Air de sainteté à Ghosta. Prière et recueillement dans un écrin naturel
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Air de sainteté à Ghosta. Prière et recueillement dans un écrin naturel

 
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    Air de sainteté à Ghosta. Prière et recueillement dans un écrin naturel
    C’est à Ghosta, sur des terres appartenant au monastère de Kreim, qu’une statue du Christ miséricordieux de 12 mètres de haut surplombe la baie de Jounié. Le site accueille deux...
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C’est à Ghosta, sur des terres appartenant au monastère de Kreim, qu’une statue du Christ miséricordieux de 12 mètres de haut surplombe la baie de Jounié. Le site accueille deux chapelles dédiées à Sainte Faustine et Sainte Thérèse de Calcutta. Une maison consacrée à sa Sainteté Jean-Paul II viendra bientôt compléter l’endroit. Visite des lieux en avant-première.

Situé à quelques encablures de Bkerké, le monastère de Kreim, occupé par une dizaine de moines de la Congrégation des missionnaires libanais, offre dès l’arrivée une sensation de paix et de sérénité. Aux pierres couleur miel vieilles de 400 ans du monastère originel, en excellent état, se sont greffées d’autres plus récentes, ces dernières années. Comme l’explique le père Jean Khalifeh, l’un des moines qui réside là, l’église Saint-Jean-le-Bien-Aimé, construite à côté du monastère, est d’allure plus moderne avec de très beaux vitraux colorés laissant passer cette lumière si spéciale au Liban. Construite grâce à des subventions données par le Qatar après la guerre de juillet 2006, elle est aussi plus spacieuse et destinée à accueillir des célébrations spécifiques.
Comme un présage aux futurs aménagements de la montagne de la Miséricorde divine à laquelle les deux bâtisses sont adossées, des chambres ont aussi été construites, à l’arrière de la nouvelle église, pour accueillir les visiteurs en quête de recueillement.
Pour accéder au site de Jesus Mercy ou Christ miséricordieux, il faut sortir de la cour ombragée du monastère et emprunter une petite route bordée de pins qui serpente le long de la colline. Là, les voitures sont interdites d’accès, ouvrant la voie à un parcours libre. Quand le projet sera plus avancé, des voiturettes seront à la disposition des personnes à mobilité réduite et des personnes âgées qui souhaitent se rendre sur les lieux.


En cette matinée printanière, le silence de la montagne est seulement interrompu par la diffusion de prières à bas volume. Un sentier caillouteux, bordé de verdure et de fleurs sauvages, mène d’abord jusqu’à une ruine à quatre murs, vestige d’une vieille maison paysanne. C’est là que prendra place le tout premier musée libanais dédié à sa Sainteté Jean-Paul II, pape vénéré par les Libanais.
Joseph Abdallah, l’architecte à qui les moines ont confié la réalisation de l’entièreté du projet, s’est montré très soucieux de respecter l’environnement originel de la montagne et, surtout, l’esprit de piété qui émane du site. «Cet endroit a un grand potentiel, en tant qu’architecte, on doit être discret et respecter l’ambiance naturelle, dont les gens ont besoin. Quand on va à Harissa ou Meziara, c’est très urbain, artificiel. Ici on n’a pas voulu de ça».


Avant d’accéder à la statue du Christ miséricordieux, sculptée par Tony Awad à Baabdat, les pas des visiteurs les mèneront d’abord à la maison Jean-Paul II. Encore à l’état de ruine, cet espace muséal sera conservé tel quel. «Il s’agit d’une ancienne maison paysanne de deux étages que nous allons convertir en un musée pour Jean-Paul II. Nous allons en conserver les murs, sans ajouter une pierre, et concevoir une armature de bois et de métal pour le toit et y ajouter des vitrages qui laisseront pénétrer la lumière naturelle», explique Joseph Abdallah. Une fois la maison achevée, des habits, mais aussi des meubles et des objets venus tout droit de la maison de Jean-Paul II en Pologne seront exposés au centre de la pièce. Au rez-de-chaussée figureront une salle de réception ainsi que d’autres objets. Ces objets, ainsi que les reliques de Mère Thérésa et Sainte Faustine, ont été amenés au Liban par le père Milad Sokayem, qui bénéficie d’une bonne connexion avec le Vatican.



UNE NOUVELLE EXPÉRIENCE SPIRITUELLE

Le sentier mène ensuite à une autre maisonnette de plain-pied, dont le cachet paysan a également été conservé, pour être transformée en chapelle dédiée à Sainte Thérèse de Calcutta. Austère, l’endroit comporte un autel de pierre et quelques bancs pour se recueillir, tandis qu’au fond de la chapelle, les moines ont fait concevoir un décor qui accueille des reliques de Mère Thérésa en provenance de Rome. «Tout a été pensé à l’échelle de la montagne, nous ne sommes pas à Rome, souligne l’architecte d’une voix douce. J’ai restauré ce qu’il y avait à restaurer, tout en respectant la topographie initiale de la montagne qui passe par des chemins bordés d’oliviers. Nous avons aussi retrouvé deux sources que nous transformerons en cascades et fontaines. L’idée est de proposer une nouvelle expérience spirituelle».
D’ailleurs, un autel a été installé le long des sentiers en terrasse, et d’anciennes traces de murs en pierre restaurées, afin que les fidèles puissent s’asseoir et célébrer la messe en plein air tous les dimanches.


