Nouveau canal de Suez. Un triomphe pour l’égypte, un défi pour Sissi
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Nº 3014 du vendredi 14 août 2015

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Nouveau canal de Suez. Un triomphe pour l’égypte, un défi pour Sissi

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    Nouveau canal de Suez. Un triomphe pour l’égypte, un défi pour Sissi
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Le nouveau canal de Suez a été inauguré, le 6 août 2015, devant un parterre de rois, de chefs d’Etat et de dirigeants venus du monde entier. Pour l’Egypte, c’est un triomphe. La stature internationale du président Abdel-Fattah el-Sissi est renforcée et l’accent est mis sur son ambition de développer l’économie de son pays.
 

Pourtant, quand le 5 août 2014, Abdel-Fattah el-Sissi a annoncé à Ismaïlia la construction d’un nouveau canal, qui devra être terminé en un an, et sera strictement égyptien sous le double angle du financement et de la construction, de nombreux responsables internationaux n’ont pas caché leur doute. Ils ont qualifié ce projet de «rêve pharaonique». Ils n’avaient peut-être pas tort. Mais le «miracle», selon l’appellation du peuple égyptien, s’est produit. L’un des projets phares du raïs est né au cours d’une cérémonie grandiose.
Depuis la réussite de la Feuille de route, en juillet 2013, Abdel-Fattah el-Sissi rêve de doter l’Egypte d’un nouveau canal de Suez qui servira à fluidifier le trafic du canal creusé en 1869. Mohammad Morsi avait eu la même ambition et comptait financer son projet par le Qatar. Mais cet émirat, ennemi officiel du régime actuel, soutient les Frères musulmans. Du reste, Sissi veut que le chantier soit strictement égyptien. L’amiral Mamich, chef de l’Autorité du canal de Suez, est chargé d’étudier les moyens d’action. Il informe le président qu’il faudrait trois à cinq ans pour construire ce canal. Sissi refuse la proposition. Le président égyptien veut aller vite pour relever l’économie du pays. Le 5 août 2014, il se rend à Ismaïlia avec nombre de ministres et de généraux. Des dizaines de milliers de personnes l’attendent. Le président déclare qu’un nouveau canal sera construit en un an. Il sera financé par les Egyptiens et «appartiendra aux seuls Egyptiens». Il poursuit sous les applaudissements: «Ce canal sera construit par 17 compagnies privées égyptiennes sous la supervision de l’armée».
Une cérémonie, haute en couleur, se déroule ensuite, retransmise en direct par toutes les télévisions égyptiennes. Sissi quitte la tribune et joint sa main à celles d’enfants, d’hommes et de femmes pour presser sur le bouton qui déclenchera le premier dynamitage d’un monticule de sable, symbolisant l’ouverture du chantier.

 

Joie générale, entreprise titanesque
Il s’agira de travailler sur 72 km. Le canal initial, long de 193 km, sera élargi et approfondi sur 37 km, et le nouveau canal, long de 35 km, constituera une voie parallèle d’une largeur de 317 mètres. Cela permettra l’accès au canal à des bateaux de plus grande taille et ramènera de 23 heures à 11 heures la durée du trajet entre la Méditerranée et la mer Rouge. Les recettes augmenteront et passeront de 5 milliards de dollars à 13,2 milliards d’ici 2023.
Le coût du chantier s’élèvera à 8 milliards de dollars. La population égyptienne se dresse comme un seul homme et les souscriptions affluent. Cent mille ouvriers travaillent jour et nuit sous la direction du génie militaire. En fin de compte, le projet s’achève avec plusieurs jours d’avance. Sissi a gagné son pari.
Le 6 août 2015 est inscrit dans l’Histoire d’Egypte. Mais on pourrait peut-être parler d’une double inauguration. Le président de la République arrive à Ismaïlia à 13h40 en tenue militaire de cérémonie pour saluer l’armée, la marine et le génie militaire, qui ont chapeauté le projet du nouveau canal. Il monte dans le yacht al-Mahroussa en compagnie de représentants de toutes les catégories du peuple égyptien, de Bédouins et de Nubiens. Un enfant atteint de cancer est également à bord. Il a adressé une lettre au président pour solliciter la chance d’assister à la cérémonie. Sissi lui accordera une attention particulière et l’aidera à porter le drapeau égyptien au moment de l’arrivée des hôtes à la tribune officielle.

