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Nº 3103 du vendredi 5 juillet 2019

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Banlieue sud
Sécurité reforcée

Le plan d'allègement du dispositif de sécurité mis en place depuis quatre ans aux entrées de la banlieue sud de Beyrouth a été abandonné après l'attentat commis à Tripoli par un loup solitaire du groupe Etat islamique, Abdel Rahman Mabsout, le 3 juin. Au contraire, après les attaques perpétrées par cet ancien combattant de Daech, les mesures de sécurité ont été renforcées à Dahié, aussi bien par l'armée que par la Sûreté générale (SG), qui déploie aussi plusieurs centaines d'agents. L'allègement du dispositif avait été envisagé après une évaluation des renseignements militaires qui estimait que les risques d'attentat avaient baissé après la défaite de l'EI en Syrie et en Irak et le démantèlement de nombreuses cellules terroristes au Liban. Mais la SG avait un avis différent, estimant que le danger persiste.

Virulente campagne de dénigrement
L'armée libanaise et d'autres services de sécurité ont été surpris par la virulence de la campagne lancée par des organisations non gouvernementales contre la troupe, parfois qualifiée de «milice», et la mobilisation de correspondants de médias occidentaux, après la décision de démolir des constructions en dur érigées par des réfugiés syriens dans la région de Ersal. La soudaineté de la campagne de dénigrement jugée «suspecte» a nécessité une riposte ferme à travers un communiqué.  


Montée des tensions dans les camps
L'Autorité palestinienne (AP), qui refuse de discuter avec les Américains du «Deal du siècle», est soumise à un embargo financier de la part d'Israël et des pays du Golfe, ses principaux bailleurs de fonds depuis des décennies. Selon des informations sûres, un Etat du Golfe a opposé une fin de non recevoir à l'AP qui souhaitait contracter un prêt (avec paiement d'intérêts) de 100 millions de dollars pour financer les  dépenses courantes. La situation financière de l'Autorité est tellement grave que les institutions relevant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les camps du Liban ont suspendu une grande partie des aides sociales et médicales qu'elle accordait à des milliers de familles. Avec la baisse simultanée des prestations assurées par l'Unrwa après la décision américaine de ne plus financer cet office des Nations unies, la situation dans les camps du Liban risque de se dégrader dangereusement dans les prochains mois. Des milieux s'attendent à une montée des tensions dans les camps.


Pas de deal
Une source sécuritaire haut placée assure que la libération du Libanais Nizar Zakka par les autorités iraniennes est uniquement due à l'intervention du président Michel Aoun  et du secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah. Cette décision n'entre pas dans le cadre d'un accord avec Washington, qui réclamait la libération de cet expert en informatique détenteur d'un permis de séjour permanent aux Etats-Unis. La même source confirme toutefois que l'Iran et les Etats-Unis projetaient de procéder à un vaste échange de détenus avant que l'initiative ne soit abandonnée pour des raisons inconnues.

Terrorisme
Entre 300 et 500 ex-daéchistes
Une source de sécurité haut placée estime entre 300 et 500 personnes le nombre d'anciens combattants libanais du groupe Etat islamique (EI) qui sont rentrés au Liban par des passages illégaux depuis la chute du califat auto-proclamé en Irak et en Syrie. La source affirme que l'acte terroriste commis par Abdel Rahman Mabsout, qui a tué, le 3 juin à Tripoli, deux soldats de l'armée libanaise et autant d'agents des Forces de sécurité intérieure (FSI) était «prévisible». «Après la chute de son dernier fief de Baghouz (à l'est de l'Euphrate), l'EI est passé au plan B et a donné des instructions à ses partisans de frapper là où ils peuvent sans attendre d'instructions», précise la source sécuritaire, qui déplore «les failles qui peuvent apparaître à cause du manque de coordination entre les services libanais». «Abdel Rahman Mabsout avait été arrêté à son retour au Liban par la Sûreté générale (SG) mais le service de renseignement des FSI a réclamé que le suspect lui soit remis prétextant qu'il suivait son dossier depuis un certain temps, précise la source. Finalement, le jeune homme a été emprisonné un an avant d'être remis en liberté sans surveillance». La source précitée dénonce la tentative du directeur général des FSI, Imad Osman, de «minimiser» l'acte commis par Mabsout à Tripoli en affirmant qu'il était «déséquilibré». «Le terroriste était parfaitement conscient de ce qu'il faisait, ajoute le haut responsable sécuritaire. Preuve en est qu'il a procédé à une reconnaisance sur le terrain et s'est procuré une grande quantité d'armes et de munitions. C'était une attaque planifiée et bien préparée». Selon des informations sûres, c'est l'ancien Premier ministre Nagib Mikati qui aurait payé la caution d'Abdel Rahman Mabsout afin qu'il puisse être libéré de prison.  

Hezbollah: le plus dur est passé
Après avoir traversé des mois difficiles, qui ont nécessité des coupes budgétaires et des réductions de salaires dans certaines de ses institutions, notamment médiatiques, le Hezbollah serait parvenu à stabiliser sa situation financière. Les sanctions américaines qui le visent ainsi que l'Iran, son principal pourvoyeur de fonds, ont provoqué une diminution drastiques des liquidités dont il dispose. A partir de l'été dernier, le Hezbollah a procédé à une profonde restructuration qui lui a permis de réduire ses dépenses de plusieurs millions de dollars par mois. Dans le même temps, il a réactivé des structures traditionnelles de collectes de fonds, qui avaient été négligées ces dernières années.


Affaire Suzanne Hajj: des cris d'orfraie
Les cris d'orfraie poussés par des responsables du Courant du futur (CDF) après la décision du commissaire du gouvernement auprès du Tribunal militaire, le juge Peter Germanos, de libérer l'ancienne responsable de l’unité du cybercrime des Forces de sécurité Intérieure (FSI), Suzanne Hajj Hobeiche, ne sont qu'une «vaste comédie», affirme une source proche du dossier. L'acquittement de Mme Hajj-Hobeiche serait le fruit d'un compromis après les pressions excercées sur le CDF par le député Hadi Hobeiche, membre du bloc parlementaire de cette formation, et qui est aussi le beau-frère de Suzanne Hajj.  L'officier des FSI était accusée d’avoir commandité la mise en place de fausses preuves incriminant l’acteur Ziad Itani pour espionnage au profit d’Israël, avec l’aide d’un pirate informatique, Elie Ghabach, un informateur des FSI. Le procureur Germanos a jugé les preuves contre Mme Hajj-Hobeiche insuffisantes.

 

100
véhicules militaires de fabrication russe ont été livrés à l'armée libanaise ces derniers mois. Cette information dément l'argument selon lequel l'armée ne possèderait pas de matériel russe, avancé pour justifier le refus d'accepter une grande quantité de munitions pour Kalachnikov offerte par Moscou. «L'armée possède des AK47, des tanks T54 et des lance-roquettes multitubes de fabrication russe», affirme une source de sécurité.    

 


Pas de pardon
Un haut responsable sécuritaire libanais joue discrètement le rôle de médiateur entre le Hamas et les autorités syriennes afin de tenter de renouer les relations rompues entre les deux parties au début de la crise syrienne. Mais les efforts du médiateur se heurtent à l'intransigeance du président Bachar el-Assad, qui ne pardonne pas au mouvement palestinien son «manque de loyauté» (pour avoir soutenu les rebelles). Il reste convaincu que le Hamas «est plus une branche des Frères musulmans qu'un groupe de résistance».


Pas de guerre dans la région
En dépit des menaces réciproques entre les Etats-Unis et l'Iran, du déploiement d'une véritable flotte américaine dans le Golfe arabo-persique et en Méditerranée,  et de la poursuite des pressions économiques et politiques exercées par Washington sur la République islamique, il n'y aura pas de confrontation militaire entre les deux parties. C'est ce qu'affirme une source sécuritaire libanaise qui entretient de bons rapports aussi bien avec les Américains que les Iraniens. «Nous sommes dans une logique de négociation, affirme la source. Ce processus peut durer longtemps mais il n'y a pas d'autres alternatives. De plus, le 'Deal du siècle' est mal parti à cause des élections israéliennes qui seront suivies par l'entrée en campagne de Donald Trump».

Qu’il figure à l’avant ou à l’arrière de la cavité buccale, le vide causé par la perte de certaines dents est toujours désagréable. La pratique des implants dentaires constitue une véritable révolution efficace mais onéreuse.
Un dispositif médical qui permet de « reconstituer » entièrement une dent manquante. Il s’agit d’une racine artificielle, qui prend la forme d’un cylindre en titane, que l’on insère dans l’os de la mâchoire. Pourquoi le titane? Parce que c’est un matériau compatible avec le corps humain. Après l’implant, les cellules de l’os ne tardent pas à se souder à celui-ci. Il s’agit d’un «produit» très résistant et adapté à la pression provoquée par la mastication. Cette racine artificielle sert de support à la fixation d’une couronne.

