La guerre en Syrie se régionalise. Israël a choisi son camp
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

La guerre en Syrie se régionalise. Israël a choisi son camp

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    La guerre en Syrie se régionalise. Israël a choisi son camp
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Dimanche 5 mai, après une première série de bombardements dans la nuit de jeudi à vendredi, des chasseurs israéliens ont à nouveau attaqué les environs de Damas. Par ailleurs, avant d’être démentie par sa propre commission, la juge Carla del Ponte, de la commission d’enquête de l’Onu en Syrie, a affirmé que les rebelles ont bel et bien eu recours à des armes chimiques. Russes et Américains, qui sont parvenus mardi en fin de soirée, à un accord a minima, sont-ils enfin décidés à trouver une solution? Texte Derrière le mont Qassioun, qui surplombe Damas, des habitants ont filmé de gigantesques boules de feu. Ils ont tous entendu les explosions de forte puissance qui ont secoué la banlieue damascène. Selon le décompte de l’OSDH, il y aurait 42 victimes. Selon Russia Today, 300. Un raid aérien a visé des casernes militaires de l’armée régulière syrienne, plusieurs dépôts d’armement et un centre de défense antiaérienne.

Les brigades d’élite 104 et 105 auraient été particulièrement touchées. Sous couvert d’anonymat, des responsables israéliens ont revendiqué les frappes, ajoutant qu’elles visaient des stocks d’armes de fabrication iranienne ou russe à destination du Hezbollah. Toutefois, parallèlement aux attaques aériennes, des centaines de miliciens rebelles se sont déployés dans le quartier de Mazzé à Damas. Cela signifie qu’il y a très probablement eu coordination entre Israéliens et rebelles. Ce que dénonce le régime baasiste: «Les rebelles sont des outils israéliens à l’intérieur du pays». Malgré le soutien aérien, les rebelles au sol n’ont pas été en mesure de remplir leurs objectifs, illustration de leur impuissance. Comme après chacune des 23 attaques israéliennes depuis 2003, les autorités de Damas indiquent que la Syrie définira elle-même le jour et l’heure de sa vengeance. Même si elles prétendent que «des missiles sont prêts pour frapper des cibles précises», il est vraisemblable que comme après chacun des 23 précédents raids, aucune riposte ne soit envisagée. L’objectif premier de Bachar el-Assad est de mater les rebelles, pas Israël. Toutefois, par mesure de sécurité et par surenchère victimaire, deux batteries
antimissiles ont été déployées dans le nord d’Israël. A Haïfa, on distribue des masques à gaz à la pelle; la peur aurait presque changé de camp. Le spécialiste militaire Amos Harel précise pour le quotidien israélien Haaretz, qu’aucun renfort de troupe n’a été envoyé au nord et qu’aucun ordre de mobilisation n’avait été envoyé aux réservistes. Signe que personne ne considère sérieusement la piste de l’escalade. Soutien aux rebellesIl est évident que les attaques israéliennes n’auraient pu avoir lieu sans l’aval du mentor américain. On ne s’étonne donc pas d’entendre le président Barack Obama évoquer des actes «justifiés» par la volonté légitime de se protéger contre «l’utilisation d’armes sophistiquées par des organisations terroristes telles que le Hezbollah». Et si les Etats-Unis laissent autant l’initiative à leurs alliés, c’est qu’ils ne semblent pas déterminés à intervenir directement. En déplacement au Costa Rica, le locataire  de la Maison-Blanche réaffirmait, au même moment, qu’il «ne prévoyait pas de scénario incluant l’intervention de troupes américaines en Syrie». Mais c’est aussi le signe que les rebelles n’y arrivent plus seuls. Sur le terrain, les lignes de front se sont peu ou prou stabilisées. Les rebelles sont dans l’incapacité de progresser de manière significative en dépit de l’activisme de leur composante jihadiste. L’armée syrienne, qui a mis en place des milices parallèles, s’est adaptée au combat de rue type guérilla et a mis les rebelles sur la défensive.
Mais elle n’arrivera probablement jamais à les éliminer définitivement si le flux d’armes qu’ils reçoivent ne cesse pas. La perspective d’une solution politique semble être la seule et unique envisageable. Inter-Une solution mais laquelle? Justement, au terme d’une intense activité diplomatique russe, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, annonçait dans la soirée de mardi avoir trouvé un accord avec les Américains. «Nous nous sommes mis d’accord pour que les Etats-Unis et la Russie encouragent les deux parties à trouver une issue politique», ont déclaré conjointement Lavrov et le secrétaire d’Etat américain John Kerry à l’issue de plusieurs heures d’entrevues. Le seul accord signé jusqu’à présent par la communauté internationale est celui de Genève, le 30 juin 2012. Il prévoit la formation d’un gouvernement de transition incluant des membres du régime de Damas; mais n’a jamais été en mesure d’être appliqué. Le rôle de Bachar el-Assad dans la nouvelle Syrie, et la livraison ou non d’armes à des opposants, continuent, entre autres, de faire débat. Il est prévisible que pro et anti-régime tentent de resserrer la pression dans les prochaines semaines pour négocier en position de force et tenter d’imposer leurs conditions. Sauf à ses balbutiements, le conflit syrien n’a jamais concerné que la Syrie. Aujourd’hui plus que jamais, c’est cette dimension internationale qui a pris le dessus. La position de chacun des acteurs régionaux est prise et précise. La dernière ambiguïté concernait Israël. L’intérêt de l’Etat hébreu était-il de voir tomber Bachar el-Assad? Les Assad ont longtemps constitué aux yeux d’Israël un moindre mal, un «meilleur des dictateurs». Dans ses mémoires, Ariel Sharon déclare ouvertement préférer le pouvoir baasiste à celui des Frères musulmans. On imagine difficilement aussi Israël se réjouir de la présence à ses frontières d’extrémistes musulmans qui haïssent à peu près autant les chiites que les juifs, extrémistes musulmans, potentiellement dotés d’armes chimiques qui plus est. A l’inverse, dans une perspective d’affrontement contre l’Iran et le Hezbollah, la destruction du régime bachariste ne pourrait être que salutaire pour Tel-Aviv. Après deux ans d’une relative indifférence, Israël a choisi son camp, celui des rebelles. La Ligue arabe et la présidence égyptienne ont sévèrement condamné les raids aériens. L’organisation panarabe a même appelé le Conseil de sécurité à agir immédiatement pour les faire cesser. Comme on ne se souvient pas qu’au moment d’attribuer le siège de la Syrie à la Ligue arabe à l’opposition, la défense de la souveraineté de la Syrie était si préoccupante, on imagine deux hypothèses. Premièrement, l’ennemi de mon ennemi ne sera jamais mon ami et la collaboration avec Israël n’est pas pour demain. Deuxièmement, il est possible de considérer que les raids aériens soient en réalité un grand service rendu au pouvoir de Damas. Bachar el-Assad n’a pas dû apprécier les pertes occasionnées, mais brandir les preuves que la guerre menée contre lui est un complot de l’étranger doit sacrément l’amuser. En condamnant l’attaque israélienne, ce dernier point a été relevé par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, pourtant en phase de réconciliation avec Benyamin Netanyahu à la suite de ses excuses au sujet de la flottille de Mavi Marmara. A Téhéran, le général Ahmad Reza Pourdastan s’est dit prêt à entraîner l’armée syrienne. Les dirigeants iraniens ont nié en revanche l’existence de missiles iraniens sur les sites bombardés. A Moscou, Sergueï Lavrov partageait les mêmes inquiétudes que son homologue syrien Walid Mouallem, quant à la possibilité que la région échappe à tout contrôle. A Pékin, où Netanyahu et le président Mahmoud Abbas étaient reçus séparément lundi, le gouvernement chinois a condamné de façon implicite les raids. Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise, a réaffirmé qu’elle ne croyait pas en l’usage de la force. «Nous estimons que la souveraineté de tous les pays doit être respectée». Au milieu de ce beau monde, le médiateur de l’Onu, Lakhdar Brahimi, se sent devenu presque inutile. Il penserait de plus en plus chaque jour à démissionner. Le secrétaire de l’Onu, Ban-Ki-Moon, s’est contenté de se déclarer «très préoccupé», tout en appelant au calme. Inter-L’Europe s’essaye aux pressionsLe 1er juin expirent les sanctions européennes instaurées contre Damas dont découle l’interdiction de livrer des armes à l’une ou l’autre des parties. Le 27 mai, les 27 chefs de la diplomatie des pays de l’UE doivent prendre une décision: faut-il oui ou non armer les rebelles? Alors que l’heure des choix approche, les Européens demeurent divisés. Selon William Hague, chef de la diplomatie britannique, c’est parce que le bombardement israélien est «un danger croissant pour la paix», que la livraison d’armes aux rebelles est nécessaire. Les Scandinaves ou les Allemands sont plus réservés, à l’image des Autrichiens qui voient dans la situation actuelle le signe qu’il y a «trop d’armes en Syrie». En ce qui concerne la France, si le choix de soutenir activement la rébellion coulait de source, il y a quelques semaines encore, le président François Hollande jugeait fin mars que la situation était trop incertaine pour que tel soit le cas. Cela étant, il semble que ces dernières semaines, les adversaires de la livraison d’armes majoritaires dans l’Union européenne, commencent à reconnaître que la diplomatie est à court d’option crédible face à la montée des franges extrémistes incontrôlables des deux côtés. Dans ce contexte, les débats se poursuivent à l’Otan autour du secrétaire d’Etat américain John Kerry, preuve s’il en était besoin, que les orientations stratégiques de l’UE restent inféodées aux Etats-Unis d’Amérique. L’avis de l’oncle Sam pourrait bien encore une fois peser dans la balance. Et rien ne devrait empêcher une issue en forme de compromis avec un prolongement allongée d’un embargo aménagé pour donner aux pays qui le souhaitent la possibilité de livrer du matériel létal. Pour que tout se passe comme prévu, il ne faudrait pas que l’utilisation de gaz sarin par les rebelles vienne à être prouvée, sans quoi la livraison d’armes deviendrait difficilement justifiable auprès des opinions publiques. La magistrate suisse de renommée internationale, Carla del Ponte, assure détenir les preuves que les rebelles ont utilisé du gaz sarin, alors qu’il n’existerait pas d’éléments suffisants pour accabler le régime. L’ancienne procureur du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda a effectivement déclaré sur une chaîne de télévision suisse avoir vu un rapport sur des témoignages recueillis concernant l’utilisation d’armes chimiques neurotoxiques par les opposants et non par le gouvernement. Il ne faudrait pas non plus prouver l’utilisation d’armes chimiques par le régime, puisqu’à cause de la fameuse «ligne rouge» brandie depuis septembre dernier, les Occidentaux ne pourraient ne pas intervenir qu’au prix d’une décrédibilisation certaine. Les pressions extérieures vont continuer jusqu’à la signature d’un accord politique viable. Et les violences intérieures jusqu’à la soumission de toutes les parties à cet accord et à l’extinction des franges extrémistes qui s’y refusent. En perspective donc, du chaos encore pour un moment.

