Des menaces avant l’accord? Obama veut négocier en position de force
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Nº 2913 du vendredi 6 septembre 2013

Des menaces avant l’accord? Obama veut négocier en position de force

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    Des menaces avant l’accord? Obama veut négocier en position de force
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La mobilisation internationale suscitée par les attaques chimiques présumées, les menaces militaires américaines contre Damas, ainsi que la recrudescence des combats en Syrie contrastent avec les préparatifs sans cesse reportés d’une conférence à Genève, censée réunir le régime et l’opposition.

Deux semaines après l’attaque chimique présumée dans la banlieue de Damas, aucune preuve plausible n’a été avancée, aussi bien par les alliés du régime syrien que par ses détracteurs, sur l’auteur du crime. Les pays occidentaux et leurs alliés du Golfe accusent le régime, alors que la Russie, la Chine, l’Iran et leurs alliés soupçonnent une manipulation visant à inculper le pouvoir et, par conséquent, à justifier une offensive américaine contre la Syrie.
Pour sa part, l’opposition affirme que plus de 1 300 victimes ont succombé à l’attaque du 21 août, alors qu’une source de l’hôpital militaire de Mazzeh a affirmé à L’Hebdo Magazine qu’une «cinquantaine de soldats, dont des combattants d’élite de la Garde républicaine présentant des symptômes neurotoxiques, ont été hospitalisés d’urgence le 21 août. Plusieurs soldats qui étaient positionnés dans la localité de Moaddamiyé, à l’est de Damas, sont décédés».
La mobilisation occidentale provoquée par l’attaque chimique intervient dans le cadre d’une offensive générale des milices de l’opposition, orchestrée par l’Arabie saoudite. En juillet dernier, le chef des Renseignements saoudiens, le prince Bandar Ben Sultan, se fixait ouvertement pour objectif de modifier le rapport des forces en faveur de l’opposition laïque, prélude à la tenue de la conférence de Genève. Mais sur le terrain, les groupes laïques et les islamistes modérés, représentés par l’Armée syrienne libre (ASL) semblent marginalisés, dispersés et inefficaces. Par conséquent, les aides militaires et financières octroyées généreusement par la pétromonarchie wahhabite et la Turquie bénéficient en premier lieu aux jihadistes syriens et étrangers du Front al-Nosra et de l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), tous deux affiliés à al-Qaïda. Ces deux groupes salafistes contrôlent désormais la plupart des zones «libérées» en Syrie, notamment au nord et à l’est, et semblent peu enclins à partager le pouvoir avec les autres formations de l’opposition. Un objectif commun les unit: l’établissement d’un califat islamique en Syrie.

 

Offensive préventive
C’est avec ces jihadistes que l’Arabie saoudite compte démocratiser la Syrie. L’offensive se concrétise le 5 août. L’aéroport militaire de Mennig, dans la province d’Alep, tombe aux mains des jihadistes. A Lattaquié, une dizaine de brigades salafistes lancent la bataille «Libération du littoral syrien», en occupant huit villages alaouites et tuant plus de 200 civils. Cette bataille inédite contre la communauté alaouite se transforme en une cuisante défaite pour les jihadistes de l’opposition après l’intervention de l’armée. A Alep, les rebelles prennent deux quartiers, avant de reculer face à la contre-offensive des troupes gouvernementales. Les succès enregistrés par l’opposition sont balayés en un temps record par l’armée.
Ces revers poussent l’émir Bandar Ben Sultan à accélérer les préparatifs militaires et logistiques pour l’offensive décisive prévue à Damas. Le régime court-circuite les plans des insurgés et lance une offensive préventive sur treize fronts dans la périphérie de Damas, pour venir à bout des bastions rebelles.
Il s’agit de la plus vaste offensive menée par l’armée régulière depuis le début de la crise. L’opération, lancée le 21 août et baptisée «Bouclier de la capitale», vise à desserrer l’étau autour de Damas et à reprendre les banlieues qui échappent depuis novembre 2012 au pouvoir. De violents bombardements précèdent l’offensive, notamment dans les banlieues qui contrôlent les accès nord, nord-est et sud-ouest de la capitale.
En deux semaines de combats, les troupes syriennes, épaulées par les forces paramilitaires de l’Armée nationale de défense, pénètrent au cœur des zones ciblées. Les quartiers stratégiques de Zamalka et Jobar sont le théâtre d’affrontements particulièrement sanglants entre l’armée et les rebelles du Front al-Nosra. Principal centre de regroupement des insurgés en provenance des zones agricoles de la Ghouta, le quartier de Jobar au nord-est s’ouvre sur la grande place des Abbassides dont la chute aux mains des insurgés aurait sérieusement menacé le régime.