L’implant, si cher
Nombre de patients se plaignent du coût élevé des implants dentaires. Il est important, pour cela, de préciser les facteurs desquels dépend la tarification d’une telle intervention.
● Le choix du praticien:  Au Liban, une pratique devient de plus en plus répandue. Bon nombre de dentistes prétendent être capables de poser des implants à leurs patients, alors qu’il s’agit d’une tâche que seuls quel-
ques chirurgiens-dentistes et stomatologistes peuvent accomplir. Ces premiers se contentent de suivre des formations assurées par certains instituts et décrochent ainsi des «diplômes» attestant leur capacité à réaliser des implants. Or, pour effectuer une telle opération, la détention d’un diplôme n’est pas suffisante et le seul fait d’être dentiste ne l’est pas non plus. Le praticien traitant devrait avoir une bonne expérience en la matière. De ce dernier point dépend fortement la tarification de l’implant relative aux honoraires du médecin. Ce coût peut varier entre 50$ pour un non spécialiste et 100-120$ pour un spécialiste avec grande expérience.
● Le nombre d’implants.
● La nature et la marque des matériaux: beaucoup d’entreprises de par le monde proposent, de nos jours, des prix très compétitifs. Ceci pousse davantage de patients à se déplacer à l’étranger pour se faire soigner à moindre coût. Un implant dentaire en Hongrie vaut par exemple environ 450 euros contre 465 euros en Pologne, 660 euros au Mexique, 685 euros en Thaïlande, 1 300 euros en Espagne, etc. Lorsque l’on recourt à des matériaux fabriqués par des entreprises non connues, le risque de se trouver dans une situation où ces produits disparaissent du marché (l’entreprise ayant fait faillite par exemple) augmente. Considérons le cas suivant: une personne X a opté pour des implants produits par une entreprise Y, à un prix abordable. L’entreprise a fait faillite. Ses produits (de bonne qualité peut-être) ne sont plus disponibles sur le marché. L’un des implants de X se casse. X se rend chez son praticien qui se trouve dans l’obligation de tout lui enlever et de reprendre la procédure, faute de manque de produits de la même marque. D’où la nécessité de pencher plutôt pour des marques connues, quitte à devoir payer davantage le bien acheté.  
Généralement, le coût moyen d’un cas simple se décompose comme suit:
● L’implant placé dans l’os coûte entre 500$ et 1 500$.
● Le pilier qui se visse dans l’implant coûte entre 150$ et 200$. S’il doit être fabriqué sur mesure, une somme supplémentaire allant jusqu’à 150$ s’impose.
● La couronne fixée au pilier est le composant le plus cher et varie énormément selon le matériau choisi.
● Des coûts supplémentaires peuvent s’ajouter: intervention d’autres professionnels de la santé (un anesthésiste par exemple).
● Le coût des médicaments sur ordonnance qui est très variable.

NATASHA METNI TORBEY
 

Le voyage de mille lieues de Fateh Bekdache dans l’industrie de l’assurance a commencé en 1996 lorsqu’il a intégré Arope Insurance. En avril dernier, il a été élu Pdg de la compagnie. Il parle à bâtons rompus à Magazine de sa vision de la croissance de l’entreprise et du secteur.
 

«Les trois C de la satisfaction du client sont la consistance, la consistance, la consistance», affirme Fateh Bekdache. La consistance est le composant secret pour faire «un client satisfait». Elle exige la cohérence d’une attention soutenue, d’objectifs clairs sur une longue période et des actions continues conséquentes des administrateurs de la compagnie. La consistance peut être l’un des sujets les moins inspirants pour la plupart des gestionnaires. Mais elle est exceptionnellement puissante, à une époque où les canaux de vente au détail se multiplient et où le choix et l’autonomisation des consommateurs augmentent. «C’est le niveau de satisfaction du parcours de bout en bout du client avec la compagnie qui doit être mesuré», souligne Fateh Bekdache.  
Le numéro 1 d’Arope se montre intransigeant sur des métriques mesurables d’aide décisionnelle sur lesquels repose la vision de croissance de la compagnie: le ratio de solvabilité; la profitabilité et le retour sur les capitaux propres. Ces métriques s’inspirent de la définition même du rôle de l’assureur. Son rôle consiste à aider les individus à gérer les risques de leur vie au quotidien, à se remettre des imprévus et à préserver la durée de leur sécurité financière.
Le ratio de solvabilité d’Arope Liban s’est élevé à 60,24% en 2018, soit six fois plus que le minimum de solvabilité requise par la loi libanaise. Quant au paramètre de profitabilité, la compagnie a été le numéro 1 en 2017 parmi les compagnies composites libanaises d’assurance vie et non vie. Selon M. Bekdache, le volume de l’assiette des primes d’assurance n’est pas un des indicateurs clé de la bonne santé de la compagnie d’assurance. Dans ce contexte, il évoque les efforts que portent les cadres d’Arope sur la priorité de la rentabilité de l’entreprise, sur la non-volatilité de son chiffre d’affaire, sur la bonne gestion du risque ainsi que sur la bonne réputation. Des performances clé qui pèsent sur l’appréciation de l’entreprise par les réassureurs et les agences de notation, la profitabilité signifiant une bonne gestion du risque.
Arope s’éloigne du dumping des prix. Autrement dit d’une baisse sensible des primes d’assurance soins médicaux des groupes syndiqués pour se concentrer sur les souscripteurs tels les entreprises et les individus. Le Pdg d’Arope insiste sur la tendance des marchés internationaux des compagnies d’assurance à faire du «Personal line» ou de l’assurance au détail (retail Insurance) leurs corps de métier.    

Le meilleur est à venir
En 2001, Arope a été la première institution financière au Liban à être certifiée ISO 9001: 2000 pour sa qualité de gestion. Fournissant d’une manière soutenue des produits et des services qui répondent aux besoins des clients et obéissent au cadre juridique en vigueur, sa certification d’excellence a été améliorée en 2018. Ainsi, la compagnie d’assurance a obtenu le label de qualité ISO 9001: 2015. La qualification et la formation des ressources humaines ainsi que le développement des nouvelles technologies sont les fondamentaux de la compagnie. Fondée en 1974 par le banquier Naaman Azhari, un assureur anglais, Royal Guardian Exchange et un réassureur, SCOR SE, Arope a été précurseur du concept de la bancassurance, souligne M. Bekdache, qui fait remarquer que depuis la promulgation de la circulaire de la BDL no921 interdisant la vente de polices d’assurance dans les établissements de crédit, Arope a élargi son prisme d’affaires vers de nouveaux horizons. «La part des affaires générées par la bancassurance est égale à présent à celle générée par des affaires dont l’origine n’est pas la Blom Bank, dont Arope est la filiale assurance», indique-t-il. En réponse à une question, il déplore l’absence de régulation de la bancassurance alors que les Libanais ont été les pionniers dans ce domaine, faisant référence avec regret à de nombreux assureurs arabes qui avaient été initiés au métier de la bancassurance par les Libanais et dont les pays bénéficient aujourd’hui de cadres légaux dans ce domaine.

Primes de l’assurance maladie
Prié d’expliquer les primes d’assurance soins médicaux particulièrement élevées, qui constituent un vrai fardeau pour les ménages, M. Bekdache répond avec franchise que les assureurs ont du mal à suivre les rapides développements des machines et équipements technologiques médicaux qui coûtent chers. Ajoutons à cela l’absence d’un plan directeur national pour la répartition de ces équipements sur l’ensemble du territoire ainsi qu’une politique d’ajustement et de contrôle des prix par le ministère de la Santé publique. Toutefois, Fateh Bekdache conclut sur une note positive en disant que le métier de l’assureur est un métier où l’innovation dans les produits est sans limite et l’amélioration du service clientèle est sans borne.

Liliane Mokbel

Jibril Rajoub est catégorique. Les Palestiniens ne parleront pas aux Américains tant que leur politique ne changera pas et les Palestiniens du Liban sont des invités. Rencontre avec le numéro 2 du Fatah à l’occasion d’un passage à Paris.


