Les valeurs fondatrices du Liban
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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

Les valeurs fondatrices du Liban

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Les valeurs fondatrices du Liban ont émergé durant les années charnières de la Proclamation du Grand Liban en 1920 et le Pacte national et l’Indépendance de 1943. Il s’agit de l’expression profonde de l’identité nationale du Liban, message d’unité plurielle dans un monde ravagé par la résurgence des identités individuelles et collectives et, dans la région, par l’idéologie sioniste, devenue malheureusement contagieuse, de l’espace identitaire, à l’opposé du Pacte national libanais toujours recommencé.
Les huit valeurs fondatrices du Liban, sources d’inspiration et de résistance de tous nos grands penseurs, militants, martyrs et hommes d’Etat, sont:
1- Indépendance, avec tout ce que cela exige de lutte pour la souveraineté, la libération de toute obédience à une Sublime Porte, directement occupante ou par procuration.
2- Unité plurielle, avec ce qu’elle implique d’aménagements pour la gestion démocratique du pluralisme religieux et culturel à l’encontre de l’idéologies de l’espace identitaire et de l’intégration forcée (insihâr).
3- Libertés religieuses, culturelles et politiques.
4- Vivre-ensemble islamo-chrétien.
5- Culture du dialogue et des pactes en tant « qu’engagements nationaux » (ta’ahhudât wataniyya), suivant l’expression d’Edmond Rabbath.
6- Solidarité transcommunautaire que concrétise l’hymne national : Kulluna lil-watan (Solidaires pour la Patrie).
7- Arabité indépendante et de civilisation en ce qui concerne la tolérance et la gestion du tissu social pluraliste du monde arabe, et non arabisme des prisons, en conformité d’ailleurs avec un patrimoine musulman et arabe de pluralisme juridique, patrimoine séculaire et dénigré durant les trois dernières générations arabes.
8- Liban message en perspective arabe et internationale.
Le patriarche cardinal Béchara Raï, dans une homélie d’une élévation spirituelle et d’un courage moral exceptionnel, dimanche 6 octobre 2019 en la Cathédrale Saint-Joseph de l’USJ, a rappelé clairement nombre de ces valeurs à revaloriser et restaurer dans un Liban déboussolé et gouverné, ou plutôt galvaudé, par la démagogie, l’excitation d’instincts refoulés et l’imposture.
Les valeurs fondatrices, dans une modernité de façade, sont aujourd’hui oubliées, dénigrées, reléguées dans les greniers dans les processus de socialisation.
Au cours d’une grande manifestation culturelle mondiale un éminent politologue français me réplique: «Les valeurs fondatrices ? Il y a en France d’autres coutumes en Corse, en Bretagne… !» J’écoute aussi un romancier africain: «Les valeurs, c’est conflictuel !» Or qu’est-ce qu’une Nation, suivant la belle définition de Renan? «Une nation, écrit-il, c’est une âme, un esprit, une famille spirituelle, résultant, dans le passé, de souvenirs, de sacrifices, de gloires, souvent de deuils et de regrets communs; dans le présent, du désir de continuer à vivre ensemble. Ce qui constitue une nation, ce n’est pas de parler la même langue ou d’appartenir au même groupe ethnographique, c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir.» Vous ne voulez pas de valeurs nationales fondatrices? Récoltez donc des nationalismes rétrogrades.
Les processus de transmission des valeurs sont bloqués. Le but fondamental du Plan de rénovation pédagogique au CRD, prévu dans l’Accord de Taëf, a été sournoisement bloqué ou bureaucratisé.
La question de l’identité libanaise, en conformité avec les valeurs fondatrices, exige la distinction entre l’identité des Libanais, culturelle, anthropologique, dans la vie quotidienne, les mœurs, les chansons, les habitudes, la personnalité de base…, et le niveau politique où le Libanais est fortement politisable, manipulable, client et clientélisé. Il y a là un paradoxe, un problème de culture politique et fondamentalement d’éducation. La preuve? Les barricades et démarcations durant 15 ans de guerres (1975-1990) n’ont pas brisé les rapports intercommunautaires. D’où le paradoxe d’une identité culturelle résistante et une identité politique fragmentée. Les valeurs fondatrices du Liban sont-elles aujourd’hui intégrées dans nos écoles?

 

ANTOINE NASRI MESSARRA
Ancien membre du Conseil constitutionnel (2009-2019)
Professeur titulaire de la Chaire Unesco
d’étude comparée des religions
de la médiation et du dialogue
Université Saint-Joseph

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

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