La mort de Sykes-Picot. Vers la dislocation des Etats
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Nº 3034 du vendredi 1er janvier 2016

La mort de Sykes-Picot. Vers la dislocation des Etats

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    La mort de Sykes-Picot. Vers la dislocation des Etats
    2016 marquera les cent ans de l’accord Sykes-Picot qui avait, en 1916, dessiné les frontières de l’actuel Moyen-Orient tel qu’on le connaît. Des frontières qui paraissent en voie de disparition...
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2016 marquera les cent ans de l’accord Sykes-Picot qui avait, en 1916, dessiné les frontières de l’actuel Moyen-Orient tel qu’on le connaît. Des frontières qui paraissent en voie de disparition avec tous les bouleversements en cours dans la région.

C’est un secret de Polichinelle, la proclamation du «califat» par le groupe l’Etat islamique (EI) et son expansion territoriale à cheval sur la Syrie et l’Irak ont mis à mal, et sans doute enterré définitivement les accords Sykes-Picot. Pour mémoire, ceux-ci avaient entériné les frontières tracées par la France et le Royaume-Uni en 1916. Avec les bouleversements en cours dans la région, les Etats pourraient laisser la place à des entités de type confessionnel, avec un Sunnistan, un Kurdistan et un Chiistan. En tout cas dans les grandes lignes.
Il ne faut toutefois pas s’y tromper. Si elle a accéléré le processus, ce n’est pas l’apparition de l’Etat islamique qui a suscité l’effondrement des frontières. Ce sont les autorités des Etats de la région elles-mêmes qui ont permis ce phénomène. En Syrie, en Irak, mais aussi au Liban, au Yémen ou encore en Libye. Un vide dû à l’absence de contrôle de la part d’un pouvoir central, laissant lieu et place à des forces locales qui se regroupent autour d’identités confessionnelles, ethniques, tribales et régionales. Avec en filigrane, les luttes d’influence entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

 

Provinces confessionnelles
Depuis 2014, l’avancée spectaculaire de Daech a fait voler en éclats l’architecture géopolitique régionale, puisque l’Etat islamique a remis en cause, du point de vue idéologique et politique, les frontières post-coloniales, notamment celle située entre l’Irak et la Syrie. Les autres frontières résistent encore plus ou moins via l’entremise des Etats voisins qui redoutent une contagion jihadiste.
Pour l’Irak par exemple, même si l’Etat islamique perd du terrain en 2016, il sera très difficile de revenir à une formule politique nationale qui rassemble tous les Irakiens autour d’elle. Les sunnites, dont certains ont fait le choix de l’Etat islamique en 2014, après avoir été mis de côté par le pouvoir central chiite, seront probablement engagés dans une guerre de sécession durable. L’Irak tel qu’on le connaît n’existera probablement plus, ressemblant davantage à une fédération de provinces confessionnelles, entre Sunnistan, Chiistan et Kurdistan. Les Kurdes, eux, espèrent aujourd’hui plus que jamais fonder l’Etat qu’on ne leur a jamais accordé.
Quant à la Syrie, et malgré les fragiles espoirs de paix, son intégrité territoriale paraît reléguée aux oubliettes. Dans l’immédiat, une première zone constituant tout de même 40% de son territoire initial semble acquise à Daech, tandis que le nord-ouest de la Syrie resterait dans le giron des rebelles islamistes pro-saoudiens et pro-turcs. Les Kurdes conserveront, pour l’heure, la zone frontalière de la Turquie et de l’Irak jusqu’à Kobané. Le régime devrait se contenter, de son côté, de la Syrie utile, réunissant Damas, Homs, Lattaquié, Hama et la côte méditerranéenne.
A terme, c’est toute la région du Moyen-Orient qui devrait éclater selon ce modèle confessionnel, conformément à ce qui se passe sur le terrain. Si les jeux ne sont pas encore faits, ni actés sur le papier, l’idée d’une partition des grands Etats créés par Sykes-Picot et d’un éclatement à la yougoslave fait son chemin. Les identités locales et confessionnelles ignorées complètement à l’époque par les initiateurs des accords, au profit de considérations géopolitiques, économiques et coloniales, resurgissent, chacune revendiquant son autonomie. 


Jenny Saleh
 

Mohammad Ben Salmane
L’homme fort de Riyad

Avec la mort du roi Abdallah, MbS a fait une entrée tonitruante dans la succession saoudienne. Le fils du roi Salmane, bombardé ministre de la Défense du royaume, a d’ores et déjà la main sur le dossier du Yémen. C’est aussi à lui que l’on doit la création d’une coalition islamique de lutte antiterroriste de 34 pays, annoncée mi-décembre.