Jibril Rajoub est un dirigeant palestinien atypique, avec un passé de militant endurci, un présent d’activiste multifonction et un avenir politique plus que prometteur. Son long  combat contre l’occupation israélienne, dès l’âge de 15 ans, lui coûta plusieurs séjours dans les geôles de l’armée d’occupation, avant une déportation au Liban puis en Tunisie. Grâce aux accords d’Oslo en 1994, «Abou Rami» fut autorisé à rentrer en Cisjordanie où il dirigea les Forces palestiniennes de Sécurité préventive et acquit la réputation d’un homme fort et redoutable. Depuis 2009, s’il a changé de fonctions, il n’a pas changé de combat. Il porte désormais plusieurs casquettes, politiques et sportives: membre du Comité central du «Fatah» en tant que Secrétaire général adjoint, Président du Conseil supérieur de la jeunesse et du sport, Président du Comité olympique palestinien et Président de la Fédération palestinienne de football. C’est à ce titre qu’il est venu à Paris pour le 69ème congrès de la FIFA. L’occasion pour lui de contacts avec des responsables français et d’une interview à Magazine.

LE MENSONGE DU SIèCLE
Homme d’autorité à la forte personnalité et au passé tumultueux, Jibril Rajoub veut donner désormais l’image d’un homme ouvert au dialogue, au parler franc, direct et sans réserves, chose rare chez un responsable au long passé sécuritaire.
A commencer par le «Deal du siècle», au centre de l’actualité du conflit israélo-palestinien. Une opération que Rajoub qualifie de «mensonge du siècle, commis par le président américain Donald Trump et son équipe sioniste tripartite, conduite par son gendre, Jared Kushner, David Friedman et Jason Greenblatt». Opération qui «vise à sortir la question palestinienne du champ du politique en la réduisant aux conditions de vie des Palestiniens». Les «preuves» de cette tactique américaine, selon Rajoub, sont «les actions concrètes prises sur le terrain par Trump: à propos de la question de Jérusalem, des réfugiés, des implantations, de la fermeture de la délégation palestinienne à Washington et du consulat à Jérusalem-est».
Comment les Palestiniens ont-ils réagi? «Dès le premier jour, explique Rajoub, nous avions précisé les deux points incontournables de la négociation avec l’Administration américaine: la référence à la solution – à savoir les décisions du droit international –, et l’adéquation nécessaire entre le comportement américain et nos conceptions. A partir du moment où l’Administration américaine prenait des initiatives incompatibles avec notre vision, nous avons décidé de rompre avec elle et nous ne reprendrons que si elle change de position».
Quelle riposte alors et quels choix s’ouvrent à la direction palestinienne? «La lutte se poursuit à trois niveaux, explique le dirigeant du Fatah. Au niveau national, nous développons les mécanismes pour réaliser l’unité nationale;  au plan régional, nous mettons tout en œuvre pour que la question palestinienne demeure la question centrale et prioritaire pour tous les pays arabes, et, à cet égard, l’initiative du Sommet arabe (de Beyrouth) reste le fondement de la solution politique; enfin sur le plan mondial, nous travaillons à mobiliser la communauté internationale pour que soient respectés les textes du droit international sur le sujet. Je pense que c’est une question de temps».

 

PAS D’AVENIR  POUR L’ISLAMISME
Que faire pour arriver à cette unité palestinienne interne? «Nous attendons de nos frères égyptiens qu’ils trouvent le moyen de mettre fin à nos divisions et de garantir l’édification d’une unité nationale, déclare Rajoub. Il faudrait un partenariat entre les différentes parties (essentiellement le Fatah et le Hamas) sur un  programme bien défini de construction de l’Etat, sur une vision commune de la résistance, de la forme de l’Etat – une seule autorité avec diversité politique – et sur l’organisation d’élections générales». Le point de départ du mécanisme, selon le dirigeant de Fatah, doit être «le démantèlement des prérogatives d’autorité du Hamas à Gaza et le plein exercice de l’Autorité centrale palestinienne sur tout le territoire palestinien». Le secrétaire général adjoint du Fatah écarte le risque d’un fondamentalisme accru, pour ne pas dire d’un extrémisme religieux, de la société palestinienne et affirme que «l’islamisme politique n’a pas d’avenir en Palestine». Rajoub se dit en même temps convaincu que le Fatah est «un mouvement réaliste et pragmatique, avec la souplesse nécessaire pour comprendre l’évolution de la société palestinienne et son désir de changement».
Rajoub peut-il définir et expliquer son concept de «résistance populaire»? «Il revient au peuple palestinien, répond-il, de créer un mouvement de protestation de rue global et pacifique (politique, social, …) pour paralyser les déplacements de l’armée de l’occupation et les activités des colons. Il faut envoyer au monde un message clair et ferme sur la nécessité de mettre fin à nos souffrances. Les dernières actions et les Grandes marches du retour sont un avant-goût et la manifestation criante de cette colère qui monte. Ce grand mouvement pourrait s’amplifier et dégénérer jusqu’à l’explosion».                                                                    
Et Rajoub de lancer une mise en garde sévère: «La poursuite du conflit est porteuse d’un danger certain pour la stabilité régionale et la paix civile. Y mettre fin est de l’intérêt de tous».
Il saisit l’occasion pour lancer un appel à l’Europe en général et à la France en particulier pour «d’une part, sauver la région et sa stabilité en faisant imposer le respect du droit international et des résolutions des Nations-Unies et d’autre part protéger les Israéliens de leurs dirigeants». Selon lui, cette action ferme envers Israël pourrait aller «de la pression directe, une sorte de carton jaune, jusqu’à la prise de sanctions à son encontre, l’équivalent d’un carton rouge».

ASSURANCES ARABES
Que répondre à la déception profonde qui gagne la majorité des Palestiniens devant l’attitude des gouvernements arabes, sous influence américaine, considérant que «leur nouvel ennemi est plutôt l’Iran qu’Israël» et que la question palestinienne n’est plus centrale? Rajoub rétorque avec détermination: «Pour nous Palestiniens, l’ennemi et l’ennemi des Arabes et des musulmans reste Israël, son occupation et son agression unilatérale. Nous comprenons les inquiétudes de nos frères des pays du Golfe mais cela ne justifie pas de se jeter dans les bras des Américains et des Israéliens ni de changer de priorités». Et d’ajouter: «A ce jour, nous avons obtenu la promesse des dirigeants arabes, notamment du roi saoudien, du souverain jordanien et du président égyptien, de ne pas s’associer à une négociation qui n’aboutirait pas à la création d’un Etat palestinien, à l’autodétermination et à un statut de Jérusalem et une solution politique n’ayant pas notre aval. Nous jugeons les dirigeants arabes sur les propos qu’ils nous tiennent, non sur ce que l’on dit d’eux, et nous leur faisons confiance».
N’a-t-il pas l’impression que tant que Donald Trump et Benyamin Netanyahu restent en place, il n’y aura pas de règlement en vue, sauf à abandonner le droit au retour? Rajoub répond: «Le centre et l’essence  du conflit reposent sur deux questions essentielles: celle des réfugiés et celle de Jérusalem. Les Palestiniens de l’intérieur sont déterminés à rester sur leurs terres et dans leur patrie.» «Nous sommes ici et nous y resterons», ajoute-t-il en martelant ce slogan. Jibril Rajoub se montre d’ailleurs très critique vis-à-vis des responsables américain et israélien. Il tient des propos assez durs à l’égard de Trump et de sa «politique de distribution de cadeaux (Golan) et de clefs (Jérusalem) qui ne lui appartiennent pas; politique qui sonne comme une déclaration de guerre». Quant à Netanyahu, Rajoub lui reproche sa «politique agressive, annexionniste et raciste» et compare même son histoire personnelle à celle du «dictateur Mussolini».

LE LIBAN ET SES INVITÉS
Que répond-il aux craintes réitérées des Libanais de voir les réfugiés palestiniens s’enraciner définitivement au pays du Cèdre? Le dirigeant palestinien se veut ferme et rassurant: «Le Liban est aux Libanais et l’implantation des Palestiniens n’est qu’un épouvantail. D’ailleurs, le camp d’Aïn el-Heloué symbolise notre conviction de n’être que des invités dans ce pays que nous aimons. Pour les Palestiniens, pas de patrie, pas de stabilité et pas d’implantation ailleurs qu’en Palestine». Sur les relations de la direction palestinienne avec la Syrie et l’Iran, Rajoub se montre très succinct: «Dès le début des événements en Syrie notre position était claire: nous considérions que ce pays faisait l’objet d’un projet de destruction et que nous n’interviendrions pas. Et nos frères syriens ont apprécié cette attitude».
Et sur l’Iran: «Nous faisons partie de la sécurité nationale arabe, assure-t-il, on ne peut pas œuvrer à l’encontre du positionnement arabe et nous n’avons pas de relations avec l’Iran». Quant à l’éventualité d’une confrontation armée entre Israël et l’Iran, avec l’appui des Américains, il y voit «une opération de diversion pour détourner la boussole de Jérusalem et de la Palestine».

