présidence du Conseil.
Il faut se souvenir que lorsque cette entente politique a été conclue, elle a soulevé beaucoup de questions et de critiques de la part d’une composante essentielle dans le pays. Cependant, nous avons espéré que cela sera une occasion pour tourner la page et une opportunité d’un nouveau départ pour le pays. Le président Hariri est la personne qui est la plus attachée à l’aspect positif de cette entente, et il travaille pour que les choses avancent. C’est lui qui a œuvré pour l’organisation de CEDRE afin de trouver des solutions à la situation économique difficile. A chaque fois qu’il prenait des initiatives ou adoptait des positions, l’autre partie avait malheureusement recours au blocage. Le dernier exemple est l’examen du budget, qui a nécessité 21 séances. On se souvient que tout a été discuté lors de ces réunions. Et puis, deux jours avant l’adoption du projet, le président du Courant patriotique libre (CPL) annonce une série de remarques et d’observations autour du budget. Pourquoi ne les a-t-il pas exprimées pendant le débat? Pourquoi ne les a-t-il pas exposées au début pour aider à préparer un bon budget? Cette pratique s’inscrit dans le cadre de la manie du blocage. Cela n’est pas rassurant, pas plus que ces tournées (effectuées par Gebran Bassil, ndlr) dans le pays qui charrient des discours sectaires destructeurs.

Fouad Siniora a fait de sévères reproches au président de la République Michel Aoun. Pensez-vous de même?
Absolument, nous faisons assumer la responsabilité de ce qui se passe au président Aoun car il couvre les agissements de son gendre. Comment le chef de l’Etat, qui affirme être ouvert à tous, vouloir dialoguer avec tous, être réceptif à tout, peut-il couvrir les comportements sectaires commis par son gendre? Il est demandé au président d’y mettre un terme. Il est censé être l’arbitre, le chef de tous les pouvoirs, l’autorité de référence, c’est pour cela que nous lui faisons assumer la responsabilité. Nous entendons le même refrain, selon lequel les chrétiens sont floués et qu’ils sont privés de postes (au sein de l’administration, ndlr), ce qui est faux, le but étant d’exacerber les sentiments, et de rassembler les gens sur des bases populistes afin d’engranger des gains (politiques, ndlr), ni plus ni moins. En ce moment, il est demandé à tous de consentir des sacrifices, comme le fait le président Hariri dans l’intérêt du pays. Il ne sillonne pas le Liban, lui, pour prononcer des discours exacerbant les tensions. Ce n’est pas utile pour le pays.

Le soutien saoudien se limite-t-il à l’aspect politique? Avez-vous senti chez les responsables du royaume une volonté d’apporter une aide économique au Liban afin de l’aider à surmonter la crise?
Les dirigeants saoudiens sont parfaitement conscients de la situation économique et financière du Liban, en plus de leur attachement à la dimension politique, en mettant l’accent sur le besoin de préserver l’entente nationale, la paix civile et l’unité des Libanais. Ils savent que les défis économiques auxquels le pays est confronté nécessitent des mesures précises pour aider le Liban, comme, entre autres, des investissements dans des projets ou des dépôts auprès de la Banque du Liban.

Un dépôt à la Banque du Liban est-il à l’ordre du jour?
Cette éventualité a été évoquée mais cette question doit être discutée avec les autorités officielles concernées, non pas avec nous. Nos rencontres avaient plus un aspect de conseil que pratique. Cela pourrait se concrétiser dans le cadre de la batterie d’accords que le Liban et l’Arabie saoudite doivent signer et qui n’attendent plus que la réunion du haut comité libano-saoudien.

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub

Les Libanais sont ballotés entre les pessimistes qui prévoient un scénario économique apocalyptique et les optimistes qui promettent une ère de prospérité inédite. Sur quoi se basent ces oracles?


Effondrement, faillite, banqueroute, catastrophe! Les mots les plus extrêmes sont utilisés par certains experts et hommes politiques, quoique discrètement à ce stade, pour décrire la situation qui attend, selon eux, le Liban dans les mois à venir. Ces fanatiques du pessimisme sont convaincus, dur comme fer, que le Liban court à sa perte, et que le sauvetage est impossible.
Le pire des scénarios auquel le pays pourrait être confronté serait provoqué par la fonte des réserves en devises fortes de la Banque du Liban (BDL). Celles-ci s’élèvent aujourd’hui à 33,5 milliards de dollars (auxquels il faut ajouter 3,5 milliards de dollars d’eurobonds détenus par la banque centrale), sans compter la valeur des onze millions d’once d’or que le Liban possède.
Les craintes des pessimistes, dont certains préfèrent être décrits comme des «réalistes», ne sont pas infondées. Les réserves de la BDL ont fondu de 7 milliards de dollars en un an. Cette hémorragie des devises est le résultat du déficit de la balance des paiements, qui a atteint cette année des sommets inégalés depuis l’indépendance du pays, comme le souligne l’ancien ministre des Télécommunications, Charbel Nahas. Pour les cinq premiers mois de 2019, la balance des paiements a enregistré un déficit cumulatif de 5,186 milliards de dollars. A ce rythme, le déficit atteindrait à la fin de l’année quelque 13 milliards de dollars. Cela signifie que le Liban doit trouver 13 milliards de dollars pour payer ses importations, les intérêts de sa dette en devises et ses autres obligations internationales.

