La création de l’Etat libanais. Un projet islamo-chrétien, selon Jean Fahed
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Nº 3002 du vendredi 22 mai 2015

La création de l’Etat libanais. Un projet islamo-chrétien, selon Jean Fahed

 
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    La création de l’Etat libanais. Un projet islamo-chrétien, selon Jean Fahed
    Le président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahed, a participé à un colloque qui s’est tenu à Budapest pour marquer le 4e anniversaire de l’adoption de la nouvelle...
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Le président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahed, a participé à un colloque qui s’est tenu à Budapest pour marquer le 4e anniversaire de l’adoption de la nouvelle Constitution hongroise. Seul non-Européen à être convié à cette manifestation, le président Fahed a donné une conférence sur le thème Dialogue et identité.
 

«Ne faut-il pas mettre à l’avant le système du pluralisme culturel libanais, à l’heure de la mondialisation des mosaïques communautaires, ethniques et religieuses dans presque tous les pays, et le proposer comme solution?», s’est interrogé le président Fahed.
Il a rapidement brossé l’histoire des empires qui, en 1 300 ans, se sont succédé dans le monde arabe. Dans les années 1940-1950, l’idée d’une nation arabe intégrant tous les arabophones, apparut durant la Nahda du XIXe siècle, souffla de nouveau. La Syrie, l’Irak et l’Egypte s’y essayèrent. L’idée était simple: tout individu se trouvant dans l’espace national est citoyen de l’Etat, en principe, laïque.
Mais qu’en fut-il dans la réalité? Dans les faits, on chercha à camoufler toute appartenance communautaire, ethnique, tribale ou linguistique. Ainsi, l’identité laïque à l’arabe ne put constituer par la seule force d’une constitution laïque, une identité arabe viable au-dessus de tous les clivages.
En conséquence, cinquante ans après l’émergence de l’Irak, de la Syrie et de l’Egypte, ces identités communautaires prirent leur revanche, et des mouvements politiques d’inspiration fanatique se dressèrent pour faire le procès de la laïcité qui, pour eux, sert à détourner les musulmans des enseignements religieux et des principes moraux musulmans et à détruire la nation islamique, 
la Oumma.

 

L’horreur du néo-jihadisme
Ce faisant, ces fanatiques tombent dans la même erreur que l’Arabité, c’est-à-dire dans une vision totalisante et totalitaire de la société, qui rejette tout ce qui n’est pas elle. Tout comme l’Arabité avait tenté d’éradiquer leur histoire, leur culture et les droits communautaires acquis, ne réussissant à le faire, en réalité, que dans la conscience de la communauté majoritaire, qui les traitait en inférieurs, les néo-jihadistes de «Daech», avec des outils appartenant aux périodes sombres de l’humanité, font redécouvrir au monde entier, le triste sort réservé aux «différents», que ce soit en Syrie ou en Irak.
Le Liban, lui, a choisi d’être plus pragmatique. Riche de l’expérience d’un gouvernement basé sur le partage communautaire du pouvoir, qui s’était incarné dans les régimes des deux caïmacamiats et de la mutassarifia, le Liban réalisait la nécessité de concilier la généralité de la norme juridique avec les spécificités des communautés du territoire, afin de construire, avec la patience du tapissier, une identité constitutionnelle libanaise.
En 1926, une première Constitution vit le jour. Elle garantissait le statut de chacune des communautés, ainsi que le maintien de l’indépendance des lieux de culte et des institutions scolaires et éducatives communautaires. En outre, les communautés gardèrent le droit de légiférer et une compétence judiciaire en matière de statut personnel.
En 1943, un Pacte national exprima le consensus par lequel les Libanais acceptaient de sacrifier une partie de leurs héritages pour édifier les orientations de base de l’Etat libanais. Fait unique dans l’Histoire: des chrétiens et des musulmans contribuèrent, ensemble, à la création d’un Etat.