SUCCESSEUR D’ABOU MAZEN?
Impensable de terminer l’entretien avec l’homme fort du Fatah sans le questionner sur ses ambitions politiques et la succession du président Mahmoud Abbas. «Abou Mazen est une nécessité pour nous tous, répond-il, d’autant qu’il est le seul capable de signer un règlement politique acceptable du conflit». Mais Rajoub reconnaît que le président palestinien fait «l’objet de beaucoup de pressions internes et externes». Interpelé une seconde fois sur la succession à la présidence, «Abou Rami» se montre modeste et serein, comme s’il attendait son heure. Il affiche son désintérêt, fait profil bas et élude en se déclarant pleinement occupé et satisfait de ses responsabilités actuelles, insistant sur ses efforts «pour ancrer le Fatah au sein de la société palestinienne et consolider le mouvement dans sa position dirigeante du peuple palestinien». 
Après cette première réponse évasive, le vieux combattant, compagnon de Yasser Arafat, remarque toutefois malicieusement que les organismes sportifs palestiniens qu’il préside «sont les seuls rares à maintenir l’unité de leurs structures entre la Cisjordanie et Gaza». Et d’ajouter, avec un léger sourire de satisfaction, de jouir du soutien des deux terres palestiniennes: «Mes appuis sont même peut-être plus nombreux à Gaza qu’en Cisjordanie!».

Béchara Bon (à Paris)
 

Thomas Gomart éclaire, à travers son double regard d’historien et de spécialiste des relations internationales, la nouvelle marche de la planète à travers la transformation des rapports de force internationaux et les différents enjeux géopolitiques et donne son analyse des résultats des dernières élections européennes et leur impact sur l’influence extérieure de l’Europe.


Le directeur de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) commence par s’exprimer sur la vision pessimiste dégagée de son dernier essai qui s’affiche dès sa couverture avec ce titre choc: L’affolement du monde (Ed. Tallandier). Pour Gomart, «l’affolement traduit le changement de rapports de force internationaux (ascension de la Chine, unilatéralisme des Etats-Unis, fragmentation de l’Europe, retour de la Russie), et une forme d’accélération dans les changements internationaux qui s’expliquent par la conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord la fin de la convergence entre la Chine et le système occidental, puis la trajectoire de l’Europe qui apparaît aujourd’hui beaucoup plus comme une source d’incertitudes que de certitudes avec une Union européenne (UE) qui a traversé différentes crises (l’Euro, la crise migratoire, le Brexit enlisé, et une cohésion interne qui  s’affaiblit). Enfin, le troisième facteur, qui est la raison principale, c’est qu’on est en face d’une dégradation rapide dans le domaine environnemental et une propagation tout aussi rapide des technologies de l’information et de la communication qui redistribue la puissance. Ces trois éléments réunis expliquent cette impression d’affolement et de perte de contrôle et d’emballement que je ressens à travers mes différents déplacements en Europe ou en dehors de l’Europe».

La crise migratoire
Concernant la crise migratoire qui suscite inquiétudes et tensions au sein de la société française et européenne, Thomas Gomart explique que «les flux migratoires provoquent de profondes divisions entre partenaires européens ainsi que dans la société française. Il convient de rappeler que le jihadisme constitue un phénomène distinct de l’immigration musulmane et de l’influence financière des pays du Golfe sur les capitales européennes. Il est indispensable d’examiner les liens éventuels entre ces trois phénomènes pour comprendre comment l’hostilité à l’égard de la France est alimentée et, inversement, comment une partie grandissante de l’opinion française devient hostile à l’étranger».

Nouveau positionnement de l’Europe

Sur sa lecture des résultats des dernières élections européennes courant mai dernier et leur impact sur l’influence extérieure de l’Europe, Gomart développe: «Les résultats des élections européennes traduisent deux aspirations peut-être contradictoires: le besoin de frontières à travers la consolidation des forces nationalistes, qui est à mon avis la réplique au sens sismique du terme de la crise migratoire et l’impression très forte que ces flux ne sont pas contrôlés, et puis la poussée des forces vertes de l’écologie. Ces deux poussées ont des conséquences sur le positionnement international de l’Union européenne avec une volonté d’un plus grand contrôle des frontières d’un côté, et un désir de changer la gouvernance internationale, de l’autre».
Evoquant ce nouveau positionnement, notamment au Levant où l’Europe semble perdre une place traditionnellement privilégiée en tant que troisième voie politique possible, Thomas Gomart commente: «Au Levant, l’Union européenne en tant que telle est très absente, elle reste présente par l’action de pays membres, en particulier la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. La grande difficulté dans laquelle on est, c’est de savoir aussi ce qu’on inclut et le jeu entretenu avec les autres puissances intervenant ou exerçant une influence sur le Levant. Je pense en particulier évidemment à la Russie, à l’Iran et à la Turquie et c’est peut-être en fait par le biais des relations avec ses grands acteurs extérieurs que l’Europe est plus visible et plus efficace».                                                       
Et le politologue spécialiste de la Russie d’ajouter: «Ce qui est certain est que la décision du 30 août 2013 prise par l’Administration Obama de ne pas intervenir en Syrie a été un tournant. Ce qui est certain aussi est que l’intervention militaire russe de septembre 2015 et ses conséquences montrent que la nature a horreur du vide stratégique et que la Russie est parvenue à sauver le régime de Bachar el-Assad en lien avec l’Iran. Et effectivement, la Russie fait du Levant le principal théâtre de son retour d’influence globale, et ça c’est tout à fait spectaculaire. Il y a eu une capacité de la Russie de saisir ce moment pour revenir au centre du jeu au Levant aux dépens principalement des Européens».

Risque de déstabilisation régionale
Sur l’absence de l’Europe du nouveau partage d’influence au Levant avec la possibilité de l’avènement d’un nouveau Sykes-Picot, Gomart réagit: «Je ne pense pas que ça soit la bonne image parce qu’on est dans des configurations historiques très différentes et ensuite parce que les aspirations politiques des pays de la région ne correspondent pas à la situation au moment de l’accord Sykes-Picot. Ce qui est frappant, c’est de voir que l’influence exercée à l’époque par la Grande-Bretagne et la France comme puissances mandataires n’a plus rien à voir dans le contexte d’aujourd’hui».
Concernant le climat détérioré dans cette région du monde et les craintes d’une confrontation régionale, Gomart n’exclut pas un «risque de guerre et de déstabilisation important» et insiste sur le fait que «la Syrie reste essentielle à la stabilité du Levant avec des conséquences très fortes pour le Liban voisin. Ainsi, la stabilité régionale dépendra directement de la métamorphose de ce conflit, qui sans s’éteindre, peut rester cantonné aux frontières de la Syrie ou, au contraire s’étendre à l’ensemble du Levant. Dans ce contexte, la nature des relations de l’Iran avec les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, au-delà du seul dossier nucléaire, sera décisif pour certains pays de la région comme la Jordanie et le Liban».

Béchara Bon (à Paris)

La saison des roof-tops est ouverte et en voilà un qui promet de faire parler de lui. En plein cœur du centre-ville, doté d’une vue imprenable sur la baie et le front de mer de Beyrouth, le toit du Yacht-Club ouvre ses portes et garantit une escale paisible et gourmande à ses visiteurs.

Depuis quelques semaines, les piétons et automobilistes longeant les abords de Zaytouna Bay peuvent apercevoir un drôle de chantier. Sur le toit du prestigieux Yacht-Club, les dalles grises ont cédé la place aux arbres et étendues de gazon frais. En bas du bâtiment, les balais incessants de grues et camions chargés de terre rythment les journées des ouvriers à pied d’œuvre depuis des semaines. A quelques minutes du très branché quartier de Downtown, ce lieu unique jamais exploité auparavant s’est peu à peu transformé en terrasse végétalisée à l’abri de l’agitation beyrouthine et surplombant une Méditerranée à perte de vue. Perchée au dernier étage du bâtiment et à l’accès discret, il y flotte un air d’exclusivité et de réjouissances estivales.