 

 

 

 


Abdel-Fattah el-Sissi
Le rempart contre le jihadisme

Le président égyptien, plutôt apprécié par les Occidentaux, semble prendre le même chemin que son prédécesseur Hosni Moubarak. L’homme fort d’Egypte a procédé au musellement de l’opposition politique, tout en se plaçant comme unique rempart contre le jihadisme de Daech, enraciné dans la région du Sinaï.

Recep Tayyip Erdogan
Le sultan des temps modernes

Décrié en Turquie comme sur la scène internationale, le sultan Erdogan ne semble pas vaciller pour autant. Jusqu’à quand? Les derniers démêlés avec la Russie de Vladimir Poutine sur la Syrie, sa guerre menée contre les Kurdes, ainsi que les atteintes à la liberté de la presse ne semblent pas ébranler son ambition de faire renaître l’Empire ottoman.

Prix Nobel
Le quartette tunisien

Le 9 décembre, Houcine Abbassi, Mohamed Fadhel Mahfoud, Abdessatar Ben Moussa et Wided Bouchamaoui, composant le quartette tunisien, se sont vu remettre le prix Nobel de la paix 2015. Le comité Nobel les avait choisis car ils avaient contribué à «sauver la fragile démocratisation de la Tunisie» en 2013, en organisant un dialogue national.

JANVIER
20 L’Etat islamique (EI) décapite un otage japonais en Syrie.
23 Les rebelles houthis prennent le contrôle de Sanaa, au Yémen.
Mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Le roi Salmane lui succède.
24 Le Caire: des manifestations à l’occasion de l’anniversaire de la révolte égyptienne contre Hosni Moubarak.
27 Attaque kamikaze d’un hôtel à Tripoli, en Libye. Neuf étrangers tués.

FÉVRIER
5 Raids de l’armée syrienne sur Douma.
15 Vingt et un Egyptiens coptes décapités par Daech en Libye.
21 Opération éclair turque pour récupérer des soldats et sécuriser le mausolée de Suleiman Chah, à Kobané, au nord de la Syrie.
26 Vidéos montrant des destructions d’antiquités du musée de Mossoul par les jihadistes de EI.

MARS
17 Benyamin Netanyahu remporte les élections législatives en Israël.
18 Attaque par des jihadistes de l’EI du musée du Bardo à Tunis.
25 Yémen: raids de la coalition arabe, menée par l’Arabie, contre les houthis.
31 Les forces irakiennes reprennent la ville de Tikrit à l’Etat islamique.

AVRIL
11 Une vidéo de l’EI en Irak montre la destruction de la cité assyrienne de Nimrod, dynamitée.
15 Soudan: Omar el-Bachir réélu.
18 Attaque kamikaze à Jalalabad, en Afghanistan, par l’EI.
19 Trente Ethiopiens chrétiens exécutés par Daech en Libye.
24 100e anniversaire de la bataille de Gallipoli en Turquie.
100e anniversaire du génocide arménien par l’Empire ottoman.

MAI
16 Mohammad Morsi condamné à mort.
25 Ehud Olmert condamné à 8 mois de prison pour corruption, en Israël.

JUIN
11 Tentative d’attentat à Louxor en Egypte, déjouée par les autorités.  
25 Daech tente de reprendre Kobané, sans succès.
26 Attaque kamikaze contre une mosquée chiite au Koweït.

JUILLET
2 L’EI dévoile une vidéo montrant des destructions à Palmyre.
18 Multiples attaques à la bombe par l’EI à Khan Bani Saad, à 20 km de Bagdad.
20 Attaque kamikaze de l’EI, à Suruk, en Turquie. Trente morts.

AOÛT
5 La branche égyptienne de l’EI annonce l’exécution d’un otage croate.
6 Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi dévoile la nouvelle voie du canal de Suez.  
24 Multiples raids très meurtriers de l’aviation du régime syrien à Douma.

SEPTEMBRE
2 La photo du petit Syrien Aylan, mort noyé avant d’échouer sur une plage de Bodrum, choque le monde.
13 Esplanade des Mosquées: violents clashs entre Israéliens et Palestiniens.
24 La Mecque: plus de 2 000 morts dans une bousculade lors du pèlerinage.  

OCTOBRE
3 Raid US sur l’hôpital tenu par MSF à Kunduz, en Afghanistan.
10 Attentat à Istanbul contre une manifestation antigouvernementale, revendiqué par l’EI.
20 Bachar el-Assad à Moscou.
31 Crash de l’avion russe Metrojet au-dessus du Sinaï, revendiqué par l’EI.

