Syrie. Une frappe occidentale brève et limitée
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Nº 2912 du vendredi 30 août 2013

Syrie. Une frappe occidentale brève et limitée

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    Syrie. Une frappe occidentale brève et limitée
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Alors que la probabilité de frappes punitives occidentales contre la Syrie se précisait, à l’heure où nous écrivions, aucune preuve irréfutable de la culpabilité du régime syrien dans l’attaque chimique présumée de la Ghouta, n’a encore été avancée par les experts de l’Onu sur place.

Une opération punitive. C’est en ces termes que les dirigeants occidentaux annoncent la réaction qui sera la leur, après la diffusion de vidéos par les rebelles syriens, montrant des civils touchés par une attaque chimique dans la banlieue de Damas, le 21 août dernier. Très virulents, malgré l’absence de preuves irréfutables, les dirigeants britanniques, français et américains, n’auront eu de cesse de recourir à des déclarations fracassantes pour étayer leurs propos. «La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents» en Syrie, a-t-on ainsi pu entendre le président français François Hollande, devant un parterre d’ambassadeurs, mardi. Outre-Manche, David Cameron, de retour de vacances interrompues, est tout aussi catégorique: «Nous avons vu en Syrie des scènes consternantes de mort et de souffrance à cause de l’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad et je ne pense pas que nous puissions le supporter». Enfin, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, n’a cessé de se répandre en déclarations depuis le 21 août, tout aussi fracassantes les unes que les autres. «Ce que nous avons vu la semaine dernière en Syrie choque la conscience mondiale. Cela défie tout code de moralité. Le massacre aveugle de civils, la tuerie de femmes, d’enfants et de passants innocents par des armes chimiques est moralement indécent», a-t-il déclaré d’un ton solennel. En soulignant, au passage, la culpabilité «indéniable» du régime d’Assad dans le massacre. Quant aux médias occidentaux, ils relaient sans relâche les déclarations va-t-en-guerre des grands de ce monde, participant eux aussi à une sorte de «Assad bashing», sans pour autant chercher à voir plus loin.
Presque seuls dans le camp adverse, les Russes, qui restent aux côtés du régime syrien depuis le début du conflit, il y a deux ans et demi, ne cessent d’appeler à la «prudence». Prévenant les Américains de conséquences «extrêmement graves» et «catastrophiques» d’une opération militaire pour les pays de la région Mena, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, n’a pas de mots assez durs pour dénoncer la frénésie occidentale à partir en guerre. «Ils ne peuvent pas nous montrer les preuves, mais ils nous disent que ‘‘la ligne rouge’’ a été franchie et qu’on ne peut plus attendre», relève-t-il. Fermement opposé à une action militaire sans l’aval de l’Onu, Lavrov estime d’ailleurs qu’il s’agirait d’une «violation grossière du droit international». L’Iran, autre poids lourd dans la région et soutien du régime Assad, appelle aussi à la prudence, disant «espérer que les dirigeants américains et certains pays européens feront preuve de suffisamment de sagesse», selon Abbas Araghchi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
 