Antoine Wénisch
 

Bain de foule pour Assad
Samedi 4 mai, le président syrien a inauguré personnellement, une stèle en hommage aux victimes étudiantes du conflit qui frappe son pays. S’il n’y a jamais eu de soulèvement universitaire, explosions et chutes d’obus de mortier ont fait payer un lourd tribut aux étudiants. Alors que plusieurs milliers de jeunes étaient rassemblés sur le campus de l’Université de Damas pour la cérémonie, Bachar el-Assad a profité d’un bain de foule improvisé. Il avait déjà visité mercredi une centrale électrique dans le centre de la capitale syrienne, à l’occasion de la fête du travail. Avec deux apparitions publiques en quatre jours, la conduite du chef d’Etat est loin d’être celle d’un président qui a peur.

Des Casques bleus enlevés
La force des Nations unies chargée de l’observation du désengagement sur le Golan (Fnuod) a annoncé le mardi 7 mai, l’enlèvement de quatre observateurs philippins. Ils patrouillaient dans la zone tampon entre Israël et la Syrie. Même si les rebelles de la brigade des martyrs de Yarmouk ont immédiatement revendiqué l’opération, l’Onu dit ignorer l’identité des ravisseurs. Vingt Casques bleus avaient déjà été enlevés dans les mêmes conditions au début du mois de mars dernier. L’Onu appelle les différentes parties à respecter le mandat des soldats de la paix. Dans la zone, les hostilités entre troupes gouvernementales et forces d’opposition menacent la sécurité des autochtones et créent des risques pour le personnel onusien.

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

Santé

La tendance à la paresse. Ecrite dans les gènes?
Nos gènes pourraient être responsables de notre paresse! Autrement dit, un individu serait génétiquement prédisposé à ce comportement. Les chercheurs…

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