 

François Hollande, invité d’honneur
Utiliser al-Mahroussa, un yacht de 150 ans, le plus ancien du monde encore en service, était une obligation. Le khédive Ismaïl l’avait fait construire pour inaugurer le canal de Suez le 17 novembre 1869. Il avait à ses côtés l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III, l’empereur d’Autriche-Hongrie, nombre de princes… Et Ferdinand de Lesseps, le père du canal.
Toutes les chaînes de télévision égyptiennes montrent le parcours du yacht, dix kilomètres, pour arriver au lieu de la cérémonie. Un impressionnant convoi maritime et aérien l’escorte: la frégate Fremm (récemment livrée par la France) et baptisée Tahia Misr, des Mirage 2000, les 3 Rafale, des F16, des hélicoptères de combat.
Des millions de téléspectateurs suivront l’événement pendant des heures. Le 6 août a été déclaré jour férié et les fonctionnaires (5 millions environ) participent à la joie générale. On chante et on danse à la place Tahrir, épicentre des révolutions du 25 janvier 2011 et du 30 juin 2013. A Louxor, les muezzins lancent leur appel à la prière, tandis que toutes les cloches des églises sonnent. A Méhalla el-Kobra, on distribue des friandises. Les trains, les parcs et les musées sont gratuits.
La fanfare militaire accueille l’arrivée de Sissi devant la tribune officielle. Il troque ensuite son uniforme contre un élégant complet bleu pour accueillir ses hôtes. Le président François Hollande, «invité d’honneur», arrive à Ismaïlia dans son avion privé en compagnie du ministre de la Défense. Sept hélicoptères transportent de l’aéroport du Caire les hôtes de l’Egypte. Il serait difficile de citer tous les noms: le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon, la ministre italienne de la Défense, Roberta Pinotti, une délégation du Congrès américain… Côté arabe, on reconnaît le roi du Bahreïn, le roi Abdallah de Jordanie, le prince héritier d’Arabie saoudite, l’émir du Koweït, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le Premier ministre libanais Tammam Salam, le président de la Chambre Nabih Berry, le président soudanais Omar el-Bachir… Des délégations venues d’Afrique, d’Asie…
Parmi les hôtes égyptiens, on trouve côte à côte Intissar el-Sissi et Jihane el-Sadate. Les noms de leurs maris sont attachés à cette voie d’eau. Le raïs Sissi s’apprête à inaugurer le nouveau canal et Anouar el-Sadate a arraché le canal principal aux Israéliens, lors de la guerre du Ramadan, en détruisant la ligne Bar-Lev. L’imam d’al-Azhar est également assis à côté du pape copte-orthodoxe, de nombreuses personnalités sont présentes.
Visiblement ému, le président Sissi signe le décret ouvrant à la navigation le nouveau canal. Son discours rappelle les efforts  consentis pour construire le canal en un temps record et dans des conditions difficiles. Mais il sera surtout axé sur le terrorisme: «Nous avons fait face au terrorisme pour présenter au monde l’image de l’islam tolérant. Voici l’imam d’al-Azhar et le pape copte assis l’un à côté de l’autre»… «Cette guerre se poursuivra tant que la menace persistera. Et nous ne pourrons qu’être victorieux».
Deux porte-conteneurs traversent alors le canal en sens inverse, et les applaudissements fusent. Le président Sissi monte alors sur al-Mahroussa avec ses invités. Des navires l’escortent, tandis que les 3 Rafale, les 8 F16, des Mirage… survolent le convoi.
Le canal de Suez, dont les actions étaient réparties entre la France et la Grande-Bretagne (le khédive Ismaïl, dont les dépenses somptueuses allaient plonger le pays dans la faillite, avait été obligé de vendre les siennes à Londres), ne serait sans doute pas devenu égyptien à la date prévue, 1969, sans la nationalisation effectuée par Gamal Abdel-Nasser.     
En 1954, maître de l’Egypte, Nasser reprend le vieux rêve de Mohammad-Ali: construire un haut barrage à Assouan pour régulariser le cours du Nil, éviter les crues et les années de sécheresse. Le projet est réalisable selon les experts égyptiens et étrangers, mais il exigera des années de travail et plus d’un milliard de dollars.