La Syrie veut se défendre
Quant au principal intéressé, Bachar el-Assad, il s’est opportunément exprimé lundi, dans les colonnes du journal russe Izvestia. Récusant les accusations occidentales, le président syrien a ainsi souligné que «les déclarations faites par les hommes politiques aux Etats-Unis et en Occident sont une insulte au bon sens et témoignent du mépris quant à l’opinion de leur peuple. C’est un non-sens: accuser d’abord et recueillir les preuves ensuite». «Personne ne réussira à transformer la Syrie en une marionnette des Occidentaux», a-t-il prévenu. Son chef de la diplomatie, Walid Moallem, a pris le relais mardi, avertissant, lors d’une conférence de presse, que l’opération occidentale «servira les intérêts d’Israël et en deuxième lieu, le Front al-Nosra». «La Syrie ne sera pas une proie facile et réserve des surprises à tous ceux qui la prendront pour cible», a-t-il déclaré, rejetant avec force, une fois de plus, les accusations d’utilisation d’armes chimiques par le régime.
L’argumentation faiblarde, puisque pour l’heure, sans preuves crédibles et avérées, des Occidentaux, pose en tout cas question. Sans pour autant faire montre d’un angélisme malvenu − Bachar el-Assad n’est pas un saint − on peut, tout de même, s’interroger sur les raisons qui poussent, en sous-main, les Occidentaux à être aussi affirmatifs quant au commanditaire de l’attaque chimique de la Ghouta. Avant même que l’enquête des experts de la mission de l’Onu en Syrie soit bouclée, les Américains et leurs alliés ont tous poussé Bachar el-Assad sur le banc des accusés. Avant même que des preuves irréfutables soient mises en exergue. Des méthodes qui ne sont pas sans rappeler les sombres années de l’ère Bush, il n’y a pas si longtemps.
La Russie, dès les premières heures qui ont suivi l’attaque du 21 août, s’est montrée sceptique. «Politiquement et militairement, le gouvernement syrien n’avait aucun intérêt à utiliser des armes chimiques», au moment même de l’arrivée à Damas des inspecteurs de l’Onu», a ainsi plaidé Sergueï Lavrov. Les Russes sont même allés plus loin. Dans une annonce officielle, le porte-parole du ministère des A-E russe, Aleksandr Lukashevich, déclare ainsi qu’une «fusée artisanale contenant une substance chimique qui n’a pas été identifiée pour le moment a été tirée le 21 août d’une position occupée par les rebelles. Ce qui retient l’attention, c’est que les médias régionaux engagés ont immédiatement lancé une attaque informationnelle agressive en rejetant la responsabilité sur le gouvernement syrien. Tout cela nous amène à penser qu’il s’agit, cette fois encore, d’une provocation planifiée à l’avance». La diplomatie russe penche même pour la thèse d’une gigantesque manipulation de l’Armée syrienne libre. «Selon des messages circulant sur Internet, des documents consacrés à cet incident (de la Ghouta) et rejetant la responsabilité sur les troupes gouvernementales ont été mis en ligne quelques heures avant l’attaque présumée. Il s’agit donc d’une action projetée à l’avance», a aussi déclaré vendredi Lukashevich. En clair, les Russes ne croient pas à la culpabilité du régime, alors qu’une mission de l’Onu vient d’arriver sur place  − à la suite d’un accord entre les Nations unies et Damas −, pour enquêter sur l’utilisation présumée de gaz sarin dans les environs d’Alep le 19 mars dernier, entre autres. L’équipe d’enquêteurs onusiens, dirigée par le scientifique suédois Ake Sellstrom, devait se rendre sur trois sites présumés d’attaques chimiques: à Khan el-Assal, près d’Alep et dont le régime n’a plus le contrôle, ainsi qu’à Homs, où l’armée syrienne était accusée d’avoir usé d’armes chimiques le 
23 décembre 2012, ainsi qu’à Ataybah, près de Damas, où une attaque avait été signalée en mars. Après avoir accepté la présence d’une équipe d’experts sur son sol, quel intérêt aurait pu avoir le régime dans une attaque chimique, plutôt malvenue? D’autant que, même sur le terrain, les forces loyalistes sont en position de force.
Selon Le Figaro, qui a publié ces informations le 22 août, l’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad répondrait à une «logique opérationnelle». «Les premiers contingents syriens formés à la guérilla par les Américains en Jordanie seraient entrés en action depuis la mi-août dans le sud de la Syrie, dans la région de Deraa». Les commandos auraient poussé leur avancée jusqu’à la Ghouta, à proximité de Damas, inquiétant Bachar el-Assad, qui aurait alors décidé de l’emploi de gaz sarin.
 