Ambiance bucolique
Dès l’entrée, le toit de bougainvilliers transporte le visiteur dans une ambiance bucolique: lauriers-roses, albizias, citronniers et fleurs de jasmin italien, toutes les plantes et autres végétaux ont été méticuleusement choisis et importés d’Italie par l’initiateur du projet pour qui chaque emplacement a son importance. Ce projet «vert» est le dernier-né d’une série d’établissements célèbres au Liban, menés d’une main de maître par l’artiste et homme d’affaires Michel Eléftériadès. De la boîte de nuit Amor y Libertad dans les années 90, au Music-Hall depuis 2003 (Starco et Waterfront, Dubaï, Jeddah) en passant par le restaurant B en 2017 (sur le toit de la fondation Aïshti), The Park est son tout nouveau bébé qui mêle dépaysement total et possibilité de se restaurer pour tous les goûts, le tout dans une ambiance paisible et 100% champêtre. Un soir, sa curiosité le pousse à monter sur le toit du Yacht-Club où il réside depuis deux ans. C’est là qu’il a le déclic. «J’ai pensé qu’avoir un peu de vert dans un milieu urbain comme Beyrouth ne pouvait pas faire de mal. C’est un endroit à la vue exceptionnelle et qui est très proche de l’eau en comparaison avec d’autres roof-tops qui existent déjà en ville. Je tiens à préciser que The Park n’est pas un lieu de nightlife. C’est un endroit où vous pouvez passer un moment au calme, dîner ou siroter un cocktail délicieux dans un jardin suspendu au-dessus de la Méditerranée et entouré de végétation». Sur les 3 500 m2 aménagés, les clients pourront se ravitailler auprès d’originales «food-stations» logées dans cinq vans Volkswagen vintage à la carrosserie revisitée par Michel Eléftériadès. Au menu, et dans des zones bien identifiées propres à chaque ambiance du lieu, de la gastronomie libanaise, du street-food healthy et un bar à cocktails sont à la disposition des visiteurs tout comme une multitude de tables en bois bénéficiant d’une vue époustouflante. Pour les amateurs de pique-nique et d’herbe moelleuse, The Park met aussi à disposition des nappes et paniers pour un dîner dépaysant en communion avec la nature. Le spectacle est d’autant plus sublime au coucher du soleil. A la tombée de la nuit et à l’heure où le ciel s’abaisse sur la mer, le toit du Yacht-Club se pare de mille lumières dissimulées dans la végétation, éclairant les arbres, fleurs et autres plantes grimpantes... Un travail minutieux qui a nécessité des centaines d’heures de travail aux ingénieurs, éclairagistes et ouvriers du chantier. Ouvert depuis fin juin, du coucher du soleil jusqu’à tard dans la nuit, The Park s’annonce comme l’un des lieux incontournables de l’été à Beyrouth, pour ceux qui souhaitent prendre de la hauteur.

MARGUERITE SILVE

Le citoyen souhaite s’acquitter de ses dus envers l’Etat mais il a des difficultés à le faire en l’absence d’un gouvernement électronique. De quels moyens dispose-t-il?
 

Le citoyen n’est pas responsable de la faiblesse de la bonne gouvernance au sein des administrations, étant contraint de recourir à un intermédiaire, qui lui coûte cher pour connaître le montant des taxes à payer. Le Libanais, chef de famille ou chef d’entreprise, a le droit de prévoir et estimer dans son business plan l’impact qu’auraient les taxes et impôts à verser une seule fois au moment de la conclusion de la transaction ainsi que les taxes à payer en rythme annuel. Seuls le ministère des Finances propose «daribati», une interface électronique qui commence à être connue du public, consacrée à la Tva, et le site de l’Association libanaise des droits et intérêts des contribuables (aldic.net/aldic Lebanon) où sont publiées les informations fiscales avec une mise à jour permanente. Ajoutons à cela, le travail accompli par l’Institut des Finances Bassel Fleihan qui a compilé et simplifié divers impôts cédulaires et autres procédures fiscales par le biais de petits livrets gratuits.    
Concernant les biens-fonds bâtis, c’est le flou le plus total. Les administrations relevant du secteur foncier ne sont pas encore totalement informatisées et reliées à celles des municipalités et du ministère des Finances. Vous pouvez détenir un titre de propriété en votre nom et vous rendre compte plus tard qu’un nom différent du vôtre est inscrit sur le registre du ministère des Finances qui concerne le numéro du bien-fonds bâti qui vous appartient. Pour faire la lumière sur des centaines de cas qui sont entachés d’erreurs du même genre, l’avocat fiscaliste Karim Daher répond à nos questions:

 

Quels sont les taxes, impôts et frais d’enregistrement d’un appartement résidentiel en tenant compte de ceux qui sont payés une seul fois et de ceux qui sont dus annuellement?
Lors de l’achat d’un appartement résidentiel, il faudrait noter que des frais d’enregistrement qui incluent aussi bien des droits proportionnels que le droit de timbre fiscal sont exigibles. Ces droits d’enregistrement s’élèvent aujourd’hui approximativement à 6% de la valeur déclarée du bien acheté qui comprend un droit de mutation de 5% et ses compléments de droits (entre 0,85% et 1% à peu près) incluant le droit de timbre fiscal, droits de notaire et autres. Ce droit a été abaissé une première fois, par le biais de l’article 30 de la loi de finances no 79 pour 2018, pour les propriétés bâties résidentielles à acquérir par des Libanais, avec un droit spécial minoré de 3% (+ les compléments) sur la valeur du bien ou pour la portion de celle-ci ne dépassant pas les 375 millions de livres libanaises (250 000$).
Le projet de loi de finances pour l’année 2019  (non-encore adopté) va encore plus loin et prévoit, pour tout enregistrement pour des Libanais d’une unité résidentielle avant la date butoir du 31/12/2019, la fixation d’un taux de 2% (+ les compléments) sur la valeur du bien ou pour la portion de celle-ci ne dépassant pas les 375 millions de livres libanaises (250 000$) et de 3% pour toute portion de valeur qui dépasse ce plafond en ce qui concerne ces unités résidentielles ou pour la cession/acquisition de tout autre bien-fonds.
Concernant les taxes et les impôts qui sont dus annuellement, il convient de noter ce qui suit:
● L’impôt sur les propriétés bâties objet de la loi du 17/09/1963 est calculé non pas sur la valeur vénale du bien mais sur son revenu réel ou présumé qui sert d’assiette à l’impôt et qui nécessite la prise en compte de certains éléments afin de calculer tout d’abord le revenu brut et par la suite les charges déductibles et autres abattements. Chaque bien loti, pris isolément, fait l’objet d’une déclaration indépendante, et donc d’une évaluation séparée pour déterminer l’assiette et le montant imposable. En règle générale, l’assiette ou la base du calcul de l’impôt est le loyer convenu (ou réévalué) entre le bailleur et locataire. Toutefois, en cas d’occupation des lieux par le propriétaire lui-même, l’estimation est faite directement par l’administration fiscale.
Pour les taux, l’article 52 de la loi de 1962 tel qu’amendé par l’article 28 de la loi de finances no.79/2018 prévoit un  abattement de vingt millions de L.L. opéré sur les recettes nettes imposables pour tout logement occupé par le propriétaire lui-même à hauteur de deux logements occupés et ce, quel que soit le nombre de logements qu’il occupe.  Ainsi, l’impôt foncier prévu par la loi du 17/09/1962 frappe le revenu effectif ou estimé des propriétés bâties en adoptant une imposition progressive unique par tranches- applicable sur le revenu net annuel de chaque propriété bâtie prise séparément. Le revenu est soumis depuis 2018 aux taux d’imposition suivants:
♦ 4% sur la tranche des revenus ne dépassant pas 40 000 000 L.L.
6% sur la tranche des revenus supérieurs à 40 000 000 L.L. et ne dépassant pas 80 000 000 L.L.
8% sur la tranche des revenus supérieurs à 80000000 L.L. et ne dépassant pas 120 000 000 L.L.
11% sur la tranche des revenus supérieurs à 12000000 L.L. et ne dépassant pas 200 000 000 L.L.
14% sur la tranche des revenus supérieurs à 200 000 000 L.L.

● En outre, conformément à l’article 1er de la loi no 60/88 portant sur les taxes municipales, toute personne qui occupe un bien-fonds bâti, qu’elle en soit locataire ou propriétaire, est tenue d’acquitter une taxe annuelle sur la valeur locative. A défaut d’un contrat de bail portant sur le bien concerné, la municipalité procède elle-même à l’estimation de la valeur locative. La taxe municipale est calculée à raison de 5% du loyer (ou valeur locative) pour les locaux à usage résidentiel. De même, s’ajoute à la taxe sur la valeur locative, une taxe annuelle dite «d’entretien des égouts» (رسم صيانة مجارير وأرصفة) au taux de 1,5% de la valeur locative conformément à l’article 79 de la dernière loi susmentionnée. Les deux taxes précitées seront supportées par les occupants d’immeubles quelle que soit leur qualité (locataire, propriétaire, usufruitier etc.) sauf aménagement contractuel spécial à cet égard.
●  Il est à préciser qu’à l’instar de ce qui est prévu pour l’impôt sur les propriétés bâties (article 15 de la loi de 1962), les taxes municipales ne sont pas exigibles en cas de vacance (dument notifiée) des lieux. Ceci est d’ailleurs confirmé par un avis consultatif de la Cour des comptes (no. 22/2011 du 31/1/2011).  