Effondrement de la livre
La fonte des réserves de la BDL est due à plusieurs facteurs: l’augmentation chronique du déficit budgétaire; le tarissement des flux de capitaux entrants, provenant notamment des Libanais non-résidents – qui sont passés de 15 milliards de dollars en 2014 à 7,2 milliards en 2018 –; la récession économique (0% de croissance les six premiers mois de l’année selon le gouverneur de la BDL, Riad Salamé).
Cette conjoncture économique défavorable provoque une sortie de capitaux, qui s’élèverait entre 6 et 8 milliards de dollars en un an.
Pour essayer de reconstituer ses réserves en devises, la BDL imagine des outils financiers. Ces ingénieries financières permettent de gagner du temps mais elles sont coûteuses et ont comme résultat premier une augmentation de la dette qui a atteint, cette année, selon l’Association des banques du Liban, 85,17 milliards de dollars, soit 150% du PIB, comme le souligne l’agence de notation Fitch.
Si la fonte des réserves se poursuit, la BDL se verrait dans l’incapacité de soutenir la livre libanaise. Cela s’est déjà produit en 1992, lorsque la banque centrale, dirigée à l’époque par Michel el-Khoury, avait annoncé, dans un communiqué laconique, qu’elle n’interviendrait plus sur le marché des changes pour soutenir le cours de la monnaie nationale, provoquant son effondrement face au dollar. Au plus fort de la crise, le billet vert s’échangeait contre 3 000 livres libanaises. Cette crise s’était conclue par la démission du Premier ministre de l’époque, Omar Karamé, et l’arrivée au pouvoir de Rafic Hariri, après une parenthèse de quelques mois gérée par Rachid Solh.  
Réaction en chaîne. Un tel scénario déclencherait une réaction en chaîne qui aurait de graves répercussions financières, économiques et sociales.
La dépréciation de la valeur de la monnaie nationale provoquera une inflation, donc une hausse vertigineuse des prix, qui conduira à un affaiblissement du pouvoir d’achat des Libanais. Il en résultera une baisse de la consommation et un recul de l’activité dans les secteurs productifs.
L’équation est simple: quand les gens achètent moins, les usines produisent moins et, par conséquent, vendent moins. La contraction du chiffre d’affaires poussera les entreprises à réduire leurs dépenses en adoptant une série de mesures, dont les licenciements. Le pays connaîtra alors une forte hausse du chômage. C’est à ce stade que l’aspect social de la crise se fera le plus sentir.
Cette situation aura un impact sur la dette publique, dont 60%, contractée en livres libanaises, est détenue par les banques avec les capitaux des déposants. Ceux-ci seront les grands perdants en cas d’effondrement de la monnaie nationale car ils verront la valeur de leur patrimoine fondre.
Les banques, dont la dollarisation des dépôts a atteint, en 2019, 71% (contre 69% en 2018), pourraient prendre des mesures pour empêcher les retraits massifs ou la fuite des capitaux vers l’étranger. Un contrôle plus strict pourrait être instauré sur les transferts et les retraits, des limitations qui auront des répercussions négatives sur l’ensemble de l’activité économique.
Sur un plan macro-économique, on assistera à une contraction du PIB en raison de l’effet conjugué de la baisse de la consommation, des investissements et des dépenses gouvernementales. La taille de l’économie rétrécira, ce qui est synonyme de moins de richesses à répartir, donc de plus de pauvreté.
L’Etat aura de grandes difficultés à honorer ses engagements internationaux en devises fortes et les agences de notation dégraderont le pays qui aura du mal à emprunter des capitaux sur le marché mondial. Par conséquent, l’Etat
ne pourra plus financer le déficit budgétaire en empruntant comme il le fait depuis des décennies. Il fera tourner à fond la planche à billet et cette création monétaire fera exploser l’inflation. Le Liban s’enfermera alors dans un cercle vicieux et n’aura plus les moyens de sortir de la crise. Il risque d’y perdre sa souveraineté financière et économique.