Des experts sceptiques
Hormis la Russie ou l’Iran, alliés indéfectibles du régime, d’autres observateurs indépendants mettent en doute les affirmations de l’opposition syrienne et des Occidentaux. L’opposant syrien en exil Haytham Manna, responsable à l’étranger du Comité de coordination nationale pour le changement démocratique (non armé), estime sur le site d’informations belge Levif.be qu’il s’agit «d’un coup monté». «On est dans la propagande, la guerre psychologique, et certainement pas dans la vérité. Les armes chimiques utilisées étaient artisanales. Vous pensez vraiment que l’armée loyaliste, surmilitarisée, a besoin de cela?», interroge-t-il. Farouchement opposé à une intervention militaire occidentale, il juge que «l’armée loyaliste a repris du terrain et que seule une intervention directe pourrait donc aider les rebelles à s’en sortir». Loin de dédouaner le régime, qu’il combat par ailleurs, Manna est très sévère envers les Occidentaux, qui «parlent de guerre contre le terrorisme et donnent un coup de main à des extrémistes affiliés à al-Qaïda». «On sait que les armes chimiques ont déjà été utilisées par al-Qaïda, or l’Armée syrienne libre et les groupes liés à celle-ci mènent en commun 80% de leurs opérations au nord». Autre sceptique quant à la culpabilité du régime, Hans Blix, ancien directeur de l’AIEA et responsable des inspecteurs de l’Onu envoyés en Irak à la recherche d’armes de destruction massive. «Je vois mal le régime avoir utilisé des armes chimiques car cela augmenterait la pression d’une intervention externe», a-t-il dit à RFI. Enfin, il convient de rappeler que Carla Del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’Onu sur les violations des droits de l’homme en Syrie, avait été l’une des premières à accuser les forces rebelles d’avoir utilisé des armes chimiques, en mai 2013. Des déclarations qui avaient suscité un tollé, désavouant l’ancienne procureur du TPIY.
Devant ces critiques et ce scepticisme ambiant, il convient dès lors de s’interroger sur les motivations occidentales à en découdre avec le régime Assad, après deux ans et demi de conflit, marqués par l’inaction, tant américaine qu’européenne. Pourquoi maintenant?
Mardi après-midi, alors que les menaces d’intervention se précisaient, l’agence Reuters diffusait une dépêche pour le moins intéressante. «L’opposition a été informée en termes très clairs qu’une action visant à dissuader tout nouvel usage d’armes chimiques par le régime Assad pourrait intervenir dans les prochains jours, tout en continuant à se préparer à d’éventuels pourparlers de paix à Genève», a ainsi confié à Reuters une source participant à une réunion des Amis de la Syrie et de la Coalition nationale syrienne. Autrement dit, il s’agirait pour les Occidentaux d’effectuer des frappes punitives sur des cibles stratégiques pour le régime (aéroports, stocks d’armes, aviation) afin de l’affaiblir et changer la donne sur le terrain, sans toutefois s’engager au sol dans un nouveau bourbier fatal du type irakien ou afghan. Une manière, sans doute, de permettre à l’opposition syrienne, qui reste toujours très divisée, de resserrer ses rangs et de siéger aux négociations de Genève en position de force. Pousser les belligérants à négocier et surtout Assad à céder le pouvoir, sans concessions. «Je ne peux rien affirmer, mais il est clair que le gouvernement syrien n’avait aucune raison politique ou militaire d’employer des armes chimiques au moment où des experts (de l’Onu) sont sur pied d’œuvre en Syrie, au moment où la situation militaire du gouvernement est plutôt avantageuse et à la veille d’une rencontre américano-russe consacrée à la préparation d’une conférence Genève 2», a indiqué Sergueï Lavrov. Réunion russo-américaine qui a d’ailleurs été reportée.
D’autant que ces dernières semaines, les forces régulières ont repris nombre de positions aux rebelles, et enregistré plusieurs victoires significatives, tandis que les rebelles ne sont toujours pas parvenus à prendre Alep, après un an et demi de combats. Le prétexte pourrait servir aussi à des livraisons d’armes plus conséquentes aux rebelles, comme des armes antiaériennes et sol-air, sans prendre part directement au conflit.
Les jours qui viennent seront cruciaux. Pour la Syrie et pour l’ensemble de la région. La probabilité d’une intervention éclair, peut-être au moyen de missiles de croisière, ne fait presque plus de doute. D’autant que les Occidentaux ont obtenu le blanc-seing de la plupart des pays de la Ligue arabe, hormis l’Irak, l’Egypte et l’Autorité palestinienne, et de la Turquie. Avec en toile de fond, une nouvelle guerre froide et psychologique entre Occidentaux et Russes. Avec quelles conséquences? Nul ne le sait encore avec précision.

Jenny Saleh

Des révélations qui tombent mal
Alors que la Maison-Blanche s’insurge avec force contre l’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad, le magazine américain Foreign Policy vient de publier des 
révélations qui tombent on ne peut plus mal. S’appuyant sur des documents déclassifiés de la CIA et d’anciens haut gradés, le magazine soutient que Washington savait dès 1983 que Saddam Hussein n’hésitait pas à recourir à des bombardements de gaz sarin ou tabun face aux troupes iraniennes. Arguant qu’une victoire iranienne était «inacceptable» pour l’Administration Reagan, les Etats-Unis ont ainsi permis à l’Irak d’user d’armes chimiques, notamment dans le village kurde de Halabja, causant 5 000 morts. «Les Irakiens ne nous ont jamais dit qu’ils comptaient utiliser des gaz neurotoxiques. Ils n’ont pas eu à le faire, on le savait déjà», a ainsi expliqué à Foreign Policy Rick Francona, attaché militaire américain à Bagdad, à l’époque.