 

La volonté de Nasser
Nasser tient à mettre son pays à l’abri des caprices du Nil. L’URSS, qui a sa place en Egypte, pourrait assurer la construction du haut barrage. Ce danger n’échappe pas aux Etats-Unis. Ils offrent à l’Egypte 54 millions de dollars, la Grande-Bretagne 16, et la Banque mondiale consent à prêter 200 millions, mais exige des renseignements réguliers sur les données économiques du pays.
Le raïs accepte. Mais au fil du temps, les conditions se modifient. Plusieurs membres sudistes du Congrès américain désavouent un projet qui permettrait à l’Egypte de planter davantage de coton et de concurrencer les plantations de leur pays. D’autres, proches des sionistes, ne veulent pas aider ce «petit Hitler».
Le 19 juillet 1956, le secrétaire d’Etat américain, Foster Dulles, dit à l’ambassadeur d’Egypte à Washington que son gouvernement n’a plus l’intention d’accorder ce don de 54 millions de dollars à son pays, parce que l’économie égyptienne n’a pas les moyens de construire ce haut barrage. La Grande-Bretagne et la Banque mondiale retirent également leur offre.
C’est mal connaître le caractère de Nasser et sa fierté de chef d’Etat. Il met aussitôt au point une stratégie. L’armée s’emparera du canal de Suez. Elle lancera son attaque le 26 juillet quand, au cours de son discours annuel, il prononcera le mot de passe: «…de Lesseps».
Le 26 juillet 1956 à Alexandrie, des centaines de milliers de personnes sont venues applaudir leur président. Nasser se lance dans des couplets politiques, puis dit: «… et de Lesseps». Il poursuit son discours, tandis que les généraux s’emparent des locaux de la compagnie du canal.
Une demi-heure plus tard, le raïs déclare d’une voix triomphante: «Au moment où je vous parle, plusieurs de vos frères ont commencé à s’emparer des locaux de la compagnie du canal de Suez… et contrôlent la navigation»… «Le canal est désormais la propriété de l’Egypte». Une immense clameur monte de la foule en délire, et Nasser éclate de rire. Est-ce la nervosité, l’émotion, la joie? Ce rire restera gravé dans l’Histoire.

 

L’Egypte au seuil d’une nouvelle étape
Il serait difficile, dans le cadre de cet article, de décrire la guerre d’octobre 1956, au cours de laquelle Israël, la France et la Grande-Bretagne ont tenté de récupérer le canal de Suez. L’Onu, les Etats-Unis et l’URSS interviennent. Nasser transforme une défaite militaire en victoire politique. Plus tard, en juin 1967, Israël pourra reprendre la rive orientale du canal et assurer sa protection par la ligne Bar-Lev. Le canal restera fermé à la navigation jusqu’en 1975.
Quarante ans plus tard, l’inauguration du nouveau canal de Suez prouve que l’Egypte est au seuil d’une nouvelle étape. Au cours de l’après-midi, le président Sissi a eu des entretiens privés avec le président François Hollande, le Premier ministre russe Medvedev et le Premier ministre grec Tsipras. Chaque rencontre a eu pour sujet principal le renforcement des relations entre les deux pays.
La fête a pris fin en musique: le célèbre pianiste Omar Khairat et son orchestre ont donné la mesure de leur talent. Les musiciens de l’Opéra du Caire ont ensuite joué la Marche triomphale de l’opéra Aïda de Verdi, composée pour l’inauguration de 1969.
La presse égyptienne s’est longuement étendue durant plusieurs jours sur cet événement: «l’Egypte réécrit son Histoire et retrace son avenir».
Une nouvelle page commence, elle devrait démontrer l’importance politico-stratégique de l’Egypte. 

Le Caire, Denise Ammoun  
 

Epoque Abdel-Nasser
1952 Le Mouvement des officiers libres dirigé par Gamal Abdel-Nasser détrône le roi Farouk.
1956 Abdel-Nasser devient le président de la République égyptienne.
26 juillet 1956 Nasser nationalise le canal
de Suez.
28 octobre 1956 Triple et lâche agression (Israël, France et Angleterre) pour récupérer le canal de Suez.
1958 Union Egypte-Syrie pour former la
République arabe unie.
Juin 1967 Guerre des Six-Jours.
28 septembre 1970 Mort de Nasser.

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