Réduction du déficit
Tous les experts ne partagent pas cette vision apocalyptique du lendemain. Loin de là. Les optimistes – qui se disent aussi réalistes –, font état d’une convergence de vue, qui frôle l’unanimité, entre les dirigeants libanais, quant au diagnostic économique et financier et des mesures à adopter pour une sortie de crise. Les divergences existent au niveau de certains outils et méthodes mais pas sur les grandes orientations.
Le plan de sortie de crise se base sur une réduction du déficit budgétaire de 4% du PIB en 2019, passant de 11,4% à 7,59%, à travers une politique d’austérité qui a conduit à la réduction des dépenses publiques. A ceux qui, au Liban et à l’étranger – dont certaines agences de notation internationales – doutent de la capacité des autorités à respecter les chiffres de la loi de finances, ces experts indiquent que le déficit budgétaire enregistré les quatre premiers mois de l’année a baissé de 28% par rapport à la même période de l’année dernière. Le déficit des quatre premiers mois s’élevait à 7,1% du PIB, soit moins que les 7,59% prévus dans le budget 2019.   
Le gouvernement va mettre les bouchées doubles pour préparer le projet de budget 2020 dans le même esprit de réduction des dépenses de l’Etat et de l’introduction de réformes permettant d’améliorer la perception des recettes.
Dans le même temps, le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, autre pierre angulaire du redressement économique, se déroule conformément au calendrier établi. Cela permettra de réduire progressivement le déficit de l’EDL, qui s’élève aujourd’hui à 1,7 milliards de dollars, avant d’atteindre un excédent, en 2023.

CEDRE, une opportunité
La mise en œuvre des résolutions de CEDRE contribuera à relancer la croissance. Cette conférence a octroyé au Liban 11,5 milliards de dollars sur 10 ans, dont 1,5 milliards de dons et 10 milliards de prêts à 1,5%. Ces taux préférentiels réduiront le coût de l’endettement et le service de la dette, qui grèvent le budget.
Le lancement des vastes projets d’infrastructure prévus par CEDRE relancera la dynamique de création d’emplois et permettra à l’industrie et à l’agriculture libanaise d’être plus compétitives, et, par conséquent, de mieux écouler leurs productions. D’ailleurs, les exportations libanaises ont augmenté de 10% les cinq premiers mois de l’année par rapport à la même période l’année dernière.
Selon les estimations, chaque milliard de dollars investi dans le cadre de CEDRE générera 1% de croissance du PIB. L’augmentation de la taille de l’économie déclencherait une dynamique vertueuse passant par la création d’emplois (donc recul du chômage), l’amélioration du climat des affaires (augmentation des investissements), un atterrissage en douceur des finances publiques et une hausse des flux de capitaux entrants, qui permettront de réduire le déficit de la balance des paiements.
Autre signe positif, l’augmentation importante du nombre de touristes cet été. Déjà, 100 000 Européens et 50 000 Saoudiens sont venus au Liban à la mi-juillet et ce nombre est appelé à s’améliorer dans les semaines qui viennent, avec l’arrivée prévue de 150 000 Saoudiens et d’autres ressortissants du Golfe ainsi que des dizaines de milliers de Libanais de la diaspora. Chaque touriste dépense en moyenne 2 000 dollars au Liban, selon les experts. Cet apport en devises permettra aussi de réduire le déficit de la balance des paiements.
Autre facteur positif, le forage du premier puits de gaz en décembre. Les résultats concernant la taille et la qualité des réserves qui y seront découvertes seront connus en février 2020. Dans les mois qui viennent, le Liban peut prendre deux directions diamétralement opposées. Chacun des scénarios comporte des éléments plausibles et ceux qui les défendent apportent des arguments convaincants. La suite des événements dépendra en grande partie du sérieux des dirigeants à respecter les engagements pris dans la loi de finances et de leur volonté à poursuivre les réformes. Sinon, les Libanais sauront à quoi s’en tenir.

Paul Khalifeh

Les cellules souches représentent un grand espoir pour la médecine. Elles sont capables de renouveler des organes et des tissus âgés ou endommagés, comme dans le cas des maladies neurologiques ou métaboliques. La greffe de cellules souches est surtout envisagée lorsque d’autres traitements échouent. Qu’est-ce que les cellules souches? Quels sont les avantages de cette médecine? Magazine enquête.
 