Que faire dans les cas où le nom du détenteur du titre de propriété n’est pas celui qui existe au ministère des Finances?
Dans ce cas-là, nous pouvons exposer deux situations:
Concernant la première situation, il s’agit de considérer que l’enregistrement du contrat entre le vendeur et l’acheteur au registre foncier a été différé et ce, par la volonté des parties. Face à une telle situation, le projet de budget de 2019 dispose que l’enregistrement des contrats de cession portant sur les droits réels doit se faire devant notaire endéans deux ans, sous réserve de la perte des droits personnels avec, de surcroît, l’application d’une amende relative à hauteur de 10% de la valeur des frais et ce, conformément aux articles 28 et 55 dudit projet (s’ils sont adoptés tel quels). La deuxième situation consiste à considérer que la vente a été définitivement réalisée mais que le transfert de propriété n’a pas eu lieu par négligence des parties.
En toute hypothèse, l’impôt sur les propriétés bâties étant un impôt réel comme nous l’avons déjà mentionné, qui s’impose soit au propriétaire soit à l’exploitant soit aux personnes qui profitent des revenus comme les usufruitiers par exemple, l’Administration fiscale pourra arguer de son droit de gage général pour mettre des annotations (إشارة) au registre foncier, bloquer la vente et/ou saisir le bien et le vendre aux enchères selon le cas (articles 63 et suivants du Code de procédure fiscale) en se retournant aussi contre l’une ou l’autre des deux parties en considérant qu’il y a une solidarité active entre les deux pour le paiement des impôts. Et en cas de paiement par l’une des Parties, celle-ci pourra se retourner contre l’autre.

Par Liliane Mokbel

«Je viens du monde de l’économie et je n’ai jamais prétendu être un journaliste». C’est ce qu’affirme Maurice Matta, responsable de la page économique du quotidien an-Nahar, producteur et présentateur de la section économique du journal télévisé de la MTV ainsi que de l’émission The Start. Magazine l’a rencontré.
 

Le jeune homme souriant, en jeans et polo, qui nous accueille au siège du quotidien an-Nahar ne ressemble pas au journaliste sérieux et professionnel que l’on voit sur les plateaux de télévision ou dans les congrès et forums économiques. A 31 ans, Maurice Matta a déjà derrière lui 10 années de carrière, lui qui n’a jamais eu en tête l’idée de faire un jour de la télévision. «C’est vrai qu’à 21 ans, il est difficile de parler de bourse, de marchés financiers et de gagner la confiance des investisseurs et des hommes d’affaires, mais heureusement j’ai réussi à convaincre les gens et j’ai brisé ce tabou». Depuis qu’il a 15 ans, Maurice Matta lit quotidiennement le Nahar. «J’aimais lire les analyses et écouter les personnes plus âgées que moi». Attiré par la médecine, il finit par opter pour les sciences économiques qu’il étudie à l’Université Saint-Joseph.
Son expérience avec les médias remonte à 2005 alors qu’il est membre fondateur de Kunhadi et s’occupe de la communication de l’association. «Entre 2006 et 2009, je passais souvent à la télévision pour parler de l’association mais ce n’est qu’en 2009 que j’ai fait mon entrée à la MTV où je suis devenu le responsable du bulletin économique». Pour le jeune homme, la télévision est un défi permanent. «Chaque jour à l’antenne est comme le premier jour. Sans la confiance que m’a témoigné le Pdg de la MTV, Michel Murr, je n’aurai pas réussi».

Ghost advisor
En 2011, il est responsable de la page économique du quotidien al-Balad et anime un programme sur la radio qui porte le même nom. Il est conseiller auprès de l’Union des banques arabes et de l’Union des banquiers arabes. Maurice Matta est également le «ghost advisor», de nombreux ministres, députés et chefs d’entreprise. Il a même été approché pour se présenter aux élections législatives. «Mes journées devenaient de plus en plus remplies». Il y a six ans, il est contacté par le quotidien an-Nahar pour occuper le poste de responsable de la page économique. «A 25 ans j’étais le plus jeune chargé de cette rubrique de toute l’histoire du quotidien. C’était une grande responsabilité pour moi. Je me suis adapté aux personnes qui sont plus âgées que moi».
Maurice Matta crée ce qu’on appelle l’économie médiatique, qui n’existait pas au Liban. Workaholic, il travaille entre 16 et 17 heures par jour tous les jours de la semaine. «J’ai le sentiment d’avoir grandi avant l’âge. Entre la télé et le journal, j’ai été privé de beaucoup de choses: les voyages, les soirées entre amis, les événements avec la famille». Petit à petit, il s’est construit une crédibilité et la responsabilité qu’il assume est devenue un grand poids pour lui. «Avec les invités que je reçois, c’est plus une discussion qu’une interview. Il est difficile de poser des questions alors que je connais déjà les réponses». Maurice Matta a rencontré les plus grandes personnalités économiques et financières dans le monde. Sa grande peur et la question qui le taraude continuellement c’est de savoir ce qui vient ensuite, «What’s next for me?».

De belles histoires
Avec le bulletin économique, Michel Murr lui confie la rubrique Reghem kell chi (Malgré tout) qui passe au début du journal télévisé. «C’est une note d’optimisme et de positivité que nous essayons d’introduire dans le quotidien des téléspectateurs. Nous rapportons de belles histoires concernant des Libanais ou le Liban. D’ailleurs le titre que je préfère est celui d’ambassadeur de l’optimisme». La publication par la Banque du Liban de la circulaire 331, encourageant les banques à soutenir les entreprises, décide Maurice Matta à offrir aux jeunes entrepreneurs une plateforme leur permettant de s’exprimer et d’exposer leurs idées. C’est ainsi que le programme The Start voit le jour. «C’est un nouveau mind set. J’ai voulu en quelque sorte devenir l’ambassadeur des entrepreneurs, leur apporter mon soutien, en leur ouvrant l’antenne de la MTV. The Start est devenue une plateforme pour appuyer les jeunes et les entrepreneurs».
Sa participation en tant qu’expert économique dans l’émission de Marcel Ghanem est une nouvelle étape dans son parcours de jeune économiste. «Ma présence aux côtés de Marcel Ghanem, qui est devenu un frère et duquel j’ai beaucoup appris, est une plus-value pour moi. Je suis convaincu qu’il faut monter pas à pas l’escalier. De cette manière, lorsqu’on tombe, la chute ne peut pas être de haut. En 11 ans de carrière, je ne suis pas tombé. J’ai reçu des gifles mais je suis resté debout». Très professionnel, positif de nature, il essaie de communiquer constamment son enthousiasme. Il est sollicité par Joe Maalouf pour animer une émission matinale sur Jaras Scoop, trois fois par semaine de 9 à 10 heures.
Toutes ces activités n’ont fait qu’augmenter le sentiment de responsabilité que ressent Maurice Matta. «Je n’ai pas droit à l’erreur». Pour le jeune homme, son succès se définit par le time management, la communication, la diplomatie, le fait de ne pas regarder en arrière et surtout l’honnêteté. «Je dois beaucoup à Michel Murr et Nayla Tueni pour leur confiance aveugle en moi, à mes parents qui supportent mes absences continuelles et surtout à mes amis proches à qui je dis très souvent à quel point je les aime». Pour lui, être fatigué quand on rentre chez soi le soir et dormir dans cet état est une véritable bénédiction. Il a la phobie de l’heure, du temps qui passe et surtout des maladies. Dans tout ce qu’il entreprend, il a le souci d’aider les autres. «Il faut toujours se rappeler de redonner ce que l’on reçoit». Il se voit comme un «decision maker», non pas un «follower» et ne renonce à ses principes pour rien au monde.
Pour cet inconditionnel optimiste, le pays est en bonne santé. «A un malade qui a des métastases, on ne dit pas qu’il va mourir. On le traite. Nous sommes un pays malade mais nous n’allons pas mourir. On peut être guéri». D’après Maurice Matta, il y a de bonnes intentions aujourd’hui et il existe de nombreux indicateurs positifs: la correction financière a commencé, le budget est en train d’être voté, le tourisme, la stabilité sécuritaire, le potentiel des jeunes. «Le Liban a connu dans son histoire beaucoup d’envahisseurs et d’occupants. Nous avons vécu des événements tragiques, des assassinats, des guerres, des manifestations. Nous sommes restés plus de deux ans sans président de la République, sans gouvernement, mais le pays est resté. C’est vrai la situation économique et financière est mauvaise mais les banques se portent bien. La situation dans le Golfe et dans l’Union européenne n’est pas meilleure. Nous avons commencé des réformes, nous avons du gaz et du pétrole et surtout un trésor inestimable qui est le capital humain, le Libanais lui-même, plein de ressources. Tant qu’il y a des gens qui se lèvent tous les matins pour aller au travail nous sommes bien». Sa devise? «Je préfère mourir en me battant plutôt que de baisser les bras».