Le bouclier de l’islam
A l’est de la capitale, les villages stratégiques, situés en périphérie de l’aéroport international de Damas, tombent également les uns après les autres aux mains de l’armée, soutenue par le Hezbollah. Il en est de même à Moaddamiya, porte d’entrée de l’ouest de la capitale et situé à proximité de l’aéroport militaire de Mazzeh, où l’armée semble l’emporter sur les insurgés.
A Damas, les observateurs s’accordent à dire que le régime mène une offensive en vue de sécuriser définitivement la métropole damascène et ainsi, négocier avec l’opposition en position de force à Genève. Si cet objectif semble aujourd’hui à portée de main, l’armée doit encore faire face à des défis de taille posés par d’irréductibles jihadistes dispersés dans les faubourgs de Damas, où une coalition de treize milices salafistes baptisée «Bouclier de l’islam» (Dere’ al-islam), résiste aux assauts de l’armée. Cette coalition liée à al-Qaïda est dirigée par le chef de guerre Zahran Allouche, financé et armé directement par le prince Bandar Ben Sultan. Par conséquent, Allouche répond aux directives du royaume wahhabite. Il dirige près de 25 000 combattants, répartis dans les banlieues de Zamalka, Saqba, Irbine, Aïn Terma, Moaddamiya et Kfar Batna, et s’impose ainsi comme l’homme fort des zones rebelles de Damas. Signe révélateur de l’autorité des salafistes, c’est Zahran Allouche, et non le chef de l’ASL à Damas, Khaled el-Habouss, qui a été chargé d’assurer la protection des inspecteurs de l’Onu venus enquêter sur l’attaque chimique présumée, dans les secteurs contrôlés par l’opposition. Ces forces, ainsi que celles de l’EIIL, seraient les premiers bénéficiaires d’une éventuelle attaque américaine qui, si elle venait à se produire, renforcerait les milices liées à al-Qaïda, sans pour autant briser l’armée syrienne.
«Ce qui se passe actuellement constitue une exacerbation politique et militaire entre les protagonistes locaux et internationaux avant la conférence de Genève», explique à L’Hebdo Magazine l’opposant laïque Louay Hussein, qui dirige le Courant de l’édification de l’Etat, basé à Damas. «On assiste aux derniers soubresauts avant Genève, qui mettra face à face le régime et l’opposition, mais aussi leurs alliés respectifs au niveau international. Ce contexte explique tous les événements en cours, y compris l’activité internationale autour de ce qu’on considère être une attaque chimique», affirme cet ancien prisonnier politique, qui s’oppose fermement aux menaces américaines. «Une éventuelle attaque américaine ne fera que compliquer la situation et n’aboutira pas à l’instauration d’une démocratie en Syrie», souligne Louay Hussein.
Les succès de l’armée à Damas, à Lattaquié et plus particulièrement à Homs confirment l’échec de la stratégie de Bandar Ben Sultan, et poussent les pays occidentaux à intervenir directement pour éviter l’effondrement des rebelles à Damas. L’attaque chimique présumée tombe à pic, offrant aux Etats-Unis et leurs alliés un prétexte pour hausser le ton en menaçant d’intervenir unilatéralement contre Damas, sans passer par le Conseil de sécurité de l’Onu. Cette offensive suscite la levée des boucliers des alliés du régime syrien. La Russie et la Chine rejettent les menaces américaines, alors que l’Iran, le Hezbollah et l’armée syrienne se disent prêts à répondre à toute attaque. Le président syrien Bachar el-Assad met en garde contre une guerre qui enflammerait l’ensemble du Moyen-Orient. L’équilibre de la terreur finit par avoir raison des menaces occidentales, mais pour combien de temps?
La plupart des pays occidentaux font marche arrière et refusent de participer à la coalition que Washington tente de mettre sur pied. Le Parlement britannique vote contre l’intervention en Syrie. Damas hausse le ton, l’Occident recule. Le bras de fer russo-américain atteint son apogée et reflète le nouvel équilibre des forces qui se profile à la faveur de la crise syrienne. Les semaines qui viennent seront décisives pour la Syrie et dessineront les contours du nouvel ordre mondial en gestation, qui se concrétisera dans la conférence de Genève.

Talal el-Atrache

Assad nargue l’Occident
L’armée est capable de reprendre toutes les zones qui échappent à son contrôle.
Interrogé le 2 septembre dernier par Le Figaro sur les territoires du nord et du nord-est qui échappent au contrôle de l’armée, le président Bachar el-Assad s’est dit confiant quant à la capacité des troupes syriennes à reprendre ces régions. «Notre problème ne réside pas dans les zones que nous contrôlons et celles qui sont tenues par les milices. Jusque-là, l’armée a réussi à pénétrer dans toutes les régions qu’elle a voulues. Le vrai problème repose dans le financement et l’armement des groupes 
terroristes via les pays voisins».
Voici des extraits de l’interview accordée au Figaro:
«Quiconque accuse doit donner des preuves. Nous avons défié les Etats-Unis et la France d’avancer une seule preuve. Barack Obama et François Hollande en ont été incapables, y compris devant leurs peuples. (…) Je ne dis nullement que l’armée syrienne possède ou non de telles armes. Supposons que notre armée souhaite utiliser des armes de destruction massive: est-il possible qu’elle le fasse dans une zone où elle se trouve elle-même et où des soldats ont été blessés par ces armes, comme l’ont constaté les inspecteurs des Nations unies en leur rendant visite à l’hôpital où ils sont soignés? Où est la logique?».
«Le Moyen-Orient est un baril de poudre et le feu s’en approche aujourd’hui. Il ne faut pas seulement parler de la riposte syrienne, mais bien de ce qui pourrait se produire après la première frappe. Or, personne ne peut savoir ce qui se passera. Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera. Le chaos et l’extrémisme se répandront. Le risque d’une guerre régionale existe».
«Quiconque contribue au renforcement financier et militaire des terroristes est l’ennemi du peuple syrien. Quiconque œuvre contre les intérêts de la Syrie et de ses citoyens est un ennemi. Le peuple français n’est pas notre ennemi, mais la politique de son Etat est hostile au peuple syrien. Dans la mesure où la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat sera son ennemi. Cette hostilité prendra fin lorsque l’Etat français changera de politique. Il y aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France».