Les cellules souches sont celles à partir desquelles toutes les autres cellules sanguines se développent. Elles font l’objet de nombreuses recherches dans l’espoir de guérir des maladies aujourd’hui incurables. L’objectif est de soigner durablement le patient grâce à une injection unique de cellules thérapeutiques. Ces cellules sont obtenues à partir de cellules souches  pouvant donner tous types de cellules ou un nombre limité de types de cellules provenant du patient lui-même ou du donneur. La thérapie cellulaire permet ainsi de soigner un organe défaillant par la transplantation de cellules saines dans le but de remplacer les cellules malades de l’organe en question. Ces cellules sont capables de se transformer afin de donner d’autres nécessaires à la guérison de l’organe. Les cellules souches hématopoïétiques sont les plus connues. Elles ont un rôle capital dans la formation des cellules du sang et sont présentes au niveau de la moelle osseuse.
Selon le Dr Albert Azar, spécialiste en thérapie cellulaire au centre de médecine régénérative au Middle East Institute of Health (MEIH), «la médecine régénérative est une stratégie thérapeutique visant à réparer un organe malade grâce à des cellules souches qui vont se différencier pour remplacer les cellules lésées ou malades». Le Dr Azar explique également que le sang du cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques qui sont bien tolérées en cas de greffe. Ce sang est utilisé pour traiter les leucémies ou les lymphomes ou encore des maladies génétiques. Le Centre de médecine régénérative Reviva encourage d’ailleurs les futures mères à donner ce produit sanguin à la naissance de leurs enfants pour assurer la survie de ces derniers ou de leur entourage en cas de maladies. «Je me suis bien informée sur le sujet, confie une jeune future mère. La préservation des cellules souches se fait en toute sécurité. Cela me réconforte et me permet d’assurer la vie de mon enfant en cas de problème de santé grave».

Traiter les maladies
Le prélèvement a lieu dans les minutes qui suivent l’accouchement lorsque le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus. Le sang de cordon, riche en cellules souches, est ensuite congelé et conservé dans une banque en vue de son utilisation ultérieure. Le prélèvement des cellules souches utilisées en thérapie cellulaire peut être réalisé sur le patient lui-même et les cellules thérapeutiques seront parfaitement tolérées par celui-ci sur le plan immunitaire. «Après la naissance d’un enfant, le sang de cordon, contenu dans le cordon ombilical et le placenta, est facile à collecter, et cela sans aucun risque pour la mère ou l’enfant. Le sang du cordon ombilical est désormais connu pour être une source utile de cellules souches de sang. Il est surtout utilisé pour traiter les enfants atteints de certaines maladies du sang», note par ailleurs le Dr Azar, en précisant que la greffe des cellules souches permet d’améliorer la qualité de vie du patient de 30 à 40%. «Le concept de préservation des cellules souches est nouveau au Liban, affirme-t-il. Nous essayons de sensibiliser les Libanais et, particulièrement, les femmes à ce concept».
Depuis des dizaines d’années, les cellules souches ont bouleversé la vie de plusieurs patients à la suite de leur utilisation avec grand succès dans le traitement de leucémies, de myélomes ou de lymphomes, et dans certaines autres maladies et lésions. Vu leur potentiel d’auto-renouvellement et de différenciation, les cellules souches représentent, actuellement, une innovation dans le domaine de la recherche clinique visant à établir une thérapie cellulaire contre une variété de maladies, comme la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d’Alzheimer, l’arthrose, l’autisme, le diabète, l’infarctus du myocarde, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, les lésions de la moelle épinière, l’infertilité ou d’autres maladies. L’indication d’une thérapie cellulaire définit le plus souvent le choix des cellules souches à utiliser. Ainsi, les cellules souches embryonnaires se différencient spontanément en cellules de la rétine et sont donc particulièrement adaptées à la mise au point de traitements de maladies affectant cet organe. Pour traiter l’arthrose, le choix se porte plus spontanément vers les cellules mésenchymateuses, capables de donner des cellules de cartilage. «Les cellules souches ont particulièrement la capacité de remplacer les cellules endommagées et de traiter des maladies. Cette propriété est déjà utilisée dans le traitement des brûlures graves et le rétablissement du système sanguin chez les patients atteints de leucémie et d’autres maladies du sang», précise le Dr Azar. Parmi les thérapies les plus avancées sur le plan des essais cliniques, celles visant à traiter certaines maladies ou lésions des os, de la peau ou de la cornée à l’aide de greffes de cellules souches prélevées à partir de ces organes. On peut, par exemple, reconstruire une cornée à partir de cellules souches de l’œil pour traiter certaines lésions oculaires. La greffe de cornée a déjà démontré son innocuité et son efficacité dans le cadre d’essais cliniques précoces. Des greffes de cellules souches dans le pénis ont permis, par ailleurs, de soigner des troubles érectiles après une opération de la prostate. Les chercheurs ont injecté dans le pénis des cellules souches prélevées de la moelle osseuse qui contient plusieurs types de cellules souches capables de se transformer spontanément en cellules de même type que celles endommagées dans le pénis.