Joëlle Seif
 

Inconnue de la scène musicale il y a encore cinq ans, Jain a su, en à peine deux albums pop tissés de sonorités africaines ou orientales, conquérir les cœurs dans le monde entier. Rendez-vous est pris le 1er août prochain, sur la scène du festival de Baalbeck, pour un concert qui s’annonce explosif.

Toulousaine d’origine et infatigable globe-trotteuse. Jain, alias Jeanne dans la vie civile, clôturera fin août un cycle de plus de
320 concerts à travers le monde. Une tournée éreintante, certes, mais enrichissante sur tous les plans pour la jeune femme, qui était encore une inconnue de la scène musicale il y a encore quelques années. En à peine deux albums, Jain, tout juste 27 ans, a enchaîné les succès, les concerts et les récompenses. Elle est aussi sans doute l’une des rares artistes françaises à tourner tant aux Etats-Unis — elle a joué au très branché festival de Coachella — qu’au Brésil et en Europe. Avec une musique qui, elle l’espère, «permet de réunir des gens de différentes cultures». «Je me nourris de différentes influences. La musique a ce pouvoir-là de rassembler les gens, comme le sport, et je trouve cela très intéressant d’essayer de réunir les gens malgré les différences de culture», confie-t-elle lors d’une interview par téléphone à Magazine, alors qu’elle se trouve à Nice pour une émission de télévision. «A Baalbeck, et partout où je me produis, c’est un message de paix et d’unité que j’ai envie de faire passer. C’est ce qui me touche et m’inspire le plus en fait». Véritable ovni de la scène pop, Jain a su séduire un large public — de 4 à 50 ans, dit-elle — sans doute grâce à un habile mélange d’influences musicales tirées tant de ses années passées à Abou Dhabi, Dubaï, qu’au Congo.
De son adolescence à Pointe-Noire, où elle s’installe à l’âge de 13 ans avec ses parents, la jeune femme écrit les textes et mixe les musiques qui feront le succès de son premier album, Xanaka. «La musique était toujours joyeuse, avec des rythmes hyper sucrés, même quand il s’agit de raconter des chagrins d’amour. J’avais envie de retrouver ça.» De premiers titres écrits alors qu’elle avait à peine 16 ans et qui verront le jour six ans plus tard, dans cet album. Avec un succès quasi-immédiat à la clé. Son entêtant et surprenant Makeba, aux rythmes africains, résonne encore dans toutes les têtes, alors qu’elle se présente au public dans une robe noire au col Claudine très sage. Quelques mois après sa sortie, son premier album fait un tabac. Venue de nulle part, Jain séduit. Ses chansons, très rythmées, très «positive attitude», parlent à tous. Le choix de son nom de scène aussi, est très significatif de ce qu’elle est. «Jain, c’est une religion indienne pacifiste, l’une des plus vieilles du monde», explique-t-elle. «Quand je cherchais un nom de scène pour me protéger un peu, je suis tombée sur une très belle phrase: ‘Ne sois pas déçu si tu perds et ne deviens pas fier si tu gagnes’. «Je trouve que dans le monde de la musique, c’est quelque chose dont il faut se rappeler».

UNE BULLE D’UTOPIE
Jain s’avoue avoir été «hyper surprise» du succès. «Je pensais être dans une sorte de niche musicale, car je mixe plein de sons différents, je ne pensais pas qu’autant de gens allaient l’écouter, car ce n’est pas de la pop classique». Effectivement, la jeune femme crée son propre univers, résolument optimiste, «une bulle d’utopie parfois, qui me permet de me réfugier et de me consoler de quelque chose», confie-t-elle. Armée de punchlines simples mais efficaces, balancées avec son anglais qu’elle qualifie de «débrouillard», cette compositrice interprète livre des chansons festives, positives, qui lui ressemblent. Le succès ne lui est pas monté à la tête. Malgré son jeune âge, Jain garde les pieds sur terre, sans doute le fruit de ses expériences passées à l’étranger. Passée de Dubaï, où dit-elle, « la richesse est quand même hyper démonstrative», au Congo, la jeune femme avoue s’être «pris l’une des plus grosses claques de (sa) vie, je me suis aperçue que le monde n’était pas comme ça partout».
Pour son deuxième album, Souldier, dont elle écrit et compose les titres seule, à bord du bus qui la conduit de concert en concert, la dynamique brunette décide d’insérer d’autres influences musicales, issues de cet Orient qu’elle a côtoyé lors d’une des expatriations de sa famille. Elle confie avoir «envie de parler davantage de qui j’étais, donc j’ai mis plus de choses, avec des clins d’œil à la musique orientale, congolaise, au hip-hop, aux rythmes jamaïcains, à la chanson française aussi».

FAYROUZ EN EMBUSCADE
«On a déménagé à Dubaï quand j’avais dix ans. En France, je faisais de la batterie, là-bas, j’ai continué avec les percussions et appris à jouer de la derbouka», raconte-t-elle. «Mon professeur m’a fait découvrir la musique orientale et libanaise, dont Fayrouz que j’ai adorée». Dans sa playlist, Jain compte Dar eddouri addayer de Wadih el-Safi, Frasha w Zahra de Zaki Nassif, Baddak malyoun seneh de Melhem Barakat ou encore Oudak Rannan de Fayrouz. Sur son album Souldier, elle s’amuse donc avec les sons et les influences et insère des sonorités toutes orientales, comme dans le titre Abou Dhabi. De son expérience dans les Emirats, puisqu’elle effectue aussi son année de Terminale à Abou Dhabi, Jain garde d’excellents souvenirs. «Ce que j’ai préféré, c’était découvrir la culture musulmane que je ne connaissais pas du tout. Musicalement aussi, j’ai beaucoup appris». «Je suis très contente de venir enfin au Liban, car j’avais beaucoup d’amis libanais à Dubaï et Abou Dhabi.» Pour son premier passage à Baalbeck, elle a «envie que les gens passent vraiment un bon moment donc d’essayer d’être le plus en forme possible». Son escale libanaise sera courte : «On repart le lendemain du concert, il faut que je me débrouille pour revenir», lance-t-elle. Seule sur scène, la jeune femme, un peu timide dans la vie, se transforme en véritable show-woman armée de son looper pour envoyer sons et basses. Elle devrait enflammer la scène de Baalbeck.

Jenny Saleh

 

Retour aux sources pour Gabriel Yared qui habille de sa musique les mots teintés d’émotion de Yasmina Joumblatt. Le compositeur et arrangeur franco-libanais au parcours parsemé de prix internationaux sera, le 18 juillet, sur la scène du Festival de Beiteddine avec la jeune chanteuse qui interprétera neuf chansons de sa signature et rendra hommage à son arrière-grand-mère, Asmahan.
 

Derrière ce récital qui est une première mondiale, se profile une rencontre étonnante entre deux talents libanais aux cheminements semblables en plusieurs points. Lui, Gabriel Yared, le compositeur, arrangeur, collectionneur de récompenses internationales (Oscar, Golden Globe, César, Bafta, European Film Award, Grammy...) qui a quitté le Liban à 17 ans et n’a cessé d’accumuler les succès au fil des ans. Elle, Yasmina Joumblatt, partie en Suisse à l’âge de 13 ans, psychanalyste, homéopathe, dont la passion pour le chant lyrique l’amène à suivre des cours pour travailler cette voix d’exception reçue en héritage de son aïeule Asmahan. Une voix juste, mais aussi et surtout qui véhicule des émotions tout en délicatesse. «Le hasard, confie le musicien, a voulu que nous nous retrouvions, à un moment où tous les deux nous faisions la paix avec ces racines que nous avions arrachées malgré nous. Je ne savais pas qu’on avait à peu près la même histoire».
Quand on se dit surpris de le retrouver dans un registre de musique orientale, Gabriel Yared rappelle qu’il avait commencé, dès ses débuts, par mélanger sa musique personnelle avec des instruments orientaux. «Ce n’est pas étonnant! J’ai commencé avec le film de Maroun Bagdadi, Les Petites Guerres. Il y avait des synthétiseurs, des échantillonneurs, et aussi un oud, un kamanja, un kanoun et un nay. Puis il y a eu Hanna K de Costa Gavras avec un orchestre symphonique et des instruments orientaux, sans oublier Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, et Azur et Asmar de Michel Ocelot. Ce qui est surprenant dans ma rencontre avec Yasmina, ce n’est pas simplement cette superposition d’instruments orientaux sur un orchestre classique ou sur des sonorités classiques, c’est la composition de chansons. Yasmina écrit des textes en arabe!».