En contrebas, la statue du Christ miséricordieux s’offre aux regards, majestueuse, s’élevant entre les bleus du ciel et de la Méditerranée. Cet édifice monumental constitue le point de départ initial de l’ensemble du projet. C’est le père Jean Khalifeh qui a décidé de la faire sculpter, après avoir, confie-t-il, «été inspiré par le Seigneur», qui lui a envoyé plusieurs signes (voir encadré). Ne sachant où installer son Christ miséricordieux de 12 mètres de haut, le moine a sollicité les conseils de Joseph Abdallah qui l’a aidé à développer le projet sur la bien-nommée montagne de la Miséricorde divine.


Même s’il avoue volontiers que la statue monumentale n’était pas indispensable au projet, l’architecte a su la mettre en scène pour conférer au site une particularité que les visiteurs ne trouveront dans aucun autre lieu de pèlerinage au Liban. «La statue remplit un certain rôle, puisque nous avons besoin, nous les humains, de quelque chose de concret pour établir une connexion avec Dieu», souligne-t-il. Il décide donc d’installer le Christ sur un socle tournant, reposant sur de grandes pierres posées à l’horizontale, afin d’impulser «un mouvement transcendant pour regarder vers le haut, vers Dieu». Un mécanisme permet de faire tourner la statue deux fois par jour, vers les fidèles quand ils sont sur les terrasses au-dessus, comme une église ouverte, ou vers l’horizon.
Le socle accueillera, quand le projet sera achevé, une nappe d’eau qui remplira une mission bien précise. «Quand les visiteurs graviront les marches conduisant au pied de la statue, leurs yeux verront, en illusion d’optique, le Christ flottant dans les reflets du ciel dans l’eau». «Dans l’architecture, explique Joseph Abdallah, on pense en trois dimensions, en oubliant la quatrième, essentielle, celle du sentiment, de la perception de l’espace, du spirituel», justifie-t-il. Mise en scène pour approfondir l’expérience spirituelle du lieu, la statue héberge en son sein deux chapelles. L’une, sous le socle, est dédiée à Sainte Faustine, à qui le Christ avait confié la mission de rappeler au monde son amour miséricordieux, canonisée par le pape Jean-Paul II qui institua, le jour-même, la fête de la Miséricorde divine. La chapelle est à l’image du reste du projet, dans un style minimal où tout a été pensé pour procurer sérénité et méditation aux pèlerins. L’autel, en marbre, bénéficie de rais de lumière naturelle semblables à des meurtrières, au nombre de douze, rappelant les apôtres de Jésus.



MÉDITATION ET PRIÈRE
Au bas du socle de pierres monolithiques qui soutient la statue, une petite église qui devrait être achevée pour les fêtes de Pâques. Celle-ci est destinée à l’adoration du Saint-Sacrement. A l’intérieur, Joseph Abdallah a souhaité rompre avec les angles, en installant une coupole blanche «symbolisant la coupole céleste». Au centre de la pièce, le Saint-Sacrement, entouré de bancs disposés en arc-de-cercle pour représenter des vaguelettes. «L’idée est d’insuffler une ambiance propice à la méditation, la prière, l’isolement, sans sentir de murs, ni de limites», avance l’architecte.


Un pari en passe d’être réussi, même si le projet complet n’est pas encore achevé, les travaux avançant au gré des donations de particuliers et amis de la Congrégation des missionnaires libanais. «Nous avons déjà dépensé un demi-million de dollars», estime Joseph Abdallah, qui souligne qu’une telle entreprise coûte des millions car la restauration de l’existant nécessite des professionnels et une main-d’œuvre spécifiques. Des artisans qui ont consenti d’ailleurs beaucoup d’efforts financiers. Une fois celui-ci achevé, dans trois ou quatre ans espère-t-il, les moines ambitionnent de prolonger le projet plus loin dans la montagne, à travers les sentiers, jusqu’à une croix qui surplombe l’horizon.


Aux alentours du 15 août, à l’occasion de la fête de l’Assomption, le site du Christ miséricordieux sera inauguré et béni par le patriarche Béchara Raï, en présence d’un cardinal venu exprès du Vatican. En attendant, les visiteurs, heureux de pouvoir se recueillir dans un cadre naturel, empreint de calme, propice à la prière et au recueillement, se pressent déjà dans ce nouveau lieu.

Jenny Saleh
Photos Milad Ayoub-DR

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   

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