NADA JUREIDINI
 

Reviva
Reviva est un centre de médecine régénérative et reconstructive. Il est le seul centre au Liban et au Moyen-Orient où les cellules souches sont collectées, manipulées et conservées. Il dispose d’une banque de cellules souches dérivées, en particulier du sang du cordon ombilical et des tissus et offre des services liés à la thérapie cellulaire comme la transplantation autologue de cellules souches adultes pour traiter diverses maladies. Concernant la médecine reconstructive, les cellules souches sont appliquées sans acte chirurgical dans des cas de brûlures, de vergetures ou de cicatrices. Les innovations médicales associées à l’excellence scientifique sont adoptées conformément aux directives internationales élaborées. De plus, Reviva détient des affiliations universitaires en particulier avec l’Université libanaise (UL).

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Éditorial
La stratégie invisible de Donald Trump

Au-delà du discours populiste, des dérives racistes et des propos inconséquents, le plus inquiétant dans la personnalité de Donald Trump c’est qu’il donne l’impression de faire cavalier seul, dans le sens où certaines des décisions qu’il prend ne semblent pas s’inscrire dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie, minutieusement élaborée, et convenablement mise en œuvre par les différents départements du processus du «decision-making» aux Etats-Unis. Une stratégie prévoyant les conséquences sur les équilibres mondiaux et prenant en compte les intérêts de ses alliés.Le président américain a ainsi marqué une pause dans sa guerre commerciale contre la Chine après avoir pris des sanctions à l’emporte-pièce, sans en mesurer l’impact sur l’économie américaine. La tentative de mettre à genoux le Chinois Huawei s’est heurtée aux réticences d’un grand nombre d’entreprises américaines, qui ont fait pression sur l’Administration. Sur un plan plus général, Pékin a riposté par des mesures ciblées contre la taxation par Donald Trump de produits chinois d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Les mesures de rétorsion chinoises ont mis à mal le secteur agricole aux Etats-Unis, pour qui l’Empire du milieu constituait un important marché. Le président Trump s’est donc tiré une balle dans le pied puisque les agriculteurs constituent une pierre angulaire de sa base électorale. C’est principalement pour répondre à leur demande que le locataire de la Maison-Blanche a décrété une trêve avec Pékin.Par ailleurs, les mesures contre Huawei ont poussé le géant chinois à accélérer ses programmes d’autonomisation pour ne plus dépendre exclusivement des logiciels et autres produits fabriqués par les entreprises américaines. Bien que les Etats-Unis aient reculé, Huawei poursuivra sur la voie de l’autonomisation car rien ne garantit que demain, ou un autre jour, Donald Trump ou un autre président, ne décideront pas de revenir à l’option des sanctions.Plus proche du Liban, la confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran donne lieu aux mêmes observations. Par vanité ou par ignorance, Donald Trump croyait, à tort, que Téhéran lèverait le drapeau blanc au bout de quelques mois de sanctions, couplées de menaces. Les sanctions sont toujours là mais les menaces, elles, perdent du volume. Au tout début, Trump menaçait la République islamique des pires gémonies si elle osait s’en prendre «aux ressortissants US, aux intérêts américains et aux alliés des Etats-Unis». Puis les «alliés» ont disparu de son discours, suivis des «intérêts», vu qu’il n’a pas riposté à la destruction du drone-espion Triton, qui vaut 220 millions de dollars, par un missile iranien qui a coûté lui quelques dizaines de milliers de dollars.Dans le bras de fer irano-américain, le monde assiste presque en temps réel, aux scènes de ménage entre Donald Trump et certains de ses conseillers, comme John Bolton, un va-t’en-guerre patenté qui cherche à entraîner son patron dans un conflit militaire que ce dernier ne souhaite pas en pleine campagne électorale.Dans ce paysage lamentable et pitoyable, les alliés des Etats-Unis sont les dindons de la farce. Ils constatent, avec effroi, que leur protecteur n’est pas si pressé de les protéger. C’est probablement pour cette raison que les Emirats arabes unis ont commencé les manœuvres pour un atterrissage en douceur en se désengageant de la guerre du Yémen.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un mariage à Chypre
La saison des mariages bat son plein et les voyages vers Chypre se multiplient. Célébrer ainsi son hyménée dans ce pays voisin du Liban se fait de plus en plus…

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