NOVEMBRE
24 La Turquie descend un Sukhoï-24 russe, à la frontière syro-turque.
30 Vladimir Poutine accuse la Turquie d’acheter du pétrole de l’EI.

DÉCEMBRE
4 25 blindés et 150 soldats turcs pénètrent en territoire irakien.
10 Réunion de plusieurs groupes de l’opposition à la conférence de Riyad.
Bagdad demande le retrait des Turcs d’Irak, la Turquie refuse.
Triple attentat au camion piégé à Tel Tamer dans la province de Hassaké, plus de 60 morts.

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Éditorial
Pays-labo

Tout au long de son histoire contemporaine, le Liban a souvent eu le rôle, peu glorieux pour les uns, flatteur pour les autres, de laboratoire du monde arabe. Un rôle de circuit d’entraînement où les décideurs testent des projets, des idées. Terre d’intrigues, de complots et de conspirations, il a vu les puissances régionales et internationales régler leurs comptes sur son sol, avec, comme carburant, la chair et le sang de ses fils. Certaines séquences du long processus du dépeçage de l’Empire ottoman ont été jouées au Liban, au XIXe siècle. Un des épisodes de la fondation de l’Etat d’Israël, l’exode des Palestiniens en 1948, s’est acté sur son sol. C’est aussi le Liban qui a payé le plus lourd tribut du désengagement de l’Egypte du conflit israélo-arabe, avec la guerre civile de 1975, dont les liens avec la négociation et la signature des accords de Camp David n’ont pas été assez explorés par les historiens.Le présent est comme le passé. Il devient, aujourd’hui, de plus en plus clair que l’élection présidentielle est organiquement liée à l’évolution de la situation en Syrie. Décrypter ce lien est indispensable pour deviner ce que peut nous réserver l’année 2016. L’attitude du Hezbollah à l’égard de la candidature de Sleiman Frangié à la présidence de la République est particulièrement éclairante. Le moins que l’on puisse dire c’est que le parti de Hassan Nasrallah ne semble pas pressé de mettre fin à la vacance présidentielle, sinon il aurait saisi au vol l’initiative de Saad Hariri de faire élire un de ses plus fidèles alliés. En revanche, le Courant du futur s’impatiente et a montré qu’il est disposé à faire de sérieuses concessions, en proposant le nom de M. Frangié.Le Hezbollah n’est pas mécontent de l’éventuelle élection de Sleiman Frangié. Au contraire, cette option lui paraissait inespérée, il y a seulement quelques mois. Mais il estime que le moment n’est pas encore venu de débloquer la présidentielle libanaise. Et ce moment ne viendra pas tant que l’évolution de la situation en Syrie ne se précisera pas. Les grandes lignes du règlement de la crise syrienne ont été agréées entre les Etats-Unis, la Russie et l’Iran, et ont été consignées dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée à l’unanimité le 18 décembre dernier. Ce texte contient un calendrier précis et l’esquisse d’un mécanisme d’application, bien que beaucoup de détails restent à régler. La résolution «appuie un processus politique dirigé par les Syriens et facilité par l’Onu, qui met en place, dans les six mois, une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire, et arrête un calendrier et des modalités pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution, et se dit favorable à la tenue, dans les 18 mois, d’élections libres et régulières, conformément à la nouvelle Constitution, qui seraient conduites sous la supervision de l’Onu». Par ailleurs, le texte ne fait aucune allusion au sort réservé au président Bachar el-Assad.Avant de débloquer la présidentielle libanaise, le Hezbollah, et avec lui l’Iran, veulent s’assurer que le processus politique en Syrie est bien mis sur les rails et qu’il est irréversible. Il faudra donc attendre les premiers mois de 2016 pour que l’image s’éclaircisse en Syrie, afin qu’elle se décante au Liban.Entre-temps, le pourrissement des institutions continue, la crise économique s’aggrave, la sécurité est fragilisée, la crise des déchets reste sans solution et le nombre de non-Libanais ne cesse d’augmenter. Il y aurait aujourd’hui au Liban 2,5 millions d’étrangers pour 4 millions de Libanais. Quels arguments peut-on encore avancer pour convaincre les jeunes qu’il y a toujours un espoir et qu’ils peuvent imaginer leur avenir dans leur pays? Aucun, sinon que le Liban fait preuve d’une capacité de résilience exceptionnelle, et que pour beaucoup moins que cela, d’autres Etats ont disparu de la carte du monde.


 Paul Khalifeh
   

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