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Éditorial
La coupable inconscience

Sommes-nous condamnés à vivre au rythme des humeurs belliqueuses de nos voisins: celui que certains considèrent ami et celui qualifié d’ennemi par tous? Le Liban, terre d’accueil certes, mais dorénavant pour des touristes d’un genre particulier. Nous avons connu, il y a quelques décennies, un flux de Palestiniens, chassés de leurs terres par un envahisseur arrogant et fort de ses alliances occidentales. Ils n’ont pas tardé à prendre conscience de la faiblesse du pouvoir dans le pays hôte. Ils ont vite fait de quitter les tentes, dites provisoires, pour se regrouper dans des logements en béton dans toutes les régions. Conscients de l’absence d’institutions et de véritables autorités, armés par ceux qui espéraient régler leur problème en leur assurant un pays de rechange au Liban, ils se sont posés en pouvoir absolu, allant jusqu’à prendre en charge non seulement leur propre sécurité, mais celle de tous les citoyens et à leur imposer des barrages de contrôle au vu et au su des forces de l’ordre et des dirigeants. Plus récemment, le Liban, toujours sans frontières, après avoir été longtemps dominé par Damas avant que ses troupes ne soient expulsées en 2005, reçoit des réfugiés dont le nombre semble difficile à déterminer. Les chiffres valsent et la misère se creuse un peu plus au fil des mois. Cela dure depuis plus de deux ans. Des familles entières, celles qui ne peuvent pas échapper aux massacres, sont décimées sans pitié. Le nombre de morts ne se décompte plus au milieu d’un assourdissant silence international. Il a fallu parler de l’utilisation d’armes chimiques pour que l’hypocrisie du monde éclate au grand jour. L’horrible spectacle des cadavres gazés a réveillé ceux qui, depuis plus de deux ans avaient assisté, indifférents, à l’exode massif des centaines de milliers de Syriens démunis, à la peur qu’on lit sur les visages d’enfants, aux blessés en mal de soins dont les photos remplissent les écrans de télévision et les «Une» des journaux. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-on dire. Mais le résultat n’a fait que prouver la faillite des grandes puissances. Celles-ci victimes, dit-on, de leur démocratie ont affiché leur fragilité. N’auraient-elles pas dû prendre le temps de la concertation et de la réflexion avant de promettre une intervention improvisée et provoquer une panique incontrôlable qui a gagné, non seulement les citoyens syriens, mais tous ceux des pays frontaliers et, à leur tête, le Liban? Qu’entend-on par frappe punitive? Comment peut-on éviter les dégâts collatéraux? Pourquoi a-t-on suscité cette tension qui accompagne l’attente des décisions de ceux qui possèdent le droit de vie et de mort sur des hommes, des femmes et des enfants? Au Liban, pays aux frontières ouvertes à tout vent, l’annonce d’une possible frappe occidentale sur la Syrie, a fait fuir, non seulement les étrangers, mais surtout ceux qui hésitaient encore à quitter leur terre. Le rush sur les avions en direction des Emirats ou d’autres pays lointains, en est la preuve évidente. Les écoles perdent leurs élèves qui occuperont les bancs d’autres écoles sous des climats plus cléments. Les universités ne sont pas mieux loties. La saison touristique a été étouffée dans l’œuf et l’économie s’effondre un peu plus, même si les responsables des institutions financières, dont la Banque du Liban, se veulent convaincants dans leurs prévisions. De tout cela n’en sommes-nous pas responsables? Une frange importante de la population ne s’est-elle pas volontairement impliquée dans une crise qui ne nous concerne en aucune manière? Une démocratie «consensuelle» qui a toujours empêché l’entente sur des sujets plus ou moins cruciaux, une société qui n’a pas la compétence d’élire ses représentants, un gouvernement compliqué, pour ne pas dire impossible, à former, un mandat présidentiel dont certaines voix commencent à mettre en doute une relève. Si le chef de l’Etat multiplie les déclarations toujours plus fermes, il n’en reste pas moins que le pays va à la dérive, qu’il se vide de son sang tandis que, par miracle, la vie continue et avec elle les festivals qui défient la sinistrose ambiante. Les appels au dialogue ont-ils encore un sens?


 Mouna Béchara
   

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