L’inspiration d’Asmahan
Lors d’une première rencontre en 2003, la jeune blonde solaire au look européen émet le désir de reprendre les chansons d’Asmahan que Gabriel Yared ne connaissait pas. «J’avais écouté Oum Koulthoum, et j’avais transcrit en notations occidentales pour comprendre un peu comment la musique orientale était faite. Yasmina m’a dit qu’elle aimerait reprendre Ya Habibi Taala, on en a un peu parlé et je lui ai répondu que je ne pensais pas être la personne adéquate pour cela! Je n’avais pas envie de reprendre des chansons qui ne sont pas originales et j’étais occupé à composer la musique de Cold Mountain. On s’est donc séparé amicalement mais on a continué à se voir lorsqu’elle venait à Paris. On n’a plus parlé de ce sujet. Il y a trois ans, je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé où elle en était avec ce projet. Elle m’a raconté qu’elle avait juste enregistré Ya Habibi avec un compositeur libanais, Ghazi Abdelbaki. Je lui ai proposé d’enregistrer sa voix en studio seule, sans instruments, juste avec un métronome. Sa voix étonnante m’a vraiment fait réfléchir, je me suis dit, ça vaut la peine d’essayer. J’ai demandé à mes assistants de couper les couplets et je me suis mis à travailler autour de la voix et j’ai fait quelque chose qui était comme un ovni pour moi! C’était un mélange de préludes de Bach avec des ouds et un grand orchestre symphonique. Cette chanson est devenue quelque chose de complètement différent. C’était intéressant pour moi de poursuivre dans ce sens là, mais pas de faire des reprises d’Asmahan».
«L’idée était de faire cette chanson que j’adore. Je la trouve très avant-gardiste, elle représente bien Asmahan», explique Yasmina Joumblatt. Les deux artistes, emballés, décident de continuer l’aventure. «La langue arabe s’est imposée à moi presque malgré moi, confie la chanteuse, je ne me voyais pas écrire dans une langue autre que ma langue maternelle. J’ai dû replonger dedans, la redécouvrir en réécoutant tous les classiques de la langue. Et puis les mots me sont revenus comme un flot. C’était comme si tout cela était enfoui en moi et que ça se libérait. Je n’écris pas en arabe littéraire, ce sont presque les mots d’une fille de 13 ans, presque ceux de mon enfance, de mes souvenirs d’enfance... Je suis partie du Liban à l’âge de 13 ans et pendant très longtemps, je n’ai plus parlé l’arabe. Y revenir, c’était presque thérapeutique! J’ai redécouvert la musique orientale, la langue, et l’histoire de ma famille à travers Asmahan. C’est vraiment un retour aux sources». Mais il faut dire que la Libano-Helvète voue, dès sa tendre jeunesse, un culte spécial au chant lyrique qu’elle a découvert en écoutant Freddie Mercury chanter Barcelona en duo avec Montserrat Caballé. «J’avais 10 ou 11 ans à l’époque et je l’écoutais en boucle. C’était presque une expérience mystique que d’écouter cette femme! C’était cela mon univers musical au départ, et le jazz aussi, tout le répertoire nord-américain, Nina Simone, Sarah Bowman, Aretha Franklin...».

Quid de l’après Beiteddine? Le grand compositeur a envie de continuer et de faire des tournées dans de belles salles en Europe et dans le monde arabe, mais, évidemment «tout dépend des disponibilités de Yasmina, parce qu’elle a sa vie, sa famille... elle a son métier aussi. Elle est homéopathe. Mais je me dis qu’on n’a pas traversé tout ce chemin pour s’arrêter là. Ce n’est pas possible! Ce que nous avons réalisé ne ressemble à rien qui existe déjà».
Elle, reconnaît adorer l’idée de créer à partir de rien. «Il y a des mots, puis il y a la musique, je continue à écrire, mais la scène je ne sais pas! Je suis au départ quelqu’un d’introverti, je suis très sélective dans ce que je montre. Quand on chante, on dévoile ses émotions sinon le public ne sent rien. Me montrer comme ça devant des milliers de personnes, ça me fait peur et aussi, j’ai envie d’y aller. Petit à petit je me suis construite en tant qu’artiste. Cette expérience n’est pas anodine, c’est un retour vers moi, mes racines, mon pays. Elle est chargée d’émotions».


Légende
Un récital d’exception à beiteddine À Beiteddine, Gabriel Yared et Yasmina donnent rendez-vous au public pour un récital d’exception sous les étoiles. On est appelé à se laisser transporter par Ya Habibi Taala, Layali  Elounsi fi Vienna, Dakhalti marra fi jinaina et 9 titres nouveaux écrits par Yasmina qui parlent encore d’amour, comme Dab Albi ou Min Awal Nazra. Deux violons orientaux, 2 ouds, 1 kanoun, un nay et 6 percussions orientales ainsi que 4 choristes seront sur scène aux côtés de l’Orchestre philharmonique du Liban, sous la direction de Dirk Brossé.

 

GHADA BARAGHID

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Éditorial
Le facteur temps est décisif

Les ministres rencontrés ou interviewés par Magazine ces dernières semaines, toutes tendances confondues, soulignent le «sens des responsabilités» des représentants de tous les partis au gouvernement et le «sérieux» avec lequel ils abordent les dossiers économiques, financiers et politiques. Ils jettent un regard plutôt positif sur la qualité des débats en Conseil des ministres, même si certains déplorent le temps parfois excessif passé sur des dossiers qui auraient pu être tranchés plus rapidement.Or le temps est, aujourd’hui, un facteur déterminant dans la dynamique de maîtrise de la crise que le gouvernement se promet d’enclencher. Chaque jour qui passe est un jour de perdu. Chaque jour qui passe éloigne davantage le gouvernement des objectifs qu’il s’est fixés au niveau de la réduction du déficit budgétaire. Chaque jour qui passe voit le service de la dette gonfler et le sauvetage de plus en plus périlleux.Cette constatation n’est pas nouvelle mais on ne la rappellera jamais assez. On ne la martèlera jamais assez. C’est parce qu’ils n’ont pas conscience du facteur temps que les responsables ont mené le pays là où il est aujourd’hui, au bord du gouffre. Le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, adopté en avril dernier, est pratiquement le même que celui qui avait été préparé il y a 9 ans. Les tiraillements et les surenchères politiques avaient empêché sa mise en œuvre. Si ce vaste chantier avait été lancé à l’époque, les milliards de dollars engloutis par l’EDL, qui constituent tous les ans une moyenne de 11% du budget, auraient pu être économisés et le Liban ne serait pas dans la situation délicate qui est la sienne en ce moment. Cet exemple d’incurie des pouvoirs publics peut être multiplié à volonté dans divers secteurs.Le temps n’est plus un luxe que les dirigeants peuvent se payer avec l’argent du contribuable. L’examen du budget par la Commission parlementaire des Finances et du Budget a trop traîné, ce qui est inexplicable, car la composition politique de cette instance est presque similaire à celle du gouvernement, qui a déjà amplement pris son temps pour approuver le projet de loi de Finances au bout de 21 séances marathons. Soit les partis sont atteints de schizophrénie et adoptent une chose en Conseil des ministres puis son contraire en Commission; soit ils sont incapables de tenir leurs troupes et certains députés s’ingénient à défaire ce que leurs camarades ont approuvé au gouvernement; soit les partis tiennent un double langage et, de ce fait, sont moins «responsables» qu’ils n’en donnent l’impression. Cette dernière option nous semble la plus plausible.Pour la démentir, le gouvernement doit montrer son sérieux et sa détermination à aller de l’avant en préparant et en envoyant au Parlement le projet de budget 2020 d’ici la mi-octobre au plus tard, comme le stipule la Constitution. Sinon, le sauvetage relèvera des missions impossibles.     


 Paul Khalifeh
   

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