Joëlle Seif

La Constitution de Taëf
En 1990, la Constitution libanaise dut subir des amendements à la suite des accords de Taëf, et on précisa qu’aucune légitimité ne serait reconnue à un quelconque pouvoir qui contredirait le pacte de vie commune. C’était l’acceptation de toutes les communautés comme partenaires à part entière dans la patrie, indépendamment de leur poids démographique. La démocratie consensuelle voyait ainsi le jour. Vu de l’extérieur, le système constitutionnel libanais peut paraître complexe et peu apte au développement de la société. Mais l’ancrage des valeurs et la reconnaissance du pluralisme religieux et culturel dans la Constitution ont permis à celles-ci de s’enraciner dans la conscience de tous les Libanais. Aussi, sont-ils parvenus à constituer ensemble, un dénominateur commun, un médiateur politique entre le culturel et le juridique. C’est la convivialité ou la convivance.

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Éditorial
La fin de l’Histoire

Les hordes de l’Etat islamique se sont emparées de la magnifique cité antique de Palmyre, l’un des sites archéologiques les plus riches et les mieux conservés du Levant. Au-delà de la beauté des pierres, de la majesté des temples, de la splendeur des colonnades torsadées et des impressionnants monuments funéraires vieux de 2000 ans, Palmyre est un symbole. Celui d’un Machrek, berceau et creuset d’illustres civilisations, dont l’apport à l’Humanité fut crucial; symbole d’un passé glorieux, trait d’union entre l’Orient de Zénobie et l’Occident d’Aurélien, d’une continuité dans la marche de l’Histoire, d’un pluralisme ethno-religieux, qui fait la richesse de cette partie du monde. Les armées du conquérant de la Syrie, Khaled Ibn el-Walid, tout droit sorties du désert d’Arabie, n’ont pas tenté de détruire Palmyre ou d’autres sites du Levant. Les califes omeyades et abbassides, les Fatimides, les croisés, Saladin, les Mongols, les Mamelouks, les Ottomans, les colonisateurs franco-britanniques, aucun de ceux qui ont occupé, ou dominé, notre région au fil des siècles n’a songé à démolir ces vestiges du passé. Certains ne s’y intéressaient pas, d’autres, en revanche, les ont mis en valeur, estimant que pour grandir, il fallait savoir apprécier les grandes choses.Les crimes perpétrés par Daech contre les peuples du Levant et leur patrimoine archéologique n’ont pas d’équivalent dans le passé des Arabes et de l’islam. Pour cette excroissance monstrueuse d’al-Qaïda, l’Histoire commence il y a quatorze siècles, et tout ce qui vient avant doit disparaître, ce qui vient après doit faire l’objet d’une impitoyable révision afin d’en éliminer les impuretés. C’est cela l’islam du désert, dont la vocation est bien loin des préceptes du prophète Mohammad et de ceux qui, après lui, ont dirigé sa Oumma. En effaçant les traces du passé, Daech veut détruire les symboles qu’elles représentent, pour que domine sa vision d’un monde uniforme, plat, formaté, monotone, totalitaire, injuste, arbitraire, lassant et désespérant. Et c’est en construisant cet enfer, à coups de têtes tranchées, de femmes et d’enfants réduits à l’esclavage, de minorités déracinées, et de populations martyrisées, qu’Abou Bakr el-Baghadadi promet à ses hommes le paradis.Le monde n’a pas encore pris la mesure du danger que représente ce groupe pour l’Humanité. Certains pays dits «civilisés» ne déploient pas les moyens nécessaires pour endiguer sérieusement l’avancée de Daech. Sinon comment expliquer le fait que cette organisation, soumise depuis neuf mois à des bombardements aériens quotidiens menés par des dizaines d’avions, parvient toujours à agrandir son territoire? Des Etats de la région continuent de trouver des convergences d’intérêts avec Abou Bakr el-Baghdadi, partant du principe que «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Le plus dangereux est cette tentative pernicieuse de réhabilitation du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, que certains espèrent voir rayé de la liste des organisations terroristes des Nations unies. Même au Liban, il existe des naïfs qui se croient à l’abri de la menace de Daech dans toutes ses versions, et pensent jouir d’une marge de manœuvre assez large pour jouer aux malins, dans l’espoir de régler des comptes politiques avec leurs adversaires locaux. Ils n’ont pas compris que la menace est globale, que personne n’y échappera, et que l’heure de l’union sacrée a sonné depuis longtemps. 



 Paul Khalifeh
   

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