Une prise stratégique
Lundi, les rebelles ont enregistré une victoire notable, en coupant la seule route 
d’approvisionnement de l’armée régulière vers la province d’Alep, selon l’OSDH. «A l’issue de violents combats, les rebelles se sont emparés de la localité stratégique de Khanasser (...) située sur la seule route liant Alep au centre de la Syrie, coupant ainsi les renforts militaires et alimentaires de l’armée» vers cette province, a indiqué l’ONG. Une prise stratégique qui 
pourrait changer la donne dans cette province en proie à de violents combats depuis plus d’un an. Khanasser permet en effet de relier Alep à Hama, dans le centre.
Il s’agit de la seule voie de transport entre ces deux régions, l’aéroport d’Alep étant fermé depuis janvier.

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Éditorial
Mauvais remake

Si certains se réjouissent des intentions guerrières de l’Occident en Syrie, d’autres, au contraire, en sont consternés. Ce n’est pas qu’ils soient fans du régime syrien ou inquiets de l’avenir de Bachar el-Assad. De toute façon, Washington et ses alliés ont fixé les contours de la frappe avant même qu’elle ne se produise: elle sera «brève et limitée», elle n’aura pas pour objectif de renverser le président syrien mais seulement de le «punir» d’avoir utilisé des armes chimiques. Tout le monde y trouvera son compte. Cette tristesse, mêlée à une profonde déception, vient du fait que l’Occident affiche, une fois de plus, une hypocrisie sans borne, foulant du pied ce qui lui reste comme principes humains, qu’il a lui-même érigés en valeurs universelles. D’ailleurs, l’opinion publique dans les pays occidentaux ne semble pas dupe, puisqu’une majorité affirme être opposée à une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Encore une fois, ce n’est pas que les gens ont de la sympathie pour le régime syrien, mais c’est que les arguments, un peu trop hâtivement avancés pour justifier une nouvelle aventure guerrière aux conséquences inconnues, ne sont pas assez convaincants. Les centaines de victimes de la présumée attaque chimique de la Ghouta sont-elles les morts de trop, ceux qui ont donné un coup de fouet à la conscience des grands de ce monde? Les 100000 morts, tombés depuis le début du conflit, n’étaient-ils pas suffisants pour réveiller cette conscience? 100500 semble être le chiffre magique, celui qu’il ne faut pas atteindre ou dépasser, au risque de se voir puni par la très respectable communauté internationale. L’autre prétexte, celui de la «ligne rouge» qu’il ne fallait pas franchir, frôle le ridicule. L’utilisation des armes chimiques est donc prohibée et celui qui oserait violer cet interdit en payera le prix. On peut comprendre, par conséquent, que ce n’est pas l’acte en soi de tuer, d’exterminer, d’annihiler, d’écraser, de découper en morceaux, qui est répréhensible, mais l’outil utilisé pour le commettre. Les avions et les tanks du régime ou les machettes des takfiristes ne semblent pas constituer une transgression de la fameuse ligne rouge. Du moment que les gaz toxiques ne sont pas utilisés, les massacres peuvent continuer en toute tranquillité… et impunité. Poursuivons la réflexion. Cette affaire nous pousse à nous demander si ce n’est pas l’identité des victimes qui réveillerait la conscience du «monde civilisé». Cette remarque est légitime, car il semble que cette conscience reste endormie, comme anesthésiée, lorsque 200 paysans se font massacrer dans la «montagne alaouite» de Lattaquié, que 150 civils pro-régime et militaires sont exécutés froidement à Khan al-Assal et que des dizaines de chrétiens sont passés par les armes à Marmarita et Hawash, dans la région de Homs; pour ne citer que les tueries perpétrées en juillet et août. Mais quand des civils pro-rebelles sont tués, le monde s’émeut et crie vengeance. Il y a enfin une dernière possibilité. Ce ne serait pas l’identité des victimes, mais plutôt celle des tueurs présumés qui servirait d’alarme pour réveiller la conscience internationale. Quand les crimes sont imputés au régime, le monde se révolte, condamne, dénonce et veut jouer le rôle de gendarme et de justicier. Cependant, tous deviennent sourds, aveugles et introuvables, quand les massacres sont l’œuvre des rebelles. Plus affolant encore est le manque d’imagination des décideurs américains. Car c’est exactement le même scénario utilisé en 2003 pour justifier l’invasion de l’Irak qui est reproduit dans le cas syrien. Mais le remake est de moindre qualité que l’original, car le réalisateur, Barack Obama, a été formé sur le tas.


 Paul Khalifeh
   

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